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Présentation

La Vérité, journal du Spiritisme, publie à partir du n° 11, du 7 mai 1865 et jusqu’au n° 25 du 13 août 1865, 14 articles consacrés à Saint-Martin.

Malheureusement, il nous manque 3 numéros (du 5e au 7e article) qui servent à la publication d’une lettre de la Correspondance inédite de Saint-Martin à Kirchberger

On trouvera sur le site du Philosophe Inconnu la Biographie de Nicolas-Antoine Kirchberger, écrite par Jean-Baptiste-Modeste Gence et parue dans la Biographie universelle, tome XXII, p. 436-438, Paris Michaud 1818.

Avertissement

L’ensemble des articles de André Pezzani sur Saint-Martin ne reflète pas la pensée du Philosophe inconnu.

La revue La Vérité, journal du spiritisme, essaie de démontrer, à l'aide des auteurs dont elle donne des extraits, que ces derniers, et en particulier Saint-Martin, non seulement sont les précurseurs du Spiritisme, mais qu'ils ont soutenu, voire adhéré d'avance aux diverses théories développées par les adeptes du spiritisme.

Il en est ainsi de la théorie de la transmigration des âmes qui, selon André Pezzani, était professée par Louis-Claude de Saint-Martin.

Il est donc nécessaire de prendre avec beaucoup de précaution les affirmations de cette revue et de les confronter aux écrits des auteurs cités.

C’est la raison pour laquelle nous essaierons de donner les références des extraits cités des ouvrages de Saint-Martin.

Nous engageons les lecteurs et internautes à se reporter aux ouvrages de Saint-Martin et à consulter le site du Philosophe inconnu pour avoir une vue d’ensemble de notre Philosophe inconnu.

Jean-Louis Boutin

 


Dans la série Les précurseurs du spiritisme : Saint-Martin - 1er article

La Vérité - Journal du Spiritisme, paraissant tous les dimanches - Bureaux à Lyon, rue de la Charité, 48 - Troisième année – N° 11 – Dimanche 7 mai 1865

Nous voici arrivé à un nom important dans l'histoire du Spiritisme. Nous prouverons que Saint-Martin a connu le spiritisme ordinaire et qu'il s'en est abstenu par crainte ; qu'il a toujours eu un certain éloignement pour les manifestations sensibles, apparitions, visions, extases, dictées des Esprits qui se pratiquaient à côté des matérialistes et des sceptiques de l'encyclopédie, avec seule différence que de nos jours ces manifestations sont générales et pour tous tous [sic] les hommes et que du temps de Saint-Martin elles n'avaient lieu que pour des initiés et secrètement. Toutefois Saint-Martin, dans sa correspondance, nous apprend ce fait très curieux que tous les cabinets de gouvernement avaient des consultations physiques. Or, dans le langage des mystiques, cela veut dire que tous consultaient les Esprits et en obtenaient des réponses. Notre plan est de faire, en étudiant notre auteur dans ses correspondances inédites, dans ses ouvrages tant manuscrits que publiés l'histoire même du spiritisme au XVIIIe siècle. Ce seront là nos sources premières et les plus importantes. Nous consulterons aussi en l'analysant l'étude remarquable de M. Matter sur Saint Martin, et nous terminerons par des pensées toutes marquées au sceau du spiritisme divin extraites des écrits et des lettres de notre philosophe ; car, bien que Saint-Martin se défie du spiritisme des morts vulgaires ou des Esprits qui n'ont pas dépassé les couches de notre atmosphère, il fait appel presque toujours aux agents supérieurs, aux vertus, aux puissances, c'est-à-dire aux Esprits qui ont rejeté ce qu'il nomme l'astral ; car c'est dans l'astral seul que réside le principe de tout mal, et tous nos efforts doivent tendre à s'élever au-dessus.


Avant d'aborder cette grande et curieuse figure, donnons une idée à vol d'oiseau des évènements de sa vie, et disons quelques mots des divers ouvrages où nous puiserons notre étude sur sa doctrine, faite au point de vue plus particulièrement spirite.


« Saint-Martin, dit le philosophe inconnu, naquit à Amboise, d'une famille noble, le 18 janvier 1743. Destiné à la magistrature, il préféra la profession des armes, et entra comme officier à vingt-deux ans, au régiment de Foix ; il devint chevalier de saint Louis vers 1789 (1). Son goût pour le spiritualisme le disposa à entrer dans l'école secrète de Martinez Pasqualis, dans laquelle on s'occupait d'opérations théurgiques. Quoiqu'il ait mainte fois confessé la vérité des manifestations obtenues, il abandonna cette voie plus tard pour suivre celle d'un spiritualisme plus pur, et chercher Dieu seul et la vérité, en évitant les périls et les incertitudes des évocations. Quoiqu'il ne partageât pas la plupart des idées de J. J. Rousseau, il éprouvait une sympathie sincère pour ce philosophe, [sic] Jacob Boehm, dont les -écrits singuliers marquèrent d’un caractère original l'illuminisme protestant du commencement du XVIIe siècle ; il en traduisit plusieurs ouvrages. La révolution, dans ses diverses phases, trouva Saint-Martin toujours le même ; il vit en elle l'accomplissement des desseins de la Providence, et reconnut également un instrument prédestiné dans l'homme extraordinaire qui vint plus tard en comprimer les excès. Désigné en 1794 pour assister aux cours des écoles normales, il réfuta avec succès en plein amphithéâtre le matérialisme de Garat, professeur d'analyse de l'entendement humain. Sa vie resta néanmoins obscure, et connue seulement d'un petit cercle d'amis distingués qui savaient l'apprécier. Ce fut chez l'un d'eux, M. le comte Lenoir Laroche, qu'il mourut d'une attaque d'appoplexie [sic], le 13 octobre 1803 (2).

Saint-Martin a exposé sa doctrine dans de nombreux ouvrages, principalement dans le livre intitulé des erreurs et de la vérité (1775). Saint-Martin admet pour principe du mal des agents spirituels devenus mauvais en vertu d'une détérioration de leur volonté, rendue possible par la liberté dont ils sont doués. Le grand secret est de ne pas les écouter, de suivre notre attrait invisible qui nous porte en haut et de fuir de toutes nos forces le centre de l'astral pour obéir à l'aimant divin.

Dans un autre écrit non moins considérable, ayant pour titre : Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers (1782), il a tenté de faire connaître l'ensemble des forces qui unissent Dieu à l'homme, et l'homme à la nature ; mais les réticences trop nombreuses de l'auteur, justifiées peut-être par les engagements de discrétion qu'il avait pris dans l'école de Martinez Pasqualis, rendent le livre souvent difficile à comprendre. Néanmoins on peut y saisir une foule d'aperçus neufs et ingénieux, qui conduisent souvent à d'importantes conséquences.

Malgré cette disposition pour ainsi dire exclusive au mysticisme, Saint-Martin jeta un regard attentif sur ce qui se passait autour de lui, principalement pendant les années de la révolution de 1789. Ses réflexions sur ce sujet donnèrent lieu à plusieurs écrits qui ont entre eux une étroite affinité : tels sont la Lettre à un ami sur la révolution, française (1795), et L'Eclair sur l'association humaine (I797). Saint-Martin a composé plusieurs écrits que nous allons faire connaître par une rapide analyse. Dans tous il s'est proposé de faire comprendre à l'homme sa véritable situation, et de le ramener à son principe : 1° L'homme de désir (1790) est un recueil d'élévations et de prières ; 2° dans l'Ecce homo (1792) l'auteur a voulu montrer à quel degré d'abaissement l'homme infirme est tombé, et le guérir du penchant au merveilleux de l'ordre inférieur, qui se manifestait le plus souvent par les pratiques théurgiques. Il avait plus particulièrement en vue, dans cet ouvrage, la duchesse de Bourbon, son amie de cœur, modèle de vertu et de piété, mais livrée à cet entrainement pour l'extraordinaire ; 3° Le nouvel homme (1792) est l'exposition de cette idée, que l'homme est une pensée de Dieu, et que sa vie doit en être le développement ; 4° De l'esprit des choses (1800) ; l'auteur, dans cet ouvrage, cherche à atteindre la raison la plus profonde de chacune des choses qui frappent nos regards, soit dans l'ordre de la nature, soit même dans celui des mœurs, des coutumes, etc. L'idée lui en fut suggérée par le livre de J. Bœhm ayant pour litre : Signatura rerum ; 5° Discours en réponse au citoyen Garat, professeur d'analyse de l'entendement humain aux écoles normales. Ce discours a pour but d'établir l'existence d'un sens moral, et la distinction [43] entre les sensations et la connaissance ; il a été publié en 1802 dans la collection des écoles normales ; 6° Le ministère de l'Homme-Esprit (1802) est un volume de 500 pages environ, dans lequel l'auteur exhorte l'homme à mieux comprendre la puissance spirituelle dont il est dépositaire, et à l'employer à la délivrance de l'humanité et de la nature. On a encore de Saint-Martin deux volumes d'œuvres posthumes, imprimées en 1807, où se trouvent quelques morceaux intéressants, dont le plus important a pour titre : Quelle est la manière de rappeler à la raison les nations, tant sauvages que policées, qui sont livrés à l'erreur ou aux superstitions de tous genres ? Cette question était posée par l'académie de Berlin. Enfin trois ouvrages de Jacob Bœhm, l'Aurore naissante, La triple vie et les Trois principes, nous sont connus par les traductions qu'en a faites notre philosophe. Il existe encore une correspondance inédite entre Saint-Martin et le suisse Kirchberger, où se trouvent des faits curieux et des pensées qui ne sont pas moins extraordinaires, ainsi que d'autres lettres à divers personnages. C'est dans ces précieux documents que nous puiserons surtout pour notre histoire du spiritisme au XVIIIe siècle ; il a connu tous les mystiques, tous les illuminés de France et de l'étranger. Cette histoire aura donc un centre, Saint-Martin ; autour de lui se grouperont les étranges figures de Martinez Pasqualis, du général Gikhchel, de Liebisdorf, etc., etc. Ajoutons à cette nomenclature Le livre des nombres récemment publié d'après les manuscrits de l'auteur.
A. P.
(La suite au prochain numéro.)


Notes du webmestre

On trouvera sur le site Le philosophe inconnu la bibliographie complète de Saint-Martin.

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