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1865 Histoire du Grand Orient de FranceHistoire du Grand-Orient de France

Par Achille Godefroy Jouaust

Rennes, Brisard, libraire, rue de Berlin, 2

Paris. Teissier, libraire, rue de Grenelle Saint Honoré, 37

1865

Chapitre IV – Introduction et progrès de la Franc-Maçonnerie en France - Naissance et développements des Hauts Grades – Formation de la Grande Loge de France - V. - Extrait, pages 78-791865 histoire GO p78

Comme si les rêveries templières et chevaleresques, débitées sous le patronnage de l'Ecosse, n'avaient pas déjà suffisamment altéré le type si pratique et si admirable de simplicité de la Maçonnerie symbolique, l'Illuminisme y fit invasion dans le rite créé, en 1754, à Montpellier, par le juif allemand Martinès Pascalis, création remaniée ensuite tant par Saint-Martin, dit le Philosophe inconnu, que par d'autres novateurs, et qui a brillé pendant longtemps d'un vif éclat dans le Midi et à Paris sous le nom de Martinisme (1) et de Régime des Philalèthes.

Ce Rite, mélange de la Maçonnerie proprement dite, de mysticisme et de sciences occultes, a fini par s'éteindre avec la génération enthousiaste des jongleries de Cagliostro et du baquet de Mesmer. C'est aux annales générales de la Franc-maçonnerie qu'il appartient d'en [page 79] retracer les doctrines étranges. Nous ne ferons qu'y toucher en passant, quand leur histoire se mêlera à celle du Grand-Orient de France.

Notes

(1) Saint-Martin, qui n'a pas plus de rapports avec son bienheureux homonyme, que Saint-Simon, le chef des Saint-Simoniens, n'en eut avec l'apôtre Simon, naquit en 1743, et mourut en 1803. Il est l'auteur d'un système fort obscur de théosophie, ridiculisé par Voltaire et par toute l'école matérialiste et sensualiste du XVIIIe siècle. Saint-Martin était d'ailleurs un Maçon rempli de cœur, un philosophe dévoué à la cause de l'humanité, un sage digne de la plus grande vénération. On peut consulter avec fruit, sur ce penseur original et peu connu, l'excellent Essai sur la vie et la doctrine de Saint-Martin, publié en 1852 par notre ami et condisciple M. E. Caro, Inspecteur de l'Académie de Paris.

(2) Le nom de Chapitre de Clermont, rapproché de celui du Collège de Clermont fondé par les Jésuites (depuis collège Louis- le-Grand), a fait supposer à ceux qui voient partout des Jésuites, que ceux-ci avaient mis la main sur la Maçonnerie, et qu'ils en gouvernaient une partie par les Rose-Croix. Ce rapprochement de noms est tout fortuit; et l'origine du titre donné au Chapitre fondé par le chevalier de Bonneville, est beaucoup moins effrayante qu'une invasion des fils de Loyola : le comte de Clermont, Grand- Maître de la Maçonnerie française, quoique nommé seulement par la Grande-Loge composée des Maîtres de Loges de Paris, n'en était pas moins reconnu comme Grand-Maître de tous les Maçons français, quels que fussent leur Rite et leur origine ; et c'est comme témoignage de respect, en même temps que comme titre honorifique, que le chevalier de Bonneville appela son Atelier supérieur Chapitre de Clermont.

(3) Le régime de la Stricte-Observance fut modifié en 1782 par le convent maçonnique de Wilhemsbad, qui lui enleva les grades templiers, et en fit le Rite ou régime rectifié des Chevaliers bienfaisants de la Cité Sainte (V. plus loin, chap. IX).

bouton jaune   Chapitre IV – Introduction et progrès de la Franc-Maçonnerie en France

Chapitre IX – Travaux et progrès du grand Orient de France de 1773 à 1778 – Congrès maçonnique de Lyon – initiation de Voltaire - VII. – Extrait, pages 188-1911865 histoire GO p188

En 1778, eut lieu pour la première fois en France [page 190] une de ces grandes réunions maçonniques connues sous le nom de Convents (c'est le mot anglais Convent, qui signifie assemblé d'un caractère religieux aussi bien que maison conventuelle ou couvent) dont la Maçonnerie franche possède des exemples nombreux dans ses annales, à l'époque de la construction des grandes cathédrales allemandes. Cette réunion avait été convoquée par le Directoire Ecossais de Lyon; elle fut présidée par son chef, le Frère de Willermoz, négociant de cette ville. L'exposé de ses travaux rentre dans le cadre d'une histoire générale de la Maçonnerie, plutôt que dans celui d'une monographie du Grand-Orient; mais il n'est pas permis de passer sous le silence le but obtenu par ce Convent, qui donna le premier l'exemple de l'abjuration du système templier. Les deux Directoires Ecossais de la Suisse et une partie des Directoires Ecossais de l'Allemagne, prirent part à cette assemblée.

Le Convent de 1778 est connu sous les deux noms de Convent de Lyon ou Convent des Gaules. Un auteur allemand a prétendu que la police française avait menacé de faire fermer les Loges, si la Maçonnerie ne renonçait pas au système templier, que le gouvernement regardait comme une espèce de conspiration permanente contre les successeurs de Clément V et de Philippe-le-Bel; et que la renonciation du Convent de Lyon, faite par injonction de la police, fut plus fictive que sincère. Ce qui prouve .le contraire, c'est qu'après avoir accompli cette réforme en France, les Allemands tentèrent de l'accomplir chez eux par le Convent de Wilhemsbad; mais le système templier avait fait tant de progrès en Allemagne par suite des établissements du [page 191] Régime de la Stricte Observance, qui distribuait des commanderies imaginaires, et qui cherchait les lieux secrets où l'Ordre du Temple avait enfoui ses trésors, que le Convent n'aboutit qu'à un schisme. Une partie des Frères de la Stricte Observance se sépara pour former l'Ordre des Chevaliers de la Cité Sainte, où l'on se borne à faire la commémoration des Chevaliers du Temple, sans prétendre continuer leur œuvre, ni venger la destruction de leur Ordre. (1)

Toutefois, cette réforme n'a même pas obtenu, grand succès en Allemagne. Elle avait plutôt pénétré dans les Directoires Ecossais de France, dont il ne reste plus aujourd'hui qu'un seul Chapitre, attaché à la Loge Sincère Amitié, Parfaite Union, et constante Amitié réunies, à l'orient de Besançon. C'est le dernier Atelier de l'ancien Directoire Ecossais de Bourgogne.

Note

(1) Clavel, Hist. pitt. de la Fr.-Maçonn, éd. de 1844, p. 194, attribue aux tendances de certaines Loges des provinces et particulièrement de la Parfaite Union de Rennes, le résultat obtenu par le Couvent de Lyon.

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Chapitre X – Invasion de l’Illuminisme dans la Maçonnerie - Extrait, pages 205-209

La Maçonnerie d'adoption. — Union avec les Directoires Ecossais. — La Mère-loge Ecossaise du Contrat Social. — Réforme de 116, et création du Rite Français.1865 histoire GO p205

Pendant que le Grand-Orient était occupé des travaux importants de sa constitution, de l'établissement de sa correspondance, et de la résistance que lui opposaient les débris de l'ancienne Grande-Loge, les créations incessantes de la Maçonnerie des Hauts Grades faisaient invasion même dans les meilleures Loges par une nouvelle porte.

Un caractère spécial qui se manifeste à cette époque dans la Maçonnerie de perfection, c'est l'apparition du merveilleux ou, comme on dit de nos jours, du spiritisme, qui forme un des traits les plus bizarres de la société à la fois superstitieuse et incrédule de la fin du XVIIIe siècle. [page 206]

Que la Maçonnerie n'ait pas su se garantir de ce travers, c'est déplorable et ridicule, à coup sûr; mais elle a subi l'influence du milieu où elle vivait; et nous ne devons pas l'oublier, en la jugeant aujourd'hui à quatre-vingts ans de distance.

C'est vers 1760 que l'on commença à connaître l'existence, dans le midi de la France, de quelques Loges où l'on pratiquait un Régime mystique, basé sur les révélations des esprits, les rapports cabalistiques des nombres, les illuminations produites par l'inspiration directe de la divinité. C'était le Martinisme, ou Rite des Elus-Coëns (1), composé par le juif portugais Martinez Pasqualis.

Aux absurdités cabalistiques de cette secte, qui avait emprunté les formes extérieures de la Maçonnerie, Saint-Martin, dit le philosophe inconnu, ajouta les rêveries de l’Illuminisme, dont il avait puisé les premières notions dans l'Allemand Boëhm et dans le Suédois Swedenborg. Il dépassa, comme portée intellectuelle et comme célébrité dans le monde des Illuminés, Martinez Pasqualis, dont il fut l'élève et l'ami, mais dont il se sépara, lorsqu'il eût reconnu que les procédés théurgiques du juif portugais étaient trop violents pour sa théosophie délicate et rêveuse.

C'est en 1768 que le Martinisme, professé jusque là à Bordeaux, Lyon et Marseille seulement, pénétra à Paris avec quelque autorité, recrutant sous les auspices de ses deux chefs des hommes distingués, les Frères [page 207] d'Hauterive, abbé Fournier, et Cazotte, l'auteur si connu du Diable amoureux.

Au même moment (1767) apparaissaient en Allemagne les Clercs Francs-Maçons de la Late-Obserrance, prétendus continuateurs des Templiers et des Rose-Croix, et dont le but, suivant un auteur contemporain, était, « de citer et de commander les esprits, de chercher la pierre philosophale, et d'établir l'empire de mille ans (Thory, Act. Lalom., t. I, p. 91). »

La secte maçonnique des Illuminés d'Avignon prenait aussi naissance en 1770, sous la direction du bénédictin Don Pernetti ou Pernéty, et du Frère Grabianca, staroste polonais (2). Non seulement les rêveries de Swedenborg y étaient en honneur, mais on s'y occupait encore de la transmutation des métaux, de la recherche de la panacée universelle et de l'élixir de longue vie (Clavel, p. 172).

Mesmer et Cagliostro n'étaient pas encore apparus, vulgarisant dans le monde une partie des pratiques secrètes de ces différentes sectes ; mais le mouvement auquel elles avaient donné naissance au sein de la Maçonnerie se traduisit par la création à Paris du régime des Philalèthes, ou Chercheurs de la vérité. Il prit naissance dans la Loge des Amis-Réunis, dépendant du Grand-Orient, et fondée par des Maçons distingués, parmi lesquels on cite Savalette de Langes, Garde du Trésor royal; le savant Court de Gébelin; le président d'Héricourt; le Marquis de Tavannes; les Princes Louis et Frédéric de Hesse; le Marquis de Chef-de-Bien ; [page 208] Beyerlé, Conseiller au Parlement de Nancy; de Chompré, homme de lettres ; Roëttiers de Montaleau, Maître des Comptes, plus tard Grand-Maître du Grand-Orient sous le nom de Grand-Vénérable ; le Comte de Stroganoff, chambellan de l'impératrice de Russie; etc. (3).

Cette Loge des Amis-Réunis devint Mère-Loge ou Chef d'Ordre du Régime, auquel se rattachèrent une vingtaine d'Ateliers, qui ne cessèrent pas, néamoins, de dépendre eux-mêmes du Grand-Orient pour les trois degrés symboliques. Les connaissances maçonniques étaient divisées en douze classes, dont les six premières formaient la petite Maçonnerie, et les six dernières la haute Maçonnerie. La petite Maçonnerie comprenait les Apprenti, Compagnon, Maître, Elu, Ecossais, Chevalier d'Orient; la haute Maçonnerie se composait des grades de Rose-Croix, Chevalier du Temple, Philosophe inconnu, sublime Philosophe, Initié, Philalèthe ou Maître à tous grades. L'étude des sciences occultes était pousuivie dans les degrés supérieurs, non comme but, mais comme moyen de perfectionner l'homme en le rapprochant de la source divine dont il émane. Un riche cabinet de physique et d'histoire naturelle, et une bibliothèque précieuse, composée d'ouvrages sur les doctrines secrètes, avaient été formés [page 209] par la Loge-Mère de ce Régime, et confiés aux soins du Frère Savalette de Langes.

Lors du Couvent de 1785, parmi les proponenda soumis aux recherches de l'Assemblée par les Philalèthes qui l'avaient convoqué, on remarque ces questions :

« VI. La science maçonnique a-t-elle des rapports avec les sciences connues sous le nom de sciences occultes ou secrètes?

« VII. Avec laquelle de ces sciences a-t-elle le plus de rapports, et quels sont ces rapports? »

Le Régime des Philalèthes se modifia en 1780, et devint à Narbonne le Rite Primitif, où les connaissances mystiques et théosophiques sont renfermées dans les quatre Chapitres de Rose-Croix qui composent les dernières classes de cette réforme…

Notes

(1) Coën, d'un mot hébreux qui signifie prêtre.
(2) Staroste, possesseur de fief, titre de noblesse en Pologne.
(3) Nous avons pris ces noms sur la liste des membres du Convent des Philalèlhes de 1785 (voir Thory, Àct. Latom. t. II, p. 92 et suiv.) — Nous profitons de cette note pour avertir que le Frère Rebold dans son Histoire des trois Grandes-Loges, etc., s'est mépris sur le rôle de la Maçonnerie des Philalèthes, et sur l'attitude de ses fondateurs vis-à-vis du Grand-Orient (voir Rebold, p. 74, 607 et suiv.).

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