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Index de l'article

Calendrier perpetuel 1866- Bulletin administratif du ministère de l’instruction publique
- Revue des cours littéraires de la France et de l'étranger
- Annuaire de l'économie politique
- Capefigue - La Baronne de Krudner
- Grucker - François Hemsterhuis: sa vie et ses œuvres
- L’Intermédiaire des chercheurs et curieux
- Neut – La franc-maçonnerie soumise au grand jour de la publicité
- Revue des deux mondes – Un prince allemand du XVIIIe siècle 69
- Favre – Documents maçonniques
- Cherbuliez - Revue critique des livres nouveaux
- Martin - Annuaire Philosophique
- Revue des cours littéraires de la France et de l’étranger

1866 - Bulletin administratif du ministère de l’instruction publique

1866 bulletin administratifNouvelle série
Tome V
Année 1866, 1er trimestre,
n° 91 à 107.
Paris Imprimerie nationale
1866

N°99 – Partie non officielle - Extrait, p.430-431

Discours prononcé par M. le Ministre de l'instruction publique à la réunion des Sociétés savantes, à la Sorbonne, le 7 avril 1866.

Cette union est pour vous, Messieurs, chaque année, plus heureuse, parce que vous êtes de ceux qui regardent la vie comme nous ayant été donnée à cette fin, que chacune des minutes dont elle se compose soit échangée contre une parcelle de vérité. Les mémoires lus, l'année dernière, dans vos deux sections de philologie et d'histoire, viennent d'être publiés. Ce volume atteste un sérieux progrès, et ce que j'ai entendu, ce que j'ai appris des lectures faites en ces derniers jours, me donne l'assurance que ce progrès continuera.

bouton jaune  N°99 – Partie non officielle - Extrait, p.430-431

1866 - Revue des cours littéraires de la France et de l'étranger

1866 revue cours littérairesCollège de France - Sorbonne école des beaux-arts - Faculté de droit — Bibliothèque impériale facultés des lettres des départements-sociétés savantes
Universités étrangères Soirées littéraires de la Sorbonne et des villes de province
Conférences libres
Troisième année
Paris
Germer Baillière, Libraire-éditeur
17, rue de l'école de médecine
1865-1866

Congrès des sociétés savantes.- Extrait, p.3761866 revue cours

Parmi les mémoires lus cette année, dans la section littéraire, au concours des sociétés savantes, qui se tient tous les ans à la Sorbonne, on a remarqué ceux de MM. Jeannet, Quénault, Joly, Antonin Macé, Antoine, Cougny, Dunan, sur divers points d'histoire et d'érudition.

En présidant la distribution des récompenses, M. le ministre de l'instruction publique a prononcé un discours dont voici un fragment :

... Cette union est pour vous, Messieurs, chaque année, plus heureuse, parce que vous êtes de ceux qui regardent la vie comme nous ayant été donnée à cette fin, que chacune des minutes dont elle se compose soit échangée contre une parcelle de vérité. Les mémoires lus, l'année dernière, dans vos deux sections de philologie et d'histoire, viennent d'être publiés. Ce volume atteste un sérieux progrès, et ce que j'ai entendu, ce que j'ai appris des lectures faites en ces derniers jours, me donne l'assurance que ce progrès continuera.

bouton jaune   Congrès des sociétés savantes.- Extrait, p.376

Remarque

Cette phrase, attribuée à Louis-Claude de Saint-Martin est citée de nombreuses fois dans des ouvrages. Elle est reprise par d'autres auteurs. Nous l'avons trouvé dans des ouvrages publiés en 1860 chez :

Edmond Scherer en exergue dans son ouvrage Mélanges de critique religieuse
Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, (pages 56-57)et la 
Revue Suisse (page 786) reprennent cette  phrase à la suite de critiques sur l'ouvrage de Scherer.

Elle est également reprise en 1866 dans 

La Revue bleue,
Le Moniteur scientifique, 
Le Bulletin administratif du ministère de l'instruction publique (ci-dessus), 
Le tome 7 du Grand dictionnaire universel de Pierre Larousse et
La Revue des cours littéraires de la France et de l'étranger (1866, volume 3), p.376 (ci-dessus). 

et en 18671867 annales medecine p199

Annales de la Société de médecine de Gand, tome 45 1867. Citation de Saint-Martin d'après Sainte-Beuve, p.199 :

La vie nous a été donnée pour que chacune des minutes dont elle se compose soit échangée contre une parcelle de la vérité
Saint-Martin, cité par Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, tome XV, p.56

Au XXe siècle, d'autres ouvrages et revues reprennent la même citation : 

La Grande revue (1903, volume 24), page 104 ;
La Revue des Français (vol. 8, 1913), p.236 ; 
La Revue mondiale : ancienne Revue des revues (1920), p.172 ; 
Les Cahiers protestants (1921), volume 5, p. 271 ; 
Albert Cim dans Nouvelles récréations littéraires et historiques (1921), p.18
La Société languedocienne de géographie (1931), p.7, citant Scherer .

De nos jours, cette citation se trouve dans Les arbres et les jours, de Jacques de Bourbon Busset (1967), page 69.

Toutefois, nous n'avons pas retrouvé dans les écrits de Louis-Claude de Saint-Martin, cette citation. Il semble qu'elle fut créée par Edmond Henri Adolphe Scherer - Mélanges de critique religieuse dans son Avertissement, p.VI

1866 - Annuaire de l'économie politique

1866 annuaire economieAnnuaire de l'économie politique et de la statistique
Par MM. Guillaumin, Joseph Garnier, Mce Block
Par M. Maurice Block et MM. J. de Boisjoslin – Paul Boiteau – Bouquet – Alp. Courtois – Jules Duval – A. Legott – A. Monnier – Jules Pautet, etc.
Vingt-troisième année
Paris. Guillaumin et Cie, libraires ? Éditeurs du Journal des Économistes, de la Collection des principaux Économistes, du Dictionnaire de l’Économie politique, du Dictionnaire universel du Commerce et de la Navigation, etc. 15 rue Richelieu
1866

Cinquième partie. Variétés. Résumé analytique des travaux de l’Académie des sciences morales et politiques (avril 1865. – mars 1866.) Extrait, pages 438-438

L'Académie a entendu, pendant l'année 1864-1865, la lecture des Mémoires, Fragments et Rapports suivants.

Section de philosophie

M. Ad. Franck a lu divers chapitres d'une Étude sur Martinez Pasqualis, ses doctrines mystiques et son influence sut Saint-Martin (le philosophe inconnu) : cette étude est devenue un livre sous le titre de : Le Mysticisme au XVIIIe siècle.

bouton jaune   Résumé analytique des travaux de l’Académie des sciences morales et politiques

1866 – Capefigue - La Baronne de Krudner

1866 Capefigue KrudnerLa Baronne de Krudner: L'empereur Alexandre Ier au Congrès de Vienne et les traités de 1815
Par M. Jean Baptiste Honoré Raymond Capefigue
Paris. Amyot, Editeur, 8, rue de la Paix
1866

Chapitre I – L’enfance et les études mystiques de la baronne de Krudner (1769-1775)

Extrait, pages 14-15

En plein dix-huitième siècle, un juif portugais, du nom de Martinez Pascalès, enseignait la doctrine de la communication de l'homme avec les esprits, doctrine transmise par les prêtres d'Egypte, et qu'il disait d'une telle pureté, que les abeilles recueillaient le miel autour de ses paroles (1). Martinez eut pour son disciple ardent, un jeune officier créole, le chevalier de Saint-Martin (2), caractère calme, très convaincu et l'ardent conseiller [15] Weishaupt (3), le chef des illuminés en Allemagne, et maître un moment des universités. Mme de Krudner fait observer que le martinisme (4) se distinguait de la franc-maçonnerie en ce qu'il entrait droit dans l'illuminisme, sans se préoccuper des idées politiques et des systèmes matériels qui divisent le monde. Du sein du martinisme naquit le comte Cagliostro, l'ami de Martinez Pascalès ; comme lui, il se disait maître des mystères de l'Orient, et des oracles de Memphis ; Mme de Krudner ne le raillait pas; elle l'étudiait ainsi que le comte de Saint- Germain : chronologiste enchanteur, érudit prodigieux, il accumulait les faits, avec autant de sûreté que les bénédictins, en les pliant à sa fantaisie (5).

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1866 – Favre – Documents maçonniques

1866 favreDocuments maçonniques recueillis et annotés par François Favre
Paris
Librairie maçonnique de A. Teissier. 37, rue de Grenelle Saint Honoré
1866

Essai philosophique. II. Organisation – Philosophie. Extrait page LXXVII- LXXIX

« Singulier siècle que le dix-huitième, dit avec raison M. Matter, dans son Étude sur Saint-Martin, dont la première moitié plonge avec amour dans tous les genres de criticisme, et dont la seconde, devenue toute sceptique, nous offre William Law (1) en face de Hume, Swedenborg en face de Kant, Saint-Germain, Cagliostro et Martinez de Pasqualis en face de Diderot, de Voltaire et de Rousseau (2).

1. Voici ce que dit M. Matter de William Law, dont le nom semble ignoré de la plupart des biographes :

« William Law, ministre anglican, se faisait remarquer à cette époque (c’est-à-dire à l’époque du voyage de Saint-Martin en Angleterre, vers 1786 ou 1787) par la tendresse toute mystique qui respirait dans ses publications morales ou religieuses ; et dans un pays où régnaient encore une foi ardente et une grande piété, au milieu des bruyantes attaques des libres penseurs, un écrivain d’une si haute mysticité dut rencontrer de vives sympathies. Law jouit de cet avantage. Animée de tous les sentiments de foi évangélique auxquels Saint-Martin lui-même s’appliquait, en sa qualité de missionnaire chrétien, la propagande de Law avait en Angleterre un succès très éclatant. »

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1866 - Grucker - François Hemsterhuis: sa vie et ses œuvres

1866 GruckerFrancois Hemsterhuis: sa vie et ses œuvres
De Emile Grucker, agrégé de philosophie, agrégé de langues vivantes, docteur ès lettres
Paris - Durand, éditeur, rue des Grès, 7. - 274 pages
1866

Chapitre IV – Questions générales – Facultés de l’âme – Théorie de la connaissance - Extrait, page 81

C'est aux inspirations du sentiment, à une sorte de révélation divine, qu'ils demandent la vérité absolue. Ce n'est plus dans l'intelligence, c'est dans le cœur qu'ils placent le centre et le foyer de la vie morale et religieuse de l’homme. Ils se croient ainsi plus près de la vérité, parce qu'ils se croient plus près de la nature. Ils opposent le sentiment à l'idée, l'instinct à la réflexion, comme on oppose ce qui est naturel et vivant, à ce qui n'a qu'une existence factice et artificielle. De là ces invectives passionnées de Rousseau (1), de Jacobi, de Hamann contre la raison, contre la science, contre la pensée elle-même, qui aboutissent dans leurs dernières exagérations, aux folies du mysticisme et de la théosophie, à Saint-Martin, à Jung-Stilling, à Swedenborg (2).

Notes

1. L'homme qui pense est un animal dépravé : J. J. Rousseau.
2. Caro, Le mysticisme au dix-huitième siècle; Étude sur Saint-Martin.

bouton jaune   Questions générales – Facultés de l’âme – Théorie de la connaissance

1866 - L’Intermédiaire des chercheurs et curieux

1866 intermediaire curieuxL’Intermédiaire des chercheurs et curieux
(Correspondance littéraire, Notes and Queries français)
Questions et réponses, communications diverses à l’usage de tous.
Littérateurs et gens du monde, artistes, bibliophiles, archéologues, généalogistes, etc.
Paris. Librairie de la Suisse Romande, Maison Cherbuliez, rue de Seine, 33.
1866

N° 62. 25 juillet 1866, page 423 - 3ème année. 1866.

1866 intermediaire curieux 25juilŒuvres imprimées ou mss. de Martinez Paschalis. — Quelqu’un des lecteurs de l’Intermédiaire pourrait-il donner des renseignements sur les œuvres dont il est question dans la citation suivante: « Ce rite, d’abord appelé du nom de son auteur, Rite de Martinez Paschalis, fut composé, en 1754, par ce chef de la secte des Martinistes. On croit Martinez Portugais et juif. Il forma, d’après Swedenborg, une école de cabalistes, dits coëns ou cohens (prêtres, en hébreu), à Marseille, à Toulouse, à Bordeaux, etc., et à Paris, où il l’apporta en 1767 ; mais il ne put l’y faire adopter que huit années après. Il mourut à Port-au-Prince (Saint-Domingue), en 1779; ses œuvres sont : le Protée, les Axiomes ; la Roue, le Monde » (Ragon, Orthodoxie maçonnique, p. 149).

L’auteur de cette question ne connaît de Martinez Paschalis,.Pasqualis, Pasqualitz ou Paschally, qu’un manuscrit cité par MM. Matter et Franck, et intitulé : « Traité de la réintégration des êtres dans leurs premières propriétés, vertus et puissances spirituelles et divines, par Martinez Pasqualitz. » Ragon qui a dû voir les traités qu’il cite, est mort il y a trois ans ; et toute sa bibliothèque a été dispersée aux enchères.

(Rennes. A.-G. J.)

bouton jaune   N° 62. 25 juillet 1866, page 423

1866 – Neut – La franc-maçonnerie soumise au grand jour de la publicité

1866 neutLa franc-maçonnerie soumise au grand jour de la publicité: à l'aide de documents authentiques ...
Par Edouard Amand Neut
Tome I – Deuxième édition
Amand Neut, rue du Gouvernement, n° 11, Gand
Edouard Neut, rue Nord du Sablon, n° 38, Bruges
Octobre 1866

Document II : Louis de Saint-Martin – Extrait, page 98

Louis de Saint-Martin, prêtre apostat, marié à une femme divorcée, avec laquelle il divorça ensuite lui-même, vénérable de la Loge de la Parfaite Intelligence à Liège – Des funérailles maçonniques (1)

(Extrait de sa biographie dans les Précis historiques de la F.-M., tome II, page 257 et des Annales mac. des Pays-Bas, tome VI, p. 507 et suiv.)

Une autre grande lumière de la Franc-Maçonnerie liégeoise fut le Frère Saint-Martin, que son panégyriste, le Fr. Destriveaux, appelle « l’apôtre le plus éclairé, le restaurateur et le plus ferme appui du Temple liégeois. » Saint-Martin, né à Paris en 1753, embrassa l'état ecclésiastique et fut ordonné prêtre. En 1781 il devint conseiller clerc au Châtelet de Paris. Il publia, la même année, des Réflexions en réponse à celles de l'abbé d’Espagnac touchant Suger, et en 1780: Les établissements de St.-Louis suivant le texte original et rendus dans le langage actuel, avec des notes (Paris, Nyon, in 8° de XXIV et 539 pages). Il fut chargé de prêcher le 25 août 1784 le Panégyrique de St.-Louis devant l'Académie française. Plus tard, il adopta avec ardeur les principes de la révolution et, abandonnant bientôt son état, il épousa une femme divorcée et divorça ensuite avec elle. Saint-Martin devint successivement membre de la Cour de cassation à Paris, membre du tribunal de révision établi à Trêves pour les quatre départements de la rive gauche du Rhin, juge en Cour d'appel et conseiller à la Cour supérieure de Liège. Il fut aussi un des trois membres d'une commission chargée de recueillir les monuments des arts à Rome et dans l'Italie, et le Journal de Liège, dans un article qu'il publia à sa gloire, assure qu'il honora le caractère français dans Rome humiliée.

Note

(1) Les Précis historiques de la F.-M (par Besuchet) restituent à Saint-Martin la particule nobiliaire de que la démocratie avait retranchée de son nom. — Un autre Louis de Saint-Martin, contemporain du premier, fut également zélé Maçon. Ce second naquit à Amboise en 1743 et mourut en 1805 à Aunay près de Paris. Il fut disciple du visionnaire Martinez-Pasqualis et devint le chef de la Maçonnerie mystique, dite Martinisme, qui prétend que la Maçonnerie est une émanation de la divinité et qu'elle remonte à l’origine du monde ; « en quoi, dit l'auteur des Précis historiques de la F. M. (de F. Besuchet), nous voyons une opinion et non une extravagance. » Voltaire qualifie son style d'archi-galimatias, et dit qu'il ne croit pas qu'on ait jamais rien imprimé de plus absurde, de plus obscur et de plus sot que le principal ouvrage de Saint-Martin, qui a pour titre : Des erreurs ou de la vérité, ou les bommes rappelés au principe universel de la science (Lettre à d'Alembert, du 22 octobre 1776). L'engouement de l'époque pour les nouveautés les plus étranges fit que cet ouvrage, « si absurde, si obscur et si sot, » eut en peu de temps jusqu'à trois éditions. (Note de l’auteur).

bouton jaune   Document II : Louis de Saint-Martin

1866 - Revue des deux mondes – Un prince allemand du XVIIIe siècle 

1866 revue2mondesRevue des deux Mondes
XXXVI année – Seconde période
Tome Soixante et unième
Paris
Bureau de la Revue des deux Mondes
Rue Saint-Benoit, 20
1866

Saint-René Taillandier - Un prince allemand du XVIIIe siècle d'après des mémoires inédits - II. Charles de Hesse et les illuminés. 

Livraison du 15 février 1866 - Extrait, page 893-894

Ce sont d'abord les fourbes, les jongleurs, ceux qui, exploitant les dispositions crédules de l'esprit public et mettant à profit les découvertes mal connues des sciences non constituées encore, ont fait un si grand nombre de dupes dans toutes les classes de la société européenne : tels sont l'Allemand Schrepfer, le Hongrois Saint-Germain, le Sicilien Cagliostro. Bien au-dessus d'eux ou plutôt dans un ordre d'idées tout différent viennent les mystiques, les rêveurs inspirés, âmes tendres et un peu folles, mais de cette folie qui est souvent l'exaltation de la sagesse, âmes profondes à coup sûr, car elles ont senti avant toutes les autres le besoin de se soustraire aux sèches doctrines d'un siècle épuisé, et, prenant leur vol les premières, elles ont cherché à travers mille dangers les rivages inconnus. Il n'y a pas de rapprochement à faire entre ces élans désordonnés et le spiritualisme viril qui demeurera l'honneur de notre siècle ; avons-nous tort pourtant de rendre hommage, comme l'a fait si éloquemment Mme de Staël, à ceux qui ont protesté contre des doctrines funestes et rouvert aux âmes les perspectives infinies ? Trois hommes, un Suédois, un Suisse, un Français, composent ce mystique cénacle; il suffit de nommer l'enthousiaste et poétique Svedenborg, l'ingénieux et ardent Lavater, le doux et subtil Saint-Martin. Le troisième groupe enfin est celui des mystiques révolutionnaires. Sont-ce bien des mystiques ? Eux-mêmes le disent, puisqu'ils se nomment les illuminés ; il semble pourtant que ce soit là une simple prétention accommodée à l'esprit du temps et du pays où la secte a pris naissance. A vrai dire, ce sont des hommes d'action, et ils se proposent bien moins de pénétrer les mystères du monde idéal que de [page 894] renouveler la face de la terre : secte bizarre, mal connue, difficile à connaître, bien que deux ou trois de ses chefs appartiennent à l'histoire de la littérature allemande. Que de physionomies diverses dans cette assemblée ! A côté de l'ardent Weisshaupt, le jurisconsulte d'Ingolstadt, j'aperçois ici le baron de Knigge, gentilhomme démocrate, romancier populaire, cœur et tête à l'évent, ainsi que le candide Wilhelm Bode, un des collaborateurs de Lessing

Telles sont à grands traits, et sans tenir compte des particularités sans nombre, les trois classes de personnages confondus par l'imagination effarouchée des contemporains. Cette confusion même et l'effroi qui en fut la suite sont un des signes de l'époque. Ces hommes n'ayant de commun que leurs mystérieuses allures, il fallait qu'il y eût dans l'air un singulier besoin de merveilleux pour qu'un Saint-Germain par exemple ou un Cagliostro fût nommé par les publicistes à côté de Saint-Martin ou de Lavater. Or il se trouve que le prince dont nous interrogeons les mémoires inédits a connu fort intimement des personnes appartenant à ces trois classes ; il a vu, il a aimé l'un des principaux mystificateurs du XVIIIe siècle, il a été en relations directes avec l'école des rêveurs inspirés ; enfin il a été initié à l'illuminisme et revêtu même d'un commandement occulte pour l'Europe du nord. S'il ne parle que des mystificateurs et des révolutionnaires, des fourbes et des illuminés, c'est là déjà une assez bonne part dans la mêlée qui nous occupe. Écoutons les confidences du prince Charles en les contrôlant au besoin par le témoignage des contemporains.

bouton jaune   Livraison du 15 février 1866 - Extrait, page 893-894

Livraison du 15 février 1866 - Extrait, p.925

Bien plus, ce n'est pas seulement chez Goethe que se trouvent ces sympathies pour les mystiques du xvii siècle ; les meilleurs de ses disciples, par conséquent les moins mystiques des hommes, ont éprouvé la même curiosité bienveillante. Il suffit de citer ici M. Varnhagen d'Ense et ses études sur le théosophe Saint-Martin. Pourquoi donc l'auteur de Wilhelm Meister, pourquoi M. Varnhagen d'Ense à son exemple, ont-ils écouté si attentivement de tels songeurs ? Parce que ces songeurs étaient sincères et qu'en eux se révèle tout un aspect de la société européenne au XVIIIe siècle. Le prince curieux, candide, qui rêve pour le genre humain une sorte de paradis sur terre, qui, partagé entre la soumission chrétienne et les espérances des philosophes, cherche à les unir sous les voiles d'une doctrine mystérieuse, c'est bien là un des types de l'Allemagne à la veille de la révolution. Les veux, les songes que Bernardin de Saint-Pierre adressait à Louis XVI dans les dernières pages des Études de la nature étaient familiers de l'autre côté du Rhin à plus d'un prince désœuvré, avec cette différence toutefois que la philosophie de Jean-Jacques suffisait au rêveur français, tandis que le rêveur allemand avait besoin de mysticisme. Ce sont tous ces motifs qui recommandent le souvenir du prince de Hesse : avec sa candeur et ses contradictions, il représente tout un groupe de belles âmes, comme dit Goethe, il ajoute du moins une figure de plus à cette galerie singulière. On peut sourire en l'écoutant; comment ne pas s'intéresser à un homme qui, de Struensée à Gustave III, des illuminés aux jacobins, de Frédéric le Grand à la révolution de 1830, a pris part à tant d'événemens et traversé tant de couches sociales sans désespérer jamais ni de la religion, ni de la philosophie, ni de l'avenir du genre humain ?

bouton jaune   Livraison du 15 février 1866 - Extrait, page 925

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