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Calendrier perpetuel 1878 - Paul Lacroix - XVIIIe siècle - Lettres, sciences et arts

    Chapitre II – Inventions et découvertes

- Auguste Lecanu - Histoire du diocèse de Coutances et Avranches

    Chapitre XXVII - Sciences - Littérature - Franc-maçonnerie

- Gustave Merlet - Tableau de la littérature française 1800-1815

    Livre II. Restauration de la philosophie spiritualiste.
    Chapitre 1er […] Le mysticisme et la révolution. Saint-Martin

1878 - XVIIIe siècle - Lettres, sciences et arts

1878 LacroixXVIIIe siècle
Lettres, sciences et arts
France 1700-1789
Ouvrage illustré de 16 chromolithographies et de 250 gravures sur bois
Paul Lacroix (Bibliophile Jacob)
Librairie de Firmin Didot et Cie,
Imprimeurs de l’Institut, 56, rue Jacob
1878

Chapitre II – Inventions et découvertes. Extrait, page 50

Cet art nouveau, que les charlatans s'étaient approprié et qu'ils n'avaient garde de révéler aux profanes, favorisa certainement les tromperies de différentes sectes mystiques qui apparurent dans les loges des francs-maçons dès le temps de Louis XV. Une de ces sectes, celle des Illuminés, avait été fondée par un Portugais nommé Martinez de Pasqualis, qui en fut le chef reconnu et qui introduisit dans la franc-maçonnerie une sorte de rite cabalistique. Les disciples de Martinez s'appelèrent Martinistes, après la mort de leur maître, qui avait laissé son évangile aux loges maçonniques du Languedoc et de la Provence. Ils ne furent connus à Paris que dix ans plus tard, et, à l'exception de Saint-Martin, qui s'intitulait le Philosophe inconnu, ils n'y firent pas de prosélytes. « Qui l'eût dit, s'écrie Mercier, qu'après les encyclopédistes viendraient les martinistes ! » « C'est, ajoute Mercier, une secte toute nouvelle, qui, tournant absolument le dos aux routes ouvertes par la saine physique, par la solide chimie, et faisant divorce avec tout ce que nous dit l'histoire naturelle, s'est précipitée dans un monde invisible qu'elle seule aperçoit. Les martinistes ont adopté les visions du Suédois Swedenborg, qui a vu les anges, qui leur a parlé, qui nous a décrit de sang-froid leur logement, leur écriture, leurs habitudes, qui a vu enfin de ses yeux les merveilles du ciel et de l'enfer. » Mercier reconnaissait pourtant que ces sectaires étaient les plus doux des hommes, les plus inoffensifs, et ne cherchaient qu'à se rapprocher de l'Être suprême par l'exercice des vertus.

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1878 – Lecanu - Histoire du diocèse de Coutances et Avranches

 1878 Lecanu CoutanceHistoire du diocèse de Coutances et Avranches
depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours suivie
Des Actes des saints
et d'un tableau historique des paroisses du diocèse
Auguste François Lecanu Salettes
Tome II
Coutances
Imprimerie de Salettes, libraire-éditeur
Paris – Chez Champion, libraire. 15, Quai Malaquais
Rouen – Chez Métérie, libraire. 11, rue Jeanne d’Arc
1878

Chapitre XXVII - Sciences - Littérature - Franc-maçonnerie. Extrait, p.84-85

L'ordre philosophique se composait de deux branches. L'hermétisme, dont nous venons de parler, et la cabale en relations avec les esprits, composée d'enfants terribles, qu'il fallait prendre et qui se prenaient eux-mêmes au sérieux. Les trois degrés suprêmes de l'ordre cabaliste étaient ceux des Elus-Coëns, des Invisibles et des Chevaliers-de-la-Mort. Le grade des Elus [page 85] Coëns avait été introduit par le fameux Martinez Pasqualis, disciple de Swedemborg [sic]. Il avait pour but la régénération physique et morale de l'homme dans le sens de la loi naturelle.

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1878 – Merlet - Tableau de la littérature française 1800-1815

1878 MerletTableau de la littérature française
1800-1815.
Mouvement religieux, philosophique et poétique par
Gustave Merlet
Paris.
Librairie académique.
Didier et Cie, libraires éditeurs.
35, quai des Augustins
1878

Livre II. Restauration de la philosophie spiritualiste. Chapitre 1er […] Le mysticisme et la révolution. Saint-Martin, pages 123-125

Au lendemain des orages qui ont troublé le ciel et bouleversé la terre, le mysticisme fut d'ordinaire l'asile des penseurs découragés, ou trop impatients pour s'attarder aux lenteurs du raisonnement. Tel avait été, vers la fin du siècle précédent, au sein d'une société sceptique ou impie, le théosophe Saint-Martin, ce philosophe inconnu, comme il s'appelait lui-même, âme douce et pieuse, toute dévouée à l'idée divine, supérieure par le sentiment et l'intuition, religieuse avec suavité, mêlant ses chimères à la logique éperdue de l'amour pur, mais enflammée par la ferveur d'un apostolat qui justifia cette parole empruntée à l'un de ses écrits : « Tous les hommes peuvent m'être utiles, il n'y en a pas un qui puisse me suffire ; il me faut Dieu (1) »

Il est donc juste de lui consacrer un souvenir. Car il resta fidèle à des croyances délaissées, alors que l'athéisme ou l'incrédulité s'étalait partout en plein soleil. On serait tenté de comparer ce rêveur séraphique aux chrétiens des Catacombes. Lui aussi, [page 124] dans le triomphe du matérialisme, ne sauva-t-il pas le feu sacré ? Ne se fit-il point un devoir de l'entretenir dans l'ombre par l'ardeur d'une propagande qui eut ses heures de courage entreprenant ? Car, si l'inclémence des temps lui imposa trop souvent un rôle ingrat et timide, s'il dut faire ses recrues à petit bruit, et garder une sorte d'incognito parmi les infidèles dont le flot le submergeait, n'oublions pas qu'en 1790, au moment où les Ruines de Volney croyaient donner le dernier mot de toutes les négations victorieuses, Saint-Martin fit entendre publiquement une protestation prophétique, au nom de ce spiritualisme qui ne doit pas, qui ne peut pas mourir.

Plus tard encore, il eut également son jour d'utilité sociale, quand, à cinquante-deux ans, élève des Écoles normales, il sortit de sa solitude silencieuse pour engager un duel contre l'idéologie triomphante, et défier en face le professeur Garat, son plus brillant avocat. Lorsqu'il vint railler ouvertement la dextérité de l'escamotage à l'aide duquel un sophiste se flattait d'expliquer tout l'homme par le mécanisme de la sensation, le trait lancé par sa fronde atteignit Goliath au front ; et le défenseur officieux de la Providence, comme il disait, eut alors les rieurs pour lui. Il est vrai qu'il compromit parfois le sérieux de sa cause par les utopies d'une imagination qui manqua d'équilibre. Mais, bien qu'il lui soit arrivé, selon l'expression de Joubert, de « monter vers la lumière sur des ailes de chauve-souris », il y aurait ingratitude à ne pas lui savoir [page 125] gré de l'action occulte qu'il avait exercée, ne fût-ce que par son exemple, sur un mouvement d'idées morales qu'il attendit, et pressentit comme une infaillible revanche.

Notes

1. Lisez le bel ouvrage de M. Caro : Le Mysticisme au XVIIIe siècle.

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Appendice – Prosateurs – Littérature religieuse et philosophique. Article Saint-Martin, pages 467-468

SAINT-MARTIN (Louis-Claude de) [1743-1803]. Né à Amboise, il commença par étudier le droit ; puis, lieutenant au régiment de Foix en 1765, il fut initié à la curiosité philosophique par un ouvrage du protestant J. Abbadie, l'Art de se connaître soi-même. Il se trouvait en garnison à Bordeaux, lorsque les doctrines toutes nouvelles de quelques mystiques, Martinez Pasqualis, et Swedenborg, passionnèrent son esprit contemplatif. Dès lors, quittant le service militaire, il se voua définitivement à la conception d'un système qu'il appelait le Spiritualisme pur, et qui lui valut le surnom de Théosophe ou Philosophe inconnu. Il publia, sous le voile de l'anonyme, les ouvrages suivants : Des erreurs et de la vérité [1775]; Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers [1782]; l'Homme de désir [1790] ; le Nouvel Homme [1796] ; de l'Esprit des choses, [page 468] ou Coup d'œil philosophique sur la nature des êtres [1800]; et le Ministère de l'homme-esprit [1802]. Il traduisit aussi trois ouvrages de Jacques Boehm, l'Aurore, la Triple vue [sic], et les Trois principes. Son style est fort énigmatique. Il ne devient clair que lorsqu'il s'attaque aux sensualistes. Voltaire, après avoir lu le titre de son livre sur les Erreurs et la vérité, avait dit : « S'il est bon, il doit contenir cinquante volumes in-folio sur la première partie, et une demi-page sur la seconde. » En 1799, il publia un poème épico-magique intitulé le Crocodile ou la Guerre du bien et du mal sous Louis XV. Dans sa préface, il déclare « qu'on ne devrait faire des vers qu'après avoir accompli des miracles ; car les vers ne doivent avoir pour objet que de les célébrer ». C'est ce qui fit dire à l'abbé Grégoire : « On ignore si Saint-Martin a opéré des miracles ; mais son poème n'est pas merveilleux.» Ne le jugeons point d'après une épigramme. Pour bien connaître cette candide intelligence, lisez le bel ouvrage de M. Caro (Essai sur la vie et la doctrine de Saint-Martin.) Voici quelques-unes de ses pensées :

L'orgueil est comme le ver : on a beau le couper en morceaux, chacun de ces morceaux reprend la vie, et devient un nouveau ver.

La véritable bravoure, c'est le sentiment de notre supériorité sur le corps.

L'intelligence de l'homme doit être traitée comme les grands personnages de l'Orient, qu'on n'aborde jamais sans avoir des présents à leur offrir.

A force de dire à Dieu : Notre père! espérons que nous l'entendrons dire un 'jour : Mon fils !

J'ai vu que les hommes étaient étonnés de mourir, et qu'ils n'étaient point étonnés de naître ; c'est là cependant ce qui mériterait le plus leur surprise et leur admiration.

Ne mets pas ton argent dans ta bourse, pour être plus prompt à faire l'aumône.

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Article Garat, page 472

GARAT (Dominique-Joseph, comte) [1749-1833]. Né à Bayonne, il débuta jeune encore dans les lettres par des succès académiques, l'Éloge de l'Hôpital [1778], ceux de Suger, Montausier et Fontenelle [1779, 81, 83]. Il avait de l'imagination, du mouvement et de la couleur, mais était redondant et diffus. Quand l'Athénée ouvrit ses cours, il y professa l'histoire avec un certain éclat. Député du Pays Basque aux États Généraux en 1789, il y parla peu, mais rédigea pour le Journal de Paris une analyse intéressante des débats parlementaires. Successeur de Danton au ministère de la justice [12 octobre 1792], il eut le douloureux office d'aller lire à Louis XVI son arrêt de mort. Ministre de l'intérieur après la chute de Roland [14 mars 1793], il fut aussi faible qu'imprévoyant. Jeté en prison, mais délivré par Thermidor, il dirigea l'instruction publique avec le titre de commissaire général, obtint une chaire de philosophie à l'École Normale, et fut élu à l'Académie des sciences politiques et morales. Ambassadeur à Naples, membre du Conseil des Anciens [1798], sénateur et comte de l'Empire, il courtisa toujours les causes victorieuses. Membre de la Chambre des Députés pendant les Cent Jours, il cessa d'être un personnage sous la Restauration. Rayé de l'Académie française en 1815, il se consola par le meilleur de ses livres, ses Mémoires sur M. Suard et le XVIIIe siècle [1820]. Il avait composé des Considérations sur la Révolution [1792], des Mémoires sur la Révolution [1795] des Éloges funèbres de Joubert [1795], Kléber et Desaix [1802], des Notices sur Ginguené, Thomas, Mirabeau, etc. Professeur, il fut un des derniers représentants du sensualisme.

bouton jaune   Article Garat

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