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Index de l'article

 

Louis-Claude de Saint-Martin a été présent dans la littérature pendant l'année 1801 à plusieurs reprises :
- Jean-Esprit Bonnet - Essai sur l'art de rendre les révolutions utiles
- Des Essarts - Les siècles littéraires
- Journal général de la littérature de France
- Mounier - De l’influence attribuée aux philosophes, aux francs-maçons et aux illuminés


Jean-Esprit Bonnet - Essai sur l'art de rendre les révolutions utiles

[Abbé] Jean.-Esprit Bonnet,, Essai sur l'art de rendre les révolutions utiles. Paris, Maradan, An X, - 1801 - Tome premier

Chapitre XXV - Les Illuminés. Pages 47-53Bonnet essaisurlart 1801

Cette secte a eu une origine commune avec celle des martinistes ; mais elle n'a plus rien de commun avec celle qui continue de porter ce nom, sous les auspices de la plus lubrique dépravation. Les illuminés pourraient être regardés comme une réforme de celle-ci.

Il nous a toujours paru que cette secte était le [48] refuge des amants malheureux, et qui ont l'imagination malade. En effet, elle est tout extase; elle va chercher l'objet de son amour dans le ciel, quoique celui-ci soit encore sur la terre, jouissant peut-être même à la manière des martinistes.

C'est de toutes les sectes de la religion de J. C. La seule qui ait appelé le secours de Mahomet. Dans leurs extases, ils voyagent dans des ciels plus ou moins élevés, où ils se trouvent plus ou moins étroitement unis avec l'objet de leur amour, dans des boudoirs ornés de glaces, de perles et de diamants, et sur les sophas les plus voluptueux.

Il paraît même que leurs jouissances précélestes sont aussi dirigées par les différents goûts qui les attachaient à l'objet cruel, puisque quelquefois la faveur du ciel ne leur laisse que la jouissance de quelques parties du corps de cet objet. Celui qui, avant d'être abandonné, s'extasiait devant le pied de sa maîtresse le trouve de préférence dans les réduits amoureux célestes, lorsque la faveur qu'il reçoit est partielle. Il en est ainsi de tous les goûts pour les différentes parties du corps, qu'on nous dispense de retirer du mystère.

On voit bien jusqu'ici comment cette secte a trouvé place chez les sots : mais on demandera comment elle a pu être utile à la révolution.

Ce paradis, comme on voit, musulmanique est une addition que cette secte exaltée a faite à [49] ce que la religion de Jésus-Christ nous promet mystérieusement dans l'autre vie. Mais du reste elle observe, il est vrai d'une manière un peu hétérodoxe, tout ce qu'enseigne cette religion. Elle reconnaît les livres sacrés de l'ancien et du nouveau testament; et elle a pris l'Apocalypse, le plus inintelligible et le plus mystérieux de tous les livres saints, pour base de toutes les rêveries qui la distinguent.

Un d'entr'eux, réputé leur apôtre, et presque leur chef, a fait imprimer près de soixante volumes in-quarto, petit caractère, en explication de ce livre du nouveau testament. On voit par là que le fait de cette secte doit être une imagination indomptée, et que cet apôtre à dû terriblement s'identifier avec la galerie des êtres terrestres, célestes et aquatiques, qui composent ce livre. Pour lire ces explications, il faut sans doute participer de cette identification: et c'est en vain que les prédicateurs d’illumination fatiguent les oreilles de leur auditoire par des paraphrases, non sur l'Apocalypse, mais sur les soixante volumes qui l'expliquent.

Les illuminés ne seraient pas hétérodoxes s'ils n'avaient pas, à l'aide de leur imagination, fait quelque changement en opposition à l'église romaine. Leur hérésie consiste à regarder le pape comme un antéchrist, et comme enseignant une [50] fausse doctrine, par la mauvaise interprétation que lui et ses adhérents donnent au saint livre de l'évangile. Le vrai pape et vicaire de Jésus-Christ vit, selon eux, en Afrique, d'où il viendra en Europe porter une seconde rédemption, lorsqu'il sera arrivé au jour de lumière qui fera triompher son caractère; et voici comment ils ont servi la révolution.

La liberté de tout dire ayant été promulguée, dans le temps même que le comité ecclésiastique livrait ses assauts à l'église romaine, messieurs les illuminés, connus ou non connus pour tels, parlèrent hautement de leur doctrine : mais toujours avec cette même exaltation qui les distingue lorsqu'ils parlent de leurs dogmes. Jamais la religion de Jésus-Christ apostolique et romaine n'a été déchirée comme elle le fut par les illuminés.

C'est à eux que l'on doit l'idée que Mirabeau était un apôtre distingué de la nouvelle rédemption. Ils apprirent par cœur presque tout le fameux discours qu'il prononça sur la religion, après que la division de la France fut décrétée en 85 départements, et en tout autant de diocèses. Dans ce discours, il disait qu'il irait planter la croix, ce signe sublime de la religion de Jésus-Christ, sur la cime de tous les départements. Ce que disait alors Mirabeau n'était ni pour servir le comité ecclésiastique, ni pour plaire aux illuminés; il le [51] disait, parce qu'il était convaincu de l'efficacité de cette religion dans un grand empire, et de sa salutaire influence sur la politique des gouvernements, toujours trop faible lorsqu'ils ne gouvernent les peuples que par la morale contenue dans les livres simplement humains ; et bien certainement, si sa carrière politique n'eût pas été tranchée, au moment où le roi était décidé à employer ses talents, jamais ni la destruction ni l'avilissement de la religion ne fussent entrés dans ses moyens de consolider la révolution.

Cependant les illuminés eux-mêmes remédiaient au mal qu'ils faisaient par leur exaltation et leur déraison, lorsqu'on les laissait parler sans les interrompre; mais ce remède opérait seulement sur ceux qui n'étaient pas des sots comme eux : et ceux-ci sont partout le plus grand nombre, sans parler de la facilité des Français à tout croire.

Les illuminés n'employaient jamais que le langage de la religion. Tous leurs discours révolutionnaires étaient empreints de leur bigotisme; ils avaient des mœurs au moins sévères en apparence: nous avons dit qu'ils étaient presque tous des amants malheureux, entêtés à aimer la cruelle exclusivement. De sorte qu'ils ne doivent jamais être confondus avec les martinistes. Ceux-ci, s ils ont servi la révolution, ne l'ont pu faire que dans la dépravation [52] du cœur, comme les sans-culottes servaient la dépravation de l'esprit.

Les bonnes mœurs en apparence leur persuadèrent à eux-mêmes qu'ils étaient plus parfaits que les autres hommes. On a quelque fondement de leur croire cette idée d'eux-mêmes, puisque les régents d'illumination ne manquaient jamais de dire à leurs élèves que, s'ils voulaient suivre leurs leçons, ils seraient bientôt aussi parfaits qu'eux, etc. etc.

Cette conviction en fit entrer un grand nombre dans le club des jacobins, afin, disaient-ils, que le choix pour les emplois tombe sur nous, et que, par notre présence, nous éloignons les perfides, qui, sans doute en opposition avec eux, devaient être les amis de l'ordre. Ils avaient surtout l'ambition d'occuper les premiers postes militaires.

On croira facilement qu'avec une exaltation si désordonnée, les illuminés ont donné dans toutes les sectes extravagantes ; ils furent admis aux mystères de Cagliostro. Il n'y avait peut-être qu'eux en France de vraiment mesmériens parce que rien ne pouvait mieux servir leur imagination détraquée, que le fluide magnétique : on eût dit qu'il avait été inventé par eux, tant il était adaptable à leur folie, et tant ils l'employèrent.

Tous les élans de leur fameuse prophétesse [53] étaient dus à la crise magnétique qu'ils excitaient sur ses fibres sensibles ; par divers moyens elle en est restée folle ; elle n'était pas encore guérie de son trouble de cerveau, lorsque les Français la firent sortir de la correction inquisitoriale de Rome.

On a vu plus d'un illuminé exciter la crise magnétique à de jolies femmes, en les entretenant de leurs visions et de leurs extases, et communiquant la vertu du fluide par des contacts immédiats, selon le mode perfectionné de Delon.

Nous avons dit ailleurs que c'était la secte des illuminés qui avait sacré les intrus: c'est encore un service signalé qu'elle a rendu à la révolution.

Nous ne pouvons pas cependant laisser croire que tous les illuminés aient donné dans la révolution ; car Déprémenil, qui bien évidemment était dérévolutionnaire à cause de sa qualité de conseiller de la chambre des enquêtes, n'était pas révolutionnaire : cependant il joignait à tant d'autres fausses idées celles des illuminés.

Chapitre XXVII – Francs-Maçons - Pages 56-58

Il y a des hommes qui ne sont pas sans talents, et qui s'entêtent à vouloir attribuer la révolution de France à la franc-maçonnerie. On ne peut les excuser qu'en disant que, s'ils sont observateurs, ils n'ont que la science moyenne des observations; s'ils sont atteints de l'esprit de parti, c'est de la manière la plus profonde, et la plus aveugle.

La franc- maçonnerie est une société dont le but était la charité fraternelle. Elle se soutenait, sans donner nul ombrage aux gouvernements, par son amalgame avec la partie relâchée de la doctrine d Épicure. Sa longue existence est due à une chère délicate, et à d'autres plaisirs rien moins que révolutionnaires.

Mais les francs-maçons avaient des signes convenus entre eux, des loges disposées pour les assemblées, et une correspondance que le gouvernement, en France, n'interceptait jamais, parce qu'elle n'était pas dans un esprit porté au trouble et au désordre. Cependant c'est par ces trois moyens, que les francs-maçons ont servi la révolution. On avait besoin d'une voie prompte pour faire circuler les nouvelles opinions qui naissaient- [57] journellement; leur mode de correspondance fut tout prêt : on voulait que les chefs de la propagande se parlassent un langage inconnu, au moins à la foule; les signes maçonniques servirent jusqu'à un certain point : il fallait avoir des lieux pour la prédication, et pour la dispersion de la doctrine; les loges furent des écoles propices. Tout cela est vrai, a pu exister et a existé en effet matériellement, puisqu'une fois que ces trois moyens furent à la disposition des révolutionnaires, les loges perdirent les frères aussi indistinctement et passivement, qu'elles recevaient les non frères, qui étaient révolutionnaires, indistinctement et activement. Donc le fait de la maçonnerie n'était pas la cause du fait révolutionnaire. C'était un moyen qui fut pour un temps, il est vrai, de quelque utilité, mais qui fut abandonné lorsque les sociétés populaires, s’agrandissant, convertirent les églises en salles révolutionnaires. Depuis lors, on n'a plus entendu parler des francs-maçons.

Il est si vrai que c'est une erreur de leur attribuer la révolution, que les loges qui existaient dans les pays contre-révolutionnaires continuent leur exercice, sans qu'on les soupçonne de révolution. L'institut a été si peu offensé par la nouvelle doctrine, que si, à la faveur des signes, un frère contre-révolutionnaire rencontre un frère révolutionnaire, toute abstraction faite d'opinions [58] politiques, le but de la maçonnerie est rempli.

Il serait peut-être possible de prouver que la maçonnerie en soi, si elle était entrée activement dans la révolution comme cause, ou l'eût empêchée, ou lui eût donné une autre forme, parce qu'il est bien sûr que, dans cette société, il y avait plus de frères qui se sont trouvés dans l'opposition, que de ceux qui sont devenus révolutionnaires.


Des Essarts - Les siècles littéraires

sciecles litteraires 1801

Les siècles littéraires de la France Ou nouveau dictionnaire, historique, critique et bibliographique de tous les écrivains français, morts et vivants, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

Contenant : 1° Les principaux traits de la vie des Auteurs morts, avec des jugements sur leurs ouvrages ; 2° des notices bibliographiques sur les auteurs vivants ; 3° l’indication des différentes éditions qui ont paru de tous les livres français, de l’année où ils ont été publiés, et du lieu où ils ont été imprimés.

Par N.-L.-M. [Nicolas Toussaint Le Moyne] Desessarts, et plusieurs biographes. Tome sixième - À Paris, chez l’auteur, imprimeur libraire, Place de l’Odéon. - An IX (1801).

Saint-Martin, page 34

Saint-Martin (de) a publié ; Des erreurs et de la vérité, ou les hommes rappelés au principe universel de la science, 178*, in-8° ; 2e édit. 1781, puis Edimbourg, 1782-84, 3 vol. in-8°. — Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l’Homme et l’Univers, Edimbourg, 1782, 2 vol., in-8°. — L’Homme du désir, Lyon, 178*, in-8°. — Clef des erreurs et de la vérité, 1790, in-8°. [ce dernier ouvrage est un faux et n'a pas été écrit ni publié par Saint-martin. Charles de Suze a publié deux ouvrages :
- en 1784, la Suite des Erreurs et de la vérité: ou développement du Livre des Hommes rappellés [sic] au principe universel de la Science. Salomonopolis, 435 pages
- en 1789 la Clef Des Erreurs Et De La Vérité ou les hommes rappelés au principe universel de la raison. Il comporte 128 pages]


Journal général de la littérature de Francejournal general 1801

Journal général de la littérature de France ou Indicateur bibliographique et raisonné des Livres nouveaux en tous genres, Cartes géographiques, Estampes et Œuvres de Musique qui paraissent en France, classés par ordre de matières ; avec une notice des séances académiques et des prix qui y ont été proposés, les nouvelles découvertes et inventions, la nécrologie des Écrivains et Artistes célèbres de la France, des nouvelles littéraires et bibliographiques, etc., etc.

Quatrième année - À Paris, chez Treuttel et Würtz, quai Voltaire, n° 2 - À Strasbourg, chez les mêmes libraires, Grand’rue, n° 15 - Nivôse An IX de la République française - 1801 - http://books.google.fr/books?id=6UooAAAAMAAJ

De l’Esprit des choses - Page 77

De l’Esprit des choses, ou Coup d’œil philosophique sur la nature des êtres et sur l’objet de leur existence ; ouvrage dans lequel on considère l’homme comme étant le mot de tous [sic] les énigmes, par le philosophe inconnu. 2 vol. gr. In-8. Laran, Debray et Fayolle. 8 fr.

Dans le premier volume de cet ouvrage l’homme est considéré dans ses rapports extérieurs et scientifiques, et dans le second, on le considère dans ses rapports directs avec l’œuvre qu’il a à faire, ou dans ses rapports spirituels, actifs et curatifs. Comme cet ouvrage n’est sans doute destiné qu’à une certaine classe de lecteurs, il ne peut être susceptible d’un extrait. Il suffit de dire qu’on y retrouve le style et les principes du livre des Erreurs et de la Vérité.

L’Aurore naissante - Page 234

L’Aurore naissante, ou la Racine de la philosophie, ouvrage traduit de l'allemand de Jacob Воеhm, sur l'édition d'Amsterdam de 1682, par le Philosophe inconnu. 2 vol. in-8. Laran. 7 Fr. 50 c. et 9 fr. 50 c. fr. de port.

Jacob Boehm était un des plus célèbres théosophes de l'Allemagne, et ses écrits trouvent encore des lecteurs, malgré l'obscurité qui y règne. Celui-ci dont le titre est proprement : l'aurore de la sagesse, contient en langage mystique une description de la nature et des éléments, des deux qualités bonnes et mauvaises, dont toute chose tire son origine, ce qu'elles sont, et ce qu'elles seront jusqu'il la fin des temps. Enfin l'auteur explique le royaume de dieu et le royaume infernal, et comment les hommes opèrent créaturellement dans l'un et dans l'autre. Le tout est exposé avec soin, d'après une base vraie, dans la connaissance de l'esprit et par l'impulsion divine.

Page 369

L’aurore naissante, ou la racine de la philosophie, ouvrage traduit de l'allemand de Jacob Boehm. 2 vol. in-8. VIII. 234.

De l'esprit des choses, par le philosophe inconnu. 2 vol. in-8. III. 77.


Mounier - De l’influence attribuée aux philosophes, aux francs-maçons et aux illuminés

De l’influence attribuée aux philosophes, aux francs-maçons et aux illuminés sur la révolution de France. Par Jean Joseph Mounier [1758-1806].

À Tubingen chez J. G. Cotta. 1801
À Paris, chez : Fuchs, rue des Mathurins - Pougens, quai de Voltaire, n° 10. - Levrault frères, quai Malagnay - Treuttel et Würtz, quai de Volt.
À Londres : Dulau et Co. Wardour-Street. - J. Deboffe, Gerard-Street.
À Amsterdam : Poster.
À Leyde : Luchtmann.

Extrait : pages 151-152Mounier 1801

A Lyon un nommé St. Martin imagina en 1775 ou 1776 de publier un écrit ayant pour titre des erreurs et de la vérité, dans lequel à travers le style le plus énigmatique, on retrouve la doctrine si ancienne, si universellement répandue d’un bon et d’un mauvais principe, d’un ancien état de perfection de l’espèce humaine, de sa chute et de la possibilité d’un retour à cette perfection. L’obscurité volontaire des expressions, l’usage mystérieux des nombres à l’imitation de Pythagore et des Platoniciens, que d’attraits pour les petits esprits occupés sérieusement des niaiseries maçonniques ! quelle gloire facile pour des hommes avides de célébrité, que de paraître savoir ce que les personnes les plus instruites n’entendent pas, que de se donner une apparence de profonde pénétration, et de pouvoir répéter orgueilleusement vous n'êtes pas fait [152] pour entendre: aussitôt un grand nombre de loges de francs-maçons d’adopter l’écrit de St. Martin comme une révélation, et les martinistes devinrent bien plus nombreux que ne l’avaient été les rosecroix [sic].

Extrait : pages 167-171

Dans les mémoires sur le jacobinisme, on s’efforce de démontrer que le fameux livre de St. Martin, des erreurs et de la vérité, a pour but de renverser tous les gouvernements ; parce que, dit-on, cet ouvrage les représente comme le résultat des caprices des hommes, et non d’une association volontaire ; parce qu’on y soutient que dans l’âge d’or, il n’y avait d’autre autorité que celle du savoir, et de la vertu, et que tout homme en se perfectionnant, serait un véritable roi : mais il est évident que ces réflexions ont un sens mystique, que l’auteur n’a pas eu d’autre dessein que de montrer la supériorité naturelle des hommes vertueux et éclairés sur ceux qui ne le sont pas, et de faire sentir combien l’empire qu’on peut acquérir sur soi-même est plus digne de notre ambition, que l’empire le plus absolu sur les autres. D’ailleurs ce qu’on dit de l’âge d’or ne saurait s’appliquer à notre âge de fer. M. Barruel avoue que St. Martin recommande la soumission à l’autorité publique, telle qu’elle est établie pour éviter les autorités privées ; en effet voilà le véritable motif de l’obéissance qu’on doit aux magistrats. C’est pour garantir les individus de l’abus de leurs forces mutuelles, qu’un gouvernement est indispensable.

[168] M. Robison croit avoir remarqué dans le même livre, le dessein de détruire tous les cultes, la crainte des peines futures et l’espoir des récompenses; cependant il reconnaît qu’on y prouve une providence divine, qu’on recommande l’amour, et le respect que lui doivent tous les hommes. Il se plaint de ce qu’il renferme des déclamations contre les opinions superstitieuses, l’injustice et les vices des grands. Si cela était un crime, Massillon, Fléchier et Bossuet seraient coupables, et M. Robison le serait lui-même.

Au surplus dans le style énigmatique des ouvrages de St. Martin, on ne peut point trouver de sens qui dissipe toutes les obscurités, et par cela même on peut interpréter à sa fantaisie. Bode qui voyait partout des jésuites, comme M. Barruel voit partout des jacobins, a fait imprimer une explication du livre des erreurs et de la vérité : toutes les allégories s’appliquent suivant lui à la doctrine de l’église romaine, et il tâche de prouver que St. Martin a voulu servir les intérêts des jésuites et du Pape.

La secte des francs-maçons martinistes avait son centre dans la loge de la bienfaisance de [169] Lyon. Cette loge méritait le nom qu’elle avait choisi, par les secours abondants qu’elle donnait aux pauvres. M. Robison a dit que ses membres et leurs correspondants étaient des impies et des rebelles. J’ai connu beaucoup de martinistes soit de Lyon, soit de différentes villes des provinces méridionales. Bien loin de paraître attachés aux opinions des philosophes modernes, ils faisaient profession de mépriser leurs principes. Leur imagination exaltée par l’obscurité des écrits de leur patriarche les disposait à tous les genres de crédulité. Quoique plusieurs fussent distingués par des talents et des connaissances, ils avaient l’esprit sans cesse occupé de revenants et de prodiges. Ils ne se bornaient point à suivre les préceptes de la religion dominante : mais ils se livraient aux pratiques de dévotion en usage dans la classe la moins instruite. En général leurs mœurs étaient très régulières. On remarquait un grand changement dans la conduite de ceux qui avant d’adopter les opinions des martinistes, avaient vécu dans la dissipation et la recherche des plaisirs. M. Barruel soutient que les francs-maçons de cette secte sont idéalistes, c’est à dire qu’ils n’admettent pas l’existence des corps. Cet absurde système ne fut jamais approuvé que par [170] de pieux enthousiastes : mais il le leur attribue pour pouvoir les accuser de croire qu’on ne se rend jamais criminel par les sens, et d’approuver la prostitution. Je n’hésite pas de déclarer solennellement que cette assertion est une calomnie, dont la fausseté m’est démontrée par les preuves les plus certaines. Il nomme parmi les martinistes révolutionnaires, Milanès [sic] de Lyon membre de la première assemblée, et Prunelle de lierre de Grenoble membre de la convention. Le premier dont les intentions étaient pures, avait en 1789 des opinions peut-être exagérées sous quelques rapports, quoique très différentes de celles des insensés qui voulaient rompre tous les liens de l’ordre civil. Il n’était ni conspirateur, ni ambitieux, ni capable de nuire à ceux qui ne partageaient pas ses sentiment [sic]. Il ne voulait attaquer ni les propriétés, ni la sûreté publique et individuelle ; et la preuve la plus évidente de la bonté de son cœur, et de son amour pour la justice, la preuve que le martinisme n’instruisait point à bouleverser les états, c’est qu’il périt avec tant d’autres victimes, dans la noble et glorieuse résistance des braves Lyonnais contre la plus affreuse tyrannie.

Prunelle de Lierre était généralement estimé dans sa ville avant la révolution. Il était religieux [171] et de mœurs austères. Il a plusieurs fois voté dans la convention contre les principes de la justice. Dieu seul peut savoir s’il a été égaré par de faux systèmes, ou s’il a volontairement contribué à des crimes : mais ce n’est ni la franc-maçonnerie, ni la doctrine de St. Martin, qui ont créé ses erreurs et ses fautes. Le nombre des francs-maçons martinistes qui se sont opposés aux progrès de l’anarchie, surpasse de beaucoup le nombre de ceux qui les ont favorisés. En 1789 le vénérable d’une loge martiniste de Dauphiné, apprenant que des brigands s’étaient réunis à des cultivateurs trompés par de faux ordres du roi, pour piller et pour incendier les maisons des nobles dans les campagnes, fit dans l’emploi civil dont il était revêtu, tous les efforts possibles pour mettre un terme à ces ravages. Il tâchait de communiquer aux autres son zèle pour le maintien du droit de propriété. Il ne se borna point à contribuer aux ordres sévères qui furent donnés contre les incendiaires et les voleurs ; il conduisît lui-même la force armée, combattit avec elle, et montra toujours autant d’intrépidité dans ses actions que de pureté dans ses principes.

J’ai été le témoin de l’anxiété, qu’éprouvait un autre martiniste, appelé par l’estime générale à [172] l’une des magistratures établies par la constitution de 1791. Il savait que cette constitution était vicieuse, et ne voulait pas promettre de contribuer à la maintenir. Il savait en même temps qu’il était de la plus grande importance de ne pas laisser tomber l’autorité dans les mains des hommes avides et cruels. Cependant le respect religieux qu’il avait pour le serment, ne lui permit point d’interpréter celui qu’on lui demandait, et il le refusa. J’ai connu des martinistes amis d’une sage liberté, qui désiraient de voir substituer des lois fixes au pouvoir arbitraire, mais qui voulaient des améliorations successives sans troubles et sans violences. J’en ai connu qui recommandaient l’obéissance passive, faisaient des vœux pour que le roi pût acquérir une autorité absolue, et s’efforçaient de défendre les privilèges attachés à des emplois vénaux ou au titre de noble. Je ne nomme ni les derniers ni les précédents, pour ne pas rallumer des haines trop mal éteintes.

Quel triomphe pour M. Barruel, s’il avait pu deviner qu’Amar ce membre du comité de salut public de la convention, auquel on confiait le soin de prononcer les discours de mort contre ses collègues destinés au supplice, était franc-maçon très [173] zélé, et l’un des martinistes les plus enthousiastes. Je dois cependant avertir ceux qui voudraient trouver dans cette circonstance, un argument contre la franc-maçonnerie, qu’Amar est resté spectateur des événements jusqu’au triomphe de l’anarchie, et qu’il n’a point eu jusqu’à cette époque d’autre système politique que celui des prérogatives de sa charge de trésorier de France. Il suivait avec beaucoup d’assiduité les pratiques de l’église romaine. Si sa dévotion n’était qu’une hypocrisie, elle avait du moins un but très étranger aux affaires publiques ; il se faisait gloire de sa piété devant ceux même qui en avaient le moins.

Extrait : page 174-175

… M. Barruel ne fonde sa conjecture que sur un propos répété par M. de Giliers, d’après le malheureux et respectable Virieu, membre de l’assemblée nationale. Cet honnête homme, en revenant du congrès, a dû dire qu’il existait une conspiration à laquelle la religion et l’autorité résisteraient difficilement. On assure qu’il fut, depuis ce temps, ennemi des mystères maçonniques. Je ne révoque point en doute la confiance que l’on doit à M. de Giliers : mais, avec les intentions les plus pures, on peut facilement se [175] tromper sur le sens d’une phrase entendue dans une conversation. Virieu peut avoir parlé des opinions de quelques membres du congrès comme dangereuses, sans croire qu’il ait pris part aux délibérations d’une assemblée de conjurés. Il n’a jamais cessé d’aimer les martinistes.

Extrait : page 176

Le congrès de Wilhelmsbad n’avait eu d’autre objet que de comparer les divers systèmes sur l’origine des sociétés de francs-maçons, sur les différentes doctrines qu’on professait dans les loges, pour leur trouver s’il était possible un but de quelque utilité, pour leur donner un régime uniforme, les mêmes cérémonies et les mêmes opinions. Cette entreprise qu’on a depuis renouvelée plusieurs fois, ne répondit pas à l’espérance de ceux qui l’avaient provoquée. La plupart des francs-maçons raisonnables attachant peu d’importance aux travaux de leur ordre, les enthousiastes furent ceux qui se présentèrent en plus grand nombre. Les Swedenborgiens, les Martinistes, les Rosecroix eurent la principale influence ; ils disputèrent, ne s’entendirent pas, et se séparèrent mécontents les uns des autres.

Extrait : page 177

On a cité comme francs-maçons révolutionnaires, Bailly qui ne voulait rien changer dans les formes du gouvernement, et Barnave qui n’a jamais été membre d’aucune loge. M. Robison a été tellement induit en erreur qu’il représente Desprémesnil comme un martyr de l’égalité, tandis que ce magistrat éloquent et courageux, dont je n’accuse point les intentions, a toujours soutenu les intérêts des parlements et de la noblesse. Il place au nombre des martinistes M. Mauri, maintenant cardinal, quoique ce dernier se soit constamment opposé aux maximes de l’anarchie ainsi qu’à l’établissement d’une constitution libre, et qu’il ait défendu avec beaucoup de fermeté et de talent, une doctrine trop favorable à la superstition et au pouvoir arbitraire.

Des illuminés d’Allemagne. Extrait : page 169

On a donné par dérision la qualité d’illuminés à tous les charlatans mystiques de ce siècle, à tous ceux qui s’occupent d’alchimie, de magie et de cabale, de revenants, de relations avec des esprits intermédiaires, tels que les St. Germain, les Cagliostro, les Swedenborg, les Rosecroix et les martinistes : mais il a existé une autre espèce d’illuminés en Allemagne ; il s’était formé une association dont les membres s’étaient eux-mêmes donné ce titre. Elle était inconnue au reste de l'Europe.

 

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