1881 Année 1881

Journal des économistes

   Article : Travaux de philosophie, extrait

Lichtenberger - Encyclopédie des sciences religieuses

   Article : Saint-Martin

La Revue politique et littéraire

   Article : Les libéraux russes et la réaction (1790-1792), extraits

1881 – Journal des économistes

1881 journal des economistesRevue de la Science économique et de la statistique

40e année de la fondation

4e série - 4e année

Tome treizième (janvier à mars 1881)

Paris. Guillaumin et Cie, éditeurs, rue Richelieu, 14

1881

Revue de l’Académie des sciences morales et politiques (année 1880). Travaux de philosophie. - Extrait, page 418

Les travaux ayant pour objet les sciences philosophiques ont été variés ; nous nous bornerons cependant à les citer simplement, car ils ne rentrent point dans la spécialité de ce recueil.

M. Janet a traité des qualités de l'esprit ; M. Nourrisson, des Idées d'esprit et de matière dans la philosophie de Bacon; M. Ch. Levêque, de l'Expression musicale; M. Caro, de la Solidarité morale. Dans une notice sur Joseph de Maistre, M. Franck a fait voir combien ce dernier s'est inspiré des idées de Saint-Martin, dit le philosophe inconnu : la théorie suivant laquelle aucune grande institution ne peut provenir d'une réunion délibérante, la doctrine du gouvernement temporel de la Providence, le système théocratique où l'on voit l'ordre social couronné par l'infaillibilité du pape, « laquelle est le droit commun à toutes les souverainetés possibles, » sont déposés en germe dans les écrits de Saint-Martin.

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1881 - Lichtenberger - Encyclopédie des sciences religieuses

1881 Encyclopedie des sciences t9Encyclopédie des sciences religieuses

Encyclopédie des sciences religieuses publiée sous la direction de Frédéric Lichtenberger (1832-1882), doyen de la faculté de théologie protestante de Paris.

Tome XI – Protonotaire – Sysygie.

Paris, G. Fischbacher, éditeur, 33, rue de Seine.

1881

Article Saint-Martin, pages 414-416.

SAINT-MARTIN (Louis-Claude de), né à Amboise en 1743, était encore si peu connu en 1803, lorsqu’il mourut, qu’on put annoncer par erreur non sa mort, mais celle du juif Portugais Martinez Pasqualis, chef d’une école de théosophes dont il avait fait partie. Ses écrits ont été lus avec attention et mieux compris en ce siècle. Il a cessé d’être le Philosophe inconnu ainsi qu’il semblait tenir à se désigner lui-même. On n’a plus voulu voir en lui tantôt, après trois cents ans, le successeur de Paracelse en magie et en charlatanisme, et tantôt l’un des derniers philosophes spiritualistes au temps de l’Encyclopédie et de la Révolution. Il est resté pour les contemporains, ce qu’il était réellement, un rêveur mystique, mais en même temps un écrivain honnête, fécond, une sorte d’illuminé doux et parfois raisonnable tout à fait curieux à connaître. — Il lisait les moralistes au collège, à l’armée, à Tours, où il fut d’abord avocat. Il avait étudié, dans sa jeunesse, avec la plus sérieuse attention, l’Art de se connaître soi-même, par Abbadie. Il ne quitta le service militaire en 1771, après s’être fait initier à la secte des théosophes de Martinez Pasqualis trop matérielle selon lui dans ses pratiques théurgiques, que pour devenir à son tour chef d’école. Mais avait-il pour cela les qualités nécessaires ? Il ne fit que changer de maître ou plutôt, sans se séparer entièrement du premier, que s’attacher davantage aux doctrines de Swedenborg qui lui révélait un ordre sentimental, et s’élever peu à peu à ce qu’il appelle le spiritualisme. Son premier livre, Des Erreurs et de la Vérité, ou les hommes rappelés au principe universel de la science, 1 vol. in-8, imprimé à Edimbourg, parut en 1775. L’étrange système de Saint-Martin est déjà exposé dans cet ouvrage. Il combat avec force le matérialisme qui est, selon lui, une source perpétuelle d’erreurs. Il veut expliquer la nature par l’homme, et ramener la nature et l’homme à leur principe qui est Dieu. Dans la nature et dans l’homme la chute est partout visible ; mais tous deux conservent l’unité originelle, l’homme pouvant toujours contempler en lui-même son principe divin. Jusque-là, c’est une philosophie mystique ordinaire. Certains observateurs diront qu’il faut d’abord tenir compte de ce qu’on voit, et s’élever ensuite du monde à Dieu, comme de l’effet à la cause. Mais Saint-Martin répond que leur méthode est mauvaise, parce que s’étant ensevelis dans le sensible, ils ont perdu le tact de ce qui rie l’est pas. Il faut s’élever aussitôt à Dieu. Il faut chercher la raison des choses sensibles dans le principe et non le principe dans les choses sensibles ; car, comment trouver le réel dans l’apparence et l’immatériel dans un corps ? Tout à coup, ces raisonnements s’arrêtent, et le lecteur cesse de comprendre. L’auteur expose ce que ses amis de l’école de Pasqualis et lui appelaient les Lois des nombres. L’homme, par exemple, n’est pas susceptible de destruction, mais la matière sera [415] détruite. Pourquoi ? Parce que le principe générateur de l’homme, émanation de l’Unité, est l’unité même; tandis que la matière est seulement le produit d’un principe secondaire. C’est ainsi qu’il pense avoir démontré que la matière n’est pas éternelle. Ailleurs, l’influence du nombre trois est expliquée longuement. La nature indique qu’il n’y a en réalité que trois éléments, la terre, l’eau, le feu ; trois dimensions dans les corps ; trois figures dans la géométrie ; trois facultés innées dans l’être; trois degrés d’expiation pour l’homme, et que, en un mot, dans les choses créées, il n’y a rien au-dessus de trois. Et voilà précisément pourquoi le monde est fragile et périssable. La perfection, au lieu du ternaire, serait dans le quaternaire universel. Si les corps étaient formés de quatre éléments, ils seraient indestructibles et le monde serait éternel. Rien n’est plus étrange, dans un livre où d’importantes questions sont encore traitées : principe de la souveraineté, loi civile, administration criminelle, droit de punir, que cette succession de pages écrites pour les adeptes seuls, inintelligibles pour les lecteurs ordinaires, surtout si l’on ne manque pas de remarquer que l’auteur, suivant l’habitude des philosophes du temps, s’adresse toujours, de la manière la plus générale, « aux hommes » ou à « ses semblables. » —Il avait déjà lu Swedenborg. A Strasbourg, en 1788, il se mit à étudier la langue allemande pour comprendre Jacob Bœhme. Il venait de voyager pendant plusieurs années et de publier pour ses disciples (Mesdames de Lusignan, de Noailles, le prince Galitzin et d’autres membres de l’aristocratie), son Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l’homme et l’univers, Lyon, 1782. Il commença auprès de Mme Bœchlin [sic] pour laquelle il avait la tendresse mystique la plus exaltée, les traductions publiées plus tard (1800-1800) de plusieurs ouvrages de Bœhme. L’Homme de désir, 1 vol., parut encore à Lyon en 1790, et quelques années après, en 1705, le plus important des derniers livres de Saint-Martin : Lettre à un ami ou Considérations politiques, philosophiques et religieuses sur la Révolution française, un vol. in-8°. Sans renoncer à ses rêveries et à son mysticisme, il revenait alors, exerçant son jugement sur des faits contemporains, à une plus exacte appréciation des choses. De Maistre, en ne sachant voir dans la Révolution qu’un châtiment infligé par Dieu à l’humanité, était certes plus mystique, plus systématiquement aveugle que le Philosophe inconnu. A l’une des conférences de l’école normale, dans une discussion publique, Saint-Martin obtint même un succès assez vif, comme philosophe spiriritualiste [sic], en demandant au professeur Garat de reconnaître que l’homme a le sens moral et de ne plus parler à ses auditeurs de matière pensante. Malgré tout, les derniers écrits, le Crocodile ou la guerre du bien et du mal sous Louis XV, poème, 1799, le Ministère de l’homme-esprit, 1802, Portrait historique et philosophique (manuscrit), les Œuvres posthumes, Tours, 1807, et la Correspondance, Paris, 2 vol. in-8,1862, sont encore tels qu’on pourrait les attendre du théosophe, du disciple de Martinez Pasqualis. C’est la méthode de ces mystiques qui est radicalement fausse. C’est la raison qui manque à leurs raisonnements. Ils peuvent être honnêtes, bienfaisants, sensibles comme on le disait alors. Mais à force de vouloir tout deviner, dans le passé, dans l’avenir, dans le ciel, en Dieu [416] et en l’homme, ils finissent par ne plus comprendre à ce qui se passe auprès d’eux et autour d’eux. — Voyez Voltaire, Correspondance, lettre à d’Alembert ; Chateaubriand, Mémoires ; Gence, Notice biographique sur Louis-Claude de Saint-Martin ou le Philosophe Inconnu, Paris 1824 ; L. Moreau, Réflexions sur les idées de L. C. de Saint-Martin le théosophe, suivies des fragments d’une correspondance inédite entre Saint-Martin et Kirchberger, Paris 1850 ; Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. X ; Caro, Essai sur la vie et la doctrine de Saint-Martin, Paris 1852, in-8° ; Schauer, Correspondance inédite de Saint-Martin, Paris 1862 ; Matter, Saint-Martin, le Philosophe inconnu ; Paris 1862.

Jules Arboux.

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1881 - La Revue politique et littéraire

1881 revue politiqueLa Revue politique et littéraire : revue des cours littéraires...

Paris Librairie Germer Baillière et Cie – 108, boulevard Saint-Germain

1881

Catherine II et la Révolution française – Les libéraux russes et la réaction (1790-1792), extraits, p.361-362

[...] Ces hommes qu'on nous donne pour les complices des jacobins de Paris désavouent la Révolution française, même à l'époque où elle n'oppose à ses ennemis que modération et longanimité, où elle est encore pure de tout excès. Lapoukhine fait observer, le 17 octobre 1790, que, « malgré les productions éhontées et misérables, comme la Vie de Marie-Antoinette, dont cette fausse liberté ou plutôt cette rage diabolique remplit le monde, on trouve encore çà et là quelques bons livres ».

Certes, ils ne ménagent pas les fonctionnaires prévaricateurs et persécuteurs; mais, quand on songe de quels misérables la cour et l'administration russe étaient alors encombrées, quand on songe qu'à ce moment-là même le secret de leurs lettres était violé et leur liberté en péril, on peut trouver bien modérée l'expression de leurs sentiments :

« Imagine-toi, frère, écrit Lapoukhine à Koutouzof, qu'il s'est trouvé des titres assez malfaisants pour prétendre que les étudiants Névzorof et Kolokolnikof sont en France (2. Kolokolnikof a prouvé dans son procès qu'il avait eu le dessein d'aller â Paris se perfectionner dans l'étude de la médecine, mais que les troubles dont la France était alors le théâtre l'en empêchèrent), que nous les y avons envoyés pour s'instruire dans l'esprit des anarchistes... J'ai beau mettre les choses au plus noir, je ne puis comprendre comment on peut voir dans le fait d'envoyer à l'étranger de pauvres étudiants autre chose que notre désir de leur venir en aide, de procurer, à eux une situation honorable, et à la patrie des hommes utiles. Je ne sais vraiment pourquoi ces messieurs s'imaginent que nous sommes des partisans de l'anarchie : nous en connaissons, au contraire, les dangers beaucoup mieux qu'eux et nous avons de meilleurs motifs d'éprouver pour elle de l'horreur. Eux, ils chantent les louanges du pouvoir, mais seulement lorsqu'ils en détiennent une petite partie et qu'ils peuvent se pavaner et se rengorger devant les autres. Éprouvent-ils une contrariété, ils nous fatiguent les oreilles de leurs plaintes sur l'injustice. Ils crient : Fidélité ! amour pour le bien public! Entendez ceci : Des terres, des places, des appointements! Interrogez ces honnêtes gens; demandez-leur précisément ce que signifie donc fidélité, amour, bien public, vous les aurez mis au pied du mur. Je passe pour un martiniste, bien que je ne sache pas et n'imagine pas ce que c'est que le martinisme. Je ne suis pas né avide et je consentirais volontiers à ne pas posséder un seul serf; mais, avant tout, je désire et je demande à Dieu qu'il préserve notre patrie de cet esprit de fausse liberté qui ruine tant d'États en Europe et qui, à mon avis, est partout pernicieux ». (7 novembre 1790.)

Leur profession de foi est assez explicite. Ils sont des libéraux, non des révolutionnaires. Rien ne ressemble moins aux nihilistes d'aujourd'hui que les francs-maçons de 1790 : ils [page 362] étaient avant tout des patriotes russes et auraient répudié les doctrines de cosmopolitisme révolutionnaire et d'internationalisme qui ont cours aujourd'hui dans une certaine secte ; ils demandaient des réformes et non le bouleversement de la société; la vie du souverain était pour eux sacrée et l'idée même d'un attentat comme celui qui vient d'épouvanter Saint-Pétersbourg les aurait frappés d'horreur. Ils n'espéraient le triomphe de leurs idées que de leurs efforts patients et persévérants pour moraliser et instruire le peuple. Ils rappellent plutôt cette race de citoyens qui, persécutés sous Nicolas Ier, furent les auxiliaires les plus dévoués de son successeur dans l'œuvre réformatrice qui sauva la Russie. Dévoués à l'impératrice, sujets loyaux, les volnodouantsy du règne de Catherine s'attaquent, non à l'État, mais aux abus. Ils ont des ménagements singuliers pour les personnes; ils trouvent même à excuser Prozorovski

« Il faut, dit Lapoukhine (18 novembre), dire la vérité sur ce prince ; il a beaucoup, beaucoup de vigilance, d'amour pour la justice et le bon ordre. Je viens de lire son instruction sur la procédure et la révision des procès criminels ; j'en suis enchanté ; cela prouve son talent et son travail. Je lui souhaite un peu plus d'amour ; qu'il aime les hommes et qu'il n'écoute pas ceux qui se déchaînent contre un prétendu martinisme, toujours prêts à insulter pourvu qu'ils fassent leur cour au maitre. Il est vrai que contre nous il est rempli de préjugés et de préventions. »

Et c'est ce même Lapoukhine qui, à en croire Rostopchine, lors du fameux banquet régicide, aurait été désigné par le sort pour assassiner l'impératrice !

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