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1842 Michaud t27Biographie universelle, ancienne et moderne. Supplément ou suite de l’histoire, par ordre alphabétique, de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes.

Nouvelle édition, revue, corrigée et considérablement augmentée d’articles omis ou nouveaux

Ouvrage rédigé par une société de gens de lettres et de savants.

Tome vingt-septième - Tome soixante onzième (supplément) 1842

Paris. Ch. Delagrave et Cie, Libraires-Éditeurs, 58, rue des écoles

Martines Pasqualis - Lenoir-Laroche

Martinez Pasqualis, p.150-151

Comme dans la plupart des biographies, les dates du départ de Bordeaux de Martines de Pasqually et de son décès sont erronées. Martines a quitté Bordeaux pour Saint-Domingue en 1772 et est décédé dans cette île en 1774.

Une autre erreur de Jean-Baptiste-Modeste Gence (1755-1840) est de confondre le peintre Charles André Van Loo (1705-1765) avec Onésime Henri de Loos (1725-1785), élu coën, auteur de l'ouvrage Le Diadème des Sages (1781) sous le pseudonyme Phylantropos, Citoyen du Monde.

Gence cite un court passage de la correspondance entre Louis-Claude de Saint-Martin et Kirchberger, Baron de Liebistorf, membre du Conseil souverain de la République de Berne. Il s'agit de la lettre XIX de Saint-Martin à Kirchberger, datée d'Amboise, le 6 mars 1796 in La correspondance inédite de L.-C. de Saint-Martin, dit le philosophe inconnu et Kirchberger, Baron de Liebistorf, membre du Conseil souverain de la République de Berne, du 22 mai 1792 jusqu'au 7 novembre 1797. E. Dentu, 1862, p.62. À l'époque où Gence écrit, cette correspondance n'est pas encore publiée, et Gence a dû consulter le manuscrit.

MARTINEZ PASQUALIS, chef de la secte dits des Martinistes, est un de ces personnages qui ont donné le nom à une école et qui sont eux-mêmes restés inconnus. L'analogie du nom du disciple principal avec celui du maître a contribué à faire presque oublier le véritable chef des Martinistes, avec lequel les feuilles du jour, en annonçant (en 1803) la mort de St-Martin, ont confondu ce dernier. Les disciples même les plus intimes de Martinez n'ont point connu sa patrie. C'est d'après son langage qu'on a présumé qu'il pouvait être Portugais et même juif. Il s'annonça en 1754 par l'institution d'un rite cabalistique d'élus dits cohens (en hébreu, prêtres), qu'il introduisit dans quelques loges maçonniques en France, à Marseille, à Toulouse et à Bordeaux. Ce fut dans cette dernière ville qu'il enrôla parmi ses disciples et reçut maçon de son ordre St-Martin, jeune officier au régiment de Foix. Martinez apporta, en 1768, à Paris ce même rite, dont le peintre Vanloo fit connaître l'auteur dans la capitale. Un assez grand nombre de prosélytes y formèrent la secte qui reçut des loges du nouveau rite organisé en 1775 la dénomination de Martinistes. Le livre des Erreurs et de la vérité [page 151] ayant été publié la même année par St-Martin a pu concourir à faire confondre celui-ci avec le fondateur de la secte de ce nom. Après avoir achevé de professer sa doctrine à Paris, Martinez quitta soudain ce séjour comme pour aller recueillir une succession, et s'embarqua, vers 1778 [sic pour 1772], pour St-Domingue : il y termina au Port-au-Prince, en 1779 [sic pour 1774], sa carrière théurgique, dans laquelle Bacon de la Chevalerie, l'un de ses disciples, fut aussi l'un de ses agents. St-Martin, dans le Portrait qui fait partie de ses œuvres posthumes, ne s'est pas expliqué sur le fond de la doctrine de ce maître. Mais par ce qui en perce dans ses premiers écrits et dans celui d'un autre élève, l'abbé Fournier [sic pour Fournié], auteur de Ce que nous avons été, ce que nous sommes et ce que nous serons (Londres, 1791 [sic pour 1801]), on peut présumer que la doctrine professée par Martinez est cette cabale des juifs, qui n'est autre que leur métaphysique ou la science de l'être, comprenant les notions de Dieu, des esprits, de l'homme dans ses divers états. Martinez prétendait posséder la théorie pratique ou la clef active de cette science, ayant pour objet non seulement d'ouvrir des communications intérieures, mais de procurer des manifestations sensibles. « Dans l'école où j'ai passé il y a vingt-cinq ans, écrivait St-Martin, en 1793, à son ami Kirchberger, les communications de tout genre étaient fréquentes ; j'en ai eu ma part comme beaucoup d'autres. Les manifestations du signe du Réparateur y étaient visibles : j'y avais été préparé par des initiations. Mais, ajoute-t-il, le danger de ces initiations est de livrer l'homme à des esprits violents ; et je ne puis répondre que les formes qui se communiquaient à moi ne fussent pas des formes d'emprunt ». Ainsi St-Martin lui-même laissait entrevoir que dans ces opérations l'on court risque d'être trompé et que la force des impressions peut troubler le moral de ceux qui s'y livrent. Cependant Martinez n'avait point connu, dit-il, Jacob Boehme, bien supérieur, selon lui, au philosophe portugais, auquel il devait seulement son entrée dans les régions d'un ordre supérieur, tandis que le philosophe allemand lui en avait aplani la route. Un traité de la Réintégration contenant ce que Martinez Pasqualis avait écrit de sa doctrine et qu'il lisait ou dictait à ses disciples est resté inédit, de même que la correspondance dont on a parlé à l'article Kirchberger (voy, ce nom). G---CE [Jean-Baptiste-Modeste Gence].

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1842 - Biographie universelle, ancienne et moderne.

Calendrier perpetuel 1840Biographie universelle, ancienne et moderne. Supplément ou suite de l’histoire, par ordre alphabétique, de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes.
Ouvrage entièrement neuf, rédigé par une société de gens de lettres et de savants.
Tome soixante onzième
A Paris. Chez L.-G. Michaud, éditeur, rue du Hasard Richelieu, 13
1842 - Article Lenoir-Laroche (Jean-Jacques) & Lenoir-Laroche (Madame)

Article Lenoir-Laroche (Jean-Jacques). Pages 300-301

LENOIR-LAROCHE (Jean-Jacques), né à Grenoble, le 29 avril 1749, fils d'un avocat, fut destiné à la même carrière. Ami et condisciple de Servan et de Savoie-Rollin, il reçut de ces deux hommes célèbres des leçons de savoir et d'éloquence. Une cause importante l'ayant conduit à Paris., il s'attacha au barreau de cette capitale, dès l'année 1783. En 1788, les États de la province du Dauphiné ayant donné l'exemple de la délibération par tête, au lieu de l'ancienne règle qui était de délibérer par ordre, résolurent de prescrire la même règle à leurs députés aux États Généraux. Necker, qui était fort disposé à cette innovation, leur ayant demandé, pour l'appuyer, un mémoire qui dût être présenté au roi, ce fut à leur compatriote Lenoir-Laroche que les députés de la province s'adressèrent pour cet objet; et le mémoire qu'il rédigea, sous le titre de Considérations sur la Constitution des États du Dauphiné applicables aux États Généraux, eut beaucoup de succès. Il n'en fallut pas davantage pour le faire élire député du tiers-état de la prévôté et vicomte de Paris aux États Généraux, où il garda le milieu entre les partis opposés. Plusieurs de ses collègues passaient leur temps à rédiger des journaux ; Lenoir-Laroche se chargea de fournir des matériaux à celui qu'avait entrepris Perlet. Ayant alors à sa disposition une foule de pièces importantes, il donna quelque intérêt à ce journal. Il fournit aussi, par la suite, des articles au Moniteur et au Mercure; mais ces articles furent peu remarqués. Bien qu'il eût montré assez de sagesse et de modération pour être proscrit sous le règne de la terreur, il eut le bonheur d'échapper aux persécutions dirigées, à cette époque, contre tous ceux qui n'étaient pas, franchement et ouvertement, jacobins. Dans l'intervalle qui s'écoula depuis la fin de la Convention et pendant le régime directorial jusqu'à son admission au Conseil des Anciens, Lenoir-Laroche entretint le public, dans l'opinion qu'on s'était déjà formée de son attachement au régime républicain, par divers écrits qu'il publia successivement. Lors de la lutte qui s'établit, avant le 18 fructidor, entre le Directoire et les deux Conseils, il prit le parti du Directoire avec assez de chaleur pour que les triumvirs pussent croire qu'il serait un de leurs plus zélés serviteurs dans le système de proscription et le renversement de la constitution qu'ils avaient arrêtés; ils le nommèrent ministre de la police, quelques jours avant cette révolution ; mais ils ne furent pas longtemps à s'apercevoir que le nouveau ministre n'aurait pas, dans une telle crise, l'énergie sur laquelle ils avaient compté, et ils le remplacèrent par le nantais Sottin, girondin, que Carrier avait autrefois envoyé à Paris, comme brigand de la Vendée. Lenoir-Laroche, très lié avec Lanjuinais, dont il partageait les principes, les a développés dans un grand nombre d'articles, insérés dans les ouvrages périodiques dont nous venons de parler. Il ne se borna pas à de simples notices, et publia, en 1795, un Examen de la Constitution qui convient le plus [301] à la France où il se montra, comme dans ses autres écrits, également ennemi de ce que l'on appelait alors les anarchistes et les clichiens. Sa réputation devait l'appeler aux fonctions législatives : aussi fut-il nommé professeur de législation à l'École centrale du Panthéon d'abord, et, bientôt après, élu au Conseil des Anciens, par l'assemblée électorale scissionnaire de Paris, dans laquelle il s'exprimait ainsi, le 18 février 1799 : « On ne parle point de ces royalistes qui croient au rétablissement de la vieille royauté, avec une joie plus digne de pitié que de mépris. Cette opinion extravagante ne trouve plus de partisans parmi ceux qui font quelque usage de leur raison, etc.» Cependant les événements déterminèrent Lenoir-Laroche à modifier au moins son système. Lors de la révolution du 18 brumaire, on le vit, se relâchant un peu de la sévérité de ses principes républicains, se montrer partisan des changements qu'elle opéra. Il fut en conséquence nommé, bientôt après, membre de la commission intermédiaire du Conseil des Anciens, et passa au Sénat conservateur, où il resta pendant toute la durée du gouvernement, et vota avec cette petite minorité qui, tremblant de faire connaître son opposition, ne put empêcher aucun acte de tyrannie, reçut de très bons honoraires et se laissa donner des titres nobiliaires qu'elle disait mépriser. Lenoir-Laroche reçut ceux de comte, de commandant de la Légion d'Honneur, etc. Il fut un des membres de cette inutile et mensongère commission, que l'on supposait chargée de protéger la liberté individuelle; il arriva ainsi tout doucement, comblé des faveurs impériales qu'il méprisait, à la restauration de 1814, qu'il avait toujours redoutée, ne prévoyant pas sans doute sa clémence infinie. Il adhéra néanmoins pleinement, et sans hésitation, à la déchéance de Bonaparte. Le roi Louis XVIII le nomma pair de France, le 14 juin 1814, et Lenoir-Laroche continua, en 1815, à faire partie de la Chambre, n'ayant pas été nommé pair par Bonaparte, lors du retour de l'île d'Elbe. Son opposition dans cette Chambre fut un peu plus manifeste qu'en présence de Napoléon ; et il y parut encore fidèle aux principes ou aux illusions de 1789. Ami de Lanjuinais et de Grégoire, il se montra dans toutes les occasions très ardent janséniste. Lenoir-Laroche mourut à Paris, le 17 fév. 1825. M. Lemercier, son collègue prononça son éloge à la Chambre des Pairs, dans la séance du 2 avril. Outre les ouvrages cités plus haut, on a de lui :

1. Coup d'œil raisonné sur les assemblées primaires, 1795, in-8°. 2. Discours prononcé au Cercle constitutionnel, le 19 vendémiaire an VI (1798), in-8°. 3. Un grand nombre d'articles sur des questions politiques, toujours dans un esprit révolutionnaire, qu'il inséra successivement dans le Moniteur, le Mercure et le Journal de Perlet.

Article Lenoir-Laroche (Madame). Pages 301-302

LENOIR - LAROCHE (madame CLAIRE REGUIS), femme du précédent, née à Grenoble, le 19 août 1762, fut douée d'infiniment d'esprit et de tous les charmes de son sexe, mais d'une imagination vive et très impressionnable. Elle se lia avec l'illuminé Saint-Martin (voy. ce nom, XL, 19), qui s'était donné si ridiculement lui-même le titre de Philosophe inconnu. Son mari, qui était loin de prendre part à de telles rêveries, eut beaucoup à en souffrir ; et il vit mourir Saint-Martin dans sa maison de campagne d'Aulnay, où il fut long [302] temps malade. Madame Lenoir-Laroche, qui annonçait hautement ses doctrines, s'était fait un certain nombre de prosélytes, et elle semblait, par un costume particulier qu'elle avait adopté, aspirer au rôle de fondatrice d'une espèce d'ordre religieux. Elle mourut à Aulnay, le 26 décembre 1821. Cette dame avait publié sous le voile de l'anonyme : 1. La Grèce et la France, ou Réflexions sur le tableau de Leónidas de M. David, adressées aux défenseurs de la patrie, par une Française, suivie de la correspondance d'un officier d'artillerie, pendant la campagne de 1814, etc. Paris, 1815, in-8°. 2. Description du Calvaire des Lauriers, monument élevé au nom des mères, des veuves, des soeurs et, des orphelins des guerriers français, sous l'invocation de la Vierge sainte, mère des affligés, à la gloire du Très-Haut, par la gloire de la Croix, Paris, 1820, in-8°. Madame Lenoir-Laroche avait consacré des sommes considérables à élever ce calvaire que l'on voit encore sur les coteaux d'Aulnay.

MICHAUD Jeune.

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