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Calendrier perpetuel 1863- Aubry - Bulletin du bouquiniste
- Bizouard - Des rapports de l’homme avec le démon
- Catalogue annuel de la librairie française
- Catalogue de la bibliothèque de la ville de Limoges
- Le Chrétien évangélique
- Dictionnaire des hérésies
- Godefroy - Histoire de la littérature française depuis le XIVe siècle jusqu'à nos jour
- Lamothe - Notes pour servir à la biographie des hommes utiles ou célèbres de la ville
- Le Couteulx de Canteleu - Les sectes et sociétés secrètes politiques et religieuses
- Leroux - La grève de Samarez
- Nettement – Histoire de la restauration
- Piérart - Revue spiritualiste
- Franc : Compte-rendu du livre de Jacques Matter par Ad. franck

1863 - Aubry - Bulletin du bouquiniste

1863 Aubry bulletin bouquinisteBulletin du bouquiniste
Publié par Auguste Aubry, libraire
7e année, 1er semestre, tome XIII
Paris, A. Aubry, libraire éditeur, rue Dauphine, 16
1863
145ème numéro – 1er janvier 1863.

Correspondance, page 26

Monsieur A. Aubry,

Le bienveillant accueil que vous avez daigné faire à la note que j’ai en l’honneur de vous communiquer, il y a quelques temps, relative à un opuscule intitulé : Le Bramine inspiré, m’enhardit à vous donner aujourd’hui communication d’une nouvelle remarque que je viens de faire dans un autre ouvrage.

Je veux parler d’un livre intitulé : Suite des erreurs et de la vérité, ou développement du livre des hommes rappelés au principe universel de la science, par un Ph..... inc… à Salomonopolis, chez Androphile, à la colonne inébranlable, MMMMMDCCLXXXIV.

Ce livre que, d’après le titre, on a généralement été induit à attribuer à M. de Saint-Martin, auteur, comme vous savez, de l’ouvrage anonyme : Des erreurs et de la vérité, etc., (1) et de plusieurs autres profonds écrits philosophiques, également anonymes : ce livre, dis-je, qui est l’œuvre d’un antagoniste de M. de Saint-Martin, n’est qu’un plagiat impudent. J’y ai retrouvé en le parcourant de nombreux passages que je me suis rappelé avoir lus dans un petit ouvrage traduit de l’italien, intitulé : Traité des délits et des peines, desquels, en effet, ils ont été extraits mot à mot.

Il serait, je crois, superflu de vous citer ici tous ces passages, la chose étant, d’ailleurs, facile à vérifier à qui voudra se convaincre de la véracité de ce que j’avance. Je me borne donc à vous signaler le fait. A mon avis, on ne saurait lui donner, ainsi qu’à tous ceux de cette nature, trop de publicité pour que ces sortes d’ouvrages soient ainsi mis à l’index, et que la supercherie de leurs auteurs soit publiquement démasquée.

Comme vous le pensez bien, monsieur, le mobile qui me pousse à vous écrire ceci n’est autre que ma passion pour la vérité ; à ce titre, j’ai tout lieu d’espérer que vous voudrez bien donner à cette note une place dans votre intéressant Bulletin. Recevez-en d’avance, je vous prie, mes bien sincères remerciements.

J’ai l'honneur, etc.

LEBON.

1. Voyez les numéros 217, 218 et 219 de ce Bulletin.

bouton jaune   Correspondance, page 26

Pages 39-40

217. Philosophe inconnu. De l’esprit des choses, ou Coup d’œil philosophique sur la nature des êtres et sur l’objet de leur existence, par le philosophe inconnu (par de Saint-Martin). Paris, an VIII, 2 vol. in-9, v. mar. 8 fr.

Ouvrage dans lequel on considère l’homme comme étant le mot de toutes les énigmes.

[page 40]

218. Philosophe inconnu. Des erreurs et de la vérité, ou les Hommes rappelés au principe universel de la science, par un philosophe inconnu (par de Saint-Martin). Édimbourg, 1782, 3 vol. in-8, bas. 9 fr.

219. — L’Homme de désir, par l’auteur des Erreurs et de la vérité (par de Saint-Martin). Lyon, 1790, in-8, dem-rel. (fr.)

bouton jaune   Pages 39-40

1863 - Bizouard - Des rapports de l’homme avec le démon

1863 Bizouard t4Des rapports de l’homme avec le démon
Essai historique et philosophique
Par Joseph Bizouard, avocat
Paris. Gaume frères et J. Duprey, éditeurs, rue Casette, 4.
Tome quatrième
1863

Livre vingt et unième, chapitre I, Des illuminés Swedenborg, pages 363-364

Dans le dix-huitième siècle, aussi impie que sensuel, l’illuminisme fit des progrès effrayants, surtout par les résultats qu’on pouvait en attendre. Il est le père, assure-t-on, de la révolution de 93, de celles qui ont suivi et de celles qui nous menacent. A ceux qui s’étonneraient que nos révolutions, fruit de l’impiété, de la corruption et des passions les plus détestables, sortissent des hérésies religieuses, on rappellerait quel fut l’esprit qui dirigeait les hérétiques du seizième siècle et de tous les temps, et le but auquel ils tendaient. On aurait sur ce sujet si complexe à composer des volumes, dont on ne saurait donner dans cet ouvrage, pourtant déjà si long, qu’un simple aperçu.

Les illuminés se présentent dans divers États de l’Europe, mais surtout dans la rêveuse Allemagne, qui n’a jamais cessé de croire aux esprits. Parmi les noms [364] à citer, nous voyons Swedenborg, suédois ; Martinez Pasqualis, chef des martinistes ; le bénédictin Pernety, bibliothécaire du roi de Prusse, mort en 1801 ; un seigneur polonais, Grabianka ; puis Brumore, frère de Guyton-Morveau, Mérinval, etc. — Réunis à Berlin, livrés à l’étude des sciences occultes, ils connaissaient l’avenir au moyen de la combinaison des nombres ; le ciel répondait à leurs questions. Une voix céleste leur enjoignit de se rendre à Avignon, où ils fondèrent une secte qui réunit beaucoup de disciples. Leur mission était de réformer le monde, d’établir un nouveau peuple de Dieu ; leurs chefs étaient consacrés avec des rites superstitieux ; les anges les assistaient, ils avaient des révélations ; leur pontife présidait à certaines opérations cabalistiques.

Le disciple de Martinez Pasqualis — Saint-Martin, mort à Paris en 1803, avait une doctrine fort obscure et peu connue, mais, selon ses disciples, très avantageuse à l’humanité. « C’est le développement de l’essence intime de l’homme qui le conduit au spiritualisme actif, » dit ce cabaliste. — Les illuminés n’étaient pas tous spiritualistes ; outre ceux qui attribuaient leurs prodiges et leurs révélations aux anges ou aux âmes des morts, il y avait des matérialistes qui attribuaient le tout à la nature.

bouton jaune   Des illuminés Swedenborg

Origine des loges, extrait page 423

… Comme l’esprit d’un siècle diffère d’un autre, — celui du dix-huitième siècle était matérialiste, — les illuminés furent eux-mêmes, les uns matérialistes, tels Weishaupt, les autres feignirent de l’être, tels Cagliostro, d’autres étaient mystiques, tels que Swedenborg, Saint-Martin, etc. Il est probable que ces illuminés fondèrent la franc-maçonnerie, dont l’époque doit ne remonter qu’à la première moitié du dix-huitième siècle.

bouton jaune   Origine des loges

Page 433

Mounier ne voit également que crédulité ou imposture dans les prodiges des rose-croix. « Beaucoup de maçons en France, en Allemagne et en Angleterre adoptèrent les rêveries de Swedenborg. Les écrits énigmatiques de Saint-Martin furent un attrait pour les petits esprits occupés des niaiseries maçonniques, on les adopta comme des révélations. Quand les prodiges des martinistes, des Cagliostro, des Mesmer échouaient, on l’attribuait à la présence d’un incrédule.

bouton jaune   Page 433

Extrait, Page 435

« On veut démontrer que le livre de Saint-Martin, Des erreurs et de la vérité, a pour but de renverser les gouvernements, de détruire tous les cultes, de nier le dogme des peines et des récompenses futures. — Son style énigmatique est interprété comme on veut. — On a dit que les martinistes étaient des impies et des rebelles. Mounier en a connu beaucoup dont l’imagination exaltée les disposait à tous les genres de crédulité ; quoique plusieurs fassent des hommes distingués, ils avaient l’esprit sans cesse préoccupé de revenants et de prodiges. »

bouton jaune   Extrait, Page 435

Page 438-439

… Le docteur Brownson […] ajoute « que Weishaupt, Mesmer, Saint-Martin et Cagliostro contribuèrent aux révolutions et aux convulsions de l’Europe plus que Voltaire, Rousseau, d’Alembert, Diderot, etc. et leurs adeptes. […] Sans Weishaupt, Mesmer, Saint-Martin, etc., vous ne sauriez expliquer 1789, [page 439] et sans moi et mes complices, vous n’expliqueriez pas 1848. » (V. Brownson, l’Esprit frappeur, p. 100 et 102).

bouton jaune   Page 438-439

Pages 450-451

Aux yeux de quelques graves théologiens, ces hommes qui prévoyaient les dangers de la société étaient eux-mêmes encore fort aveugles, car nul ne voyait dans cet évènement, bien fait cependant pour les éclairer, l’intervention des esprits malins. Ils redoutaient au contraire, « que les folies ou les impostures des théosophes ne réhabilitassent la croyance à cette doctrine, et que le flambeau du philosophisme allumé par les Voltaire, les Diderot, etc., ne s’éteignit. » Selon eux, les Swedenborg, les Saint-Martin, etc., [page 451] étaient les uns des fous, les autres des enthousiastes, des visionnaires ; Schröfer, Cagliostro, Mesmer étaient à leurs yeux des charlatans.

bouton jaune   Pages 450-451

1863 - Catalogue annuel de la librairie française

1863 catalogue librairie frCatalogue annuel de la librairie française
publié par C. Reinwald, libraire commissionnaire
Cinquième année. 1862.
C. Reinwald, 15, rue des Saints Pères.
Février 1863

Page 57

Correspondance inédite de L. C. de Saint-Martin, dit le Philosophe inconnu, et Kirchberger, baron de Liebistorf, du 22 mai 1792 jusqu’au 7 novembre 1797, recueillie et publiée par L. Schauer et Alp. Chuquet. In-8, avec port. Dentu. 8 fr.

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Page 150

Matter Jacques. – Saint Martin le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maître Martinez et leurs groupes, d’après des documents inédits. In-8. Didier et Cie. 7 fr.

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Page 202

Saint-Martin, le philosophe. – Correspondance inédite – Voy. Correspondance.

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Page 257

Saint-Martin, le philosophe inconnu, par Matter.

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1863 - Catalogue de la bibliothèque de la ville de Limoges

1863 catalogue LimogesCatalogue méthodique de la bibliothèque communale de la ville de Limoges
Dressé par Émile Ruben, bibliothécaire de la ville, secrétaire général de la Société archéologique et historique du Limousin
Sciences et arts
Limoges. Imprimerie de Chapoulaud frères, rue Montant Manigne, 7
Août 1863

B. – De l’humanité et de son avenir, page 35

144. – Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers. (Par L.-C1. DE SAINT-MARTIN.) — Edimbourg, 1782, 2 vol. in-8.

bouton jaune   B. – De l’humanité et de son avenir

1863 - Le Chrétien évangélique

1863 chretien evangeliqueLe Chrétien évangélique
Revue religieuse de la Suisse romande, paraissant deux fois par mois
Sixième année. 1863
Lausanne. Bureau du Chrétien évangélique, chez Georges Bridel, éditeur, place de la Louve
1863

Revue Critique. Saint-Martin, le Philosophe inconnu, par F. de Rougement.

Saint-Martin, le Philosophe inconnu ; sa vie et ses écrits, son maître Martinez et leurs groupes, d'après des documents inédits, par M. Matter. Paris, librairie Didier, 1862, un vol. in-8°. Prix:7fr.

Premier article. Pages 209-213.

A la fin du XVIIIe siècle, l'incrédulité sous ses diverses formes était devenue si générale et si puissante, qu'on aurait pu croire la cause du christianisme perdue sans ressource. Les nuages de la terre interceptaient tous les rayons de l'Orient d'en haut, qui semblait s'être éteint dans les cieux. Notre Suisse romande était plongée dans des ténèbres aussi épaisses que la France matérialiste et que la rationaliste Allemagne. La nuit où vivaient nos pères et qu'on appelait les lumières, n'avait en quelque sorte plus d'autres flambeaux que de rares et pâles fidèles qui se réunissaient auprès d'un frère morave, ou qui se nourrissaient chacun chez soi, des écrits des mystiques Dutoit-Membrini, Schwedenborg [sic] et Saint-Martin. L'auteur de ces lignes, fort jeune encore, avait trouvé dans la bibliothèque de sa famille toute une collection de ces écrits, plus ou moins étranges, qui avaient été lus et relus et usés par de jeunes femmes qui descendaient de cet homme, à l'esprit si lucide et si correct, dont on vient de retracer l'histoire dans cette Revue, Osterwald.

Invité par la rédaction à annoncer ici l'ouvrage de M. Matter, je ne me suis point dissimulé combien c'était chose délicate et difficile de parler de mysticisme à notre public protestant, qui a toutes les qualités imaginables, sauf la compassion pour ces âmes tendres et puissantes à la fois qui, sur les ailes de la prière, de l'imagination, de l'extase, vont se perdre dans des régions inconnues du vulgaire. Au premier rang de ce vulgaire figure je sais trop bien quel lourd et implumé personnage. Mais il n'a pas su résister au plaisir de raviver de vieux souvenirs, d'épousseter de poudreux bouquins oubliés sur leur étagère, de retrouver des notes oubliées, et de résumer en quelques pages les impressions nouvelles que ferait sur lui le Philosophe inconnu après vingt et trente années de séparation.

bouton jaune   Lire la suite sur le siteSaint-Martin, le Philosophe inconnu, par F. de Rougement.

Littérature religieuse. Lettres de Madame Swetchine, par François Dumur. Extrait, page 459

Peines et joies, tout se confond pour elle, tout est moyen de grâce, car elle voit tout pousser à l'éternité. Elle cherche dans l'heure fugitive bien moins ce qu'elle contient que ce qui doit en sortir :

« Vous me retrouverez, écrit-elle, plus blasée que jamais sur le temps; je ne brigue plus que l'éternité (1. Vol. I, pag. 128.). »

Elle ne veut s'attacher qu'à ce qui est permanent, immuable, infiniment glorieux ; mais si ses aspirations vont par de là tout ce qui passe, elle ne rejette pas les réalités qu'elle poursuit, dans un monde aussi nuageux qu'éloigné, elle les discerne déjà en formation dans le moment présent.

« Il y a de l'éternité, déclare-t-elle, dans tout ce qui remue et pénètre jusqu'au fond de notre âme (2. Vol. I, pag. 165). »

La vie actuelle est ainsi reliée étroitement à celle qui la suit et qui ne saurait en être que l'épanouissement définitif. Cette grande pensée déverse sa bienfaisante influence sur toute l'existence de Mme Swetchine. Elle jaillit de sa plume avec les tours les plus divers :

« Ah ! s'écrie-t-elle, par exemple, que je comprends bien Saint-Martin dans sa colère, quand il entendait dire : L'autre vie, et qu'il reprenait brusquement : II n'y en a qu'une (3. Vol. I, pag. 200). »

On conçoit dès lors l'importance que prend à ses yeux la moindre détermination morale, puisque rien ne s'évanouit dans le néant et que chaque souffle, chaque mouvement, chaque acte de volonté est un des éléments d'où se dégage notre éternelle condition. Mme Swetchine nous apparaît relevant la vie humaine à sa véritable hauteur; elle est saisie de son sérieux :

« Ne perdez point de temps ; l'entendons- nous nous dire, il y a trop d'éternité dans chaque moment qui passe pour qu'on en fasse bon marché ! (4. Vol. I, pag. 419) »

bouton jaune   Lettres de Madame Swetchine, par François Dumur

1863 - Dictionnaire des hérésies

Dictionnaire des hérésies, des erreurs et des schismes ou Mémoires pour servir à l’histoire des égarements de l’esprit humain par rapport à la religion chrétienne, précédé d’un discours dans les1863 dict heresiesquels on recherche quelle a été la religion primitive des hommes, les changements qu’elle a soufferts jusqu’à la naissance du christianisme, les causes générales, les filiations et les effets des hérésies qui ont divisé les chrétiens ?
Par Pluquet.
Ouvrage augmenté de plus de 400 articles, distingués des autres par des astérisques, continué jusqu’à nos jours pour toutes les matières qui en font le sujet, comme pour le discours préliminaire, revu et corrigé d’un bout à l’autre,
Par M. l’abbé J.-Jh Claris, ancien professeur de théologie,
Suivi 1. d’un dictionnaire nouveau des jansénistes, contenant un aperçu historique de leur vie, et un examen critique de leurs livres,
Par M. l’abbé James, membre de plusieurs sociétés savantes ; 2. de l’Index des livres défendus par la sacrée congrégation de ce nom, depuis sa création jusqu’à nos jours ; 3. des propositions condamnées par l’église depuis l’an 411 jusqu’à présent ; 4. de la liste complète des ouvrages condamnés par les tribunaux français, avec le texte des jugements et arrêtés tirés du Moniteur.
Publiée par M. l’abbé Migne, éditeur de la bibliothèque universelle du clergé, ou des cours complets sur chaque branche de la science ecclésiastique.
Tome premier
S’imprime et se vend chez J.-P. Migne, éditeur, aux ateliers catholiques, rue d’Amboise, 20, au Petit Montrouge, autrefois barrière d’enfer de Paris, maintenant dans Paris.
1863
Fait partie de l’Encyclopédie théologique, tome onzième

 Article Martinistes français, pages 967-968

MARTINISTES FRANÇAIS. Martines Pasqualis, dont on ignore la patrie, que ce pendant on présume être Portugais, et qui [page 969] est mort à Saint-Domingue en 1799, trouvait dans la cabale judaïque la science qui nous révèle tout ce qui concerne Dieu et les intelligences créées par lui (1). Il admettait la chute des anges, le péché originel, le Verbe réparateur, la divinité des saintes Écritures. Quand Dieu créa l'homme, il lui donna un corps matériel : auparavant, c'est-à-dire avant sa création, il avait un corps élémentaire. Le monde aussi était dans l'état d'élément : Dieu coordonna l'état de toutes les créatures physiques à celui de l'homme.

Martinez fut le premier instituteur de Saint-Martin, né à Amboise en 1743, tour à tour avocat et officier, mort à Aulnay, près Paris en 1804. Saint-Martin prend le titre de philosophe inconnu, en tête de plusieurs de ses ouvrages. Le premier, qui parut en 1775 (2), avait pour titre : Des erreurs et de la vérité. « C'est à Lyon, dit l'auteur, que je l'ai écrit par désœuvrement et par colère contre les philosophes; j'étais indigné de lire dans Boulanger que les religions n'avaient pris naissance que dans la frayeur occasionnée par les catastrophes de la nature. C'est pour avoir oublié les principes dont je traite que toutes les erreurs dévorent la terre, et que les hommes ont embrassé une variété universelle de dogmes et de systèmes. Cependant, quoique la lumière soit faite pour tous les yeux, il est encore plus certain que tous les yeux ne sont pas faits pour la voir dans sou éclat; et le petit nombre de ceux qui sont dépositaires des vérités que j'annonce est voué à la prudence et à la discrétion par les engagements les plus formels. Aussi me suis-je promis d'en user avec beaucoup de réserve dans cet écrit, et de m'y envelopper d'un voile que les yeux les moins ordinaires ne pourront pas toujours percer, d'autant que j'y parle quelquefois de toute autre chose que de ce dont je parais traiter.» Saint-Martin s'est ménagé, comme on le voit, le moyen d'être inintelligible ; et il s'est si bien enveloppé, que ce qu'il y a de plus clair dans le livre, c'est le titre.

Le Ministère de l'homme esprit, par le philosophe inconnu, parut en 1802, in-8°. Dans un parallèle entre le christianisme et le catholicisme, comme si ces deux choses n'étaient pas identiques, il s'est donné libre carrière à dénaturer et à calomnier le catholicisme, « qui n'est, dit-il, que le séminaire, la voie d'épreuves et de travail, la région des règles, la discipline du néophyte pour arriver au christianisme. Le christianisme est le terme, le catholicisme n'est que le moyen ; le christianisme est le fruit de l'arbre, le catholicisme ne peut en être quo l'engrais ; le christianisme n'a suscité la guerre que contre le péché, le catholicisme l'a suscitée contre les hommes (3). » Assurer d'un air tranchant, voilà toutes ses preuves.

Il serait difficile de présenter le résumé des [page 970] idées de ce philosophe inconnu, le corps de sa doctrine. Ses disciples contestent la faculté de l'apprécier à quiconque n'est pas initié à son système : or, tel ne l'est qu'au premier degré, tel autre au second ou au troisième ; et tous ont voué la prudence et la discrétion, par les engagements les plus formels. Mais, si le système du maître est aussi intéressant et avantageux à l'humanité qu'ils le prétendent, pourquoi ne pas le mettre à la portée de tout le monde ? Il est permis d'élever des doutes sur l'importance et les avantages d'un système qui ne s'abaisse pas jusqu'à l'intelligence du vulgaire : car, en fait de religion et de morale, il est de la bonté de Dieu et dans l'ordre essentiel des choses que ce qui est utile à tous soit accessible à tous. Au surplus. Saint-Martin a dit encore : « Il n'y a que le développement radical de notre essence intime qui puisse nous conduire an spiritalisme [sic] actif. » Si ce développement radical ne s'est pas encore opéré chez bien des gens, il n'est pas étonnant qu'ils soient encore à grande distance du spiritalisme actif; et que n'étant encore que des hommes de torrent, ils ne puissent comprendre l’homme de désir (?). Cet illuminé a écrit le Nouvel homme, à l'instigation d'un neveu du Swedenborg, et traduit divers écrits du visionnaire Bœhm.

Notes
1. Grégoire, Hist, des Sectes relig., tom. II, pag. 217- 229.
2. in-8° Edimbourg.
3. Раg. 3, 6, 15, 101, 168, 571. 372, et passim,
4. Titre d'un ouvrage de Saint-Martin.

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Article Martinistes russes, pages 969

MARTINISTES RUSSES. La conformité des dogmes des martinistes français avec ceux d'une secte qui naquit dans l'université de Moscou vers la fin du règne de Catherine II, et qui eut pour chef le professeur Schwarts, à fait donner le nom de martinistes aux membres de cette secte. Ils étaient nombreux à la fin du dix-huitième siècle. Mais ayant traduit en russe quelques-uns de leurs écrits, et cherché à répandre leur doctrine, plusieurs furent emprisonnés, puis élargis quand Paul monta sur le trône. Actuellement ils sont réduits à un petit nombre. Ils admirent Swedenborg, Bœhm, Ekartshausen et d'autres écrivains mystiques. Ils recueillent les livres magiques et cabalistiques, les peintures hiéroglyphiques, emblèmes des vertus et des vices, et tout ce qui tient aux sciences occultes. Ils professent un grand respect pour la parole divine, qui révèle non seulement l'histoire de la chute et de la délivrance de l'homme ; mais qui, selon eux, contient encore les secrets de la nature : aussi cherchent-ils partout dans la Bible des sens mystiques. Tel est à peu près le récit que faisait de cette secte Pinkerton, en 1817 (1)

Note
1. Intellectual Repository of the new Church, n. 25, p. 34 et suiv.

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1863 – Godefroy - Histoire de la littérature française depuis le XIVe siècle jusqu'à nos jour

1863 GodefroyHistoire de la littérature française depuis le XIVe siècle jusqu'à nos jours, Études et modèles de style
Frédéric Godefroy, auteur du lexique comparé de la langue de Corneille. Couronné par l’Académie française et 1859 et 1861.
Tome III
Dix huitième siècle – Prosateurs
Paris.
Gaume frères et J. Duprey, éditeurs, rue Cassette, 4
1863

XI – La philosophie et la métaphysique – Extrait, page 419

Le grossier matérialisme qui dominait la philosophie à la fin du dix-huitième siècle révolta quelques nobles âmes. Elles sentirent le besoin de se rattacher aux croyances que la foule désertait, et cherchèrent dans la contemplation de l'infini un refuge et une consolation contre les misères contemporaines. Tel fut SAINT-MARTIN (1743-1804), dit le Philosophe inconnu, qu'un illustre catholique a appelé « le plus instruit, le plus sage et le plus élégant des théosophes modernes (4). » Dans un livre publié en 1775, et intitulé Des erreurs et de la vérité, ou les Hommes rappelés au principe universel de la science, il défendit, contre les philosophes modernes, la Providence et les premiers principes, il montra une généreuse indignation contre les ennemis de Dieu, et, en combattant les erreurs sociales d'Helvétius et de Rousseau, prouva la nécessité de rasseoir les institutions humaines sur les bases religieuses. Malheureusement cette protestation fit peu d'effet, parce que le livre était obscur, mal écrit, et gâté par plus d'une bizarrerie. L'Homme de désir, imprimé en 1790, méritait et obtint plus de succès. Le rêveur solitaire qui s'appelait lui-même le Robinson de la spiritualité y exhalait, dans une langue quelquefois encore obscure et singulière, mais souvent pénétrante et suave, les pensées, les sentiments, les aspirations qui remuaient son âme aimante et candide au milieu des corruptions et des agitations d'une société finissante.

Bientôt il connut les spéculations théosophiques de Jacob Boehm, et il vit dans cet illuminé allemand le prince des philosophes divins. Dès lors il sut moins que jamais subordonner son enthousiasme à la raison, il mit dans plusieurs de ses écrits presque autant de singularités et d'obscurités qu'avait fait son auteur favori dans l’Aurore naissante, et, tout en s'affermissant dans les idées spiritualistes, il s'éloigna chaque jour davantage du christianisme en face duquel il se posa comme un rival, quoiqu'il crût toujours à la mission et à la divinité du Réparateur. Il prétendait expliquer tout par l'homme, et avait pour base de son système on ne saurait trop dire quelle révélation naturelle qui n'était pas toujours parfaitement d'accord avec la révélation surnaturelle.

Avec ses singularités, avec ses erreurs, avec ses préjugés, Saint-Martin était un précurseur; il annonçait et il prépara lui-même le retour au spiritualisme qui devait faire l'honneur de notre siècle. Il sut rentrer dans la voie traditionnelle des vérités primitives, et chercher dans l'observation intérieure l'explication de l'homme et des choses.

Note
1. De maistre, Soir. de St. Pétersb., 11e entretien.

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Deuxième partie – Rousseau - § V La Nouvelle Héloïse - Extrait, page 673

C'est en se rassurant par ces belles raisons qu'il [Rousseau] écrivit un des livres les plus dangereux du siècle, avec la prétention de faire un ouvrage de morale. Il faut en vérité l'aveuglement d'un auteur qui se plaît à se tromper lui-même comme à tromper les autres, ou une naïveté plus que commune, comme celle d'un Saint-Martin, pour croire que la Nouvelle Héloïse a fait « beaucoup de gens vertueux (1). »

Note
1. Voir Œuvr. posth. de Saint-Martin, t. II, p. 331.

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1863 – Lamothe - Notes pour servir à la biographie des hommes utiles ou célèbres de la ville

1863 LamotheNotes pour servir à la biographie des hommes utiles ou célèbres de la ville de Bordeaux et du département de la Gironde
Par Léonce de Lamothe
Paris, Derache, rue Montmartre, 48
1863 

Martinez Pasqualis - Page 52-53

PASQUALLIS (Joachim dom Martinez), né à Grenoble en 1700 d'une famille espagnole juive, mort en 1799, à Port-au-Prince (Saint-Domingue). Répand les doctrines théurgiques [page 53] dans les loges maçonniques, et notamment à Bordeaux en 1762, où il a peu d'années après, parmi ses initiés les plus célèbres, le jeune officier Saint-Martin.

« Un homme extraordinaire pour les lumières, le seul homme vivant de ma connaissance, dont je n'ai pas fait le tour. » (Saint-Martin, dit le philosophe inconnu.)

Voir : 1 ° Caro, Essai sur la vie et la doctrine de Saint-Martin ; 2° Matter, Saint-Martin, sa vie et ses écrits, son maître. Martinez et leurs groupes ; 3° L. de Lamothe, article de la Revue de Bordeaux, p. 364.

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Saint-Martin - Page 60

SAINT-MARTIN (Louis-Claude de), dit le Philosophe inconnu ; né le 18 janvier 1743 à Amboise, mort à Aunay près Paris le 13 octobre 1803. Avocat au siége présidial de Tours et peu après officier dans le régiment de Foix. Rencontre pendant une garnison à Bordeaux, vers 1765, don Martinez Pasquallis [sic] qui l’initie à la théurgie et au mysticisme ; acquiert bientôt une grande célébrité par sa lutte contre Garat à l’École normale sur la Philosophie alors régnante. Auteur de nombreux écrits empreints de spiritualité mystique.

« Le plus instruit, le plus sage et le plus élégant des théosophes modernes. » (Comte de Maistre, Soirées de Saint-Pétersbourg.)

Malgré l’obscurité systématique dont il s’enveloppe, on peut affirmer que Saint-Martin était voyant naturel, ce qui explique le peu de cas qu’il avait fini par faire du physique auquel son maître Pasquallis n’atteignait que par l’effet d’opérations théurgiques.

Voir : 1° Caro, Essai sur la vie et la doctrine ....; 2° Matter, Saint-Martin...; 3° L. de Lamothe, article de la Revue de Bordeaux, p. 379.

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1863 – Le Couteulx de Canteleu - Les sectes et sociétés secrètes politiques et religieuses

1863 Le CouteuxLes sectes et sociétés secrètes politiques et religieuses
Essai sur leur histoire depuis les temps les plus reculés jusqu’à la révolution française
Par J. H. E. [Jean Baptiste Emmanuel Hector] Comte Le Couteulx de Canteleu
Paris.
Librairie académique
Didier et Cie, éditeurs,
35, quai des Grands Augustins
1863.

Les sociétés secrètes au XVIIIe siècle - § V. La FM sous Louis XVI en Europe, Extrait, p.136

En dépit des nouveaux décrets de la Sorbonne, défendant d'entrer ou de rester dans la Franc-Maçonnerie, l'Ordre était donc en pleine prospérité, et son pouvoir n'allait donc qu'en augmentant. Martinez, dont je parlerai tout à l'heure, créait son nouveau rite des Élus Coëns, et en 1761 le grand conseil de Paris délivrait à un Juif, Stephen Morin, une patente de grand Inspecteur général, pour aller en Amérique propager la nouvelle Maçonnerie de perfection.

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1863 – Leroux - La grève de Samarez

1863 LerouxLa grève de Samarez
Poème philosophique
Par Pierre Leroux
Tome premier
Paris.
A la librairie de E. par Dentu,
Palais Royal, galerie d’Orléans
1863

Chapitre XII – Un dîner avec un vieil alchimiste. Extrait, page 204-207

Un jour donc nous dînions, Gilbert et moi, avec Ampère et Ballanche, dans un restaurant du quartier Latin, vis-à- vis le café Procope. Survint, je ne sais comment, nombreuse compagnie : l'ambitieux Barthe, le non moins ambitieux Lerminier, puis deux jeunes philanthropes qui revenaient d'Amérique, où ils avaient été étudier, aux frais du gouvernement, le système pénitentiaire — (beaux philanthropes, ma foi ! je les ai retrouvés depuis à l'Assemblée Nationale : aux Journées de Juin, quand quelqu'un fit des efforts pour s'opposer au décret de transportation en masse, et demanda, au nom de la famille, qu'au [page 205] moins les femmes et les enfants des transportés eussent le droit de les accompagner, savez-vous qui monta à la tribune pour repousser cette juste demande et violer la nature ? Un de ces philanthropes, par amour sans doute pour le solitary confinement. O philanthropie !).—Il y avait aussi à ce dîner des avocats, des médecins, bref trop nombreuse compagnie.

J'aurais voulu qu'on laissât parler Ampère et Ballanche. Ils étaient de Lyon tous les deux, ils se tutoyaient, ils se connaissaient depuis l'enfance. Ampère, vous pouvez le savoir, était timide, fort timide. Avec quelles transes, sous la Restauration, émettait-il une idée devant deux ou trois amis intimes, après qu'il avait bien visité les portes de son cabinet ! Il fut aimable pourtant, et commença à nous donner quelques détails qui me parurent charmants sur son enfance de paysan, sur les longues années qu'il avait passées dans sa chère montagne (il était de la montagne, lui ; Ballanche, fils d'imprimeur, était de la ville). Mais on ne sut pas l'encourager, et bientôt il devint taciturne. Alors j'essayai d'amener le beaucoup moins timide et plus naïf Ballanche (tout naïf que Ballanche était, il ne laissait pas d'être fort malin, comme on le dit de La Fontaine), j'essayai, dis-je, de l'amener, sans qu'il s'en aperçût trop, et par une suite de pas successifs, à nous raconter sa première visite à madame Récamier, lorsqu'il vit Béatrice pour la première fois…

L'histoire est délicieuse, mais il faut avoir connu Ballanche. Madame Récamier était en passage à Lyon; et madame Récamier, c'était la merveille du temps : Ballanche séchait sur pied de ne l'avoir pas encore vue. Enfin il est invité à une de ses soirées. Tant que dure le jour, il attend impatiemment; et, le moment venu, il court, il [page 206] vole.... Le voilà dans le salon, caché dans la foule des visiteurs. Un de ses amis l'aborde, et, après quelques instants : « Mais qu'avez-vous donc, Ballanche ? vous exhalez une odeur détestable. » Ballanche rougit, s'interroge, pense à ses souliers, incline la tête, et reconnaît ... que le petit décrotteur par qui il s'est fait cirer sur le quai du Rhône a mis des œufs pourris dans son cirage. Qu'auriez-vous fait, Lecteur ? Rester était impossible, il y aurait eu une émeute. Vous seriez sans doute allé vous coucher. Tout au plus, avant de vous dérober par la fuite, auriez-vous essayé de jeter un coup d'œil sur la divinité du lieu. Ballanche fut plus malin que vous. Il alla, sans rien dire, déposer ses souliers sur l'escalier, et il revint bien vite contempler, tant que dura la soirée, celle.... qui abaissa pour lui les gloires célestes— Voyez la Dédicace de sa Palingénésie.... Aussi je me figure toujours Ballanche sans souliers devant madame Récamier.

Je lui aurais fait raconter cela et bien d'autres choses. Il s'y serait prêté ; rien ne lui faisait plus de plaisir. Mais ces jeunes gens n'avaient point de respect pour leurs anciens, point d'émotion pour la vieillesse de deux hommes de génie. Deux lumières de notre temps allaient s'éteindre quelques mois après, et, au lieu de profiter de leurs derniers rayons, ils ne pensaient qu'à briller eux-mêmes, à montrer leurs petits talents, leur loquacité, leurs vilaines passions !

Gilbert ne disait rien ; il observait mon mécontentement, mon air mélancolique. A la fin, il se lève, me prend à part, me conduit dans un cabinet voisin; et là, mystérieusement : « Il serait bien nécessaire, me dit-il, que « nous fissions un peu d'or pour ces jeunes gens : qu'en pensez-vous ? » Je le regardai surpris : « En effet, lui [page 207] répondis-je, je crois qu'il y en a plus d'un qui serait content de palper de l'or, et qui fera tout pour cela. »

Là-dessus il me fit confidence qu'un adepte venait d'arriver à Paris, qu'une expérience allait avoir lieu, et me demanda si je ne serais pas curieux d'y assister. Nous primes rendez-vous, et quand j'allai au rendez-vous, Gilbert ne s'y trouva pas. Je le revis souvent depuis, sans qu'il m'ait jamais fait d'excuses et sans que je lui en aie demandé. Mais j'aimais à le faire causer de Saint-Martin, du Philosophe inconnu, qu'il avait beaucoup connu.

J'ai bu souvent, avec Gilbert, de son or potable, qui devait, disait-il, prolonger sa vie jusqu'à l'âge que nous prédit M. Flourens (après Descartes et Condorcet), un siècle et plus. Je n'ai jamais élevé, devant lui, le moindre doute sur l'Alchimie, et j'ai souvent pensé que l'Alchimie pouvait être très supérieure à la Philosophie des chimistes de nos jours.

Croyez de même, cher Lecteur, que la Théologie, qu'on méprise aujourd'hui à l'égal de l'Alchimie, mérite peut- être aussi qu'on y regarde. Croyez qu'il y a une perle précieuse dans Isaïe; mais ne m'en demandez pas, pour le moment, davantage.

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1863 – Nettement – Histoire de la restauration

1863 NettementHistoire de la restauration
Par Alfred Nettement
Tome troisième
Règne de Louis XVIII – Chambre de 1815
Paris. Jacques Lecoffre et Cie, Libraires éditeurs, rue du Vieux Colombier, 29
1863

Livre troisième – Le ministère Richelieu – La chambre introuvable. Renouvellement du traité de Chaumont – Traité de la Sainte Alliance - Extrait, pages 281-284

… L'article 6 était ainsi conçu : « Pour assurer et faciliter l'exécution du présent traité et consolider les rapports intimes qui unissent aujourd'hui les quatre puissances pour le bonheur du monde, les hautes parties contractantes sont convenues de renouveler à des époques déterminées, soit sous les auspices immédiats des souverains, soit par leurs ministres respectifs, des réunions consacrées aux grands intérêts communs et à l'examen des mesures qui, dans chacune de ces époques, seront jugées les plus salutaires pour le repos et la prospérité des peuples et pour le maintien de la paix en Europe. » Les congrès européens réunis dans les années qui suivirent étaient en germe dans cet article.

Ce traité, auquel le roi de France ne fut pas invité à apposer sa signature, lui fut communiqué par une note signée des ministres des quatre puissances. On voit percer dans cette note les sentiments et les idées des cabinets sur la situation de la France, surtout dans les provinces méridionales, et sur celle de son gouvernement, et leur opposition naissante à la Chambre de 1815, qui, à l'époque où cette communication fut faite, avait commencé depuis deux mois ses travaux : « Loin de craindre que S. M. T. C. prête jamais l'oreille à des conseils imprudents ou passionnés, tendant à nourrir les mécontentements, à renouveler les alarmes, à ramener les haines et les divisions, disaient les ministres des quatre puissances, les cabinets alliés sont complètement rassurés par les dispositions aussi sages que généreuses que le Roi a annoncées à toutes [page 282] les époques de son règne. Ils savent que S. M. opposera à tous les ennemis du bien public et de la tranquillité de son royaume son attachement aux lois constitutionnelles, sa volonté bien prononcée d'être le père de tous ses sujets, sans distinction de classe ni de religion. Ce n'est qu'ainsi que les vœux formés par les cabinets alliés pour l'autorité constitutionnelle de S. M. T. C., pour le bonheur de son pays, et le maintien de la paix du monde, seront couronnés d'un succès complet, et que la France prendra la place éminente à laquelle elle est appelée dans le système européen. »

Ces deux traités du 20 novembre 1815, dont l'un fixait la situation territoriale de la France, tandis que l'autre maintenait la coalition européenne en vue des éventualités de l'avenir, avaient été précédés d'une déclaration à la fois religieuse et politique, qui a eu un trop grand retentissement dans le monde pour qu'elle puisse être omise dans ce récit ; c'est la déclaration de principes mal à propos appelée Traité de la sainte-alliance.

Cette déclaration, dénoncée par des esprits peureux comme une conspiration contre la liberté des peuples, n'était qu'une effusion généreuse et un peu vague sortie du cœur de l'empereur Alexandre. Les tendances naturelles de cette âme tendre et mélancolique s'étaient trouvées exaltées encore par les terribles péripéties que l'Europe venait de traverser, et qui avaient amené en si peu d'années les Français à Moscou et les Russes à Paris. Le sentiment religieux et libéral qui avait été le caractère du soulèvement de l'Europe contre Napoléon avait profondément retenti dans l'intelligence rêveuse de ce czar tout-puissant, qui, élevé par le rang et la fortune au-dessus de l'humanité, sentait le besoin de se rapprocher de Dieu. Une influence particulière avait nourri et développé ces sentiments, c'était celle de madame de Krüdener. Imagination exaltée, ardente, cœur généreux et sympathique, madame [page 283] de Krüdener, trompée par un thaumaturge allemand, Jung Stilling, et enivrée des rêves de sa propre imagination, mais sincère elle-même dans son illuminisme, avait été mêlée à la grande réaction idéaliste et guerrière de l'Allemagne contre la conquête française. Entourée de pasteurs de Genève, de frères moraves, d'illuminés des églises d'outre-Rhin, elle avait prêché la guerre sainte, religieuse, sous les auspices de l'aigle blanc, c'était l'aigle de Russie, contre l'aigle noir dans lequel elle personnifiait Napoléon. En 1815 elle avait vu Alexandre au congrès de Vienne, et lui avait prédit les Cent-Jours. La réalisation de cette facile prophétie avait achevé de lui donner la confiance d'Alexandre, et, lorsqu'il revint à Paris après la chute du second Empire, elle était toute-puissante sur son esprit. Les âmes mystiques se rapprochent par un aimant naturel comme les âmes corrompues. Un homme de bien, un penseur, un publiciste, un philosophe venu de l'école de Saint-Martin, le philosophe inconnu, rêveur autant que penseur par conséquent, et qui n'avait pas été étranger aux illusions décevantes de la génération de 89, Bergasse, qui avait, au début de sa carrière, ouvert son âme aux rêveries du mesmérisme, et dont la vieillesse se réchauffait à ce rayon d'illuminisme tard venu, était bientôt entré en tiers dans cette confiance auguste et dans cette amitié impériale (1). Ce fut dans la petite chambre qu'il habitait au coin de la rue de la Pépinière et du faubourg du Roule qu'eurent lieu entre lui, l'empereur Alexandre, madame de Krüdener et madame de Lezay-Marnesia, compagne inséparable de madame de Krüdener, les conférences d'où sortit le traité de la sainte-alliance. Madame de Krüdener, naturellement éloquente, et d'autant plus persuasive qu'elle était convaincue, annonçait dans ce [page 284] petit cénacle le monde nouveau si souvent prédit, et qui n'est pas encore venu, dans lequel les peuples réconciliés se donneront le baiser de paix, sous l'influence d'une politique toute chrétienne, tandis que le représentant de cette politique, assis devant le tabouret qui servait de trépied à la pythonisse, écoutait avec avidité les paroles qui lui promettaient la puissance morale bien supérieure à la puissance politique, et le rôle de régénérateur, préférable à celui de conquérant. Bergasse, heureux de retrouver à son couchant les belles utopies de sa jeunesse qui avait rêvé l'harmonie universelle avec un optimisme bienveillant, souriait à cet avenir lumineux où l'unité de l'humanité se refaisait par la sainte alliance des rois sur la terre d'où le mal était à jamais banni. Ainsi naquit le traité de la sainte-alliance, chimère politique, sans nul doute, mais noble chimère qu'on placerait à sa véritable place et qu'on désignerait sous son véritable titre en la mettant en face de la Déclaration des droits de l'homme et en l'appelant la Déclaration des devoirs des Rois.

Note

1. J'emprunte ces détails au remarquable discours de réception prononcé en séance publique de l'Académie de Lyon, le 8 avril 1862, par M. Léopold de Gaillard, et qui est consacré à Nicolas Bergasse.

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1863 – Piérart - Revue spiritualiste

1863 revue spiritualiste t6Revue spiritualiste
Journal mensuel principalement consacré à l’étude des facultés de l’âme à la démonstration de son immortalité et à la remise en lumière des vérités de la religion naturelle
Rédigé par une société de spiritualistes et publié par
Z. J. Piérart
Ex-rédacteur en chef du Journal du Magnétisme
Tome sixième
Paris
Bureaux, rue des Bons-Enfants, 29
1863– 4ème livraison

Réponse de M. Piérart à une lettre, pages 214-217

Nous remercions du plus profond de notre cœur le signataire de la lettre [L. Favre Clavairoz] qu'on vient de lire des paroles amies qu'il a bien voulu nous adresser. M. Favre, nous devons le dire, a plus que des paroles, il a des actions ; il est un de ceux qui ont les premiers et le plus sympathiquement répondu à notre appel pour le soutien de l'œuvre de la propagande spiritualiste. Qu'il nous permette donc d'ajouter quelques mots de rectification aux bonnes paroles toutes fraternelles qu'on vient de lire.

M. Favre appelle les spirites des apôtres de la première heure. Nous devons dire qu'ils ne sont pas plus de la première heure que nous. La Revue spiritualiste a commencé à paraître en février 1858, à la même époque que la Revue spirite. Mais déjà à cette époque il y avait longtemps en France que des articles affirmatifs de nos croyances avaient paru çà et là dans les [page 215] journaux, et ces articles, il faut le dire, continuaient une tradition qui n'a jamais été interrompue en Europe. Ce que nous avons dit à propos de Swedenborg, de Lavater, de Saint-Martin et d'une foule d'autres, le prouve. Bien plus, les questions spiritualistes, telles que nous les avons posées, c'est-à-dire sur le terrain des faits, de la recherche et de la discussion critique, avaient été le seul point de vue sous lequel on les avait alors envisagées dans notre pays. Est-il besoin de rappeler ici, entre autres journaux, ceux des Tables parlantes et du Magnétisme ? Nous n'avons donc fait que continuer un travail d'élaboration, de recherches, d'études, de discussions, commencé avant nous. Pourquoi ce travail qui répond tant aux tendances d'esprit de la partie éclairée de la société française n'a-t-il pas eu plus de succès ? Cela tient à diverses causes. D'abord, l'école que nous nous sommes efforcés de faire prévaloir, faute d'avoir trouvé des soutiens suffisants, n'a pas été assez connue. Elle n'a pas été assez connue aussi, parce que des journalistes sceptiques et rationalistes, à qui nous nous sommes adressés pour la faire connaître, n'osant s'en moquer, et cependant ne pouvant y adhérer, ont préféré n'en pas parler. Pendant ce temps une autre école était l'objet constant de leurs sarcasmes. Mais ces attaques attiraient sur elle l'attention générale. Les credo, les catéchismes, les livres qu'elle mettait au jour avec une assurance vraiment remarquable, peu ratifiés des penseurs, l'étaient beaucoup des personnes qui, avant tout, éprouvent le besoin d'affirmer, et qui, ne pouvant ou ne voulant se donner le soin de trouver des solutions par elles-mêmes, aiment qu'on les leur présente toutes trouvées. Comme il est de l'essence du cœur humain d'être attaché de prédilection à l'objet premier de ses croyances, aux affirmations dont on s'est tout d'abord imprégné, il s'en est suivi que le peu de spirites qui ont pu avoir connaissance de notre école n'en ont aimé ni l'esprit ni les tendances. Ajoutons à cela que nous avons eu en face de nous des gens qui ont eu recours à une foule de petits moyens toujours efficaces pour la réussite [page 216] du côté matériel d'une entreprise. Ces petits moyens, il était dans notre caractère de les repousser, partant de ce principe que ce qu'il faut chercher avant toute chose, c'est la vérité, qu'il est des questions où la moindre habileté est un crime. Aussi, tandis qu'il était permis à une société spirite de se former, de s'étendre, d'attirer à elle des adeptes de toute croyance, même de nombreux catholiques, sur les bases d'un credo qui est la négation la plus radicale du principe chrétien, il nous était par deux fois refusé de constituer une société spiritualiste. Notre projet de société cependant déclarait n'avoir en vue que de rechercher dans l'ensemble des faits et des doctrines tout ce qui pouvait servir à l'étude des facultés de l'âme et à la démonstration de son immortalité ; il prenait de plus l'engagement de fuir toute discussion politique, sociale ou religieuse, et de se tenir sur le pur terrain de la recherche scientifique, du débat philosophique. Quand ceux qui s'étonnent parfois de l'acrimonie de notre langage voudront s'édifier sur la légitimité de nos plaintes, ils n'auront qu'à considérer ces faits et surtout passer dans notre bureau, ils y apprendront des choses qui leur montreront qu'il y a une attitude préférable à la mansuétude des paroles, c'est la bonté des actions secrètes, la franchise et le courage des procédés. Mais notre position est ainsi faite : nous devons souffrir et ne pas nous plaindre. Bien qu'il ait été permis de tout temps aux hommes d'attaquer les actions, les principes et les systèmes qui leur paraissaient dangereux, erronés ou déshonnêtes, les doctrines qui leur étaient contraires (les luttes incessantes, passionnées du christianisme et des écoles philosophiques, en sont une preuve), bien que le passé tout entier de l'humanité montre que la vérité jaillit du choc des opinions, on nous fait un crime de nos discussions. Des journaux, nous confondant avec les spirites, ne veulent pas s'occuper de nous, attendu que le spiritisme est une chose jugée, condamnée, et sur laquelle il n'y a plus à revenir; et, quand nous élevons la voix pour dire que nous sommes loin d'être spirites, qu'au contraire nous n'avons [page 217] de protester, contre le nom de cette école, ses façons de faire, de raisonner et de prouver, aussitôt des voix émues se levèrent pour nous faire un crime de nos protestations.

Comme on le voit, notre position est difficile et peu encourageante. Que faire ? Protester encore, protester toujours en attendant que des moments plus heureux se présentent, qu'une situation plus judicieuse, plus logique, plus éclairée, surgisse. C'est ce que nous avons pu faire, grâce aux quelques bons amis que Dieu nous a envoyés et qui nous ont soutenu dans les phases difficiles que nous avons traversées. Mais ces amis n'ont pas été nombreux. Beaucoup ont eu plus de paroles que d'action. Espérons que bientôt, légion puissante, nous pourrons présenter au siècle l'idée spiritualiste telle que nous l'avons toujours comprise, et telle qu'il la lui faut présenter si, au lieu de succès faciles, mais éphémères, on vise à donner au grand édifice de l’avenir de profondes et solides bases, de ces bases qui puissent le préserver du sort de tant de doctrines mystiques qu'on a vu si souvent crouler devant les assauts de la raison humaine ou le poids de leurs propres extravagances.

Z.-J. Piérart

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Article : La Toussaint, le jour des âmes - Extrait, page 291

D'abord, c'est vous, Chauvin, le premier trépassé par ordre de date, et qui avez été aussi l'un de ceux qui ont répondu les premiers à mon appel quand en 1858 la Revue spiritualiste a été fondée. Vous étiez porté par votre nature vers les questions qui nous occupent. Jeune encore, vous avez fait la connaissance d'un des disciples du philosophe inconnu, l'illustre Saint-Martin, celui à qui il avait laissé ses manuscrits, sa pensée dernière, manuscrits et pensée dont vous avez hérité. Je me console de votre mort trop prompte en pensant que vos propres manuscrits, ceux du grand spiritualiste dont vous avez continué la tradition, sont tombés en des mains sûres, entre les mains d'un des patriarches de notre grande cause, qui saura sans doute aussi lui apporter sa part de concours effectif. Il le peut : n'est-il pas dépositaire de mille richesses bibliographiques, de souvenirs, de traditions, de faits remarquables dont la vérité a besoin pour s'affirmer devant les hommes ? Quel est l'adepte convaincu qui pourrait se refuser d'apporter sa petite pierre à l'édifice, surtout quand cette pierre peut être celle de l'angle ?

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1863 - Séances et Travaux de l'Académie des Sciences Morales et Politiques 

1863 seances et travauxSéances et Travaux de l'Académie des Sciences Morales et Politiques (Institut impérial de France)
Compte rendu par M. Ch. Vergé, avocat, docteur en droit, sous la direction de M. Mignet, secrétaire perpétuel de l’Académie
1863 – Quatrième trimestre
22e année – Quatrième série
Tome seizième (LXVIe de la collection).
Paris. Auguste Durand, libraire, 7, rue des Grès Sorbonne
1863

Jacques Matter - Mémoire sur Martinez Pasqualis, ses doctrines mystiques et son influence sur Saint-Martin

Compte-rendu du livre de Jacques Matter par Adolphe Franck - 1er article, pages 199-219.

Il y a peu d'écrivains, et surtout d'écrivains, mystiques, qui aient moins de droits que Saint-Martin à ce nom de philosophe inconnu dont il se plaisait à signer tous ses ouvrages.  Si obscures que soient pour nous ses doctrines (et nous pouvons affirmer qu'elles ne l'étaient pas moins pour ses contemporains), il les a vues de son vivant devenir un objet de graves méditations, et lui susciter, en France, en Allemagne, en Suisse, des disciples pleins de ferveur. Au moment où éclatait la Révolution française, son nom était si célèbre et si respecté, que l'Assemblée constituante, en 1791, le présentait avec Sieyès, Condorcet, Bernardin de Saint-Pierre et Berquin, comme un des hommes parmi lesquels devait être choisi le précepteur du jeune Dauphin. On se disputait sa personne dans les plus élégants salons ; ceux qui ne pouvaient le lire étaient jaloux de l'entendre, et le charme de sa conversation effaçait pour lui toutes les distances. Il a vécu dans la familiarité de la duchesse de Bourbon, de la maréchale de [200] Noailles, de la marquise de Coislin, du duc de Richelieu, du duc de Bouillon, du duc de Lauzun ; il était l'hôte et le commensal du prince de Galitzin, de lord Hereford, du cardinal de Bernis ; il a connu le chevalier de Boufflers, le duc d'Orléans, devenu plus tard Philippe-Égalité, Bailly, Lalande, Bernardin de Saint-Pierre. Il a soutenu, dans une assemblée de deux mille personnes, une discussion brillante contre Garat, l'ancien ministre de la Convention, nommé professeur d'analyse de l'entendement dans les écoles normales. Après s'être attiré, dans sa jeunesse, les sarcasmes de Voltaire, il n'a pu éviter, sur la fin de sa vie ceux de Chateaubriand, qu'il a aimé et admiré. Enfin, c'est dans ses écrits, et principalement dans ses écrits politiques, que l'auteur des Considérations sur la Révolution française et des Soirées de Saint-Pétersbourg a trouvé les fondements de son système.

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