1836 hre philo allemande t11836 – Barchou de Penhoën - Histoire de la Philosophie Allemande

Depuis Leibnitz Jusqu'à Hegel

Le Baron Auguste-Théodore-Hilaire Barchou De Penhoën

Paris.

Charpentier, éditeur libraire, 31, rue de Seine
1836

Tome Ier - Livre Ier – Leibnitz  - Livre III – Fitche
Tome II - Livre IV Schelling

Histoire de la Philosophie Allemande depuis Leibnitz Jusqu'à Hegel

1836 - Histoire de la Philosophie Allemande T1

Tome Ier - Livre Ier – Leibnitz – Extrait, pages 122-124

1836 hre philo allemande t1[122]…Contemporain de Hobbes, le lord Edouard Herbert de Cherbury, suivant une direction opposée, s'efforçait, au contraire, de créer une philosophie toute religieuse, toute spiritualiste. Son enseignement n'eut que peu de retentissement.

A la même époque, un médecin, Jean-Baptiste Van-Helmont (1577-1644), alliait le mysticisme à l'étude des sciences naturelles ; il cherchait à faire une philosophie du grand tout. Selon Van-Helmont, toute science, toute connaissance de l'intuition immédiate de la Divinité ; la nature entière est animée; dans l'univers sont enfermées, emprisonnées des substances spirituelles qui se manifestent à nous sous la forme de puissances naturelles. Van-Helmont faisait sortir toutes choses de l'air et de l'eau. En Angleterre, les idées de Paracelse trouvaient un ardent sectateur dans le médecin Robert Fludd (1574-1637). En Allemagne apparaissait (1575-1624) le fameux [p.123] Jacob Bœhm. Bœhm cherchait dans la Bible l'explication du monde extérieur. Selon Bœhm, ce monde n'était autre chose que le relief, la mise en saillie d'un monde invisible caché dans son propre sein; la Bible, la tradition en étaient comme autant de révélations. La réputation de Bœhm fut immense dans son temps; le roi d'Angleterre envoya près de lui un savant, avec l'unique mission de le comprendre et de le traduire. De nos jours il a conservé de nombreux adeptes : le lecteur a déjà nommé le plus célèbre d'entre eux, le fameux Saint-Martin, le philosophe inconnu. Singulier spectacle, qui appelle tout à la fois admiration et sympathie. Voyez ce pauvre cordonnier; vous le croyez peut-être préoccupé des misères de son humble condition ; mais, sur les ailes de l'inspiration, il voyage avec Platon dans les sphères les plus élevées du monde des intelligibles.

A la suite de tous ces noms, célèbres à degrés et à titres différents, se présentent ceux de Descartes, de Malebranche, de Spinoza. C'est dans ce moment qu'il eût été opportun [p.124] d'en parler, si nous n'eussions consulté que le seul ordre chronologique.

Mais on l'a vu, avant ce rapide coup d'œil jeté sur le mouvement de l'esprit philosophique dans les XVe, XVIe et XVIIIe siècles, nous avons commencé par esquisser rapidement quelques uns des grands traits de leur système. Pour agir ainsi, nous n'avons pas manqué de motifs. La philosophie de Leibnitz, par conséquent la philosophie allemande tout entière, se trouvait en germe dans le cartésianisme ; et, par ce motif, nous avons d'abord dit en quoi consistait ce germe. L'examen des autres systèmes antérieurs au cartésianisme, et dont Leibnitz put avoir connaissance, ne devait venir qu'après ; ces systèmes, ces doctrines, ces opinions, sont seulement comme le terrain où a grandi ce germe, où il a développé, en s'en assimilant une portion, un mouvement progressif et continu que nous allons étudier dès à présent.