jsn pixel1
jsn pixel2
jsn pixel3

Index de l'article

1852 chaine symboliqueJean-Barthélémy-Gaïfre Galiffe, La chaîne symbolique : origine, développement et tendances de l'idée maçonnique

Genève - Imprimerie d’Elie Carey, rue Verdaine, 268 - 1852

Jean Barthélémy Gaïfre GALIFFE dit John (31.07.1818 à Genève - 25.02.1890) Dr. en droit; Généalogiste

Extraits de la IXe Planche - Troisième partie historique : La Franc-Maçonnerie moderne : 

- Confusion entre les rites et pouvoirs de l’ordre
- Rapprochements entre le Grand-Orient et les rites de l'écossisme 
- Le convent de Lyon - Willermoz -- Les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte
- Le Directoire national helvétique roman


Confusion entre les rites et pouvoirs de l’ordre page 299-303

[page 299]…  C'est à la faveur de ces troubles que l'on vit s'élever dans le royaume, et à Paris même, de nouveaux rites, tels que la Stricte-Observance, le Martinisme, le Régime Rectifié, le Rite Éclectique, celui des Philalétes [sic], etc.; et de nouvelles autorités suprêmes et constituantes, dont les plus remarquables furent : le Grand-Orient de Bouillon, présidé par le duc du même nom, la Mère-Loge du Rite écossais philosophique, dont le marquis de Laroche-Foucault-Bayers fut le premier Grand-Maître, etc., etc. On voit que si l'union manquait, il y avait au moins dans l'ordre un zèle et une activité qui tenaient du délire; et au milieu de cet enfantement laborieux, l'on est étonné des sommes énormes que la plupart de ces Loges trouvaient encore moyen de sacrifier, pour des objets de charité ou d'utilité publique.

Nous touchons ici à la période la plus extraordinaire et la plus difficile de l'histoire de la Franc-Maçonnerie moderne ; période de rivalités haineuses entre toutes les autorités centrales de l'Ordre; époque de confusion entre des rites de toutes couleurs el des grades innombrables, nés des tendances politiques, religieuses et philosophiques les plus opposées: — Ici la chevalerie du moyen âge, qui renaît sous l'armure des Templiers, des Chevaliers de St-Jean, ou d'autres dont on n'avait jamais entendu parler, sinon dans les contes de la mère l'oie ou des mille el une nuits ; — là les tendances sceptiques des philosophes de l'école de Condillac el de Voltaire (1) ; — ailleurs, les [page 300] doctrines les plus hiérarchiques du clergé catholique, avec le principe de l'obéissance aveugle à des Supérieurs inconnus, qui souvent n'existaient pas, ou que l'on aurait eu honte d'avouer publiquement; — tout cela, à côté des doctes superstitions des Alchimistes du moyen âge et des absurdes prétentions théosophiques de l'ancienne Cabale juive, récemment introduites dans la Maçonnerie par les prétendus successeurs des anciens frères de la Rose-Croix (qu'il ne faut pas confondre avec le grade chrétien de Chevalier-Rose-Croix, formant aujourd'hui l'un des principaux grades de la Maçonnerie rouge). Mais la noble simplicité des trois grades symboliques, le caractère si élevé de la Maçonnerie de St-Jean étaient alors foulés aux pieds; tout ce qui était de nature à frapper les esprits devenait le domaine de la Maçonnerie, et il n'est pas de folie, à cette époque, qui n'ait essayé de se couvrir de son manteau complaisant. C'est ainsi que le magnétisme animal, à peine inventé par Mesmer (2), fut immédiatement exploité par les chercheurs de mystères ; ce qui donna lieu aux coteries mystiques, [page 301] dites de l’Harmonie universelle. Des filous, des imposteurs, des charlatans, tels que le comte de St-Germain (3), et le trop illustre Cagliostro (4), inventeur d'une Maçonnerie androgyne, dite égyptienne, vinrent encore augmenter ce désordre en exploitant en grand, à leur profit, l'imbécile crédulité d'un très grand nombre de dupes de tout pays et de toutes conditions. Leurs succès étaient surtout assurés parmi les nobles et riches désœuvrés de l'époque, dont l'imagination déréglée et le cœur blasé étaient sourds [page 302] à toute autre émotion. En vain quelques esprits droits et supérieurs (ST-MARTIN, Willermoz, Savalette de Langes, etc., et le Grand-Orient de France lui-même), cherchèrent-ils à s'opposer aux progrès du mal. Les rectifications faites aux Convents et réunions maçonniques de Lyon (1778), de Wilhemsbad (1782), de Francfort sur le Mein (1783), sur les meilleurs rites, et par les hommes les plus éminents de l'Ordre (5), ne parvinrent à rallier qu'un petit nombre d'ateliers. Il en fut de même des deux convents convoqués à Paris par les Philalètes (chercheurs de la vérité), en 1785 et 1787. Les choses allèrent ainsi de mal en pis, jusqu'à ce que les foudres de 1792 vinrent enfin briser cette tour de Babel et disperser ses ouvriers. C'est très à tort que l'on accuse les Francs-Maçons d'avoir préparé, fomenté et entretenu la Révolution française; il est de fait, qu'au contraire, l'Ordre entier et la plupart de ses membres en ont singulièrement souffert. Mais, ici comme ailleurs, les vrais coupables ont profité de quelques fausses apparences pour chercher à rejeter sur d'autres les tristes résultats de leurs propres entreprises et de leurs impérities. On s'est surtout étayé, à ce sujet, de la conduite politique du Grand-Maître de l'Ordre, l'ancien duc de Chartres, alors duc d'Orléans, ou plutôt Philippe-Égalité. Mais il avait cessé, déjà longtemps avant cette époque, tout rapport avec la Maçonnerie. Officieusement consulté en 1792, par un délégué du Grand-Orient, sur la convenance de continuer ou de cesser les travaux de l'Ordre, il répondit: «qu'il ne connaissait plus la manière dont [page 303] le Grand-Orient était composé; qu'il désapprouvait d'ailleurs les sociétés secrètes, et, en général, tout mystère, dans une république, surtout au commencement de son établissement; et qu'en conséquence, il ne se mêlerait plus en rien, ni du Grand-Orient, ni des assemblées maçonniques. » S'il s'en fut tenu à cette simple déclaration, on se serait contenté de rayer son nom sur les tableaux de l'Ordre, et le Grand-Orient eût clos là ses travaux, dont la continuation devenait impossible par le fait des circonstances. Mais le 15 mai 1795, les derniers débris de cette autorité suprême se réunirent encore une fois pour statuer sur une lettre insérée dans le Journal de Paris, et signée Égalité. Cette lettre débutait ainsi : « Voici mon histoire maçonnique. Dans un temps, où assurément personne ne prévoyait notre révolution, je m'étais attaché à la Franc-maçonnerie, qui offrait une sorte d'image de l’égalité ; comme je m'étais attaché au Parlement, qui offrait une sorte d'image de liberté. J'ai depuis quitté le fantôme pour la réalité. » Suivait ici le récit de la démarche officieuse que le Grand-Orient avait tentée auprès de lui, l'année précédente, et sa réponse, telle que nous l'avons rapportée plus haut. Aucune observation ne suivit la lecture de cette sorte de trahison publique, et le frère Orateur prit ses conclusions sans qu'aucun assistant n’entreprit d'en modifier la rigueur. Alors, le Président se leva lentement, et, après avoir solennellement déclaré le duc d'Orléans déchu de toutes ses fonctions, titres et honneurs maçonniques, il saisit l'épée du Grand-Maître apostat, la brisa sur son genoux, et en jeta les fragments au milieu de l'assemblée; tous les frères tirèrent ensuite une batterie de deuil et se séparèrent….

Notes

1. Voltaire qui s’était permis, dans quelques-uns de ses ouvrages, de sorties assez mordantes à l'endroit des mystères maçonniques, reçut cependant l’initiation, le 7 Février 1778, ainsi donc cinq mois avant sa mort, dans la Loge des Neuf-Sœurs, à Paris. Le Grand-Maître le décora, de ses propres mains, du tablier qui avait appartenu à Helvétius, et que Voltaire, instruit de cette attention, porta incontinent à ses lèvres.

2. Quoi qu'il en soit des découvertes de Mesmer, on ne peut contester qu’il eut trop souvent recours au charlatanisme et qu'il s'est montré trop avide, trop infatué de lui-même, et trop dédaigneux de la science d'autrui, pour mériter jamais une grande estime. Interrogé un jour, par le docteur Egg d'Ellikon, sur les causes qui lui faisaient préférer, dans ses traitements, l'eau de rivière à l’eau de source, Mesmer répondit : « Cela vient de ce que l'eau de rivière étant éclairée par le soleil se trouve être une eau magnétisée, car il y a déjà 20 ans que j'ai magnétisé le soleil lui-même ; d'où il s'ensuit que toute eau qui reçoit ses rayons est depuis lors infiniment plus efficace qu'avant cette époque.

3. Cet aventurier, dont on n'a jamais connu l’origine, se disait âgé de plusieurs milliers d'années ; il racontait, avec une bonhomie parfaite, qu'aux noces de Cana il s'était trouvé à table à côté de Jésus-Christ, et parlait, en général, de tous les personnages illustres des temps passés, comme s'il eût vécu dans leur intimité. Il avait un valet merveilleusement propre à son emploi de valet de sorcier : grand, réfléchi, mystérieux, ne risquant jamais un mot en présence de son maître, mais se dédommageant quand, en son absence, il trouvait à jaser : — Votre maître, lui disait-on, est un grand fourbe qui se moque de nous!... — Ne m'en parlez pas, répondait-il, c'est le plus grand menteur de la terre. Il vous dit qu'il a 4,000 ans, mais je suis sûr du contraire; il y a bientôt 900 ans que je suis à son service, et certes, quand il m'a pris, il n'avait pas 3.100 ans. — Ce comte de St-Germain, que l’on soupçonna ensuite avoir été employé comme espion, par différents ministres, vendait un élixir d'immortalité, qui ne l'empêcha pas de mourir lui-même, déjà en 1781, à Sleswig, chez le prince de Hesse-Cassel, où il s'était retiré.

3. Cet autre imposteur, natif de Palerme, connu sous les titres de comte de Cagliostro, comte Félix, marquis de Pellegrini, mais dont le véritable nom était Joseph Balsamo, se disait en possession de la pierre philosophale et d'une foule de secrets surnaturels qu'il vendait à prix d'or. Il évoquait les morts et prédisait l'avenir dans une carafe d'eau claire. Il menait fort grand train, et eût des succès inouïs dans tous les pays de l'Europe, qu'il visita successivement. Impliqué dans l'affaire du collier, à cause de ses relations avec le cardinal de Rohan, il fut, quoique acquitté par le Parlement, obligé de quitter la France. Dès lors, son étoile commença à baisser. Convaincu d’imposture, il finit par tomber, à Rome, entre les mains de l'inquisition, qui le condamna à mort ainsi que sa femme, et fit brûler, par la main du bourreau, ses écrits, prétendus maçonniques. Le pape Pie VI commua la sentence en prison perpétuelle.

4. Nous reviendrons sur tout cela dans l'histoire de l'Ordre en Allemagne et en Suisse.

bouton jaune  Confusion entre les rites et pouvoirs de l’ordre


Rapprochements entre le Grand-Orient et les rites de l'écossisme, Extrait, pages 306-308

Ce fut au milieu de ces démêlés qu'on eut l'idée, pour consolider l'édifice, autant que pour s'assurer l'approbation de la Cour, d'offrir la Grande-Maîtrise de l'Ordre, en [page 307] France, au prince Joseph Bonaparte (1805). L'empereur lui-même, sollicité par les maréchaux Masséna et Kellermann, ainsi que par le prince Cambacérès, sanctionna cette élection, à condition que son frère serait assisté dans ses fonctions, par Cambacérès, comme Premier-Adjoint, et par Murat, en qualité de Grand-Surveillant. — De ces trois hauts personnages, CAMBACÉBÈS fut le seul qui, malgré ses préoccupations profanes, prit réellement à cœur les intérêts de l'Ordre. Il fut, en effet, à la tête du Grand-Orient, tout ce que le Vénérable le plus zélé peut être pour une simple Loge. Grâce à sa tolérance libérale, les rites et autorités maçonniques qui, jusque-là, s'étaient tenus à l'écart, entre autres le Suprême-Conseil du 33e degré, le rite d’Herodom, le rite Primitif ou des Philadelphes de Narbonne, la Mère Loge du rite écossais philosophique, les divers Directoires du Régime écossais rectifié (1808-1809 (1)), le rite éclectique, etc., etc., se décidèrent à entrer aussi [page 308] dans l’alliance générale, et à reconnaître son chef pour leur Grand-Maître national en France (2).

Dès ce moment, la Maçonnerie de ce pays s'étendit avec une telle rapidité, que le Grand-Orient, comptait, en 1812, plus de mille Loges et Chapitres sous son obédience, sans parler d'une foule de Loges éclectiques, rectifiées, templières et autres, constituées, sous ses auspices, par leurs autorités et directoires respectifs, ainsi qu'un très grand nombre de Loges militaires ou ambulantes, qui suivaient les drapeaux de leurs régiments. Celles-ci appartenaient aux corps les plus distingués de l'armée française, et formaient une phalange sur laquelle l'empereur savait pouvoir compter au besoin. On avait trouvé, dans les hauts grades (surtout dans ceux de l’Écossisme), un puissant moyen pour favoriser les tendances monarchiques que NAPOLÉON s'efforçait d'imprimer au pays. Des bâtiments de guerre, des régiments entiers étaient équipés, les actes de bravoure étaient récompensés, et les orphelins de l'armée élevés, tout cela aux frais des Loges; et nombre d'entre elles, enthousiasmées par les apologies des partisans du chef de l'État, et plus encore par la lecture de ses proclamations ou des bulletins de ses victoires, s'ouvraient et se fermaient au cri de Vive l'Empereur (3) !...

Notes

1 Ces Directoires, dont relevait un certain nombre de Prieurés, de Collèges écossais et de simples Loges, étaient ceux de Bourgogne, d'Auvergne, et de Septimanie, dont les sièges étaient alors à Besançon (anciennement à Strasbourg), Lyon et Montpellier. Ils formaient entre eux le corps de la Maçonnerie écossaise rectifiée, en France; leurs députes, au Grand-Directoires des rites, étaient les RR.·.FF.·.Lajard, Bacon de la Chevalerie, et d'Aigrefeuille. Au fait, l'acte d'agrégation de ces autorités au Grand-Orient, ne fut que la confirmation modifiée de traités pareils, que ces trois Directoires, plus celui d'Occitanie, séant à Bordeaux, avaient conclus, en 1776 et en 1781, alors qu'ils professaient encore l’ancien rite écossais réformé d'Allemagne, avec le Grand-Orient de France, sous la Grande-Maîtrise du duc de Chartres. (Voy. les pièces relatives à ces divers traités d'union, dans les Acta Latomorum du fr.·.Thory, tome II, pages 206-220.) — En 1778, le Directoire écossais de Strasbourg avait fondé une rente perpétuelle pour élever, instruire, entretenir et établir quatre orphelins ; savoir : deux catholiques et deux luthériens. (Ibid. tome I, page 136.)

2. C'est sans doute à l’enthousiasme prodigieux qui se manifestait alors partout, pour les mystères supérieurs de la Maçonnerie, qu'il faut attribuer la création ou la régénération, en France (de 1805 à 1807), de ces Ordre» purement chevaleresques, qui l’on prétendaient être les véritables successeurs des Templiers, tels que j’Ordre du Christ, l’Ordre de la miséricorde, l'Ordre du St-Sépulcre, et enfin l'Ordre des Templiers modernes, celui qui se base sur la charte de transmission de Larmenius, et !e seul qui soit parvenu à se maintenir jusqu'à nos jours.

3 II parait cependant qu'il existait, dès les premières années de l'empire sous les formes de la Maçonnerie, une Société militaire el républicaine, dite des Philadelphes, qui conspirait la chute de Napoléon, et dont le siège primitif était à Besançon. Les membres de ce corps portaient des noms caractéristiques; à leur tête se trouvait, dit-on, les généraux J. J. Oudet en qualité de Censeur, avec le surnom de Philopœmen, et Moreau, avec celui de Fabius. On cite encore les généraux Mallet et Lahory. - Quoi qu'il en soit, la société mystérieuse des Philadelphes a souvent été exploitée avec sucées dans les romans dont l'intrigue était censée se passer aux temps de l'empire.

bouton jaune   Rapprochements entre le Grand-Orient et les rites de l'écossisme

 

Le convent de Lyon - Willermoz - les chevaliers bienfaisants de la Cité sainte Extrait, pages 392-394

[page 392] …— Ainsi que je l'ai dit plus haut, la première réforme sérieuse en Allemagne vint de France, et cela par le Convent des Gaules tenu, en 1778, à LYON, sous la présidence du fr.·.WILLERMOZ.

Bien peu d'auteurs ont su apprécier à leur juste valeur les motifs, les travaux et les résultats de ce convent célèbre. Les Maçons français surtout, ont voulu y voir un acte d'insubordination, une intrigue contre l'union de la Maçonnerie française en général, tendant à augmenter encore les divisions et les mésintelligences au profit d'un Grand-Maître étranger, etc. Rien de plus faux, en eux-mêmes, que ces reproches (1) ; rien aussi de plus injuste pour ceux qu'ils concernent. Le convent de Lyon ne fut autre chose que la première assemblée des trois Provinces françaises de la Stricte-Observance : Auvergne, Bourgogne et Occitanie (formant ensemble la Langue de France), en Convent national périodique, conformément aux statuts de l'Ordre el d'après l'invitation du Grand-Maître général, le duc Ferdinand de Brunswick, qui, cette même année, présidait de son côté, à Wolfenbüttel, [page 393] le troisième convent national pour les Provinces allemandes. (Les deux précédents avaient eu lieu : 1772 à Kohlo, et en 1775 à Brunswick; ainsi donc, chaque fois, à trois ans d'intervalle ; car il est à remarquer que celui de Wilhelmsbad, 1782, avait été convoqué pour l'année 1781.) Ces assemblées, composées de délégués des Chapitres provinciaux, munis de tous les pouvoirs nécessaires, ne devaient pas être autre chose que ce que sont, en général, les assemblées périodiques et officielles du même genre, dans toute société régulièrement constituée ; elles avaient pour but : de resserrer les liens de l'Ordre, de discuter les propositions, d'arrêter des lois, d'en proposer de nouvelles, en un mot de faire participer l'Ordre aux progrès de la société en le mettant, le plus possible, en harmonie avec l'état présent des temps, des hommes et des choses ; il va donc sans dire que chaque nouvelle assemblée devait amener aussi de nouvelles réformes. Les intrigues de quelques faux adeptes avaient empêché, comme nous l'avons vu, les convents allemands d'atteindre tous les résultats désirés. Il en fut tout autrement pour celui de Lyon (2), où l'esprit pratique et logique particulier aux Français, vint encore aider les nobles intentions des gens de bien qui y prirent une part active sous la présidence du fr.·.WILLERMOZ (Eques ab eremo). Ces frères paraissent s'être peu occupés de la question de savoir s'il existait, oui ou non, des Supérieurs inconnus; leur principal but fut d'épurer les [page 394] doctrines morales et religieuses selon les préceptes du Christ, et de réviser, dans les rituels, tout ce qui pouvait mener à fin contraire. Le système et les traditions chevaleresques (3) de la Stricte-Observance n'y furent point du tout abjurés, comme on l'a prétendu; mais on trouva seulement, que la Maçonnerie devait être quelque chose de plus que la simple continuation ou commémoration d'un Ordre déchu; l'on renonça aussi en même temps, une fois pour toutes, aux prétentions politiques et séculières, ainsi qu'à certains errements dogmatiques des chevaliers du Temple. Il est tout au moins singulier que ce furent précisément les provinces catholiques qui commencèrent cette réforme, et cela dans un sens que j’appellerai plutôt évangélique ou de christianisme primitif que protestant. Mais les dignes frères qui faisaient alors partie des trois Directoires (Lyon, Strasbourg et Bordeaux) des trois Provinces de la Langue française, étaient presque tous sectateurs ou disciples du célèbre ST-MARTIN, élève lui-même de MARTINEZ-PASQUALIS ; c'est aussi pour cela que l'on a étendu, à eux et à leurs ateliers, la désignation de martinistes, quoique cependant ce nom ne doive être appliqué, dans son acception la plus restreinte, qu'au rite institué, à Paris, par St-Martin lui-même (4).

[page 395] Après un mois de travail assidu l'on vit sortir du convent de Lyon, le 27 Décembre, le Code Maçonnique des Loges réunies et RECTIFIÉES de France, tel qu'il a été approuvé par les députés des Directoires de France au Convent national de Lyon, 1778. La première partie de cet acte embrasse les trois degrés de St-Jean et le grade de Maître écossais; la seconde: LA RÈGLE DES CHEVALIERS BIENFAISANTS DE LA CITÉ SAINTE : Tel est en effet le titre que les chevaliers du Chapitre déclarèrent vouloir prendre à l'avenir, de préférence à celui de Templier. — Voilà donc l'origine du RÉGIME ÉCOSSAIS RECTIFIÉ, dont le but moral est purement et simplement la Bienfaisance, dans son sens le plus large, et le perfectionnement de l'homme par le Christianisme dans sa pureté primitive; la foi en Jésus et en toutes ses promesses, tel est le rayon divin qui seul [page 396] peut ramener l'homme de son état naturel de dégradation à un étal de relèvement, de grandeur, de force et de lumière. Il s'ensuit que le système entier est calculé, dans toutes ses parties, pour faire tout simplement, et par les moyens particuliers à l'institution maçonnique, de véritables et fidèles chrétiens, affranchis de tout esprit de secte.

Cette rectification, bien que venant de France, trouva un noble écho chez quelques frères distingués des provinces allemandes ; surtout chez le sérénissime Grand-Maître Ferdinand, duc de Brunswick, qui, de son côté, était sérieusement préoccupé de connaître enfin la véritable origine, l'idée fondamentale et le but essentiel de la Franc-maçonnerie. Il convoqua à cet effet un Convent général de tous les Francs-Maçons, aux bains de WILHELMSBAD, près de Hanau. — Cette assemblée, prorogée de mois en mois, s'ouvrit enfin le 16 Juillet 1782, sous la présidence du prince Grand-Maître. Presque tous les systèmes, jusqu'aux illuminés de Bavière, s'y trouvèrent représentés dans la personne de leurs adeptes les plus capables. Les Clercs et les Rose-Croix cherchèrent derechef à y faire briller leurs feux follets ; mais ils rencontrèrent cette fois de rudes adversaires, surtout dans la personne du fr.·.BODE (Eques a lilio Convallium), qui s'éleva, de la manière la plus forte, contre tout ce qui pouvait rappeler encore les Supérieurs inconnus, et finalement aussi contre le rite de la Stricte-observance, dont la teinte catholique ne lui allait plus du tout, depuis qu'il en avait vu les dangers dans d'autres systèmes. — Dix questions furent proposées, tendant à découvrir les véritables mystères historiques et dogmatiques de l'Ordre, surtout quant à ses prétendus rapports avec les anciens Chevaliers du [page 397] Temple. Enfin, après trente séances, dont plusieurs plus ou moins orageuses, on décida, sur la proposition des députés des Provinces françaises : « que les Francs-maçons modernes n'étaient point les successeurs immédiats des Templiers, et qu'ils ne pouvaient l'être, comme dignes frères des trois grades de la Maçonnerie de St-Jean, puisque celle-ci existait déjà plusieurs siècles avant la fondation de l'Ordre du Temple proprement dit; que cependant un enseignement historique sur cette sainte milice serait incorporé aux hauts grades, où l'on continuerait, en se reportant aux premiers moments de son existence, à faire commémoration de cette illustre Chevalerie. » Le Code maçonnique des Loges rectifiées et celui des Chevaliers bienfaisants, arrêtés au Convent de Lyon, en 1778, furent approuvés et maintenus. On y ajouta une Règle maçonnique rédigée par le fr.·.Villermoz (5) en neuf articles, à l'usage des Loges unies et rectifiées ; et l'on décida enfin que la légende du nouveau système serait celle-ci : « Nunc sumus equites benefici Civitatis Sanctœ, religionis christianœ sirenui defensores, spem, fidem et caritatem colentes. » — Cela voulait dire, que les Francs-Maçons qui rectifiaient ainsi le régime de la Stricte-Observance, ne se regardaient plus que comme des Chevaliers Bienfaisants, qui se consacraient à la [page 397] défense du Christianisme et à la pratique des trois vertus théologales: la foi, l'espérance et la charité. Le but total de l'Ordre fut concentré dans la bienfaisance d'après le modèle des premières chevaleries religieuses et l'ancienne règle de St-Bernard: « Decimus panis pauperibus detur. »

Notes

1. Nous avons vu, au contraire, page 307, les trois Directoires écossais dont il s'agit, conclure, avec le Grand-Orient de France, en 1776 et 1781, un traité d'union à ces fins de se faire régulièrement intégrer, avec tous leurs ateliers, au corps de la Maçonnerie française; en 1804 ils prennent part au concordat qui réunit, en un même faisceau, tous les rites pratiqués en France. Ces mêmes Directoires, alors rectifiés, renouvellent en 1811, le traité d'union de 1776 avec le Grand-Orient, après avoir élu, 1808-1809, le prince Cambacérès pour leur Grand-Maître national. Dès lors, le régime écossais rectifié fut toujours reconnu et protégé par le Grand-Orient, et l'on peut dire, sans manquer à la vérité, que c'est, de tous les rites pratiqués en France, celui qui a causé le moins d'embarras aux autorités centrales, dogmatiques ou constituantes, de l'Ordre. Ses ateliers se sont toujours avantageusement distingués par une austérité simple, grave, et un certain comme il faut, résultant de leur bonne composition, jointe à la majestueuse simplicité des rituels.

2. Le convent de Lyon, auquel les Chapitres suisses avaient aussi contribué, fut immédiatement suivi (1779) du consent de Bâle, où la Commanderie de cette ville obtint rang de Préfecture, et où le Sous-prieuré d'Helvétie, résidant à Zurich, fut changé en Prieuré, ayant à sa tête un Grand-Prieur assisté d'un Chapitre, nommé Directoire écossais. Tout cela du consentement et au su des Provinces allemandes.

3. Ces traditions sont relatives à la fuite, en Écosse, de quelques templiers français, sous la conduite de Pierre d’Aumont, après la mort de Jaques Molay. (Voy. pag. 142 -143.)

4. Louis Claude De St-Martin, né à Amboise, en 1743; d'abord officier du régiment de Foix, quitta encore jeune le service pour se livrer tout entier à ses idées mystiques, qui lui valurent le titre de Philosophe inconnu. Cette disposition naturelle de son esprit s'était surtout développée par la lecture des ouvrages du célèbre théosophe Boehm, dont il traduisit les principaux écrits, ainsi que par l'étude des doctrines du suédois Swedemborg (voy. pag. 333-336). Il fut aussi le disciple de Martinez-Pasqualis, l'auteur du rite maçonnique dit des Élus Coëns, basé sur la théurgie et le mysticisme. St-Martin créa bientôt lui-même un système particulier, qui consistait dans un spiritualisme pur. Le Philosophe inconnu fut d'autant plus recherché qu'il n'avait extérieurement rien des étrangetés de ses prédécesseurs, et que, loin de fuir le monde et la société, il y brillait par les grâces de son esprit, l'étendue de ses connaissances, et les charmes de sa personne. Il considérait la Maçonnerie comme une émanation de la Divinité, et, comme telle, aussi ancienne que le monde; ce qui, à un certain point de vue, est vrai, puisqu'il est à peu près prouvé que toutes les initiations connues se rattachent à une Révélation première, antérieure à l'époque historique (voy. lI. IV, pag. 78-79). Ses ouvrages (parmi lesquels, surtout: Des erreurs et de la vérité) sont en général écrits dans un style énigmatique et figuré qui les rend inintelligibles pour le vulgaire, surtout pour ceux qui placent la raison au-dessus du sentiment intérieur. C’est pour cela que Voltaire pouvait dire à ce sujet, dans une lettre à D'Alembert, le 11 Octobre 1776 : « Jamais on n'imprima rien de plus absurde, de plus obscur, de plus fou et de plus sot. » Les vrais adeptes admirent ces mêmes ouvrages comme des chefs-d’œuvre. — Le rite maçonnique rectifié que St-Martin institua, à Paris, se composait de dix grades, divisés en deux classes: A. Premier Temple: 1. Apprenti; 2. Compagnon; 3. Maître; 4 Ancien Maître; 5. Élu; 6. Grand-Architecte; 7. Maçon du Secret. B. Second Temple: 8. Prince de Jérusalem; 9. Chevalier de Palestine ; 10. Kadosch ou l'Homme saint.

5. C’est ce document que j'ai fait réimprimer à la fin de ce volume. — Ce fr.·.Willermoz jouissait d'une très haute considération dans l'Ordre. Lors de la rentrée des Bourbons en France, il dut recevoir les visites et les députations d'une foule d'étrangers de distinction. Plusieurs princes alliés se rendirent à Lyon comme à un lieu de pèlerinage. De ce nombre fut l'empereur Alexandre, qui, alors disposé au mysticisme évangélique par Madame de Krüdener, voulut absolument pendant son séjour, remplir à la lettre, auprès du vénérable Chevalier Bienfaisant, les humbles fonctions de frère servant. — Je tiens ce fait de témoins oculaires très dignes de foi.

bouton jaune   Le convent de Lyon - Willermoz - les chevaliers bienfaisants de la Cité sainte


Le Directoire national helvétique roman. Extrait, pages 419-424

[page 419] … L'an 1739, quelques gentilshommes anglais, domiciliés ou en passage à LAUSANNE, y installèrent, en vertu d'une patente de la Grande-Loge de Londres, laquelle datait encore de la Grande-Maîtrise de lord Montague, une première Loge, sous le titre la Parfaite Union des Étrangers. Vers la même époque il se forma dans cette ville une sorte d'autorité maçonnique centrale, intitulée DIRECTOIRE NATIONAL HELVÉTIQUE ROMAN, laquelle se trouva bientôt à la tête de plusieurs ateliers des environs. — Imbu des préjugés de l'époque, le gouvernement bernois, dont la domination s'étendait alors, comme on sait, sur tout le pays de Vaud, publia, le 3 mars de l'année 1745, un édit sévère, qui « défendait à l'avenir l'exercice de la Franc-Maçonnerie dans toute l'étendue des États bernois; ordonnait à tous les bourgeois et sujets de la République d'abjurer par serment, entre les mains des magistrats, les engagements qu'ils avaient pris comme Francs-Maçons; menaçait les contrevenants d'une amende de cent écus, de la privation des [page 420] charges, bénéfices et emplois qu'ils pouvaient avoir, et, le cas échéant, de peines plus graves encore. » Cependant on se borna à appliquer ces sentences aux employés de l'État, grâces, dit-on, à une réponse respectueuse, mais énergique, que les Francs-Maçons bernois, lésés dans leur honneur, firent paraître l'année suivante à Francfort et à Leipzig. Néanmoins l'édit de 1745 eut pour résultat de ralentir considérablement les travaux des ateliers vaudois. Ils ne furent repris d'une manière régulière, à Lausanne, que vers l'année 1764, et d'autres ateliers suivirent l'exemple de la métropole. Il parait qu'il y eut, vers la même époque, une Loge en activité à Berne même, ce qui fut cause que l'édit de 1745 dut être renouvelé en 1770. Mais, dès l'année suivante, le mariage de la princesse de Carignan ayant attiré à Lausanne un nombre considérable de seigneurs et de gentilshommes étrangers, la Loge la Parfaite Union osa leur ouvrir les portes de son Temple. Un troisième édit du gouvernement bernois les fit fermer derechef en 1772. Nous n'en voyons pas moins une Loge nouvelle s'établir à Lausanne, en 1776, sous le titre de Saint-Jean, et l'année suivante un Parisien, du nom de Sidrac, instituer dans cette même ville une Loge bâtarde, pour l'introduction de certains hauts grades français. Ce dernier établissement ayant débuté par toutes sortes d'irrégularités, les plus anciens maçons de Lausanne se réunirent pour remédier à ces désordres. Des conférences s'établirent, à cet effet, à Zurich, entre ces frères et ceux de la Suisse allemande. Cette dernière ville était alors depuis peu le chef-lieu directorial des ateliers suisses appartenant à la Stricte Observance. Les délégués confédérés stipulèrent, qu'en suivant sa division naturelle en deux langues, la Suisse serait maçonniquement gouvernée par deux Directoires écossais, savoir: [page 421] le Directoire helvétique allemand, sous la Grande-Maîtrise du docteur D. Lavater, Grand-Prieur (Eques ab Æsculapio), à la résidence de Zurich, et le Directoire helvétique roman, sous la présidence d’un Grand-Maître résidant à Lausanne.

Une fois entrés dans la voie des réformes, ces deux Directoires prirent part au Convent des Gaules (1778), et plus tard à celui de Wilhelmsbad (1782). On voit donc par-là que le système templier, soit le Rite écossais réformé d'Allemagne, était déjà, à cette époque, pratiqué dans presque tous les ateliers des cantons appartenant alors à la Confédération helvétique. En 1779 le Directoire de Lausanne conclut encore une alliance avec le Grand-Orient de Genève, et réussit enfin à dissoudre la Loge bâtarde de Sidrac, dont les membres se répartirent dans deux autres ateliers de Lausanne, savoir: la Loge de Saint-Jean susnommée, et la Loge la Parfaite Amitié, fondée en 1778 par des étudiants de l'Académie. Mais, imbus des faux principes du novateur français, ces nouveaux membres répandirent encore là des semences de discorde, et furent cause que l'Académie de Lausanne prit un arrêté en vertu duquel la Loge la Parfaite Amitié dut être fermée. Ces mesures et l'imprudence d'un étudiant lausannois attirèrent derechef l'attention du gouvernement de Berne, qui renouvela, en 1782, pour la quatrième fois, son décret contre les réunions maçonniques. Pour se conformer à ces défenses, le Directoire helvétique roman prononça, en effet, la dissolution de toutes les Loges du canton, et donna lui-même l'exemple de la soumission en discontinuant ses assemblées. Mais, toutefois, prévoyant un avenir meilleur, il pourvut secrètement à sa conservation légale et au maintien de ses relations extérieures, en érigeant un Comité de trois membres, investis des [page 422] pouvoirs nécessaires, et qui ne devaient signer leur correspondance qu'en caractères symboliques. Il nomma, en outre, des Grands-Inspecteurs, pour la direction des Loges de sa Constitution situées hors du territoire bernois.

En effet, l'existence légitime et non interrompue du Directoire helvétique roman, durant ces années de prétendu sommeil, nous est prouvée, entre autres : — 1° par un traité d'alliance entre le Convent des Philalètes et le Grand-Orient de France d'une part, et le Directoire helvétique roman d'autre part; signé, à Lausanne même, le 16 juillet 1785, où le fr.·.Tassin de l’Etang avait été député de Paris à cet effet; — il ne s'agissait de rien moins que de tenir le second Convent des Philalètes [sic] en Suisse, et de préférence à Lausanne; mais le Comité directorial roman étant déjà précédemment convenu avec le Directoire écossais de Zurich, de ne prendre aucune part, comme corps, au dit Convent, il persista dans cette résolution, tout en laissant à ses membres la faculté d'assister isolément aux nouvelles opérations de cette assemblée. — 2° Par un traité d'alliance et d'amitié, conclu en 1789 avec la Grande-Loge d'Angleterre ; — Cette même année le Grand-Chancelier du D. H. R. ayant été enlevé par une mort subite, les archives maçonniques, déposées chez lui, tombèrent en des mains profanes. L'un des fonctionnaires chargés de l'apposition des scellés fit immédiatement livrer aux flammes une partie de ce précieux dépôt; son collègue, quoique non initié, parvint à sauver le reste. — 3° Par le Tableau imprimé, en 1791, d'une Loge dite la Nouvelle Union, laquelle existait alors à l'Orient du régiment suisse bernois au service de Sa Majesté Sarde, et dont la composition toute patricienne jure singulièrement avec la [page 423] sévérité des magistrats de la mère-patrie (1). Ce fut sans doute à l'instigation de cette Loge toute militaire, à laquelle la première noblesse sarde était affiliée, que plusieurs Loges de ce pays, privées de leur autorité centrale, depuis les défenses rigoureuses du roi Victor-Amédée III, se rangèrent sous la juridiction du Directoire helvétique roman. — 4° Enfin, le 23 juin 1791, nous voyons plusieurs membres des quinze loges qui travaillaient à cette époque sous ce Directoire helvétique roman, dont on ne devait pas même soupçonner l'existence, se réunir pour réfuter en commun les odieuses calomnies lancées par la Chambre apostolique de Rome contre la Maçonnerie en général, à l'occasion de la publication officielle du procès de Cagliostro. La réponse de ces frères parut déjà le 17 août suivant, avec l'agrément et l'approbation du Directoire. Cet écrit, répandu dans toute l'Italie, y fit une telle sensation, surtout à Rome, que le Conclave, qui ne pouvait y répliquer, fit acheter et retirer tous les exemplaires qu'il put se procurer, pensant ainsi couper court à la discussion. Trois nouvelles éditions du même écrit, répandues avec plus de profusion encore que la première, [page 424] furent la conséquence de cette mesure, et, l'année suivante, le Congrès d'Amitié d'Italie concluait une alliance d'amitié avec le Directoire helvétique roman. Malheureusement les heureux résultats de cette victoire ne furent pas de longue durée; car l'entrée des Français en Savoie fut le signal, pour les ateliers de ce pays et le Directoire lui-même, d'un sommeil que nous ne troublerons pas avant d'avoir vu ce qui, jusqu'à cette époque, s'était passé dans les autres Orients de la Confédération helvétique.

Note

1. Parmi les membres effectifs et honoraires de cette Loge, composée en entier de l'état-major et des officiers du régiment, je citerai les noms suivants, bien connus: Bergier d'Illens, Tichiffely, d'Ernst, de Diesbach, de Tavel, de Mullinen, de Berne; deux Alric et un Rigot, de Genève, etc., etc. Parmi les affiliés libres brillent les comtes de Scarnafis, de la Marguerite, de Rombelli, de Pampara, de Castelmagno ; les marquis de Ville, de la Chambre, de St-Thomas, plus une demi-douzaine de chevaliers, parmi lesquels un d'Osasque, chevalier de l'Ordre de Malte. Tous ces derniers frères, sauf un, étaient officiers au régiment d'Aost, cavalerie. — Il résulte encore de cette intéressante pièce que le rite pratiqué par cette Loge militaire était le rite écossais rectifié selon les reformes de Lyon et de Wilhelmsbad, qui avait alors un Directoire lombard à Turin, lequel fut plus tard transféré à Chambéry.

bouton jaune   Le Directoire national helvétique roman

Aller au haut