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Rapprochements entre le Grand-Orient et les rites de l'écossisme, Extrait, pages 306-308

Ce fut au milieu de ces démêlés qu'on eut l'idée, pour consolider l'édifice, autant que pour s'assurer l'approbation de la Cour, d'offrir la Grande-Maîtrise de l'Ordre, en [page 307] France, au prince Joseph Bonaparte (1805). L'empereur lui-même, sollicité par les maréchaux Masséna et Kellermann, ainsi que par le prince Cambacérès, sanctionna cette élection, à condition que son frère serait assisté dans ses fonctions, par Cambacérès, comme Premier-Adjoint, et par Murat, en qualité de Grand-Surveillant. — De ces trois hauts personnages, CAMBACÉBÈS fut le seul qui, malgré ses préoccupations profanes, prit réellement à cœur les intérêts de l'Ordre. Il fut, en effet, à la tête du Grand-Orient, tout ce que le Vénérable le plus zélé peut être pour une simple Loge. Grâce à sa tolérance libérale, les rites et autorités maçonniques qui, jusque-là, s'étaient tenus à l'écart, entre autres le Suprême-Conseil du 33e degré, le rite d’Herodom, le rite Primitif ou des Philadelphes de Narbonne, la Mère Loge du rite écossais philosophique, les divers Directoires du Régime écossais rectifié (1808-1809 (1)), le rite éclectique, etc., etc., se décidèrent à entrer aussi [page 308] dans l’alliance générale, et à reconnaître son chef pour leur Grand-Maître national en France (2).

Dès ce moment, la Maçonnerie de ce pays s'étendit avec une telle rapidité, que le Grand-Orient, comptait, en 1812, plus de mille Loges et Chapitres sous son obédience, sans parler d'une foule de Loges éclectiques, rectifiées, templières et autres, constituées, sous ses auspices, par leurs autorités et directoires respectifs, ainsi qu'un très grand nombre de Loges militaires ou ambulantes, qui suivaient les drapeaux de leurs régiments. Celles-ci appartenaient aux corps les plus distingués de l'armée française, et formaient une phalange sur laquelle l'empereur savait pouvoir compter au besoin. On avait trouvé, dans les hauts grades (surtout dans ceux de l’Écossisme), un puissant moyen pour favoriser les tendances monarchiques que NAPOLÉON s'efforçait d'imprimer au pays. Des bâtiments de guerre, des régiments entiers étaient équipés, les actes de bravoure étaient récompensés, et les orphelins de l'armée élevés, tout cela aux frais des Loges; et nombre d'entre elles, enthousiasmées par les apologies des partisans du chef de l'État, et plus encore par la lecture de ses proclamations ou des bulletins de ses victoires, s'ouvraient et se fermaient au cri de Vive l'Empereur (3) !...

Notes

1 Ces Directoires, dont relevait un certain nombre de Prieurés, de Collèges écossais et de simples Loges, étaient ceux de Bourgogne, d'Auvergne, et de Septimanie, dont les sièges étaient alors à Besançon (anciennement à Strasbourg), Lyon et Montpellier. Ils formaient entre eux le corps de la Maçonnerie écossaise rectifiée, en France; leurs députes, au Grand-Directoires des rites, étaient les RR.·.FF.·.Lajard, Bacon de la Chevalerie, et d'Aigrefeuille. Au fait, l'acte d'agrégation de ces autorités au Grand-Orient, ne fut que la confirmation modifiée de traités pareils, que ces trois Directoires, plus celui d'Occitanie, séant à Bordeaux, avaient conclus, en 1776 et en 1781, alors qu'ils professaient encore l’ancien rite écossais réformé d'Allemagne, avec le Grand-Orient de France, sous la Grande-Maîtrise du duc de Chartres. (Voy. les pièces relatives à ces divers traités d'union, dans les Acta Latomorum du fr.·.Thory, tome II, pages 206-220.) — En 1778, le Directoire écossais de Strasbourg avait fondé une rente perpétuelle pour élever, instruire, entretenir et établir quatre orphelins ; savoir : deux catholiques et deux luthériens. (Ibid. tome I, page 136.)

2. C'est sans doute à l’enthousiasme prodigieux qui se manifestait alors partout, pour les mystères supérieurs de la Maçonnerie, qu'il faut attribuer la création ou la régénération, en France (de 1805 à 1807), de ces Ordre» purement chevaleresques, qui l’on prétendaient être les véritables successeurs des Templiers, tels que j’Ordre du Christ, l’Ordre de la miséricorde, l'Ordre du St-Sépulcre, et enfin l'Ordre des Templiers modernes, celui qui se base sur la charte de transmission de Larmenius, et !e seul qui soit parvenu à se maintenir jusqu'à nos jours.

3 II parait cependant qu'il existait, dès les premières années de l'empire sous les formes de la Maçonnerie, une Société militaire el républicaine, dite des Philadelphes, qui conspirait la chute de Napoléon, et dont le siège primitif était à Besançon. Les membres de ce corps portaient des noms caractéristiques; à leur tête se trouvait, dit-on, les généraux J. J. Oudet en qualité de Censeur, avec le surnom de Philopœmen, et Moreau, avec celui de Fabius. On cite encore les généraux Mallet et Lahory. - Quoi qu'il en soit, la société mystérieuse des Philadelphes a souvent été exploitée avec sucées dans les romans dont l'intrigue était censée se passer aux temps de l'empire.

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Le convent de Lyon - Willermoz - les chevaliers bienfaisants de la Cité sainte Extrait, pages 392-394

[page 392] …— Ainsi que je l'ai dit plus haut, la première réforme sérieuse en Allemagne vint de France, et cela par le Convent des Gaules tenu, en 1778, à LYON, sous la présidence du fr.·.WILLERMOZ.

Bien peu d'auteurs ont su apprécier à leur juste valeur les motifs, les travaux et les résultats de ce convent célèbre. Les Maçons français surtout, ont voulu y voir un acte d'insubordination, une intrigue contre l'union de la Maçonnerie française en général, tendant à augmenter encore les divisions et les mésintelligences au profit d'un Grand-Maître étranger, etc. Rien de plus faux, en eux-mêmes, que ces reproches (1) ; rien aussi de plus injuste pour ceux qu'ils concernent. Le convent de Lyon ne fut autre chose que la première assemblée des trois Provinces françaises de la Stricte-Observance : Auvergne, Bourgogne et Occitanie (formant ensemble la Langue de France), en Convent national périodique, conformément aux statuts de l'Ordre el d'après l'invitation du Grand-Maître général, le duc Ferdinand de Brunswick, qui, cette même année, présidait de son côté, à Wolfenbüttel, [page 393] le troisième convent national pour les Provinces allemandes. (Les deux précédents avaient eu lieu : 1772 à Kohlo, et en 1775 à Brunswick; ainsi donc, chaque fois, à trois ans d'intervalle ; car il est à remarquer que celui de Wilhelmsbad, 1782, avait été convoqué pour l'année 1781.) Ces assemblées, composées de délégués des Chapitres provinciaux, munis de tous les pouvoirs nécessaires, ne devaient pas être autre chose que ce que sont, en général, les assemblées périodiques et officielles du même genre, dans toute société régulièrement constituée ; elles avaient pour but : de resserrer les liens de l'Ordre, de discuter les propositions, d'arrêter des lois, d'en proposer de nouvelles, en un mot de faire participer l'Ordre aux progrès de la société en le mettant, le plus possible, en harmonie avec l'état présent des temps, des hommes et des choses ; il va donc sans dire que chaque nouvelle assemblée devait amener aussi de nouvelles réformes. Les intrigues de quelques faux adeptes avaient empêché, comme nous l'avons vu, les convents allemands d'atteindre tous les résultats désirés. Il en fut tout autrement pour celui de Lyon (2), où l'esprit pratique et logique particulier aux Français, vint encore aider les nobles intentions des gens de bien qui y prirent une part active sous la présidence du fr.·.WILLERMOZ (Eques ab eremo). Ces frères paraissent s'être peu occupés de la question de savoir s'il existait, oui ou non, des Supérieurs inconnus; leur principal but fut d'épurer les [page 394] doctrines morales et religieuses selon les préceptes du Christ, et de réviser, dans les rituels, tout ce qui pouvait mener à fin contraire. Le système et les traditions chevaleresques (3) de la Stricte-Observance n'y furent point du tout abjurés, comme on l'a prétendu; mais on trouva seulement, que la Maçonnerie devait être quelque chose de plus que la simple continuation ou commémoration d'un Ordre déchu; l'on renonça aussi en même temps, une fois pour toutes, aux prétentions politiques et séculières, ainsi qu'à certains errements dogmatiques des chevaliers du Temple. Il est tout au moins singulier que ce furent précisément les provinces catholiques qui commencèrent cette réforme, et cela dans un sens que j’appellerai plutôt évangélique ou de christianisme primitif que protestant. Mais les dignes frères qui faisaient alors partie des trois Directoires (Lyon, Strasbourg et Bordeaux) des trois Provinces de la Langue française, étaient presque tous sectateurs ou disciples du célèbre ST-MARTIN, élève lui-même de MARTINEZ-PASQUALIS ; c'est aussi pour cela que l'on a étendu, à eux et à leurs ateliers, la désignation de martinistes, quoique cependant ce nom ne doive être appliqué, dans son acception la plus restreinte, qu'au rite institué, à Paris, par St-Martin lui-même (4).

[page 395] Après un mois de travail assidu l'on vit sortir du convent de Lyon, le 27 Décembre, le Code Maçonnique des Loges réunies et RECTIFIÉES de France, tel qu'il a été approuvé par les députés des Directoires de France au Convent national de Lyon, 1778. La première partie de cet acte embrasse les trois degrés de St-Jean et le grade de Maître écossais; la seconde: LA RÈGLE DES CHEVALIERS BIENFAISANTS DE LA CITÉ SAINTE : Tel est en effet le titre que les chevaliers du Chapitre déclarèrent vouloir prendre à l'avenir, de préférence à celui de Templier. — Voilà donc l'origine du RÉGIME ÉCOSSAIS RECTIFIÉ, dont le but moral est purement et simplement la Bienfaisance, dans son sens le plus large, et le perfectionnement de l'homme par le Christianisme dans sa pureté primitive; la foi en Jésus et en toutes ses promesses, tel est le rayon divin qui seul [page 396] peut ramener l'homme de son état naturel de dégradation à un étal de relèvement, de grandeur, de force et de lumière. Il s'ensuit que le système entier est calculé, dans toutes ses parties, pour faire tout simplement, et par les moyens particuliers à l'institution maçonnique, de véritables et fidèles chrétiens, affranchis de tout esprit de secte.

Cette rectification, bien que venant de France, trouva un noble écho chez quelques frères distingués des provinces allemandes ; surtout chez le sérénissime Grand-Maître Ferdinand, duc de Brunswick, qui, de son côté, était sérieusement préoccupé de connaître enfin la véritable origine, l'idée fondamentale et le but essentiel de la Franc-maçonnerie. Il convoqua à cet effet un Convent général de tous les Francs-Maçons, aux bains de WILHELMSBAD, près de Hanau. — Cette assemblée, prorogée de mois en mois, s'ouvrit enfin le 16 Juillet 1782, sous la présidence du prince Grand-Maître. Presque tous les systèmes, jusqu'aux illuminés de Bavière, s'y trouvèrent représentés dans la personne de leurs adeptes les plus capables. Les Clercs et les Rose-Croix cherchèrent derechef à y faire briller leurs feux follets ; mais ils rencontrèrent cette fois de rudes adversaires, surtout dans la personne du fr.·.BODE (Eques a lilio Convallium), qui s'éleva, de la manière la plus forte, contre tout ce qui pouvait rappeler encore les Supérieurs inconnus, et finalement aussi contre le rite de la Stricte-observance, dont la teinte catholique ne lui allait plus du tout, depuis qu'il en avait vu les dangers dans d'autres systèmes. — Dix questions furent proposées, tendant à découvrir les véritables mystères historiques et dogmatiques de l'Ordre, surtout quant à ses prétendus rapports avec les anciens Chevaliers du [page 397] Temple. Enfin, après trente séances, dont plusieurs plus ou moins orageuses, on décida, sur la proposition des députés des Provinces françaises : « que les Francs-maçons modernes n'étaient point les successeurs immédiats des Templiers, et qu'ils ne pouvaient l'être, comme dignes frères des trois grades de la Maçonnerie de St-Jean, puisque celle-ci existait déjà plusieurs siècles avant la fondation de l'Ordre du Temple proprement dit; que cependant un enseignement historique sur cette sainte milice serait incorporé aux hauts grades, où l'on continuerait, en se reportant aux premiers moments de son existence, à faire commémoration de cette illustre Chevalerie. » Le Code maçonnique des Loges rectifiées et celui des Chevaliers bienfaisants, arrêtés au Convent de Lyon, en 1778, furent approuvés et maintenus. On y ajouta une Règle maçonnique rédigée par le fr.·.Villermoz (5) en neuf articles, à l'usage des Loges unies et rectifiées ; et l'on décida enfin que la légende du nouveau système serait celle-ci : « Nunc sumus equites benefici Civitatis Sanctœ, religionis christianœ sirenui defensores, spem, fidem et caritatem colentes. » — Cela voulait dire, que les Francs-Maçons qui rectifiaient ainsi le régime de la Stricte-Observance, ne se regardaient plus que comme des Chevaliers Bienfaisants, qui se consacraient à la [page 397] défense du Christianisme et à la pratique des trois vertus théologales: la foi, l'espérance et la charité. Le but total de l'Ordre fut concentré dans la bienfaisance d'après le modèle des premières chevaleries religieuses et l'ancienne règle de St-Bernard: « Decimus panis pauperibus detur. »

Notes

1. Nous avons vu, au contraire, page 307, les trois Directoires écossais dont il s'agit, conclure, avec le Grand-Orient de France, en 1776 et 1781, un traité d'union à ces fins de se faire régulièrement intégrer, avec tous leurs ateliers, au corps de la Maçonnerie française; en 1804 ils prennent part au concordat qui réunit, en un même faisceau, tous les rites pratiqués en France. Ces mêmes Directoires, alors rectifiés, renouvellent en 1811, le traité d'union de 1776 avec le Grand-Orient, après avoir élu, 1808-1809, le prince Cambacérès pour leur Grand-Maître national. Dès lors, le régime écossais rectifié fut toujours reconnu et protégé par le Grand-Orient, et l'on peut dire, sans manquer à la vérité, que c'est, de tous les rites pratiqués en France, celui qui a causé le moins d'embarras aux autorités centrales, dogmatiques ou constituantes, de l'Ordre. Ses ateliers se sont toujours avantageusement distingués par une austérité simple, grave, et un certain comme il faut, résultant de leur bonne composition, jointe à la majestueuse simplicité des rituels.

2. Le convent de Lyon, auquel les Chapitres suisses avaient aussi contribué, fut immédiatement suivi (1779) du consent de Bâle, où la Commanderie de cette ville obtint rang de Préfecture, et où le Sous-prieuré d'Helvétie, résidant à Zurich, fut changé en Prieuré, ayant à sa tête un Grand-Prieur assisté d'un Chapitre, nommé Directoire écossais. Tout cela du consentement et au su des Provinces allemandes.

3. Ces traditions sont relatives à la fuite, en Écosse, de quelques templiers français, sous la conduite de Pierre d’Aumont, après la mort de Jaques Molay. (Voy. pag. 142 -143.)

4. Louis Claude De St-Martin, né à Amboise, en 1743; d'abord officier du régiment de Foix, quitta encore jeune le service pour se livrer tout entier à ses idées mystiques, qui lui valurent le titre de Philosophe inconnu. Cette disposition naturelle de son esprit s'était surtout développée par la lecture des ouvrages du célèbre théosophe Boehm, dont il traduisit les principaux écrits, ainsi que par l'étude des doctrines du suédois Swedemborg (voy. pag. 333-336). Il fut aussi le disciple de Martinez-Pasqualis, l'auteur du rite maçonnique dit des Élus Coëns, basé sur la théurgie et le mysticisme. St-Martin créa bientôt lui-même un système particulier, qui consistait dans un spiritualisme pur. Le Philosophe inconnu fut d'autant plus recherché qu'il n'avait extérieurement rien des étrangetés de ses prédécesseurs, et que, loin de fuir le monde et la société, il y brillait par les grâces de son esprit, l'étendue de ses connaissances, et les charmes de sa personne. Il considérait la Maçonnerie comme une émanation de la Divinité, et, comme telle, aussi ancienne que le monde; ce qui, à un certain point de vue, est vrai, puisqu'il est à peu près prouvé que toutes les initiations connues se rattachent à une Révélation première, antérieure à l'époque historique (voy. lI. IV, pag. 78-79). Ses ouvrages (parmi lesquels, surtout: Des erreurs et de la vérité) sont en général écrits dans un style énigmatique et figuré qui les rend inintelligibles pour le vulgaire, surtout pour ceux qui placent la raison au-dessus du sentiment intérieur. C’est pour cela que Voltaire pouvait dire à ce sujet, dans une lettre à D'Alembert, le 11 Octobre 1776 : « Jamais on n'imprima rien de plus absurde, de plus obscur, de plus fou et de plus sot. » Les vrais adeptes admirent ces mêmes ouvrages comme des chefs-d’œuvre. — Le rite maçonnique rectifié que St-Martin institua, à Paris, se composait de dix grades, divisés en deux classes: A. Premier Temple: 1. Apprenti; 2. Compagnon; 3. Maître; 4 Ancien Maître; 5. Élu; 6. Grand-Architecte; 7. Maçon du Secret. B. Second Temple: 8. Prince de Jérusalem; 9. Chevalier de Palestine ; 10. Kadosch ou l'Homme saint.

5. C’est ce document que j'ai fait réimprimer à la fin de ce volume. — Ce fr.·.Willermoz jouissait d'une très haute considération dans l'Ordre. Lors de la rentrée des Bourbons en France, il dut recevoir les visites et les députations d'une foule d'étrangers de distinction. Plusieurs princes alliés se rendirent à Lyon comme à un lieu de pèlerinage. De ce nombre fut l'empereur Alexandre, qui, alors disposé au mysticisme évangélique par Madame de Krüdener, voulut absolument pendant son séjour, remplir à la lettre, auprès du vénérable Chevalier Bienfaisant, les humbles fonctions de frère servant. — Je tiens ce fait de témoins oculaires très dignes de foi.

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