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Le Directoire national helvétique roman. Extrait, pages 419-424

[page 419] … L'an 1739, quelques gentilshommes anglais, domiciliés ou en passage à LAUSANNE, y installèrent, en vertu d'une patente de la Grande-Loge de Londres, laquelle datait encore de la Grande-Maîtrise de lord Montague, une première Loge, sous le titre la Parfaite Union des Étrangers. Vers la même époque il se forma dans cette ville une sorte d'autorité maçonnique centrale, intitulée DIRECTOIRE NATIONAL HELVÉTIQUE ROMAN, laquelle se trouva bientôt à la tête de plusieurs ateliers des environs. — Imbu des préjugés de l'époque, le gouvernement bernois, dont la domination s'étendait alors, comme on sait, sur tout le pays de Vaud, publia, le 3 mars de l'année 1745, un édit sévère, qui « défendait à l'avenir l'exercice de la Franc-Maçonnerie dans toute l'étendue des États bernois; ordonnait à tous les bourgeois et sujets de la République d'abjurer par serment, entre les mains des magistrats, les engagements qu'ils avaient pris comme Francs-Maçons; menaçait les contrevenants d'une amende de cent écus, de la privation des [page 420] charges, bénéfices et emplois qu'ils pouvaient avoir, et, le cas échéant, de peines plus graves encore. » Cependant on se borna à appliquer ces sentences aux employés de l'État, grâces, dit-on, à une réponse respectueuse, mais énergique, que les Francs-Maçons bernois, lésés dans leur honneur, firent paraître l'année suivante à Francfort et à Leipzig. Néanmoins l'édit de 1745 eut pour résultat de ralentir considérablement les travaux des ateliers vaudois. Ils ne furent repris d'une manière régulière, à Lausanne, que vers l'année 1764, et d'autres ateliers suivirent l'exemple de la métropole. Il parait qu'il y eut, vers la même époque, une Loge en activité à Berne même, ce qui fut cause que l'édit de 1745 dut être renouvelé en 1770. Mais, dès l'année suivante, le mariage de la princesse de Carignan ayant attiré à Lausanne un nombre considérable de seigneurs et de gentilshommes étrangers, la Loge la Parfaite Union osa leur ouvrir les portes de son Temple. Un troisième édit du gouvernement bernois les fit fermer derechef en 1772. Nous n'en voyons pas moins une Loge nouvelle s'établir à Lausanne, en 1776, sous le titre de Saint-Jean, et l'année suivante un Parisien, du nom de Sidrac, instituer dans cette même ville une Loge bâtarde, pour l'introduction de certains hauts grades français. Ce dernier établissement ayant débuté par toutes sortes d'irrégularités, les plus anciens maçons de Lausanne se réunirent pour remédier à ces désordres. Des conférences s'établirent, à cet effet, à Zurich, entre ces frères et ceux de la Suisse allemande. Cette dernière ville était alors depuis peu le chef-lieu directorial des ateliers suisses appartenant à la Stricte Observance. Les délégués confédérés stipulèrent, qu'en suivant sa division naturelle en deux langues, la Suisse serait maçonniquement gouvernée par deux Directoires écossais, savoir: [page 421] le Directoire helvétique allemand, sous la Grande-Maîtrise du docteur D. Lavater, Grand-Prieur (Eques ab Æsculapio), à la résidence de Zurich, et le Directoire helvétique roman, sous la présidence d’un Grand-Maître résidant à Lausanne.

Une fois entrés dans la voie des réformes, ces deux Directoires prirent part au Convent des Gaules (1778), et plus tard à celui de Wilhelmsbad (1782). On voit donc par-là que le système templier, soit le Rite écossais réformé d'Allemagne, était déjà, à cette époque, pratiqué dans presque tous les ateliers des cantons appartenant alors à la Confédération helvétique. En 1779 le Directoire de Lausanne conclut encore une alliance avec le Grand-Orient de Genève, et réussit enfin à dissoudre la Loge bâtarde de Sidrac, dont les membres se répartirent dans deux autres ateliers de Lausanne, savoir: la Loge de Saint-Jean susnommée, et la Loge la Parfaite Amitié, fondée en 1778 par des étudiants de l'Académie. Mais, imbus des faux principes du novateur français, ces nouveaux membres répandirent encore là des semences de discorde, et furent cause que l'Académie de Lausanne prit un arrêté en vertu duquel la Loge la Parfaite Amitié dut être fermée. Ces mesures et l'imprudence d'un étudiant lausannois attirèrent derechef l'attention du gouvernement de Berne, qui renouvela, en 1782, pour la quatrième fois, son décret contre les réunions maçonniques. Pour se conformer à ces défenses, le Directoire helvétique roman prononça, en effet, la dissolution de toutes les Loges du canton, et donna lui-même l'exemple de la soumission en discontinuant ses assemblées. Mais, toutefois, prévoyant un avenir meilleur, il pourvut secrètement à sa conservation légale et au maintien de ses relations extérieures, en érigeant un Comité de trois membres, investis des [page 422] pouvoirs nécessaires, et qui ne devaient signer leur correspondance qu'en caractères symboliques. Il nomma, en outre, des Grands-Inspecteurs, pour la direction des Loges de sa Constitution situées hors du territoire bernois.

En effet, l'existence légitime et non interrompue du Directoire helvétique roman, durant ces années de prétendu sommeil, nous est prouvée, entre autres : — 1° par un traité d'alliance entre le Convent des Philalètes et le Grand-Orient de France d'une part, et le Directoire helvétique roman d'autre part; signé, à Lausanne même, le 16 juillet 1785, où le fr.·.Tassin de l’Etang avait été député de Paris à cet effet; — il ne s'agissait de rien moins que de tenir le second Convent des Philalètes [sic] en Suisse, et de préférence à Lausanne; mais le Comité directorial roman étant déjà précédemment convenu avec le Directoire écossais de Zurich, de ne prendre aucune part, comme corps, au dit Convent, il persista dans cette résolution, tout en laissant à ses membres la faculté d'assister isolément aux nouvelles opérations de cette assemblée. — 2° Par un traité d'alliance et d'amitié, conclu en 1789 avec la Grande-Loge d'Angleterre ; — Cette même année le Grand-Chancelier du D. H. R. ayant été enlevé par une mort subite, les archives maçonniques, déposées chez lui, tombèrent en des mains profanes. L'un des fonctionnaires chargés de l'apposition des scellés fit immédiatement livrer aux flammes une partie de ce précieux dépôt; son collègue, quoique non initié, parvint à sauver le reste. — 3° Par le Tableau imprimé, en 1791, d'une Loge dite la Nouvelle Union, laquelle existait alors à l'Orient du régiment suisse bernois au service de Sa Majesté Sarde, et dont la composition toute patricienne jure singulièrement avec la [page 423] sévérité des magistrats de la mère-patrie (1). Ce fut sans doute à l'instigation de cette Loge toute militaire, à laquelle la première noblesse sarde était affiliée, que plusieurs Loges de ce pays, privées de leur autorité centrale, depuis les défenses rigoureuses du roi Victor-Amédée III, se rangèrent sous la juridiction du Directoire helvétique roman. — 4° Enfin, le 23 juin 1791, nous voyons plusieurs membres des quinze loges qui travaillaient à cette époque sous ce Directoire helvétique roman, dont on ne devait pas même soupçonner l'existence, se réunir pour réfuter en commun les odieuses calomnies lancées par la Chambre apostolique de Rome contre la Maçonnerie en général, à l'occasion de la publication officielle du procès de Cagliostro. La réponse de ces frères parut déjà le 17 août suivant, avec l'agrément et l'approbation du Directoire. Cet écrit, répandu dans toute l'Italie, y fit une telle sensation, surtout à Rome, que le Conclave, qui ne pouvait y répliquer, fit acheter et retirer tous les exemplaires qu'il put se procurer, pensant ainsi couper court à la discussion. Trois nouvelles éditions du même écrit, répandues avec plus de profusion encore que la première, [page 424] furent la conséquence de cette mesure, et, l'année suivante, le Congrès d'Amitié d'Italie concluait une alliance d'amitié avec le Directoire helvétique roman. Malheureusement les heureux résultats de cette victoire ne furent pas de longue durée; car l'entrée des Français en Savoie fut le signal, pour les ateliers de ce pays et le Directoire lui-même, d'un sommeil que nous ne troublerons pas avant d'avoir vu ce qui, jusqu'à cette époque, s'était passé dans les autres Orients de la Confédération helvétique.

Note

1. Parmi les membres effectifs et honoraires de cette Loge, composée en entier de l'état-major et des officiers du régiment, je citerai les noms suivants, bien connus: Bergier d'Illens, Tichiffely, d'Ernst, de Diesbach, de Tavel, de Mullinen, de Berne; deux Alric et un Rigot, de Genève, etc., etc. Parmi les affiliés libres brillent les comtes de Scarnafis, de la Marguerite, de Rombelli, de Pampara, de Castelmagno ; les marquis de Ville, de la Chambre, de St-Thomas, plus une demi-douzaine de chevaliers, parmi lesquels un d'Osasque, chevalier de l'Ordre de Malte. Tous ces derniers frères, sauf un, étaient officiers au régiment d'Aost, cavalerie. — Il résulte encore de cette intéressante pièce que le rite pratiqué par cette Loge militaire était le rite écossais rectifié selon les reformes de Lyon et de Wilhelmsbad, qui avait alors un Directoire lombard à Turin, lequel fut plus tard transféré à Chambéry.

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