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Index de l'article

Calendrier perpetuel 1851– Caraman (Duc de) - Études critiques de philosophie, de science et d'histoire

– Franck - Dictionnaire des Sciences Philosophiques - Articles Pneumatologie. & Pythagore

– Messager des sciences historiques, des arts et de la bibliographie de Belgique : Une œuvre inédite de Martinez Pasquallis

– Perennes (Fr. de - Migne) - Dictionnaire de biographie chrétienne et anti-chrétienne - Article Saint-Martin

– Rainguet - Biographie saintongeaise - Article : Abbé Decrugy ou Crugy (1768-1843)

1851 – Caraman (Duc de) - Études critiques de philosophie, de science et d'histoire

1851 CaramanÉtudes critiques de philosophie, de science et d'histoire
Par le Duc de Caraman [Victor-Antoine-Charles de Riquet de Caraman], Chevalier de la Légion d’Honneur, membre correspondant de la Société littéraire de Lyon, associé étranger de l’Académie royale de Belgique.
Paris. Librairie philosophique de Ladrange, rue Saint André des Arts, 41 - 1851.

Chapitre I – Extrait, page 14

Le sensualisme exposé par une partie des écrivains que nous venons de passer en revue dominait, il est vrai, mais néanmoins pas si exclusivement que le drapeau de l’idéalisme, et du mysticisme même, ne retrouvât d’ardents défenseurs. Saint-Martin, que quelques-uns ont appelé l’illuminé, au sein même de la révolution, prêchait à un petit nombre de disciples son spiritualisme exalté ; Bernardin de Saint-Pierre avait conservé dans ses Études l’instinct de la reconnaissance envers l’auteur de la nature et le sentiment religieux, qu’un autre illustre écrivain devait développer encore et populariser dans le Génie du christianisme.

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1851 – Franck - Dictionnaire des Sciences Philosophiques

1851 Franck t5Dictionnaire des Sciences Philosophiques
Publié par L. Hachette, 1851 – Tome cinquième

Article Pneumatologie. Extrait, page 148

La pneumatologie du moyen âge est toute chrétienne ; elle se fonde en grande partie sur les livres des noms divins et de la hiérarchie céleste du Pseudo-Denis l'Aréopagite. Si la philosophie s'en occupe quelquefois, toujours étroite, alliée de la théologie, elle la suit pas à pas, et s'arrête devant l'autorité religieuse. Une seule science, qui n'a pas manqué d'adeptes à cette époque, la philosophie hermétique, ou l'alchimie, paraît contenir un système de pneumatologie qu'il n'est pas facile de connaître dans tous ses détails. Du reste, la croyance aux revenants, aux esprits, aux démons, aux apparitions de tout genre est universelle alors et constitue cette pneumatologie vulgaire qui se reproduit dans les superstitions de tous les peuples.

La réhabilitation de Platon, à l'époque de la renaissance, malgré la part d'épicurisme qui s'infiltrait dans les doctrines d'alors, disposa de nouveau les esprits à l'amour de ces communications mystiques avec un monde invisible. L'exaltation des religionnaires les poussa à leur tour dans cette voie : le protestant Jacob Boehm, en Saxe; à Stockholm, le métallurgiste suédois Emmanuel, baron de Swedenborg ; au XVIIIe siècle, en France, le théosophe Martinez Pasqualis et Saint-Martin, son disciple, produisirent des systèmes de pneumatologie qu'ils couvrirent de voiles mystérieux pour en dérober la connaissance aux profanes.

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Article Pythagore. Extrait, page 311-312

Depuis le XVIe siècle, le pythagorisme n'a plus eu aucune place dans la philosophie. On en trouverait des traces dans les doctrines secrètes ; mais ce n'est pas notre objet. A la fin du XVIIIe siècle, le Pythagorisme eut certainement sa part dans toutes les espèces [page 312] d'illuminisme qui séduisirent un moment celle société incrédule. Dans notre temps, assez semblable, par la confusion des doctrines, au XVIe siècle et à l'époque alexandrine, le pythagorisme a encore trouvé des partisans, surtout parmi les esprits hardis et aventureux. Le comte Joseph de Maistre, qui, malgré la roideur de son orthodoxie, trahit une certaine faveur pour l'illuminisme de Saint-Martin, développe avec complaisance et avec l'originalité passionnée de son éloquence les mystères et les beautés de la doctrine des nombres. Il n'est pas aussi difficile de reconnaître l'influence pythagoricienne dans le système d'attraction universelle du célèbre Fourier. L'idée d'appliquer aux âmes les principes des mathématiques et de la musique, cette idée, qui est le fond du système fouriériste, est certainement une idée pythagoricienne. Mais le philosophe de notre temps qui s'est fait le restaurateur officiel de la doctrine de Pythagore, est, sans contredit, M. Pierre Leroux. On connaît sa fameuse triade et sa doctrine de la métempsychose ; mais ces idées surannées n'ont pas beaucoup plu aux bons esprits.

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1851 - Messager des sciences historiques, des arts et de la bibliographie de Belgique

1851 MessagerMessager des sciences historiques, des arts et de la bibliographie de Belgique
Recueil publié par
MM. J. de Saint-Genois, professeur bibliothécaire à l’Université ;
C. P. Serrure, professeur d’histoire à l’Université ;
A. Van Lokeren, avocat, échevin et archiviste honoraire de la ville ;
P. C. Van der Meersch, avocat et archiviste de la Flandre orientale;
Et Ph. Kervyn de Volkaersbeke, bibliothécaire de la Société royale des Beaux-arts et de littérature
A Gand ; Imprimerie et Lithographie de L. Hebbelynck, rue des Peignes, 6. - 1851

Une œuvre inédite de Martinez Pasquallis

A M. DE SAINT-GENOIS, Rédacteur du Messager des Sciences.

Monsieur,

Le hasard, auquel on doit tant d'heureuses trouvailles, me fil dernièrement tomber sous la main, parmi d'anciens cahiers de cours universitaires auxquels on n'accorde guère d'attention s'ils ne se recommandent par aucun nom célèbre, un manuscrit aux apparences modestes, mais dont le titre suffisait pour exciter vivement ma curiosité. Je le transcris ici, avec les erreurs d'accents qui s'y trouvent :

Traité sur la réintégration des Etres, dans leur première propriété, vertu et puissance spirituelle divine. Par Dom Marlinetz Pasqualis. Venant de Mr de St-Martin. 
Puis, à la première page, à côté du titre reproduit avec cette faute : traitté pour traité, se lisait : Commencé la copie le 19 juillet et fini le 14 août 1818. -F. Gandard colonel, à Vevy en Suisse.

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1851 – Perennes (Fr. de - Migne) - Dictionnaire de biographie chrétienne et anti-chrétienne

1851 PerennesDictionnaire de biographie chrétienne et anti-chrétienne, présentant la vie :
1° des personnages historiques de tous les pays qui se sont signalés comme apologistes et défenseurs de la révélation, par leurs ouvrages, leur vie ou leur mort, avant et depuis l’ère chrétienne ;
2° celle de tous les hérésiarques, chefs de secte, sophistes, incrédules, philosophes athées, déistes ou révolutionnaires, etc. qui ont troublé la paix de l’église et qui ont combattu l’influence et les progrès de la religion ;
3° celle des écrivains, prosateurs ou poètes, qui ont publié des ouvrages sur, pour ou contre la religion avec la nomenclature exacte et détaillée de ces écrits, etc., etc.
Ouvrage dont le fond emprunté à Feller a été corrigé et très souvent refondu d’après les indications de la critique et de la bibliographie contemporaines ; enrichi d’une foule de notices dont un grand nombre ne se trouvent dans aucun dictionnaire biographique et prolongé jusqu’à l’année 1850 inclusivement
Par François Pétrennès
Membre de plusieurs sociétés savantes de Paris et de Lyon, auteur de. l’Institution du dimanche considérée sous les rapports hygiénique, économique, moral, social et religieux, et de plusieurs autres ouvrages couronnés.
Publié par M. l’abbé Migne, Éditeur de la bibliothèque universitaire du clergé ou des cours complets sur chaque branche de la science ecclésiastique - 8 volumes.
TOME TROISIÈME.
S’imprime et se vend chez J.-P. Migne, Éditeur aux Ateliers catholiques, rue d’Amboise, Au Petit-Montrouge, Barrière d’Enfer de Paris - 1851

Article Saint-Martin p. 933-936

SAINT-MARTIN (Louis-Claude de), surnommé le Philosophe inconnu, né à Amboise le 18 janvier 1743, appartenait à une famille distinguée dans les armes, fit de bonnes études, et possédait plusieurs langes anciennes et modernes. Il avait lu de bonne heure le livre du théologien protestant Abbadie, sur l’Art de se connaître soi-même, et c’est là qu’il puisa les principes de philosophie, de morale et de religion qu’il professa toute sa vie. Destiné par ses parents à la magistrature, il étudia le droit ; mais ensuite, préférant la carrière des armes, qui lui laissait plus de loisir pour s’occuper de ses méditations philosophiques, il entra, à l’âge de 22 ans, dans le régiment de Foix en qualité de lieutenant. Il fut initié alors, par des formules, des rites et des pratiques, à la secte dite des Martinistes, du nom de Martinez Pasqualis qui en était le chef. Il n’adopta point entièrement les doctrines de cette secte. Mais ce fut par là qu’il entra dans les voies du spiritualisme. L’état militaire n’étant guère conforme à ses inclinations, il le quitta au bout de six ans. Saint-Martin, doué d’un caractère tranquille, aimait l’étude et le recueillement, où il se plongeait dans ses idées métaphysiques. Après avoir voyagé en Suisse, en Allemagne, en Angleterre et en Italie, i1 revint à Lyon, où il demeura trois ans, presque inconnu, dans la retraite, ne voyant qu’un petit nombre d’amis. Il mena la même vie obscure et paisible à Paris, où il s’était rendu après cette époque; impassible au milieu des événements de la révolution, il put en éviter les suites. Il ne blâmait ni ne louait rien avec excès, et son âme, concentrée en elle-même, ne se nourrissait que d’idées philosophiques, ne regardant les affreuses scènes qui se passaient autour de lui que comme des maux inévitables ou mérités. Il n’émigra point à l’époque de la révolution dans laquelle il reconnaissait les desseins terribles de la Providence, comme il vit plus tard un grand instrument temporel dans Bonaparte. Expulsé de Paris en 1794 comme noble, il fut arrêté peu de temps après dans la retraite qu’il s’était choisie, comme faisant partie de la prétendue conjuration de la Mère de Dieu, Catherine Théos. Le 9 thermidor 1e rendit à la liberté, et vers la fin de [934] la même année (1794), il fut désigné par le district d’Amboise, sa patrie, comme un des élèves de l’école normale. Il publia successivement à Paris un grand nombre d’ouvrages qui ont été commentés et traduits en partie, principalement dans les langues du nord de l’Europe. Saint-Martin mourut d’une attaque d’apoplexie, à Aulnay, village près de Paris, le 18 octobre 1803, chez son ami le sénateur La Roche. Parmi ses écrits nous citerons les suivants : Des Erreurs a de la Vérité, ou Les hommes rappelés au principe universel de la science, par un philosophe inconnu, Edimbourg (Lyon), 1775, in-8. Ce livre fit beaucoup de bruit dans le temps, quoiqu’il soit, et peut-être parce qu’il est inintelligible. Quelle est la science ? Selon lui, c’est la révélation naturelle ; et cette même révélation, qu’est-elle en substance ? C’est ce que Saint-Martin n’a pas su concevoir, ou ce qu’il a mal expliqué. « Son système, dit M. Toulet [sic pour Tourlet], a pour but d’expliquer tout par l’homme. L’homme, selon Saint-Martin, est la clef de toute énigme et l’image de toute vérité : prenant ensuite à la lettre le [ce] fameux oracle de Delphes, Nosce te ipsum [Connais-toi toi-même], il soutient que, pour ne pas se méprendre sur l’existence et [sur] l’harmonie [de tous les] des êtres composant l’univers, il suffit à l’homme de se bien connaître lui-même, parce que le corps de l’homme a un rapport nécessaire avec tout ce qui est visible, et que son esprit est le type de tout ce qui est invisible ; que l’homme doit étudier [étudie donc] et ses facultés physiques, dépendantes de l’organisation de son corps, et ses facultés intellectuelles, dont l’exercice est souvent influencé par les sens ou par les objets extérieurs, et ses facultés morales ou sa conscience, qui suppose en lui une volonté libre ; ,c’est dans cette étude qu’il doit [re]chercher la vérité, et il trouvera en lui-même tous les moyens nécessaires pour y [d’y] arriver. Voilà ce que Saint-Martin appelle la révélation naturelle. Par exemple, la plus légère attention suffit, dit-il, pour nous apprendre ,que nous ne communiquons, et que nous ne formons même aucune idée, qu’elle ne soit précédée d’un tableau ou d’une image engendrée par notre intelligence ; c’est ainsi que nous créons le plan d’un édifice ou d’un ouvrage quelconque. Notre faculté créatrice est vaste, active, inépuisable ; mais en l’examinant de près, nous voyons qu'elle [n’]est [que] secondaire, temporelle, dépendante, c’est-à-dire qu’elle doit son origine à une faculté créatrice, supérieure, indépendante, universelle, dont la nôtre n’est qu’une faible copie. L’homme est donc un type qui doit avoir son prototype ; c’est une effigie, une monnaie qui suppose une matrice, et le Créateur, ne pouvant puiser que dans son propre fonds [c’est l’auteur de la notice qui souligne ici], a dû se peindre dans ses œuvres, et retracer en nous son image et sa ressemblance, base essentielle de toute réalité. Malgré le rapport et la tendance que nous conservons vers ce centre commun, nous avons pu, en vertu de notre libre arbitre, nous en approcher [935] ou nous en éloigner. La loi naturelle [intellectuelle] nous ramène constamment à notre première origine, et tend à conserver en nous l’empreinte de l’image primitive ; mais notre volonté peut refuser d’obéir à cette loi ; et alors la chaîne naturelle étant interrompue, notre type ne se rapporte plus à son modèle, il n’en dépend plus, et le [il se] place sous l’influence des êtres corporels qui ne doivent [devaient] servir qu’à exercer nos facultés créatrices, et par lesquelles nous devons [devions] naturellement remonter à la source de tout bien et de toute jouissance. Cette disposition vicieuse une fois contractée par notre faute, peut, comme les autres facultés [impressions] organiques, se transmettre par la voie de la génération : ainsi nous héritons [hériterons] des vices de nos parents. Mais la vertu, mais l’étude et la bonne volonté pourront toujours diminuer ou détruire ces affections dépravées, et corriger en nous ces altérations faites à l’image [vivante] de la Divinité ; nous pouvons [pourrons], en un mot, nous régénérer et seconder ainsi les vues réparatrices de l’homme-Dieu. » Malgré cette analyse que nous avons rapportée en entier, on ne voit pas bien clairement quelle était la doctrine de Saint-Martin. « Je me suis permis, disait-il, d’user de réserve dans cet écrit, et de m’y envelopper souvent d’un voile que les yeux les moins ordinaires ne pourront pas toujours percer, d’autant que j’y parle quelquefois de toute autre chose que de ce dont je parais traiter. » Avec une pareille explication on peut être obscur et inintelligible tout à son aise. Toutefois, au milieu d’un grand nombre de maximes erronées, on en trouve quelques-unes de vraies. Telle est celle-ci : Il est bon de jeter continuellement les yeux sur la science, pour ne pas se persuader qu’on sait quelque chose ; sur la justice, pour ne pas se croire irréprochable ; sur toutes les vertus, pour ne pas penser qu’on les possède. Le livre de Saint-Martin a trouvé beaucoup de partisans en Angleterre, et on en a imprimé à Londres une suite en anglais, 1784, en 2 volumes in-8° ; mais l’auteur français n’y a eu aucune part, et elle s’éloigne des principes de son système ; Le ministère de l’homme-esprit, Paris, an XI (1802), 3 part. in-8° ; Éclair sur l’association humaine, an V (1797), in-8°. Il y cherche les fondements du pacte social dans le régime théocratique, et les communications entre Dieu et l’homme ; Le Livre rouge ; Ecce Homo, Paris, an IV (1796), in-12 ; l’Homme de désir, Lyon, 1790, in-8°, nouv. Édit., Metz, an X (1802), in-12 ; Le cimetière d’Amboise ; Le Crocodile ou La 'Guerre du bien et du mal arrivée sous le règne de Louis XV, poème épico-magique en 102 chants, Paris, 1799, in-8°. C’est l’ouvrage le plus obscur qu’ait enfanté l’imagination ténébreuse de l’auteur, et qui ne fait nul honneur à ses talents poétiques. On y voit figurer un Jof (la foi), un Sédir (le désir), et un Ourdeck (le jeu), qui sont la clef de tout le poème; sans que cela le rende ni moins ennuyeux ni plus intelligible : Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, [936] l’homme et l’univers, deux parties, Edimbourg (Lyon, 1782, in-8°), traduit en allemand, ainsi que le livre des Erreurs ; Le Nouvel Homme, 1796, in-8°; De l’esprit des choses ou Coup d’œil philosophique sur la nature des êtres, etc., Paris, an VIII (1800), 2 vol. in-8° ; Lettre à un ami, ou Considérations politiques, philosophiques et religieuses sur la révolution française, Paris, an III (1796), in-8°; Réflexions d’un observateur sur la question proposée par l’institut : Quelles sont les institutions les plus propres à fonder la morale d’un peuple, an VI (1798), in-8° ; Discours en réponse au citoyen Garat, professeur d’entendement humain aux écoles normales, sur l’existence d’un sens moral, etc., imprimé dans la Collection des Débats des écoles normales, an 1801, tome III; Essai sur cette question proposée par l’institut : Déterminer l’influence des signes sur la formation des idées, an VII (1799), in-8° de 80 pages. Saint-Martin a traduit de l’Allemand de Bœhm les Trois Principes de l’Essence divine, 1802, 2 vol. in-8° ; et l’Aurore naissante ou la Racine de la philosophie, etc., 1800, in- 8). Il avait, dit-on, un caractère doux, bienfaisant ; ses connaissances étaient très variées ; il aimait les arts, et surtout la musique. Ses auteurs favoris étaient Burlamaqui et Rabelais ; il lisait le premier pour s’instruire, et c’est de lui, dit-il, qu’il prit le goût de la méditation ; il lisait le second pour son amusement. Cependant on convient qu’il y a assez de ces deux écrivains pour se gâter l’esprit et se corrompre le cœur. Les Œuvres posthumes de Saint-Martin ont été publiées à Tours, 1807, 2 vol. in-8° ; on y trouve un Journal depuis 1782, dans lequel l’auteur a rapporté les entretiens, les relations, etc., qu’il avait eus ; ce morceau est intitulé : Portrait de Saint-Martin fait par lui-même. Plusieurs biographes ont confondu Saint-Martin avec Martinez-Pasqualis (1) qui fut son maître. M. Gence a fait paraître, en 1824, chez Migneret, une Notice biographique sur Saint-Martin, in-8°, de 28 pages.

(1) Martinez Pasqualis, chef de la secte des Martinistes, était à ce qu’on présume, portugais de naissance et même juif. En 1754, ce personnage s’annonça par l’institution d’un rite cabalistique d’élus dits cohens, en hébreu prêtres, qu’il introduisit dans quelques loges maçonniques de France, notamment à Marseille, à Bordeaux et à Toulouse. Il prêcha aussi sa doctrine à Paris, puis quitta soudain cette ville, et s’embarqua, vers 1778, pour Saint-Domingue, où il termina, en 1779, au Port-au-Prince, sa carrière théurgique. — On a lieu de croire, d’après ses écrits et ceux de ses élèves, que sa doctrine est cette cabale de Juifs, qui n’est autre que leur métaphysique, ou la science de l’être, comprenant les sections de Dieu, des esprits et de l’homme dans ses divers états.

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1851 – Rainguet - Biographie saintongeaise

1851 RainguetBiographie saintongeaise ou Dictionnaire historique de tous les personnages qui se sont illustrés par leurs écrits ou leurs actions dans les anciennes provinces de Saintonge et d’Aunis, formant aujourd’hui le département de la Charente inférieure, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours.
Par M. Pierre Damien Rainguet, membre de la Société établie pour la conservation des monuments historiques de France.
Saintes, au dépôt général de la biographie saintongeaise. Chez M. Niox, chevalier de la Légion d’Honneur. Place Saint Pierre - 1851

Article : Abbé Decrugy ou Crugy (1768-1843). Extrait, page 182-185

[182] DECRUGY ou CRUGY (FRANÇOIS) était né à Saintes, en 1768, d'une ancienne famille originaire de l'Angoumois. Il fit ses études à Saintes et à Poitiers, et fut ordonné prêtre par Monseigneur de Coucy, évêque de La Rochelle, le 18 décembre 1790. Presque aussitôt, il refusa le serment à la constitution civile du clergé et préféra l'exil à la prévarication. Il se rendit en Portugal avec MM. Nadaud et Bonnerot. Rentré en France, en 1795, il fut recherché et obligé de passer en Espagne, d'où il ne sortit qu'après le concordat. L'abbé Decrugy était curé de La Tremblade, lorsqu'il donna ses soins à l'étude du piano. Il composa, pour cet instrument, un mécanisme tout particulier au [page 183] sujet duquel il obtint, quelques années après, un double brevet d'invention et de perfectionnement (1), sous le titre de Méthode du clavier monogamme. Le but de ce travail était de réduire toutes les gammes à une seule, par l'addition d'un certain nombre de touches qui, placées en avant, formaient, au moyen de languettes, le prolongement des touches noires et des touches fa et do du clavier ordinaire. Il proposa vainement, à certains facteurs renommés de la capitale, son système qu'il avait expliqué clairement dans un Mémoire spécial tiré à un petit nombre d'exemplaires. Il se rendit à Londres, où il fut plus heureux et vendit, dit-on, 2,000 livres sterling son ingénieux appareil ; mais une faillite vint lui enlever ensuite presque la moitié de cette somme. A de grandes dispositions musicales, cet ecclésiastique joignait une étonnante facilité d'exécution manuelle pour les pièces délicates qui constituent le corps des instruments à clavier. Lui-même les fabriquait et polissait toutes au moyen des nombreux outils qu'il avait su réunir et souvent même élaborer. Les travaux d'art du curé de la Tremblade, ses voyages assez fréquents, l'avaient décidément séparé de sa paroisse. Bientôt il se décida à partir pour l'Amérique. En 1811, il s'embarqua à Royan, avec Monseigneur Dubourg, évêque désigné pour la Louisiane, et devint son vicaire général. Il eut dans le Nouveau Monde, avec des ministres anglicans, plusieurs conférences religieuses, dont l'orthodoxie n'eut qu'à s'applaudir. Sa santé ayant éprouvé quelque atteinte du climat américain, l'abbé Decrugy rentra en France à la fin de juillet 1820 (2). Se trouvant à Paris en 1823, il fut nommé grand vicaire de l'évêque d'Aire, Monseigneur de Trévern. Il prêchait la station du carême à Dax, lorsque Monseigneur de Savy fut appelé sur le même siège épiscopal d'Aire, en remplacement de Mgr de Trévern, transféré à Strasbourg. Il aurait suivi ce dernier prélat, qui l'y avait engagé, si sa santé délabrée eût semblé devoir s'accommoder du climat rigoureux de l'Alsace, et bien que Mgr Savy parut lui continuer l'estime et la confiance de son prédécesseur, l'abbé Decrugy s'éloigna d'Aire en 1827, et vint à Saintes pour y soigner sa santé. Les deux évêques sollicitèrent alors et obtinrent de Mgr d'Hermopolis, ministre des cultes, une pension de 1.500 fr. pour leur ancien grand vicaire. Certainement M. Decrugy fut un homme de haute société, d'un esprit et d'une science peu ordinaires; mais, pendant son séjour à Paris, il s'était malheureusement attaché à cette école rationaliste qui, au lieu d'expliquer l'homme par Dieu, — son verbe, son évangile, — a voulu follement expliquer Dieu par l'homme, c'est-à-dire l’infini par le fini. Ces docteurs prétendaient, sans rien changer aux vérités enseignées par l'église catholique, les montrer sous un jour nouveau et plus approprié, selon eux, au besoin des esprits de notre époque. Non nova, disaient-ils, sed novè. C'était une illusion funeste. En 1830, l'abbé Decrugy fut nommé [page 184] visiblement,

à cause de ses doctrines politiques avancées, aumônier de la garde nationale de Saintes. Il partagea l'exaltation du moment et, dans deux ou trois allocutions qu'il adressa à la milice citoyenne, il laissa échapper des expressions qui affligèrent les amis de l'orthodoxie chrétienne. Il fut aussitôt réfuté publiquement. Son amour-propre blessé lui inspira une réponse qu'il destinait à la publicité ; mais, sur l'observation de quelques personnes, entr'autres de M. D..., avocat, il mit de côté cet écrit qu'il brûla, dit-on, ensuite. Dans un entretien particulier avec l'évêque du diocèse, on assure qu'il convint de ses erreurs. Ses dispositions parurent telles dès lors, que plusieurs ecclésiastiques, qui l'avaient fui auparavant, se rapprochèrent de lui et le visitèrent régulièrement. Il prit pour directeur un jeune prêtre de Saintes, que distinguaient sa piété et sa science, et mourut, dans des sentiments chrétiens, le 2 juin 184 3; ses obsèques furent célébrées à Saint-Pierre avec un certain concours d'ecclésiastiques.

L'abbé Decrugy avait laissé plusieurs notes sur les Saintes Écritures, entr'autres une sorte de Thesaurus biblicus, renfermant, par ordre alphabétique, une foule de textes de l'Écriture, précieux pour des titres de sermons ou comme preuves des vérités de la religion catholique, 2 vol. in-f°, manusc., reliés dans un seul d'environ 1,200 p. (3). On lui devait encore quelques traductions, entr'autres celles des Œuvres de Law, — des Nuits d’Young, et autres ouvrages anglais. — Notes sur la Louisiane. — Opuscules et dissertations sur des points particuliers de la religion, de la morale, etc. — Le naturalisme du christianisme, c'est-à-dire, suivant la correspondance de l'auteur de l'année 1833, l'ordre naturel envisagé comme type et symbole de l'ordre surnaturel ; — et enfin plusieurs plans de sermons.

Un ecclésiastique, M. Desortes, attaché à la paroisse de la Madeleine, à Paris, écrivant, en 1843, pour demander qu'on livrât à l'impression les richesses intellectuelles laissées par M. Decrugy, disait: « Je ne partageais pas toutes ses idées, j'ai même combattu très souvent, soit de vive voix, soit par lettres, certaines de ses opinions ; mais je n'ai jamais oublié qu'il avait écrit de sa main, à la tête de ses notes sur le caractère de la vraie religion, ces paroles si catholiques : « Je rétracte et désavoue tout ce qui, dans mes écrits, serait contraire à la foi de la sainte église catholique, apostolique et romaine, dans le sein de laquelle je veux vivre et mourir. » De cette église, ajoute M. Desortes, à laquelle il a rendu , durant sa vie, tant de services. (4)

Voici ce que dit M. Bautain, lorsqu'on lui communiqua, en 1833, le système philosophique de M. Decrugy, qu'il adopta en général : « Il s'est laissé trop influencer par les paroles de Saint-Martin (5) et de l'allemand Boehm (6) au fond du système duquel est le manichéisme. » Il y eut donc au moins imprudence à suivre une voie si environnée de périls. [page 185]

Au moment de la mort de M. Decrugy, sa bibliothèque se composait de plus de 3,000 volumes, parmi lesquels figuraient quelques rares éditions.

Notes

(1) V. ordonn. roy. des 9avril 1817, Bul. 2016, n°29, et 9 juillet même année, Bul. 2471, n° 12.
(2) Une lettre de Mgr Dubourg, datée du 20 novembre 1819, porte, en faveur de son vicaire général, l'attestation suivante : « … doctrina, pietate, moribus que sonspicuum, et multiplici scientiæ ornatu distinctum, nullo que prœterea quid nobit innotuerit, ecclesiasticæ censuræ nodo irretitum. »
(3) Nous avons vu ce long travail a La Rochelle, en janvier 1850 ; mais les feuilles qui devaient contenir les lettres A , B, C, sont en blanc.
(4) Mais cet ecclésiastique n'appartenait-il pas lui-même à l'école rationaliste de Kant ?
(5) Louis-Claude, surnommé le philosophe inconnu, né à Amboise, en 1743.
(6) Jacob, né en 1575, est le père d'une secte dite des illuminés.

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