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Index de l'article

Calendrier perpetuel 1854– Aroux – Dante Hérétique, révolutionnaire et socialiste - Du Mysticisme
– Bungener - Julien ou la fin d'un siècle
– Eckert - La Franc-maçonnerie dans sa véritable signification
– Encyclopédie moderne – T 2 : Amboise
– Journal du magnétisme – Médecine spiritualiste – Illuminisme – Mémoires de la baronne d’Oberkirch
– Landais - Dictionnaire général et grammatical des dictionnaires français : Martinistes
– Matter - Histoire de la Philosophie - Le mysticisme théosophique. Bœhme, Lavater, Baader
– Montbrison – Mémoires de la baronne d’Oberkirch
– Pontmartin - Causeries littéraires : Les historiens de l’illuminisme.
– Revue des deux mondes - Écrivains modernes de l’Allemagne : M. Vernhagen d’Ense
– Simon – Le Devoir - Démonstration de la Liberté - L’amour de l’humanité
– Cahagnet - Magnétisme. Encyclopédie magnétique spiritualiste
– Revue de l'Ouest, Bretagne et Poitou
– Revue de Paris - Mort de Voltaire et de Rousseau

1854 – Aroux – Dante Hérétique, révolutionnaire et socialiste 

1854 ArouxDante Hérétique, révolutionnaire et socialiste
Révélation d’un catholique sur le Moyen Âge
Par Eugène Aroux, ancien député
Paris, Jules Renouard et Cie, libraires éditeurs, rue de Tournon, n° 6
1854

Chapitre Du Mysticisme, pages 89-104

Quoi qu'on ait dit depuis trente ans et plus, quoi qu'on ait écrit sur le moyen âge, dont on ne s'est pas lassé de vanter la foi, la docile soumission à la voix de l'Église, il n'est pas moins vrai que ce fut une époque de doute, d'examen, de révolte de la raison pour quelques-uns, d'exaltation déréglée pour d'autres. Or pour nous servir des expressions d'un écrivain catholique, qui a étudié à fond et avec un grand talent de style la question du mysticisme, ce qui justifie les larges emprunts que nous nous permettrons de lui faire, « Les âges de doute sont aussi ceux du mysticisme ; tout ébranlement dans les convictions religieuses ou philosophiques a pour réaction nécessaire l'excessif engouement pour ces folles doctrines qu'engendrent l'imagination exaltée et le sentiment sans règle. Il semble, par une loi fatale, que l'homme ne puisse secouer le joug des croyances que pour retomber sous celui des illusions. » Une compression énergique, mais nécessaire, put seule, nous l'avons vu, empêcher au XIIIe siècle l'explosion d'une réforme plus radicale peut-être que ne fut, trois siècles après, celle de Luther et de Calvin. C'est parce que les convictions religieuses étaient fortement ébranlées, témoin cette multitude d'hérésies surgissant de toutes parts, que le mysticisme, par suite d'une réaction inévitable, fit invasion dans les esprits. Il devint une foi pour beaucoup, pour beaucoup aussi il fut un moyen et un instrument.

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1854 – Bungener - Julien ou la fin d'un siècle

1854 BungenerJulien ou la fin d'un siècle par Laurence Louis Félix Bungener
Auteur de : Un Sermon sous Louis XIV, de Trois Sermons sous Louis XV, de Voltaire et son Temps, et de  l'Histoire du Concile de Trente
Tome premier
Paris. J. Cherbuliez, libraire éditeur. 10, rue de la Monnaie
A Genève, même maison
A Leipzig, Twietmayer
1854

XXV – Extrait, pages 233-235

… Mais le docteur Tronchin était depuis quelques moments avec un livre qui s'était trouvé sous sa main, le traité Des erreurs et de la vérité, par Saint-Martin, dit le Philosophe inconnu.

A côté de cette philosophie légère qui trouvait tout facile et clair parce qu'elle restait à la surface, [page 234] il y en avait maintenant une autre qui dédaignait, au contraire, et la clarté et les questions faciles. Elle s'attaquait, celle-là, aux plus insondables mystères de la nature, de la vie, de l'espace et du temps; elle se croyait appelée à dire le dernier mot de toutes choses.

Ce qu'il y avait de plus étrange, c'est que les disciples de l'une étaient généralement ceux de l'autre. On riait, le matin, avec Voltaire, des prétentions des théologiens, et on fouillait, le soir, avec Saint-Martin ou Swedenborg, dans les dernières profondeurs.

— Ce livre ici, madame !... dit le médecin.
— Julien le lisait, dit-elle.
— Il le comprenait ?
— Non.
— A la bonne heure.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il n'y a que les sots qui le comprennent, ou qui disent le comprendre.
— Vous dites?... s'écria le comte.
— Le comprendriez-vous, par hasard?...
— Mais non, Lauraguais, dit le chevalier, vous savez bien que vous ne le comprenez pas. Vous avez voulu me l'expliquer, et je ne l'ai jamais moins compris, moi, que depuis votre explication.

Mais Lauraguais n'en avait pas moins sur le cœur les sots du médecin.

— Le mot est lâché, reprit-il. De par monsieur le docteur, je suis un sot. [page 235]
— Monsieur, dit le docteur, vous êtes un homme d'esprit, et je sais bien que tout vous est facile. Il vous serait facile, par conséquent, d'être un sot. Ne le veuillez pas, je vous en prie... et confessez que Saint-Martin ne sait pas ce qu'il dit...

Il réfléchit quelques secondes.

— Au fait, dit-il, cela pourrait bien être.

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XXIX – Extrait, pages 270-271

Vers 1750 avait paru Martinez Pasqualis, qu'on a souvent confondu avec Saint-Martin, son disciple; le nom de Martinistes, donné à leurs adeptes, vient de Martinez et non de l'autre. D'où sortait-il, Martinez ? Nul ne l'a su. A son accent, on le supposait Portugais; aux formes de son enseignement, on crut reconnaître un juif. Juif ou non, car jamais il ne s'expliqua sur ce point, sa doctrine reproduisait à peu près l'ancienne cabale des rabbins, cette [page 271] métaphysique ténébreuse qui souffla si longtemps dans les fourneaux de l'alchimie. Il enseignait les rapports de l'homme avec Dieu, avec les esprits, avec l'univers, et prétendait les ramener à un principe unique. C’était donc, au fond, du panthéisme. Quelques rites particuliers, empreints aussi d'un cachet rabbinique, distinguaient ses disciples. Marseille, Toulouse, Bordeaux, Paris, le virent réformer à sa manière plusieurs de leurs loges maçonniques. Il s'embarqua enfin pour Saint-Domingue, où il allait recueillir un héritage, disait-il; mais on soupçonna d'autres motifs. Quelques mois après, on apprit qu'il venait de mourir au Port-au-Prince.

C'était à Bordeaux qu'il avait connu Saint-Martin, fort jeune alors, officier dans le régiment de Foix, mais déjà plein d'ardeur pour les études de ce genre. Saint-Martin avait commencé, comme tous les .jeunes gens de ce temps, par l'incrédulité voltairienne, qui manquait rarement de mener droit au matérialisme pur et simple. Un livre protestant, l’Art de se connaître soi-même (1. D’Abbadie.), l'avait retiré de cette voie, mais sans l'amener, à ce qu'il parait, à comprendre qu'il est beaucoup de choses que l'homme doit renoncer à savoir ici-bas. Il n'était donc devenu spiritualiste que pour élargir outre mesure le champ de ses recherches ; il s'efforça de le devenir toujours plus, et surtout plus que son maître. Mais cette position fausse n'aboutit qu'à multiplier les [page 272] obscurités de la doctrine. Nous avons vu ce que les gens graves pensaient de son grand traité Des Erreurs et de la Vérité, publié en l775.

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1854 – Eckert - La Franc-maçonnerie dans sa véritable signification

1854 EckertLa Franc-maçonnerie dans sa véritable signification, ou son organisation, son but et son histoire
Par Ed.-Em. Eckert, Avocat à Dresde
Traduit de l’allemand, disposé dans un nouvel ordre et considérablement augmenté de documents authentiques sur la Franc-maçonnerie belge et française,
Par l’Abbé Gyr, prêtre du diocèse de Liège.
Tome deuxième, Histoire
Liègen imprimerie de J-G Lardinois, éditeur, rue Sœurs de Hasque, 11
1854

Page 81

Le Martinisme fit plus tard irruption dans la Franc-Maçonnerie. A cet adage de Luther : tous les chrétiens sont frères, il opposait celui-ci : tous les hommes sont rois ; la liberté, l’égalité, la fraternité sont la Ste Trinité ; ce n’était que l’Illuminisme imparfait, dont fut d'ailleurs le précurseur en France.

Comme je me propose de développer l’Illuminisme en détail, je regarde comme superflu de m’étendre davantage sur le Martinisme. Il entra dans la Maçonnerie avec ses dix grades, fit de rapides progrès à Paris, à Avignon et à Lyon, choisit cette dernière ville comme son point central, et se répandit de là avec rapidité en Allemagne et même en Russie.

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1854 – Encyclopédie moderne – T 2 : Amboise

Encyclopédie moderne: Dictionnaire abrégé des sciences, des lettres, des arts, de l'industrie, de l'agriculture et du commerce
Nouvelle édition entièrement refondue et augmentée de près du double
Publié par MM. Firmin Didot frères,
Sous la direction de Léon Renier, secrétaire trésorier de la bibliothèque de l’Université, membre de la Société nationale des antiquaires de France, correspondant de l’Institut archéologique de Rome.
Tome deuxième
Paris. Firmin Didot frères, éditeurs, imprimeurs libraires de l’Institut de France, rue Jacob, n° 56.
M DCCC LIV

Article : Amboise, pages 355-356

AMBOISE, Ambacia. (Géographie et Histoire.) Ville du département d'Indre-et-Loire, sur la rive gauche de la Loire, à 23 k. E. de Tours. La tradition en rapporte la fondation à César ; mais Sulpice Sévère est le premier auteur qui en ait parlé ; Grégoire de Tours en fait aussi mention, ainsi que du pont de bateaux que le Vicus Ambaciensis possédait déjà de son temps, sur la Loire. Dès le neuvième siècle, Amboise avait eu des seigneurs particuliers. Charles le Chauve la donna à un seigneur nommé Adelandes. Les Normands la ruinèrent en 882. Foulques, comte d'Anjou, la répara ; elle tomba ensuite au pouvoir des comtes de Berry, puis fut possédée pendant plus de cinq cents ans par une maison des plus illustres du royaume, et qui en avait pris le nom de maison d'Amboise. C'est sur cette famille que cette ville fut confisquée, sous Charles VII, par arrêt du parlement, séant à Poitiers, le 8 mai 1431, parce que Louis, seigneur d'Amboise, avait pris le parti des Anglais. Cette ville fut alors réunie au domaine de la couronne.

Le château d'Amboise est fort ancien. L'empereur Gratien le donna, vers 360, à Anicien, qu'il avait fait comte de Tours. Saint Baud, sixième évêque de cette ville, en était seigneur dès 540. Charles VIII le fit reconstruire par des artistes italiens ; Louis XII et François Ier continuèrent d'y faire travailler, et l'achevèrent. Louis XV le donna, en 1761, au duc de [page 356] Choiseul, à la mort duquel il devint la propriété du duc de Penthièvre. Il appartient aujourd'hui au roi. Parmi les curiosités que présente ce château, on remarque les deux tours qui le flanquent au nord et au midi, et dans l'intérieur desquelles on peut, dit-on, monter en voiture jusqu'au sommet. Charles VIII naquit dans ce château en 1470, et y mourut d'apoplexie le 7 avril 1498.

On remarque encore à Amboise un monument fort curieux ; c'est un double souterrain creusé dans le rocher à une grande profondeur, et connu sous le nom de Grenier de César.

Cette ville, où l'on compte maintenant 4,848 habitants, est la patrie de la duchesse de la Vallière , de Saint-Martin dit le Philosophe inconnu, du jésuite Commire.

Aux environs se trouve le château de Chanteloup, où le duc de Choiseul fut exilé après sa disgrâce.

De Marolles, Histoire de, la construction d'Amboise et des actions mémorables de ceux qui l'ont possédée, traduite du latin (1666), et imprimée à la suite de l’Histoire des anciens comtes d'Anjou, in-4°, 1681.

Cartier, Essai historique sur la ville d'Amboise, son château et ses seigneurs, in-8°. 1643. — Notice sur des monnaies gauloise trouvées dans le camp d'Amboise, in-8°,

Léon Renier.

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1854 – Journal du magnétisme

1854 journal magnetisme t13Journal du magnétisme
Rédigé par une Société de magnétiseurs et de médecins sous la direction de
M. le Baron Du Potet
Tome treizième
Paris. - Bureaux : rue de Beaujolais, 5 (Palais-Royal)
1854
Tome XIII. — N° 182. — 25 Février 1854.

Chapitre V. – Médecine spiritualiste – Illuminisme (suite) - Dr Alfred Perrier. Pages 97-112

Études et théories – Recherches médico-magnétiques

L'origine de l'extase mystique remonte aux temps les plus éloignés; l’Apocalypse de saint Jean est un recueil de révélations extatiques. Eusèbe, saint Jérôme, saint Éphiphane et les anciens conciles n'ont pas admis cette production au nombre des livres canoniques. Ce fut beaucoup plus tard que l’Église latine reconnut le principe divin de l'Apocalypse. C'est encore le sentiment qui règne aujourd'hui. Nous ne contestons pas les communications célestes de saint Jean ; à cette époque, les désordres de la civilisation n'avaient peut-être pas encore vicié la nature expansive de l'âme humaine. Il faut cependant assigner une ligne de démarcation entre les visions prophétiques et les créations fantastiques d'une imagination asservie aux obligations de la vie sensitive. Etc.

Bibliographie. – Mémoires de la baronne d’Oberkirch, Extrait, pages 729-731

Sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789. 2 vol. in-18. Paris, Charpentier, 1853.

« 11 juin. — Je fus charmée d'une visite que nous fîmes à Mesmer, le chef et le père du magnétisme. Je l'avais connu en Alsace et j'ai oublié de le dire, ne tenant un journal qu'à Paris. Je l'admirais depuis longtemps et je fus enchantée de le retrouver. Il demeurait place Vendôme, dans la maison Bouret, et son appartement ne désemplissait pas du matin au soir. Le fameux baquet attirait la cour et la ville. Le fait est que ses cures sont innombrables, et que l'on ne peut nier les effets positifs du magnétisme. Le somnambulisme est encore plus extraordinaire et tout aussi positif. M. de Montjoie, qui a été guéri par M. Mesmer d'une maladie grave, en fut si reconnaissant qu'il publia une brochure à sa louange. Le magnétisme devint tout à fait à la mode ; ce fut, comme toutes les modes, une rage, une furie. On publia ses merveilles et on les augmenta. [page 730]

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1854 – Landais - Dictionnaire général et grammatical des dictionnaires français 

1854 LandaisDictionnaire général et grammatical des dictionnaires français: offrant le résumé le plus exact et le plus complet de la lexicographie française et de tous les dictionnaires spéciaux
De Napoléon Landais (1804-1852)
II – H – Z
Nouvelle édition, revue et augmentée par MM. D. Chésurolles et L. Barré
Tome second
Paris. Didier, libraire éditeur, quai des Augustins, 35
1854

Article Martinisme, Martinistes, page 198

MARTINISME, subst. mas. (martiniceme), doctrine des martinistes. Voy. ce mot.

MARTINISTE, subst., des deux genres (martinicete), sorte de secte de francs-maçons, ainsi nommés de leur chef Saint-Martin, auteur entre autres ouvrages d’un livre publié à Lyon, vers 1776, sous le titre de Erreurs de la Vérité.

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1854 – Matter - Histoire de la Philosophie

1854 Matter hist philoHistoire de la Philosophie dans ses Rapports avec la Religion Depuis L'ère Chrétienne
Par M. Matter, Conseiller honoraire et ancien inspecteur général de l’Instruction publique
Paris
Librairie Ch. Meyrueis et Cie, 2, rue Tronchet
Librairie Hachette, 14, rue Pierre Sarrazin
1854

Le mysticisme théosophique. Bœhme, Extrait, pages 267-272

Le mysticisme fit en Angleterre des conquêtes plus brillantes, après avoir été fécondé par un théosophe allemand, Jacques Bœhme [né en 1575, près de Gœrlitz, dans la Haute-Lusace]. Élevé d'abord pour le métier de berger, qu'il échangea plus tard contre un autre, Bœhme se distingua très jeune par un esprit très religieux et très méditatif, frappé de ces paroles évangéliques : Mon père [page 268] céleste donnera l'esprit à ceux qui le lui demanderont. Attiré par cette promesse, il se développa rapidement dans la vie de prière et s'éleva dans la communion intime avec Dieu à un état de paix et d'illumination telle que trois fois il eut des intuitions ou des visions « et qu'il fut introduit à une contemplation, par le ravissement de son esprit astrologique, au centre de la nature et dans la lumière de l'essence divine. » —- En vain il chercha à s'en distraire; « le regard qu'il avait reçu devint clair en lui de plus en plus, en sorte qu'il put voir, pour ainsi dire, jusque dans le cœur de toutes les créatures et dans leur nature la plus intime. » Admirablement doué, il composa plusieurs ouvrages, d'abord pour lui seul, puis pour ses amis, s'attirant de vifs démêlés avec les théologiens. Lisant beaucoup et vivant dans l'intimité de trois médecins, saint homme et demeurant simple et honnête cordonnier jusqu'à la fin de ses jours, mais écrivant sans cesse il mourut eu 1624, au retour d'un voyage à Dresde, où il avait défendu ses ouvrages devant une commission théologique. [V. Aurora. — Les trois principes, publié à la suite de la troisième vision ou illumination. — La triple vie de l'homme. — En tout une trentaine d'écrits, réunis dans les quatre éditions d'Amsterdam, la première de 1675, in-4°; la deuxième en 10 vol. in-8° ; la troisième 2 vol. in-4°; la quatrième 6 vol. in-8°.] Etc.

Le mysticisme religieux, physique et théosophique. Extrait, pages 350-351

Un pieux prélat du Wurtemberg, OEtinger, et un gentilhomme français, Saint-Martin, comprirent autrement les faits mystiques qui venaient de se produire.

Le premier, plus apprécié de nos jours que de son temps, publia en allemand un Extrait des œuvres de Swedenborg, en 1765, et y joignit une série de publications, qui continuaient, en les développant et en les systématisant, les idées principales de Bœhme [Swedenborgs und Anderer irdische und himmlische Philosophie, Leipz., 1765. — Œuvres d'OEtinger, publiées par Ehmann, 1853].

Le second, Saint-Martin, né en 1715 [sic], mort en 1803, tout en se professant le disciple de Bœhme, qu'il appelait « la plus grande lumière qui eût paru sur la terre après Celui qui est la lumière même, » et qu'il traduisit comme nous l'avons dit [V. ci-dessus, p. 272], fut d'abord un des adeptes du kabbaliste portugais Martinez Pasqualis, fondateur de la secte des martinistes très occupée du commerce des esprits. Aussi Saint-Martin apporta de grandes modifications à la doctrine de Bœhme. Il publia plusieurs [page 351] ouvrages, qui toutefois ne passèrent pas le cercle très restreint de ses partisans et de ses amis, quoique quelques-uns en fussent traduits et d'autres imprimés à l'étranger, où il avait des correspondants enthousiastes [Des erreurs et de la vérité, 1775. —- Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers, 1782. — De l'esprit et de l'essence des choses, 1800. — Le ministère de l'homme esprit. — L'homme de désir]. Etc.

La nouvelle philosophie de la nature. Lavater.

En effet, la grande ambition de Lavater [né en 1741, mort en 1801], le noble ami de Klopstock et de Gœthe, de Mendelsohn et de Jacobi, de Kirchberger et de Saint-Martin, ce fut de montrer le spiritualisme dominant le matérialisme, l'âme se dessinant dans ses organes. C'est dans ce but qu'il essaya d'élever à une sorte de système les vues jetées en avant par Porta et Huarte. [Fragments physiognomoniques, 1774, 4 vol. in-4°]. Et quelque exagération qu'on ait apportée dans ce point de vue, on n'est point parvenue fausser ce qu'il contient de vérité. Etc.

Baader. 

Deux autres, Baader et M. de Schubert [pour qui la postérité a commencé au point que nous pouvons le nommer ici] le firent avec plus d'autorité et de séduction.

Le premier [né en 1765, mort en 1841], d'abord élève en médecine, puis naturaliste, professeur et écrivain à la fois théologique, philosophique et politique, versa dans ses leçons, dans ses écrits, qui formeront une quinzaine de volumes in-8°, et dans sa correspondance avec Jacobi, Jung-Stilling, le prince de Galitzin et le comte de Stourdza, tout [390] ce que sa vaste et féconde intelligence et son âme mystique avaient amassé d'idées. [Œuvres complètes, sous presse.]

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1854 – Montbrison – Mémoires de la baronne d’Oberkirch

1854 MontbrisonMémoires de la baronne d’Oberkirch
Publiés par le comte Léonce de Montbrison, son petit-fils et dédiés à sa majesté Nicolas Ier, empereur de toutes les Russies
Bruxelles, Méline, Cans et compagnie
Livourne, même maison
Leipzig, J. P. Méline.
Tome premier et tome second
1854

Le tome second de l’édition de 1869 présente un fac-similé de l’écriture de S. M. Marie Féodorowna et est édité à Paris, Charpentier, libraire éditeur, 28, quai du Louvre. Le passage se trouve pages 86-87.

Tome second. Chapitre XXV, extrait page 76

Mme la duchesse de Bourbon croyait non seulement au magnétisme, mais à la sympathie et aux pressentiments.

La princesse parlait souvent de Martinès Pasqualis, ce théosophe, ce chef d’illuminés, qui a établi une secte et qui se trouvait à Paris en 1778. Elle l’a beaucoup vu, beaucoup écouté ; elle est martiniste ou à peu près. Elle reçoit dans son cabinet, et fort souvent, [87] M. de Saint-Martin, l’auteur Rapports entre Dieu, l’homme et l’univers. Ce livre a fait sensation dans les sectes.

bouton jaune  Tome second. Chapitre XXV, extrait

1854 – Pontmartin - Causeries littéraires

1854 PontmartinCauseries littéraires
Par Armand Augustin Joseph Marie Ferrard comte de Pontmartin
Troisième édition
Paris. Michel Lévy frères, éditeurs, rue Vivienne, 2 bis
1854

Les historiens de l’illuminisme. MM. Caro (1), Henri Delaage (2), Gérard de Nerval (3) – Pages 185-196

1. Du Mysticisme au dix-huitième siècle. — Essai sur la vie et la doctrine de Saint-Martin.
2. Le Monde prophétique.
3. Les Illuminés, ou les Précurseurs du socialisme.

Un penseur judicieux et profond, un charmant songeur, un curieux et spirituel sceptique, n'y a-t-il pas là les trois sortes de juges, les trois ordres d'idées que peuvent rencontrer ou éveiller ces questions mystérieuses, inquiétantes pour la raison, alarmantes pour la foi, mais trop chères à certaines imaginations pour qu'il soit possible de les dédaigner tout à fait et de les passer sous silence ?

Jusqu'à présent, le nom, la réputation et les œuvres de Saint-Martin ne nous apparaissaient qu'à travers un voile. [page 186] Cela est si vrai, que je me crois obligé d'avertir qu'il ne s'agit pas ici de ce grand saint qui coupa son manteau en deux pour en donner la moitié à un pauvre. Le manteau du Saint-Martin dont M. Caro nous raconte l'histoire, était d'une nature beaucoup plus éthérée, et il n'aimait à le partager avec personne. Lui-même s'intitulait le Philosophe inconnu, et ce titre, où l'orgueil se cachait peut-être sous un air d'humilité, caractérisait assez bien l’enseignement, la mission et la vie de cet homme aimable et étrange. Il y a, par malheur, dans ce seul mot, inconnu, je ne sais quelle secrète amorce qui séduit les âmes inquiètes, en leur offrant à la fois l'attrait d'une vérité et le charme d'un mystère.

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1854 – Revue des deux mondes

1854 revue 2mondes t6Revue des Deux Mondes
XXIVe année – Seconde série de la nouvelle période
Tome Sixième - Avril – Mai - Juin1854
Paris, bureau de la Revue des Deux Mondes, rue Saint Benoît, 20

Écrivains modernes de l’Allemagne : M. Vernhagen d’Ense – Extrait, pages 1255-1256

[...] L'esprit allemand ne perdait pas ses droits au milieu de ce large éclectisme; passionné pour l'auteur de Candide, M. Varnhagen n'était pas moins dévoué à ce profond et bizarre penseur qui, sous le nom de philosophe inconnu, releva en France le mysticisme au lendemain de la mort de Voltaire et en face même de la révolution. Un spirituel critique indiquait dernièrement le moyen de rendre à Saint-Martin la place qui lui est due. Il faudrait pour cela laisser de côté le chef de secte et ne chercher en lui que l'écrivain et le moraliste. Saint-Martin deviendrait alors « une sorte de Joubert, mais un Joubert agrandi et obscurci, échangeant contre un Sinaï quelque peu allemand le jardin français de Savigny, dont M. de Chateaubriand nous a donné dans ses Mémoires une si délicieuse peinture. » L'ingénieux écrivain ne savait pas que ce travail avait déjà été fait chez nos voisins. Mme Rachel Varnhagen savourait avec délices les œuvres de Saint-Martin, et elle y associait un autre mystique, uni au philosophe inconnu par la parenté de l'intelligence et du cœur, ce pieux songeur de Silésie, Jean Schefller, qui emprunta le nom d'un de ses maîtres, du célèbre franciscain espagnol Johannes ab Angelis, et publia ses éblouissantes poésies sous le pseudonyme d'Angélus Silesius. Angélus Silesius et Saint-Martin étaient les guides vénérés de Rachel et les intimes confidents de ses aspirations idéales; elle aimait leur piété hardie, leurs mystérieux éclairs, et néanmoins, ingénieuse et primesautière comme elle était, que de fois il lui arrivait de discuter avec ses maîtres, de les réfuter ça et là en de vives paroles, ou de les commenter librement! M. Varnhagen a eu l'heureuse idée de réunir tous les passages de Silesius ou de Saint-Martin, toutes les maximes profondes, tous les aphorismes de morale et d'expérience intérieure qui avaient provoqué les réflexions de Rachel, et il les a publiés avec les précieuses remarques de ce rare esprit. Ce petit livre est précisément le recueil de pensées du Joubert germanique. M. Varnhagen avait déjà traduit en allemand quelques écrits de Saint-Martin, entre autres la Lettre à un Ami sur la Révolution française; ici c'est le [page 1256] texte même du philosophe inconnu que nous avons sous les yeux, accompagné des notes allemandes de Rachel.

Ajoutez à ces notes les gracieuses pages que M. Varnhagen consacre à la duchesse de Bourbon : c'est encore là un curieux épisode de cette histoire du mysticisme que domine le nom de Saint-Martin. Sœur du duc d'Orléans Philippe-Égalité et mère de l'infortuné duc d'Enghien, la duchesse de Bourbon avait connu Saint-Martin avant la révolution, et elle avait puisé dans ses entretiens une ferveur de mysticisme qui s'accrut encore sous les coups du grand orage. La duchesse fut arrêtée pendant la terreur; emprisonnée d'abord à Marseille jusqu'en 96, puis internée à Moulins, elle reçut en 1797 l'ordre de quitter la France et fut conduite à la frontière d'Espagne par un agent du directoire. Cet agent était jeune, spirituel, bienveillant; la duchesse entreprend de dissiper ses préjugés voltairiens, elle discute avec lui, elle attendrit son âme, puis elle l'adresse à Saint-Martin, et, après une longue correspondance que les tristesses de l'exil n'interrompent pas, elle le ramène au christianisme. Les lettres françaises doivent des remerciements à M. Varnhagen pour le soin qu'il a mis à retrouver cette singulière et touchante aventure-, personne n'était plus digne que lui de mettre en lumière ce curieux livre, imprimé sans doute à Barcelone et publié sans nom d'auteur : Correspondance entre madame de B. et M. R. sur leurs opinions religieuses. MDCCCXII.

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1854 – Simon – Le Devoir - Démonstration de la Liberté - L’amour de l’humanité

1854 Simon le devoirLe Devoir
Jules Simon (1814-1896)
Deuxième édition
Paris. Librairie de L. Hachette et Cie, rue Pierre Sarrazin, n° 14 (Près de l’École de Médecine)
1854

Première partie – La liberté – Chap I : Démonstration de la Liberté - Extrait page 3

« Il faut expliquer les choses par l’homme, et non l’homme par les choses. » — Saint-Martin, Erreurs et Vérités, I, p. 9.

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Extrait page 55

… Il n'y a pas d'autre réponse à cette objection que l'incompréhensibilité de Dieu et l'incompréhensibilité de la création, qui en est une suite. L'être de l'homme est aussi inconciliable avec l'être de Dieu, que la liberté de l'homme avec la toute-puissance de Dieu. Si Dieu est tout-puissant, il paraît impossible de comprendre une puissance libre en dehors de lui ; mais si Dieu a la plénitude de l'être, il paraît également impossible de comprendre l'existence d'un seul être en dehors de lui. Il faut donc nier le monde, ce qui est impossible, ou la perfection de Dieu, ce qui est impossible, ou soutenir la coexistence des contradictoires, ce qui est impossible, ou reconnaître avec nous que Dieu est incompréhensible, et cela admis, on peut dire avec Bossuet, que toutes les impossibilités disparaissent (1. « Confondre la cause intelligente avec les autres causes, c'est la même chose que l'exclure. » Saint-Martin, Erreurs et vérités, 1.1, p. 133).

bouton jaune   Démonstration de la Liberté - Extrait page 55

II – La passion. – Chap. III : L’amour de l’humanité - Extrait, page 173

… Je rencontre un indigent qui souffre de la faim ; je m'empresse de le secourir. Que m'importent son nom, son pays ? Je ne le reverrai jamais; mais il est homme. Dans une tempête, un marin voit à côté de lui un navire en détresse; il risque pour le sauver sa vie et celle de son équipage : demande-t-il si les naufragés sont des Anglais ou des Français ? Ce sont peut-être des ennemis, mais à coup sûr ce sont des malheureux. Un médecin entend des cris de douleur ; il accourt : c'est son ennemi mortel ! Oui, mais il souffre, il y a là un homme à sauver; et le médecin se dévoue. La sœur de charité prend l'habit de Saint-Vincent de Paul et entre dans un hôpital : qui va-t-elle soigner, consoler, guérir ? Elle n'en sait rien : des membres de la famille humaine ! Tout homme est sûr d'être accueilli s'il a besoin de son dévouement. Voilà l'amour de l'humanité. « Un sage recueillit un pirate naufragé, le vêtit, le nourrit. On lui en fit un reproche. Ce n'est pas l'homme, dit-il, que je vois en lui, c'est l'humanité (1. Épict. Fragm., 109). » Juge, il aurait puni le pirate: homme, il protégeait le malheureux (2. Saint-Martin, l'Homme de Désir, 1.1, p. 25. « Comment aurions-nous de l'inimitié pour les hommes ? Nous sommes tous assis à la même table. » ).

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1854-55 – Cahagnet - Magnétisme. Encyclopédie magnétique spiritualiste

1854 CahagnetMagnétisme. Encyclopédie magnétique spiritualiste, traitant spécialement de faits psychologiques, magie magnétique, magie céleste, etc.
Par L.-A. Cahagnet, auteur des Arcanes de la vie future dévoilés, etc., etc.
Tome 1
Chez l’auteur, porte Saint Germain, route de Bezons, à Argenteuil.
Et chez Germer Baillière, libraire, 17, rue de l’école de médecine, à Paris. 1854 – 1855

Extraits de Correspondance sur l’Electro-Biologie – pages 120, 122 et 123

Page 120

… l’illustre germe de la matière. N’est-ce pas ce que dit S. Martin, pages 25-26 du tableau naturel ?

« Avant (dit l’auteur) que la matière fut sensibilisée sous des formes matérielles, elle existait déjà en principe immatériel ».

Page 122

… Étonnez-vous de même que les esprits se pénètrent, comme le dit S. Martin, et que, comme le dit Jésus, forment une chaîne sans solution de continuité.

Page 123

… Notre Biologie explique aussi très bien comment on croit avoir encore un membre amputé depuis longtemps au point d’y ressentir des douleurs réelles. Sujet que saint Martin et vous ont déjà traité dans le même sens.

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1854 – Revue de l'Ouest, Bretagne et Poitou

1854 revue ouest 2anneeRevue des provinces de l'ouest (Bretagne et Poitou)
Histoire, littérature, sciences et arts
Honorée d’une souscription à vingt exemplaires par le Conseil général de la Loire Inférieure.
Deuxième année
Nantes - And Guéraud et Cie, imprimerie librairie du passage Bouchaud
1854

 Bulletin bibliographique mensuel. Extrait, page 192

… Du Mysticisme au XVIIIe siècle. Essai sur la vie et la doctrine de Saint-Martin, le philosophe inconnu ; par E. Caro, professeur de philosophie au lycée de Rennes. In-8° de 19 ff. 3/4. Imprimerie de Marteville, à Rennes – à Paris, chez Hachette (1852)...

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 Notice biographique sur L.-F. DE TOLLENARE  - Extrait - Pages 300-302

Quand Édouard Richer, qui était animé de l'esprit de prosélytisme, et qui aurait voulu voir chacun partager ses idées religieuses, parla pour la première fois de Swedenborg à L.-F. de Tollenare avec l'éloquence et l'entraînement qu'il mettait à plaider cette cause, celui-ci, homme sensé et positif par-dessus tout, fut loin de se rendre à ses raisons. Jamais personne ne se laissait moins aller à l'engouement. Avant de se décider, il soumettait tout à la pierre de touche de la réflexion, et ne se déterminait ensuite à prendre un parti que quand il avait bien pesé, dans son esprit, le pour et le contre.

Certes, dans son voyage en Italie, il avait vu bien des choses qui, sous le rapport religieux, l'avaient choqué, et souvent la superstition la plus absurde s'allier au plus honteux relâchement des mœurs. Cependant, son scepticisme, comme je viens de le dire, avait été ébranlé par les preuves convaincantes que le catholicisme naissant avait semé çà et là dans la vieille Italie, et le philosophe voltairien avait senti, bien que vaguement, ses idées se reporter sur la religion que, tout enfant encore, lui avait enseignée sa mère. Aussi le débat entre ses premières croyances et les nouvelles qu'on voulait lui inculquer, dura-t-il pendant plusieurs années. Ce ne fut qu'après avoir lu avec la plus scrupuleuse attention les ouvrages de Jacob Bœhm, la Voie de la science divine de Law, ceux du théosophe saint Martin et de M. de Muralt, qu'il se rangea en dernier lieu au swedenborgisme comme philosophie religieuse, après avoir préalablement opposé objection à objection à Édouard Richer, qui les combattit les unes après les autres avec beaucoup de talent, sans pouvoir cependant tout à fait le convaincre.

Une observation assez curieuse à noter, c'est que bien qu'Édouard Richer travaillât sans cesse à l'amener à ses opinions, il les décline encore dans un écrit qui porte la date du 16 mars 1826, et déclare [page 301] hautement qu'il ne veut pas se constituer le défenseur de la nouvelle Jérusalem.

Comme il avait fait un voyage à Londres dans le courant de l'automne de la même année, Édouard Richer l'avait prié de lui apprendre quel était l’état du sentiment religieux en Angleterre. Il lui écrivit, à ce sujet, une longue lettre dans laquelle il passe en revue les différentes sectes chrétiennes répandues dans ce pays. Après une énumération dans laquelle on voit qu'en Angleterre, comme partout ailleurs, le mal se mêle au bien, il ajoute :

« J'aimerais à vous dire si ce pays nourrit beaucoup d'adeptes de Swedenborg, de saint Martin ou de Jacob Bœhm, mais je n'ai rien pu apprendre à cet égard. Quand j'ai parlé à mon obligeant interlocuteur du Museum britannique de ces écrivains et de la nouvelle Jérusalem, il m'a souri et il m'a répondu qu'il n'en avait entendu parler que comme de rêveries extatiques semblables à celles de sainte Thérèse et de sainte Brigitte. Dans le monde où j'ai questionné, on ne les connaît pas. Il paraît que je n'ai pas frappé aux bonnes portes. »

On peut voir, d'après ces extraits, qu'il y a encore loin de l'opinion d'un homme aimable du monde à la croyance d'un converti. D'ailleurs, quelle que pût être alors son opinion religieuse, il avait trop d'esprit pour oser briser en visière avec les idées de la généralité, surtout dans un temps où l'on faisait, à bon escient, parade de ses beaux sentiments catholiques. Il est vrai que, plus tard, il se rangea au swedenborgisme ; mais celui-ci ne fut jamais pour lui qu'une philosophie religieuse, dont il aimait à s'entretenir seulement avec ses amis intimes. C'est à elle que le philosophe voltairien, que le sceptique dut de voir se dissiper ses doutes sur le christianisme. Swedenborg eut à ses yeux le mérite capital de résoudre, d'une manière satisfaisante, des questions religieuses qui, débattues pendant des siècles par les plus grands génies, lui avaient toujours paru insolubles. La lumière que le célèbre Suédois apportait dans l'explication des écritures saintes, pour lesquelles il professait le plus profond respect, et surtout le talent avec lequel il savait dégager le sens spirituel du sens littéral, avaient ouvert un monde tout nouveau devant lui. Aussi, de longues années durant, son esprit méditatif se complot à se nourrir de cette doctrine qui l'avait ramené à Dieu en dissipant les ténèbres de son esprit.

[page 302] On demandera peut-être comment un homme doué, comme L.-F. de Tollenare, d'une si haute intelligence, n'a pas été choqué des visions de Swedenborg dans son monde spirituel, et a pu donner créance à toute cette fantasmagorie. Dans une doctrine, quand tout se lie et s'enchaîne aussi bien que dans celle de Swedenborg, si on adopte les prémisses, on est bien forcé d'adopter les conséquents, sans pour cela en faire un article de foi.

C'est aussi ce qui lui arriva. Sans rien nier ni sans rien adopter, L.-F. de Tollenare crut qu'il y a en nous différents modes de perception ; que l'homme, qui est à la fois matière et esprit, peut, comme sainte Thérèse, s'élancer de temps à autre hors de la prison des sens ; que le visionnaire n'est pas un être aussi ridicule qu'on le pense généralement; que ce qu'il voit n'est pas toujours l'effet d'une hallucination voisine de la folie, mais plutôt l'effet d'une organisation spéciale, et que les phénomènes de la seconde vue, comme disent les Écossais, bien que très surprenants par eux-mêmes, sont cependant attestés par trop de preuves irrécusables pour qu'on puisse les révoquer en doute. Or, sans pousser la crédulité jusqu'à la sottise, pensée qu'il n'est pas permis d'admettre avec un homme tel que lui, il concluait de là que les visions de Swedenborg dans le monde spirituel étaient des visions toutes personnelles, qui, pour cela, n'infirmaient pas, mais semblaient au contraire corroborer ce qu'il avançait dans ses ouvrages.

Au reste, quoiqu'il fût revenu au christianisme par la doctrine de Swedenborg, L.-F. de Tollenare resta toujours catholique au fond. Je puis même affirmer ici, avec connaissance de cause, qu'il n'adopta jamais aucune pratique du swedenborgisme, qu'il se contentait de regarder seulement comme une belle philosophie chrétienne. Les seules choses qu'il lui prit, ce fut la prière, ce fut de nourrir son cœur et son esprit de la lecture des livres saints, et de conformer sa vie à la morale si belle et si pure de l’Évangile, morale qu'il fit passer dans ses actes. Aussi était-il rare de voir quelqu'un qui aimât plus à obliger ou à faire le bien en silence, quelqu'un qui fût plus près de ses devoirs, quelqu'un enfin qui, quoiqu'il eût eu parfois à se plaindre des autres, nourrît contre eux moins de sentiments de haine, et qui prit plus à tâche de rendre heureux tous ceux qui l'entouraient.

LIDENER.

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1854 – Revue de Paris - Mort de Voltaire et de Rousseau

1854 revue paris t221 avril1er avril 1854
Tome XXI
Paris. Aux bureaux de la Revue de Paris, A la librairie nouvelle, 15, boulevard des italiens

Article Mort de Voltaire et de Rousseau. Mouvement des idées dans les années qui précèdent la révolution française* - Extrait, page 176-180

* Ce fragment est extrait du dix-neuvième volume de l’Histoire de France, par M. Henri Martin, qui va paraître prochainement [en 1860] chez Furne et Cie, rue Saint André des Arts, 45.

Les sociétés secrètes devaient être et furent le réceptacle de toute cette [page 177] fermentation d'idées et d'aspirations ardentes. A partir de 1770, ou un peu avant, la franc-maçonnerie, déjà très répandue, a pris un développement immense et tend à changer de caractère. D'abord simple instrument de tolérance, d'humanité, de fraternité, agissant d'une manière générale et un peu vague sur les sentiments de ses adeptes et de la société qu'ils influencent, elle tend à devenir instrument de mouvement et d'action, organe direct de transformation. Les trois espèces de mysticisme que nous venons d'indiquer la travaillent et la pénètrent à la fois : le mysticisme qu'on peut appeler sensualiste; le mysticisme politique, qui n'a de mystique que l'apparence; le mysticisme théosophique, qui est le véritable.

A partir de 1778, un médecin allemand a profondément remué Paris en annonçant la guérison de toutes les maladies par la vertu d'un agent universel qu'il a découvert et qu'il dirige à son gré. Tous les êtres, assure Mesmer, sont plongés dans un océan de fluide par l'intermédiaire duquel ils agissent les uns sur les autres. L'homme peut concentrer ce fluide et en diriger les courants sur ses semblables, soit par le contact immédiat, soit, à distance, par la direction du doigt ou d'un conducteur quelconque. Ces courants portent avec eux la santé et la vie dans les corps dont les fonctions sont troublées. Ils guérissent immédiatement les maux de nerfs et médiatement les autres maux. Par analogie avec les attractions de l'aimant ou du magnétisme minéral, Mesmer qualifie cette influence de magnétisme animal. Certains prodiges des anciennes religions, les cures miraculeuses par l'imposition des mains, les extases collectives et autres phénomènes extraordinaires opérés par des hommes sur d'autres hommes, n'ont été, suivant l'audacieux novateur, que des phénomènes magnétiques.

L'impression produite par Mesmer est immense : il entraîne les femmes, les jeunes gens, tous les esprits amoureux de l'inconnu et saisis par les espérances, sans bornes qui sont le caractère du temps (1). Bien des penseurs sont satisfaits de voir enfin donner une autre explication des faits mystérieux de l'histoire que la banale accusation d'imposture contre tous les thaumaturges et tous les chefs des religions. Quant à la foule, elle se précipite au baquet de Mesmer avec un entraînement bien plus général qu'elle ne courait autrefois au tombeau du diacre Paris. [page 178] Nous ne raconterons pas ces incidents bizarres, mais si connus, où l’on voit presque se renouveler les convulsions de Saint Médard sous un aspect moins violent et moins sombre, ni les luttes opiniâtres de Mesmer et de ses disciples contre les corps savants, luttes qui aboutissent au célèbre rapport rédigé par Bailli au nom d'une commission prise dans la Faculté de médecine et l’Académie des sciences (1784). La science, par la voix de Bailli, écarte comme arbitraire l’hypothèse du fluide magnétique, et, par conséquent, le pouvoir que s’attribuent Mesmer et ses adeptes de diriger ce fluide, ne nie pas absolument les phénomènes signalés, mais les attribue exclusivement à une cause morale, au pouvoir de l’imagination. Nier ces phénomènes emporte, en effet, des difficultés historiques bien autrement graves que les admettre dans une limite quelconque ; mais il est très douteux que l’explication de Bailli soit suffisante, quoiqu’on puisse croire que la cause inconnue qui agit si puissamment sur le système nerveux de l’homme soit beaucoup plus morale que physique.

Les développements que reçut le Mesmérisme, et qui en transformèrent tout à fait le caractère, allèrent dans la direction que nous venons d’indiquer. On connaissait plus ou moins obscurément le somnambulisme naturel et ses étonnants effets, expliqués dans les temps passés par des causes surhumaines, bienfaisantes ou malfaisantes. Le XVIIIe siècle avait négligé ces faits étranges. Tout à coup se produit un somnambulisme artificiel. Les frères Puy-Ségur, disciples de Mesmer, déterminent par l’action magnétique, quelle qu’en soit la nature, exercée sur des malades, non plus les crises nerveuses du baquet de Mesmer, mais un sommeil extatique durant lequel le somnambule a la vue intérieure de son propre corps, celle du corps de la personne avec laquelle on le lie d’un rapport magnétique, et, parfois même, à ce qu’on prétend, dépassant toutes les bornes assignées à l’action et à la portée de nos sens, étend au loin dans l’espace et même dans le temps une vue qui n’est plus celle du corps, c’est-à-dire retrouve la seconde vue des voyants et des sibylles. Ici, le matérialisme encore enveloppé dans la théorie de Mesmer achève de disparaître, et nous nageons en plein mysticisme. L’interprétation des traditions historiques par le magnétisme se complète et embrasse tous les mystères de l’antiquité. La séduction redouble, comme aussi l’opposition : les matérialistes s’exaspèrent d’une réaction si soudaine et si imprévue ; les savants s’effraient et s’indignent de voir le vieux monde des sciences occultes reparaître tout à coup et défier la philosophie expérimentale et les prudentes méthodes, mères de tant de progrès. La philosophie spiritualiste elle-même peut s’inquiéter à bon droit d’une telle disposition dans les esprits, si pleine de périls et d’illusions. Cette disposition, toutefois, il faut le dire, est superficielle chez le grand [page 179] nombre; le génie du XVIIIe siècle doit bientôt revenir sur l’espèce de surprise qu’il a subie et reporter cette effervescente ardeur sur la politique ; néanmoins le magnétisme et le somnambulisme continueront à exciter par intervalles de vives préoccupations et à manifester des faits en dehors des lois ordinaires de la physique, sans que ces faits puissent être suffisamment fixés pour entrer dans le domaine de la science : le problème restera problème.

Le mouvement mystique avait atteint son degré le plus élevé ailleurs que dans le magnétisme. II s’était toujours maintenu ça et là, depuis le XVIe siècle, des adeptes secrets de doctrines émanées de la Cabale ou philosophie mystique des Juifs, et du néoplatonisme alexandrin et gnostique réveillé par la Renaissance. Un personnage singulier, Martinez Pasqualis, juif portugais, à ce qu’on croit, introduisit, de 1754 à 1768, dans un certain nombre de loges maçonniques françaises, un rite portant le titre hébraïque des cohens (prêtres). Il s’agissait, dans les initiations des Martinistes, comme s’appelèrent les disciples de Martines, non seulement de communications intérieures avec le monde des esprits, mais de manifestations visibles, c’est-à-dire d’évocations théurgiques, de pratiques superstitieuses mêlées à une idéalité d’ailleurs élevée. Un jeune officier nommé Saint-Martin (2) fut initié à Bordeaux par Martinez. C’était une des âmes les plus religieuses et les plus pures qui aient passé sur la terre. Il ne resta pas longtemps engagé dans cette secte cabalistique; tout en admettant la réalité des relations surhumaines qu’on y cherchait, il les écarta comme dangereuses et s’enferma dans la pure théosophie. Le livre des Erreurs et de la Vérité, par un philosophe inconnu (3), œuvre d’une grandeur voilée et d’une fascination d’autant plus saisissante qu’on y sent l’âme parlant à l’âme en dehors de toute préoccupation terrestre, le livre anonyme de Saint-Martin n’expose pas méthodiquement le fonds commun du mysticisme hébraïque et platonicien, la théorie de l’homme créé dans un état de lumière, de liberté, d’immortalité, tombé par sa faute dans le domaine de la nature corporelle et de la mort, dans la région des pères et des mères, comme dit énergiquement Saint-Martin, mais pouvant remonter vers son origine par le bon usage de ce qui lui reste de liberté (4). Saint-Martin ne discute pas en philosophe ou en théologien ; il ravive ces antiques idées par une effluve de sentiment chrétien d’une singulière puissance : c’est la vie spirituelle elle-même qui se montre en action dans sa parole. Quoi qu’on pense du fond de sa doctrine, il est admirable quand il [page 180] montre la science humaine se dispersant dans les phénomènes, au lieu de remonter vers la cause, et s’obstinant follement à expliquer l’univers sans Dieu, au lieu d’expliquer l’univers par Dieu. Nous n’avons pas à le suivre dans le développement de son à priori gigantesque (5), mais nous devons indiquer les traces de sa pensée dans l’histoire. C’est à lui qu’appartient l’idée théocratique qui fera explosion, après 1830, dans la secte saint-simonienne, secte bien contraire d’ailleurs à l’esprit de Saint-Martin. Le Philosophe inconnu veut le gouvernement d’un seul; le plus aimant, le plus éclairé, l’homme réhabilité, doit s’affirmer, se poser, d’autorité divine. Il n’y a de gouvernement légitime que celui de l’homme réhabilité sur les hommes qui ne le sont pas. Dans l’idéal, si l’humanité était réhabilitée tout entière et relevée à son état primitif, il n’y aurait pas de gouvernements : tout homme serait roi.

Cette idée, longtemps avant le saint-simonisme, s’infiltra plus ou moins obscurément dans la Révolution jusque chez Robespierre, et les ennemis du redoutable chef des Jacobins en eurent l’instinct ; car Saint-Martin, fort étranger de sa personne aux luttes désespérées des partis et à l’interprétation sanglante qu’on faisait de ses idées, fut enveloppé dans la persécution dirigée contre Catherine Théot, dom Gerle et quelques autres révolutionnaires mystiques, peu avant le 9 thermidor, par les hommes qui préparaient la chute de Robespierre.

Notes

1. La correspondance de La Fayette avec Washington conserve des traces bien curieuses de cet enthousiasme. — Mém. de La Fayette, t. II, p. 93. Le jeune défenseur de la liberté américaine est entièrement subjugué par Mesmer.

2. La ressemblance de son nom avec celui de son maître les a fait souvent confondre,

3. Imprimé à Lyon, en 1775, sous la rubrique d’Edimbourg.

4. C’est une des deux grandes explications contradictoires de la destinée humaine, et l’antithèse de celle de nos pères, des druides et des bardes, qui est la création dans le plus bas degré de l’être, avec progression ascendante.

5. Il publia d’assez nombreux ouvrages, tant originaux que traduits du grand mystique allemand Jacob Bœhme, de 1775 à 1803, époque de sa mort. — Nous ferons remarquer seulement que Saint-Martin ne sort pas des données de la théologie chrétienne ordinaire sur le principe du mal, sur l’introduction du mal dans le monde par un être supérieur à l’homme et déchu avant lui ; tandis qu’un autre célèbre mystique du XVIIIe siècle, le Suédois Swedenborg, n’admet d’autres anges bons et mauvais que les âmes des hommes transmigrées dans l’autre vie. — Les Merveilles du Ciel et de la Terre de Swedenborg furent traduites en 1783.

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