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Index de l'article

1820 - Feller – Supplément au Dictionnaire historique : Article Saint-Martin

1820 Feller dictionnaire Supplément au Dictionnaire historique de l’abbé F. X. de Feller formant la suite de la nouvelle édition, revue et corrigée sur la troisième, et augmentée de quatre volumes
Convenientia cuique. Hor. Art. poét.
Tome quatrième
A Paris, à la librairie de la société typographique, chez Méquignon fils aîné, rue Saint Severin
A Lyon, chez MM. Guyot frères, Libraires, rue Mercière - 1820

Sur Google : https://books.google.fr/books?id=MjYNAAAAIAAJ et aussi sur Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k362655

Autres éditions :

Article Saint-Martin (pp. 133-135)

(Orthographe respectée)

SAINT-MARTIN (Louis-Claude de) naquit à Amboise le 18 janvier 1743. Il appartenait à une famille distinguée dans les armes, fit de bonnes études, et possédait plusieurs langues anciennes et modernes. Dans sa jeunesse il entra au service, mais cet état n’était guère conforme à ses inclinations naturelles, aussi il le quitta au bout de six ans : Saint-Martin avait un caractère tranquille, aimait l’étude et le recueillement, où il se plongeait dans ses idées métaphysiques. Après avoir voyagé en Suisse, en Allemagne, en Angleterre et en Italie, il revint à Lyon où il demeura trois ans, presque inconnu, dans la retraite, ne voyant qu’un petit nombre d'amis. Il mena la même vie obscure et paisible à Paris, où il s’était rendu après cette époque ; impassible au milieu des événements de la révolution, il put en éviter les suites. Il ne blâmait ni ne louait rien avec excès, et son âme, concentrée en elle-même, ne se nourrissait que d’idées philosophiques, ne regardait les affreuses scènes qui se passaient autour d’elle que comme des maux inévitables ou mérités. Malgré l’obscurité dans laquelle il se plaisait ou il affectait de vivre, il trouva un grand nombre d’admirateurs et beaucoup de disciples, connus sous le nom de martinistes ; il dut ceux-ci à un ouvrage qu’il publia et dont nous allons parler. Il était lié avec le sénateur le Noir-la-Roche, dans la maison duquel il mourut, à Aunay, le 15 octobre 1803, à l’âge de soixante ans. On a de lui : I Des Erreurs et de la Vérité, ou les Hommes rappelés au principe universel de la science, 1775, in-8. Ce livre fit beaucoup de bruit dans le temps, et, par son obscurité et ses paradoxes, il pourrait bien mériter à son auteur le surnom de Kant français. En effet, Saint-Martin, avec sa nouvelle Idéologie, ne se rend pas moins inintelligible que le philosophe allemand ; mais, ainsi que ce dernier, il eut des sectaires qui l’admiraient et ne l’entendaient pas. Quelle est donc la science ? Selon lui, c’est la révélation naturelle ; et cette même révélation, qu’est-elle en substance ? C’est ce que Saint-Martin, ou n’a pas su concevoir ou qu’il a mal expliqué. «Son système, dit M. Toulet [pour Tourlet], a pour but d’expliquer tout par l’homme. L’homme, selon Saint-Martin, est la clef de toute énigme et l’image de toute vérité ; prenant ensuite à [134] la lettre le fameux oracle de Delphes, nosce te ipsum, il soutient que pour ne pas se méprendre sur l’existence et l’harmonie des êtres composant l’univers, il suffît à l’homme de se bien connaître lui-même ; parce que le corps de l’homme a un rapport nécessaire avec tout ce qui est visible, et que son esprit est le type de tout ce qui est invisible ; que l’homme doit étudier et ses facultés physiques dépendantes de l’organisation de son corps, et ses facultés intellectuelles dont l’exercice est souvent influencé par les sens ou par les objets extérieurs, et ses facultés morales ou sa conscience, qui suppose eu lui une volonté libre ; c’est dans cette étude qu’il doit chercher la vérité, et il trouvera en lui-même tous les moyens nécessaires pour y arriver. Voilà ce que Saint-Martin appelle la révélation naturelle. Par exemple, la plus légère attention suffit, dit-il, pour nous apprendre que nous ne communiquons, et que nous ne formons même aucune idée, qu’elle ne soit précédée d’un tableau ou d’une image engendrée par notre intelligence ; c’est ainsi que nous créons le plan d’un édifice ou d’un ouvrage quelconque. Notre faculté créatrice est vaste ; active, inépuisable ; mais en l’examinant de près, nous voyons qu’elle n’est pas secondaire, temporelle, dépendante, c’est-à-dire qu’elle doit son origine à une faculté créatrice supérieure, indépendante, universelle, dont la nôtre n’est qu’une faible copie. L’homme est donc un type qui doit avoir son prototype ; c’est; une effigie, une monnaie qui suppose une matrice, et le Créateur ne pouvant puiser que dans son propre fonds, a dû se peindre dans ses œuvres, et retracer en nous son image et sa ressemblance, base essentielle de toute réalité. Malgré le rapport et la tendance que nous conservons vers ce centre commun, nous avons pu, en vertu de notre libre arbitre, nous en approcher ou nous en éloigner. La loi naturelle nous ramène constamment à notre première origine, et tend à conserver en nous l’empreinte de l’image primitive ; mais notre volonté peut refuser d’obéir à cette loi ; et alors la chaîne naturelle étant interrompue, notre type ne se rapporte plus à son modèle, il n’en dépend plus, et la place sous l’influence des êtres corporels qui ne doivent servir qu’à exercer nos facultés créatrices, et par lesquelles nous devons naturellement remonter à la source de tout bien et de toute jouissance. Cette disposition vicieuse une fois contractée par notre faute, peut, comme les autres facultés organiques, se transmettre par la voie de la génération : ainsi nous héritons des vices de nos parents. Mais la vertu, mais l’étude et la bonne volonté pourront toujours diminuer ou détruire ces affections dépravées, et corriger en nous ces altérations faites à 1’image de la Divinité ; nous pouvons, en un mot, nous régénérer, et seconder ainsi les vues réparatrices de l’Homme-Dieu. » Malgré cette analyse que nous avons rapportée en entier, on ne voit d’un peu clair dans la doctrine de Saint-Martin, sinon que Dieu voit tout en l’homme, qui est son image, tandis que Mallebranche [sic] voit, comme cela doit être, tout en Dieu, comme le principe infini d’où dérive tout ce qui est créé. « Celui qui connaît Dieu, disaient les philosophes anciens, devient Dieu lui-même. » Et Saint-Martin soutient, « que l’homme vertueux [135] redevient l’image de Dieu. » Parmi plusieurs maximes erronées, ou mal conçues du philosophe français, celle-ci est plus à la portée de tout le monde : Il est bon, dit-il, de jeter continuellement les yeux sur la science, pour ne pas se persuader qu’on sait quelque chose ; sur la justice, pour ne pas se croire irréprochable ; sur toutes les vertus, pour ne pas penser qu’on les possède. Le livre de Saint-Martin a trouvé beaucoup de partisans en Angleterre, et on en a imprimé à Londres une suite en anglais et en 2 volumes ; mais l’auteur français n’y a eu aucune part, et elle s’éloigne des principes de son système. Ses autres ouvrages, sont : II Tableau de l’ordre social. III Ministère de l’Homme-Esprit. IV Eclair sur l’association humaine. Il y cherche les fondements du pacte social dans le régime théocratique, et les communications entre Dieu et l’homme. V Le Livre rouge. VI Ecce Homo. VII L’Homme de désir. VIII Le Cimetière d’Amboise. IX Le Crocodile, ou la Guerre du bien et du mal, arrivée sous le règne de Louis XV, poème épico-macaronique [sic] en 102 chants, 1799, in-8. C’est l’ouvrage le plus obscur qu’ait enfanté l’imagination ténébreuse de l’auteur, et qui ne fait nul honneur à ses talents poétiques. On y voit figurer un Jof (la foi), un Sédir (le désir), et un Ourdeck (le jeu), qui sont la clef de tout le poème, sans que cela le rende ni moins ennuyant ni plus intelligible. Il a traduit de l’allemand de Bahm [sic] les Principes, l’Aurore naissante, etc. Saint-Martin avait, dit-on, un caractère doux, bienfaisant ; ses connaissances étaient très variées ; il aimait les arts et surtout la musique. Ses auteurs de préférence étaient Burlamaqui et Rabelais : il lisait ce premier pour s’instruire, et c’est de lui, dit-il, qu’il puisa le goût de la méditation ; il lisait le second pour son amusement : et en voilà assez de ces deux écrivains pour se gâter l’esprit et corrompre les meilleurs principes.

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