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1820 - Staël - De l’Allemagne : Quatrième partie

1820 stael oeuvres completes t11Anne-Louise-Germaine de Staël, Œuvres complètes de Mme la baronne de Staël, Volume 11, Paris, Treuttel et Würtz, 1820, https://books.google.fr/books?id=czwUAAAAQAAJ

Chapitre V – De la disposition religieuse appelée mysticité

Extrait pages 268-269

La disposition religieuse appelée mysticité n’est qu’une manière plus intime de sentir et de concevoir le christianisme. Comme dans le mot de mysticité est renfermé celui de mystère, on a cru que les mystiques professaient des dogmes extraordinaires, et faisaient [269] une secte à part. Il n'y a de mystères chez eux que ceux du sentiment appliqués à la religion, et le sentiment est à la fois ce qu’il y a de plus clair, de plus simple et de plus inexplicable : il faut distinguer cependant les théosophes, c’est-à-dire, ceux qui s’occupent de la théologie philosophique, tels que Jacob Boehme, Saint-Martin, etc., des simples mystiques; les premiers veulent pénétrer le secret de la création, les seconds s’en tiennent à leur propre cœur.

Extrait page 274

L’élévation de l’âme vers son Créateur est le culte suprême des chrétiens mystiques ; mais ils ne s’adressent point à Dieu pour demander telle ou telle prospérité de cette vie. Un écrivain français qui a des lueurs sublimes, M. de Saint-Martin, a dit que la prière était la respiration de l’âme. Les mystiques sont, pour la plupart, convaincus qu’il y a réponse à cette prière, et que la grande révélation du christianisme peut se renouveler en quelque sorte dans l’âme, chaque fois qu’elle s'élève avec ardeur vers le ciel. Quand on croit qu’il n’existe plus de communication immédiate entre l’Être suprême et l’homme, la [275] prière n’est, pour ainsi dire, qu’un monologue ; mais elle devient un acte bien plus secourable , lorsqu’on est persuadé que la Divinité se fait sentir au fond de notre cœur. En effet, on ne saurait nier, ce me semble, qu’il ne se passe en nous des mouvements qui ne nous viennent en rien du dehors, et qui nous calment ou nous soutiennent, sans qu'on puisse les attribuer à la liaison ordinaire des événements de la vie.

Chapitre VII – Des philosophes religieux appelés théosophes.

Extrait, p. 486

Lorsque j'ai rendu compte de la philosophie moderne des Allemands, j’ai essayé de tracer une ligne de démarcation entre celle qui s’attache à pénétrer les secrets de l’univers, et celle qui se borne à l’examen de la nature de notre âme. La même distinction se fait remarquer parmi les écrivains religieux : les uns, dont j’ai déjà parlé dans les chapitres précédents, s’en sont tenus à l’influence de la religion sur notre cœur ; les autres, tels que Jacob Bœhme, en Allemagne, Saint-Martin, en France, et bien d'autres encore, ont cru trouver dans la révélation du christianisme, des paroles mystérieuses qui pouvaient servir à dévoiler les lois de la création.

Extrait, p.489

Le plus fameux de ces philosophes religieux, c'est Jacob Bœhme , un cordonnier allemand, qui vivoit au commencement du dix-septième siècle; il a fait tant de bruit dans son temps, que Charles 1er envoya un homme exprès à Gorlitz, lieu de sa demeure, pour étudier son livre et le rapporter en Angleterre. Quelques-uns de ses écrits ont été traduits en français par M. de Saint-Martin : ils sont très difficiles à comprendre ; cependant l'on ne peut s'empêcher de s'étonner qu'un homme sans culture d'esprit ait été si loin dans la contemplation de la nature. Il la considère en général comme un emblème des principaux dogmes du christianisme; partout il croit voir dans les phénomènes du monde les traces de la chute de l'homme et de sa régénération, les effets du principe de la colère et de celui de la miséricorde; et tandis que les philosophes grecs tâchaient d'expliquer le monde par le mélange des éléments de l'air, de l'eau et du feu, Jacob Bœhme n'admet que la combinaison des forces morales, et s'appuie sur des passages de l'Évangile pour interpréter l'univers.

Chapitre VIII – De l’esprit de secte en Allemagne (extrait, page 497-498)

De tout temps, et dans tous les pays, il a existé des associations secrètes, dont les membres avaient pour but de se fortifier mutuellement dans la croyance à la spiritualité de l’âme ; les mystères d’Éleusis, chez les païens, la secte des Esséniens, chez les Hébreux, étaient fondés sur cette doctrine, qu’on ne voulait pas profaner en la livrant aux plaisanteries du vulgaire. Il y a près de trente ans qu’à Wilhelms-Bad il y eut une assemblée de francs-maçons présidée par le duc de Brunswick ; cette assemblée avait pour objet la réforme des francs-maçons d’Allemagne, et il paraît que les opinions mystiques en général, et celle de Saint-Martin en particulier, influèrent beaucoup sur cette réunion. Les institutions politiques, les relations sociales, et souvent même celles de famille, ne prennent que l'extérieur de la vie : il est donc naturel que de tout temps on ait cherché quelque manière intime de se reconnaître et de s’entendre; et tous [309] ceux dont le caractère a quelque profondeur, se croient des adeptes, et cherchent à se distinguer par quelques signes du reste des hommes. Les associations secrètes dégénèrent avec le temps; mais leur principe est presque toujours un sentiment d’enthousiasme comprimé par la société.

Il y a trois classes d’illuminés : les illuminés mystiques, les illuminés visionnaires, et les illuminés politiques. La première, celle dont Jacob Bœhme, et, dans le dernier siècle, Pasqualis et Saint-Martin peuvent être considérés comme les chefs, tient par divers liens à cette église intérieure, sanctuaire de ralliement pour tous les philosophes religieux ; ces illuminés s’occupent uniquement de la religion, et de la nature interprétée par les dogmes de la religion.

Les illuminés visionnaires, à la tête desquels on doit placer le Suédois Swedenborg, croient que par la puissance de la volonté ils peuvent faire apparaître des morts et opérer des miracles.

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