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1852 – Lecanu - Dictionnaire des prophéties et des miracles, tome I 

Article Illuminisme, Extrait, pages 853-855

La franc-maçonnerie, qui allait ouvrir ses premières loges vers la fin de ce siècle et le commencement du suivant, offrirait bientôt un dernier asile à l'illuminisme. Nous ne disons point ceci par haine ou par esprit de dénigrement, mais parce que c'est la vérité. Nous ne voulons pas donner à entendre, [page 854] toutefois, que les maçons illuminés aient reproduit les mœurs détestables de leurs ancêtres; oh ! non, telle n'est pas notre pensée, et telle n'est pas la vérité. Ce n'est pas que nous soyons pénétrés d'un grand respect pour la franc-maçonnerie; loin de là : nous avons trop étudié son histoire. Les livres mêmes qu'elle avoue, tels que l'Histoire du G. O., l'Histoire pittoresque de Clavel, les publications de Tschoudy, de Lévêque, de Luchet, fourniraient assez d'armes pour l'accabler, sans en emprunter aux écrivains qui lui sont hostiles, tels que Barruel, Picot, de Hammer, Cadet-Gassicourt, Péreau, Lefranc, Robinson, Proyart ; et sans recourir aux révélations de certains frères traîtres à leurs serments, mais indignés dans leurs consciences d'hommes probes. Les Francs-maçons trahis, les Francs-maçons écrasés, les Francs-maçons et leurs mystères, et cette fameuse Pierre de scandale, qui fit décréter l'abolition des hauts grades au congrès maçonnique de Wilhelmsbad, en 1782, décret qui n'eut point d'effet, fournissent de curieux renseignements.

Mais si les mœurs des maçons illuminés ne furent plus celles des gnostiques, ce fut toujours bien la même haine contre le christianisme et l'autorité des rois. Voilà ce que ne savent pas les maçons des quatre grades élémentaires, qui sont à peu près les mêmes dans toutes les maçonneries, et qui se composent d'une foule de pauvres niais, recevant leur inspiration de plus haut, de mystères auxquels ils ne participent pas, dont souvent même ils ne soupçonnent pas l'existence ; dociles instruments d'une main cachée, et toujours prêts à faire du voltairianisme, de l'impiété toute crue, du libéralisme, de l'opposition, suivant le vent qui souffle, et le but qu'il faut atteindre.

Mais occupons-nous d'une manière plus spéciale de la maçonnerie illuminée, et ne faisons que de l'histoire.

La franc-maçonnerie illuminée se divisa en bien des branches : il y eut la maçonnerie hermétique, cherchant la pierre philosophale, qui comprenait les rose-croix, les philosophes, les chercheurs; la maçonnerie cabalistique expérimentale ou magique, usant de certains procédés de physique et de mécanique, pour produire des effets capables d'émerveiller les frères des grades inférieurs, et leur faire croire aux connaissances magiques des grades supérieurs. Le frère Gannal, le célèbre embaumeur, a bien des prestiges de ce genre à se reprocher. Il y eut la franc-maçonnerie illuminée de Weishaupt, mais nous n'avons point à nous occuper de celle-ci, parce qu’elle fut purement politique et n'eut de l'illuminisme que le nom et la haine contre le christianisme. L'illuminisme contemplatif, représenté par Saint-Martin, Martines Pasqualis, et enfin Swedemborg, qui resta maître du terrain, et absorba dans sa maçonnerie la plupart des éléments de l'illuminisme. Doctrine nuageuse, vague, incompréhensible, renouvelée de la cabale gnomique, et qui a pour but les [page 855] communications directes avec le monde invisible. Le fameux Cazotte en était la dupe; de même que Court de Gébelin l'avait été de l'illuminisme expérimental et du mesmérisme. Il mourut au bord d'un baquet magnétisé par Mesmer. (Voy. les art. CAZOTTE, PASQUALIS, SAINT-MARTIN, SWEDEMBORG).

Mais il serait impossible de suivre la maçonnerie dans ses mille transformations, ses milliers de grades, ses essais, ses tentatives, le pêle-mêle de ses institutions plus ou moins éphémères, toujours anciennes et nées de la veille pour mourir le lendemain; dans sa direction changeant de maçonnerie à maçonnerie, de loge à loge, et souvent dans la même loge à la mort du vénérable.

Maçonnerie bleue, maçonnerie rouge, maçonnerie noire, maçonnerie à glaives, maçonnerie templière, écossaise, écossisme, égyptienne, d'Hérédom, d'Adoniram ; hermétistes, kadoschs, rose-croix, rose-croix d'or, chevaliers de tous grades et à tous grades; Grand-Orient, grandes loges de France et d'ailleurs, rite de Pythagore, de Cagliostro, de Swedemborg, martinistes; qui sait? la liste serait longue !

Nous n'osons entrer dans les détails, ils seraient infinis. Seulement nous devons dire qu'un peu d'illuminisme, un illuminisme quelconque, avait pénétré dans toutes les loges au moment où éclata la grande révolution de 1793, qui fut leur ouvrage, ou du moins à laquelle elles avaient très puissamment contribué. Cet élément, l'un des principaux, a été trop négligé par les historiens qui ont choisi la tâche d'en exposer les causes.

La maçonnerie est en France une exportation anglaise; il n'y en eut jamais d'heureuses, et celle-là moins que toute autre. La première loge fut fondée à Saint-Germain en Laye, par les personnes de la suite du roi Jacques II. Le fameux baron de Ramsay, la conquête de Fénelon, s'en fit l'ardent propagateur. La seconde loge paraît être celle qui se fonda en 1721 à Dunkerque; la troisième, celle qui s'établit à Paris, en 1725, par les soins de lord Dervent-Water, qui fut son vénérable jusqu'au moment où il porta sa tête à l'échafaud, en 1746. En 1789, il y avait plus de deux mille loges en France, et peut-être quatre fois autant dans le reste de l'univers. Persécutions des gouvernements, excommunications de l'Église (1 [Voy. la bulle in Eminenti de Clément XII, renouvelée, en 1751, par Benoît XIV.]), aucun obstacle n'avait pu en arrêter la propagation.

Qu'étaient ces hauts grades excommuniés en 1766 par la grande loge de France, et en faveur desquels réclamèrent les chapitres Irlandais, d'Arras, de Clermont, des empereurs d'Orient et d'Occident, la mère-loge de Marseille, et qu'il fallut réintégrer, sous peine de voir se former un nouveau schisme au sein de la maçonnerie, sinon des [page 856] débauches de sang, d'assassinats, de serments redoutables, ainsi que nous l'avons exposé ailleurs (2 [Voy. notre Histoire de la magie.]) ; ces mannequins de rois et de papes poignardés, cette lumière qu'on cherchait de grade en grade, ces chaînes qu'on brisait ? L'écossisme avec ses trois hérésies, qui se nomment écossisme philosophique, écossisme primitif, écossisme d'Héredom-de- Kilvinning, est-il plus pur ? Les excommunications qu'il a eu à subir de la part des grandes loges d'Edimbourg et de France, et qui ne l'ont pas empêché de se propager, répondent suffisamment à cette question. La franc-maçonnerie hermétique, composée en apparence des trois grades, chrétien, des fondeurs et de la religion naturelle, n'avait- elle pas pour couronnement ceux de Kadosch et de chevalier du Soleil, où l'on jurait haine à Dieu et aux rois, et dont les mots de passe étaient Sisamoro et Senamira; c'est-à-dire en lisant en sens inverse, Oromasis et Arimanes, les deux génies de la mythologie persane et du dualisme manichéen ?

Que dire des loges purement cabalistes de cette maçonnerie, qui comptaient dans leur sein : les Elus Coëns, cherchant la régénération de l'homme par des moyens physiques; les invisibles, ayant fait le serment éventuel du suicide; les princes de la mort, ayant fait serment d'immoler celui qui serait désigné à leur poignard par la cour vehmique de l'ordre ? Que dire en particulier de la loge d'Ermenonville, où le trop fameux comte de Saint-Germain faisait de la magie devant des imbéciles qui ne croyaient pas à l'Evangile, mais qui croyaient bien aux quinze cents ans qu'il avait vécu depuis sa troisième résurrection ?

Le monde, après avoir été rempli de martinistes, l'est maintenant de swédemborgiens; pauvres gens qui repoussent du pied l'Evangile, et qui cherchent l'illumination intérieure. Que de merveilles ils ont vues, que de visions cornues ils ont rêvées depuis Martinez-Pasqualis et Swedemborg, leurs fondateurs ! Les délires d'un fébricitant n'ont rien de pareil, les rêves d'un fou éveillé ne sont pas plus bizarres. Personne n'avait pu comprendre Pasqualis, ni lui- même ni ses disciples. Le monde avait ri, ou haussé les épaules aux génies de toutes formes, de tout langage et de toute espèce dont Swedemborg avait peuplé les quatre éléments, les astres, le soleil, la lune, les planètes, les comètes, les sept cieux. On s'était amusé de leurs mariages, de leurs métiers, de leurs petits ; on avait admiré les anges vignerons, les anges forgerons, les anges jardiniers, bûcherons, etc. C'est maintenant M. Alphonse Cahagnet qui a l'honneur de tenir la plume de la maçonnerie illuminée. Il la trempe, il est vrai, dans le magnétisme, mais ce n'est que pour mieux l'illuminer. Ses magnétisés ne voient pas au ciel des merveilles moins étranges que celles de [page 857] Swedemborg et de Saint-Martin, qu'il cite par fois, en bon et fidèle disciple (3 [Voy. Arcanes de la vie future dévoilés, par L. Alph. Cahagnet ; Paris, 1848, in-12.])

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