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Article Saint-Martin, pages 849-850

SAINT-MARTIN (Louis-Claude de), dit le Philosophe inconnu, né à Amboise le 18 janvier 1743, et mort à Paris le 13 octobre 1803, fut plutôt la dupe des écoles spiritualistes et théurgiques de son temps, que le chef d'aucune d'elles. Il les fréquenta, les admira, les jugea à son point de vue, et garda l'indépendance d'un esprit qu'il croyait supérieur, et qui n'était, en réalité, qu'illusionné d'une manière différente. Il considérait les séances cabalistiques de Martinez-Pasqualis, ou plutôt leurs résultats, [page 850] comme des manifestations de vertus actives de l'ordre intellectuel obtenues par la voie sensible ; selon lui, les visions de Swedemborg étaient de l'ordre sentimental, et conduisaient à la science des âmes. Les phénomènes du magnétisme somnambulique étaient d'un ordre sensible inférieur. Le célèbre visionnaire teutonique Jacob Boehm était, à son jugement, la plus grande lumière humaine qui eût apparu dans le monde.

Saint-Martin avait reçu dès l'enfance une éducation aussi pieuse que chrétienne, il avait cultivé avec attrait l'ascétisme ; mais dès qu'il sortit des voies tracées par les maîtres véritables de la vie spirituelle, pour chercher un christianisme transcendant, il rencontra sur sa route les théurgistes, et se laissa égarer après eux sans espoir de retour. Jouet désormais des illusions de son esprit et des prétendues manifestations obtenues dans leurs réunions, il perdit la charité, pour ne plus conserver que la bienfaisance, la religion, pour ne plus garder que la philosophie ; et l'Évangile devint pour lui un simple A, B, C, propre tout au plus à former le rudiment de la première enfance.

Cet esprit superbe en fut bien puni ; car dans les nombreux ouvrages qui sortirent de sa plume, et qu'il livra à un très petit public d'intimes amis, auxquels il recommandait de garder le secret, ce en quoi ils ne l'ont que trop bien servi, il n'y a rien à apprendre disons-le, rien à pouvoir comprendre. Il ne se comprenait pas lui-même, il l'avoue, et était quelquefois surpris de finir par se trouver un sens. C'est ainsi qu'il disait de son homme de désir, longtemps après l'avoir édité, qu'il y trouvait des germes épars çà et là, dont il ignorait les propriétés en les semant, et qui se développaient chaque jour pour lui, depuis qu'il avait connu Jacob Boehm.

Les mystiques du moyen âge et ceux des derniers temps, en s'unissant par la contemplation à leur principe, suivant la doctrine de Busbrock, leur maitre, étaient absorbés en Dieu par l'affection: mais les martinistes cherchaient une porte plus élevée. A leurs yeux, ce n'était pas seulement la faculté affective, mais plutôt la faculté intellectuelle qui devait connaître en elle son principe divin, et par lui le modèle de cette nature que Mallebranche voyait non activement en lui-même, mais spéculativement en Dieu, et dont Saint-Martin apercevait le type dans son être intérieur par une opération active et spirituelle, qui est le germe de la connaissance. Comprenne qui pourra, mais c'est vers ce but que tous les ouvrages de Saint-Martin sont dirigés. Nous avons rendu ailleurs un compte succinct des principaux, nous n'y reviendrons pas (Voyez l'art. ILLUMINÉS, col. 861, note 2); et nous ne croyons pas non plus qu'il soit utile de mettre davantage en lumière, par une biographie détaillée, celui qui se complut toute sa vie dans les ténèbres.

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