Calendrier perpetuel 1840Année 1843

- Bérenger - Œuvres de Barnave - Influence de la secte philosophique sur la littérature en général
- Biographie universelle, ancienne et moderne - Michaud - Louise-Marie-Thérèse-Bathilde d’Orléans, duchesse de Bourbon
- Clavel - Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie et des sociétés secrètes anciennes et modernes
- Ferrari, Essai sur le principe et les limites de la philosophie de l'histoire
- Franck – La Kabbale - Suite de l’analyse du Zohar. Opinion des kabbalistes sur le monde
- Ph. Le Bas - France. Dictionnaire encyclopédique - Article Illuminés
- Maury - Essai sur les légendes pieuses du Moyen-Âge
- Nolhac - Soirées de Rothaval
- Pasquier - Précis de l'histoire de l'Hindoustan
- Revue des deux mondes – T 3 - Le comte Joseph de Maistre. – II - Monsieur de Sainte-Beuve
- La Revue synthétique - Article d’Eugène Stourm : De la valeur philosophique du mysticisme

Mis à jour le 20 août 2022

1843 – Bérenger - Œuvres de Barnave

Calendrier perpetuel 1840Par [Antoine Pierre] Joseph [Marie] Barnave
Mise en ordre et précédées d’une Notice historique sur Barnave par
M. [Antoine Marie Marcellin Thomas] Bérenger [dit] de la Drome, pair de France, Membre de l’Institut
[Tome] 4
Paris. Jules Chapelle et Guiller, éditeurs, 5, rue du pont de Lodi
1843 - Bérenger - Œuvres de Barnave

Études littéraires – Chapitre III – littérature - § V - Influence de la secte philosophique sur la littérature en général.

Extrait, pages 101-103

La secte philosophique de nos jours a eu la pédanterie, l'orgueil contempteur, l'insensibilité de cœur, les abus de théorie, l'esprit réformateur et innovateur sans examen, sans notions suffisantes.

Voyant les préjugés des hommes, voyant l'obscurité des sources de leurs connaissances, les philosophes ont tout traité de préjugé, ils ont renversé toute l'autorité de l'opinion.

Ils recommandaient sans cesse l'observation de la nature, et sans cesse ils s'égaraient dans les écarts où conduit l'insuffisance des observations. — Abus presque nécessaire des éludes [p.102] spéculatives, ils raisonnent beaucoup leurs notions ; mais ce qu'ils savaient fournissait trop peu de nourriture à l'activité de l'intelligence.

Penser, au lieu d'apprendre; ne croire à rien, juger d'après soi, raisonner tout, telle a été notre marche; et puis, l'enthousiasme, les écarts, les vices, tous les excès d'un tel esprit se sont répandus dans le monde ; les jeunes gens surtout l'ont accueilli, l'ont exagéré; les influences bonnes et mauvaises se sont montrées sous une multiplicité, sous une variété de formes qui voudraient un grand livre pour être décrites.

Ces mêmes hommes ont eu la dialectique, l'ordre, la précision, l'étendue, la vérité des abstractions et tous les autres avantages d'une saine métaphysique.

Le monde a reçu d'eux un nouveau langage comme un nouveau caractère ; les expressions sont devenues précises, froides, libres, selon les circonstances ; il en est résulté une pédanterie particulière, des innovations de langage, des formes métaphysiques.

On a réformé beaucoup d'erreurs, on est devenu moins crédule, on a eu beaucoup moins de choses et on les a beaucoup plus raisonnées.

Mêlées à cette ignorance, à cette liberté d'opinion, à cette tournure spéculative, la faiblesse dos cœurs et des têtes a entraîné l'homme dans des [p.103] écarts multipliés et bizarres; ainsi, 1° les systèmes se sont multipliés sans bornes en tout genre; 2° On a vu naître toutes ces folies métaphysiques du magnétisme, du martinisme, des enthousiasmes religieux.

Les temps d'ignorance créent les préjugés palpables, les temps des sophistes créent les écarts métaphysiques.

L'esprit didactique, analytique, s'est placé lui-même où il devrait se trouver le moins ; les héros tragiques sont devenus philosophes, les passions se sont exprimées par maximes ; la poésie, nourrie de métaphysique, s'est desséchée ; le langage de la tête mis à la place de celui des sentiments et des sensations, n'a tout au plus substitué à leur onction, à leur chaleur, que le brillant de l'enthousiasme.

1843 – Biographie universelle, ancienne et moderne - Michaud

Calendrier perpetuel 1840Biographie universelle, ancienne et moderne ou, Histoire, par ordre alphabétique, de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes
Nouvelle édition publiée sous la direction de M. Michaud
Tome cinquième
Paris. A. Thoisnier Desplaces, éditeur, rue de l’Abbaye, 14
Michaud, rue du Basarz, 13.
1843 - 

Louise-Marie-Thérèse-Bathilde d’Orléans, duchesse de Bourbon

Pages 282-284 

BOURBON (Louise-Marie-Thérèse-Bathilde d’Orléans, duchesse De), née à St-Cloud, le 9 juillet 1750, était fille de Louis-Philippe, duc d'Orléans, petit-fils du régent, et de Louise-Henriette de Bourbon-Conti. A vingt ans, elle inspira la plus vive passion au duc de Bourbon, qui en avait à peine quinze. Leur mariage se conclut en 1770, et en 1772 la duchesse mit au monde le duc d'Enghien, après avoir souffert pendant quarante-quatre heures les douleurs les plus atroces. L'enfant était tout noir et ne donnait aucun signe de vie. On l'enveloppa de linges trempés dans de l'esprit-de-vin, mais ce remède faillit lui être funeste : une étincelle ayant volé sur les langes inflammables, le feu y prit. La duchesse de Bourbon, dont les transes maternelles furent alors si vives, ne prévoyait pas que, pour son fils, réservé à une fin si tragique dans la force de l'âge, il eût été heureux de périr ainsi à l'entrée de la vie. Bientôt une indifférence mutuelle succéda aux transports qui avaient marqué les commencements du mariage du duc et de la duchesse de Bourbon.

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1843 Ferrari1843 - Essai sur le principe et les limites de la philosophie de l'histoire

Giuseppe Ferrari, (1811-1876).

Paris

Joubert, libraire-éditeur
14, rue des Grès, près de la Sorbonne
1843

Ce livre présente une étude fort intéressante sur le mysticisme et cite deux fois Louis-Claude de Saint-Martin. Nous présentons de nombreux extraits :

- Seconde partie. Chapitre II. Théorie de l’humanité. Les nouveaux millénaires.
- Troisième partie - Chapitre I. Du mal métaphysique.
- Troisième partie - Chapitre III. Du mal mystique.

 Seconde partie. Chapitre II. Théorie de l’humanité. Les nouveaux millénaires.

1er extrait, pages 206-207

Remarquons, en passant, que Schlegel soumet la raison à la lumière. De Maistre, assez initié dans les mystères de l'illuminisme, soumettait l'intelligence à une conscience intellectuelle ; de là, son mépris pour la science moderne, sa prévision d'une troisième époque chrétienne, car aujourd'hui le christianisme, dit-il, n'a plus de héros, plus de saints (1). Les écrivains mystiques, depuis Boehm jusqu'à Swedenborg, résistent aux démonstrations rationnelles par les intuitions du sentiment, et c'est là-dessus qu'ils fondent leurs espérances [page 207] d'une époque de rédemption définitive.

(1) Voy. Soirées de Saint-Pétersbourg, vers la fin.

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1843 – Franck – La Kabbale

Calendrier perpetuel 1840La Kabbale ou la philosophie religieuse des Hébreux
Adolphe Franck [1809-1893], Professeur agrégé à la Faculté des lettres de Paris, professeur de philosophie au Collège royal de Charlemagne.
Paris. Librairie de L. Hachette.
Rue Pierre Sarrazin, 12.
1843 - La Kabbale ou la philosophie religieuse des Hébreux

Deuxième partie, chapitre IV. Suite de l’analyse du Zohar. Opinion des kabbalistes sur le monde

Extrait pages 216-217

Si Dieu est à la fois la cause et la substance, ou, comme dirait Spinosa [sic], la cause immanente de l’univers, celui-ci devient nécessairement le chef-d’œuvre de la perfection, de la sagesse et de la bonté suprêmes. Pour rendre cette idée, les kabbalistes se servent d’une expression assez originale, que plusieurs mystiques modernes, entre autres Boehme et Saint-Martin, reproduisent [217] fréquemment dans leurs ouvrages : ils appellent la nature une bénédiction, et ils regardent comme un fait très significatif que la lettre par laquelle Moïse a commencé le récit de la création, בראשית entre également la première dans le mot qui signifie bénir, ברכח.

1843 – Ph. Le Bas - France. Dictionnaire encyclopédique

Calendrier perpetuel 1840France. Dictionnaire encyclopédique
Par Ph. Le Bas, Membre de l’Institut (Académie des Inscriptions et Belles Lettres), maître de conférences à l’école normale, etc.
Tome neuvième
Paris, Firmin Didot frères, éditeurs, imprimeurs libraires de l’Institut de France, rue Jacob, n° 56.
M DCCC XLIII - France. Dictionnaire encyclopédique - Illuminés

Cet article a été reproduit dans Encyclopédie moderne Dictionnaire abrégé des sciences, etc.  tome 18 – 1852 page 44

Article Illuminés, pages 543-544

ILLUMINÉS. Sous le nom d’alumbeados, une secte livrée aux illusions du mysticisme parut en Espagne vers 1575. L’inquisition parvint d’abord à l’étouffer ; mais en 1628 elle reparut avec plus de force. Alors, dit-on, quelques-uns de ces sectaires, fuyant les poursuites dont ils étaient l’objet, se réfugièrent en France, où ils firent des prosélytes, surtout dans le clergé. Quoi qu’il en soit, des opinions analogues se montrèrent, vers le même temps, dans la Picardie. Les nouveaux hérétiques prirent le nom d’illuminés. Pierre Guérin, curé de Saint-Pierre de Roye, auteur d’une secte distincte, mais semblable, celle des guérinets, ne tarda pas à se fondre avec eux.

Le fond de leur doctrine était le même que dans toutes les écoles mystiques. Ils professaient un souverain mépris pour tout dogme et pour tout culte, tant intérieur qu’extérieur. Dieu, disaient-ils, avait révélé à frère Antoine Bucquet une pratique de foi et de vie suréminente, inconnue jusqu’à ce moment dans la chrétienté. Avec cette méthode, on pouvait en peu de temps atteindre jusqu’à la perfection et à la gloire des saints ou même de la sainte [p.544] Vierge, laquelle n’avait eu, selon eux, que des vertus communes. Par cette route, on parvenait à une telle union avec Dieu, que tous les actes étaient déifiés. Une fois parvenu à ce degré de perfection, il fallait laisser Dieu agir sans produire aucun acte. C’était, comme on voit, déjà du quiétisme. Du reste, l’illuminé était libre de faire tout ce qu’il voulait ; il n’avait point d’autre loi que l’inspiration ; il était impeccable.

Ces sectaires ajoutaient que les docteurs de l’Église n’avaient jamais su ce que c’était que dévotion ; que saint Paul s’en doutait à peine ; que saint Pierre était un bon homme ;; que toute l’Église était dans les ténèbres ; que l’homme ne devait écouter que son sentiment. Ils prophétisaient qu’au bout de dix ans le monde serait converti à leur doctrine ; qu’alors on n’aurait plus besoin de prêtres ni de religieux.

En effet, ils firent bientôt un grand nombre de prosélytes, surtout à Chartres et en Picardie. Soixante mille adeptes embrassèrent leurs erreurs dans cette dernière province. Enfin, le cardinal de Richelieu et son confident, le P. Joseph, résolurent d’arrêter le progrès de la secte par des mesures violentes. On persuada au roi de donner des ordres sévères ; les juges de Roye et de Montdidier furent commis à l’instruction du procès, et « bientôt le mal fut découvert, et le remède appliqué. En moins de rien, on remplit les prisons de ces hérétiques... Ce monstre fut étranglé dans son berceau (*). » Telle fut l’activité des recherches et la vigueur des poursuites, que, dès l’année suivante, la secte avait entièrement disparu.

D’autres mystiques ont encore paru en France depuis lors, et ont reçu le nom d’illuminés. Nous ne ferons ici que citer Martinez Paschalis, qui fonda à Bordeaux, vers la fin du dernier siècle, la secte des martinistes ; son disciple Saint-Martin, qui a reproduit en partie la théosophie mystique de Jacob Bœhme ; les disciples de Swedenborg, etc. (Voyez SAINT-MARTIN.]

Nous devons dire aussi quelques mots de la société allemande des illuminés, que quelques auteurs ont comptée sérieusement parmi les causes qui ont produit la révolution française. Cette société secrète, organisée sur le modèle de la franc-maçonnerie, et dont le but était politique autant que religieux, fut fondée en 1776 par Weishaupt. Suivant les récits auxquels tout à l'heure nous avons fait allusion, Mirabeau, durant son séjour en Prusse, se serait fait initier aux mystères des illuminés, [ ??] son retour en France il aurait introduit [ ?] dans la loge des Philalèthes. Le duc d’Orléans, le prince de Talleyrand, Condorcet, Brissot, Grégoire, auraient [.. ?] par lui et adopté les principes de la société allemande ; enfin le chef de la secte, Bode, successeur de Weishaupt serait venu lui-même en France, en 1787, et aurait converti à sa doctrine toutes les loges maçonniques de Paris. Ces faits, fussent-ils aussi certains qu’ils sont douteux, aucun homme de bien n’y attachera aujourd’hui la moindre importance.

(*) Voyez Le véritable père Joseph, par l’abbé Richard, inséré dans les Archives curieuses de l’histoire de France, 2e série, t. IV, p. 293.

1843 – Maury - Essai sur les légendes pieuses du Moyen-Âge

Calendrier perpetuel 1840Essai sur les légendes pieuses du Moyen-Âge, ou examen de ce qu'elles renferment de merveilleux, d'après les connaissances que fournissent de mos jours l'archéologie, la théologie, la philosophie et la physiologie médicale
Par Louis-Ferdinand-Alfred Maury, member de la Société royale des Antiquaires de France; de la Société asiatique de Paris; de la Société des Antiquaires de la Morinie, etc., etc.
Paris. Chez Ladrange, libraire éditeur, quai des Grands Augustins, 19
1843 - Essai sur les légendes pieuses du Moyen-Âge, p.260=

Extrait, page 260

[p.260]... L'histoire nous présente bien des hallucinés ayant accompli de grandes choses (1). Un visionnaire, Mahomet, fonda une religion qui exerce sur une partie de l'humanité une immense influence et écrivit un livre plein d'éloquence et de poésie. Un autre visionnaire, Pierre l'Hermite (2), entraîne tout l'Occident à la conquête de la Terre-Sainte et conçoit la magnifique idée des croisades (3). Luther qui, en donnant naissance au protestantisme, imprima un prodigieux élan à l'esprit humain, était un halluciné qui voyait sans cesse le démon ; d'autres chefs de sectes, Knox, Swedenborg, ont été également des visionnaires. Ignace de Loyola, le fondateur d'un ordre qui, par son immense habileté et sa science profonde, a été le plus ferme appui du catholicisme, fut encore un halluciné.

Enfin, dans l'antiquité, Pythagore et Socrate (4), Jamblique et plusieurs néoplatoniciens (5) ; dans l'Orient, les membres de plusieurs sectes indiennes (6) et les soufis de la Perse (7), ont été sujets à un désordre intellectuel du même genre. L'extase, cet état bizarre, né de la surexcitation du système nerveux, sur lequel réagit une imagination exaltée ; l'extase, cet état dans lequel se développent tout à la fois une énergie et une [261] insensibilité extraordinaires, a dominé bien souvent, dans la solitude d'un cloître, dans le silence d'une cellule, les esprits les plus actifs et les plus austères. Les crises mentales, qui ont tant de fois assailli les ermites dans les déserts, loin d'énerver leur intelligence et de paralyser leur activité, n'étaient qu'un véhicule nouveau qui imprimait à leur pensée un cachet plus mâle et un air plus solennel. En proie à une sorte de fièvre, ces extatiques déliraient avec éloquence et ébranlaient même la raison la plus ferme par les puissantes quoique étranges conceptions de leur imagination enthousiaste (8).

Notes

1. Les espérances les plus ridicules et les plus hardies ont été quelquefois la cause des succès extraordinaires, a dit Vauvenargues.
2. On sait que Pierre l'Hermite prêcha les croisades à la suite d'une vision qu'il eut en songe et dans laquelle il vit Jésus-Christ. Cf. Math. Paris, Gr. Chron., trad. Huillard-Bréholles, t. 1, p. 98.
3 Cette réflexion rappelle le mot de Napoléon au célèbre Pinel, son médecin : Entre un homme de génie et un fou, il n'y a pas l'épaisseur d'une pièce de six liards ; et il ajoutait : II faut que je prenne garde de tomber entre vos mains.
4. Parmi ceux qui ont vécu dans les temps modernes, on pourrait mettre Cardan et saint Martin, le philosophe inconnu. [c'est nous qui soulignons]
5 Voyez l'ouvrage de M. Lélut, intitulé : le Démon de Socrate.
6 Les indiens produisent à volonté l'extase, en se bouchant les pores, en demeurant en demeurant immobiles et anéantissant, autant que possible, la volonté. Mahomet parait avoir été sujet à des extases, peut-être produites de la même façon, et que l'on a confondues avec des attaques d'épilepsie. J'ai souvent, disait-il, des moments où il n'est ni chérubin, ni prophète qui puisse m'atteindre.
7. Voyez sur les Souphis, l’ouvrage de Tholuck, intitulé : Sufismus sive Théosophia Persarum veterum pantheistica. 1821, in-8°.
8. M. Mourguye, dans son intéressant ouvrage intitulé : Essai historique sur les anciens habitants de l'Auvergne, a parfaitement tracé les caractères et les effets de l'extase. «Dans tous les temps, dit-il, p. 367, l'homme a voulu entretenir un commerce plus ou moins intime avec la divinité. Dégoûté des plaisirs éphémères de ce monde, fatigué de ce mal qui y règne, il a cherchée pénétrer dans une sphère inconnue qu'appelait la sublimité de sa nature, ses besoins, ses désirs. La force de sa volonté a suffi pour l'arracher à cet univers et pour l'attacher à une idée fixe. Quand un homme est fortement occupé d'une idée, toutes les autres se trouvent comme anéanties chez lui; celle qui captive son esprit est réellement la seule qui existe ; toute son attention s'y fixe et s'y concentre ; il rompt tout commerce avec les objets extérieurs ; ses sensations, son corps, son être, semblent lui être étrangers ou ne pas exister pour lui ; par une espèce de prodige, il se trouve réduit à la simplicité métaphysique. C'est alors le moment du génie, mais souvent aussi c'est celui du délire. Arrivé à cet étal d'exaltation, l'imagination acquiert une activité prodigieuse ou s'égare aisément. Alors l'homme croit à l'existence des démons, êtres immatériels et fantastiques ; il entre en relation avec eux et cherche à établir entre eux des rapports durables.

1843-1844 – Nolhac - Soirées de Rothaval

Calendrier perpetuel 1840

Jean-Baptiste-Marie Nolhac

Soirées de Rothaval, petit hameau dans le département du Rhône, ou Réflexions sur les intempérances philosophiques de M. le comte Joseph de Maistre dans ses Soirées de St-Pétersbourg

Ouvrage dans lequel les assertions du célèbre auteur sont comparées ou opposées a ses propres assertions, et aux opinions de plusieurs écrivains qui appartiennent à diverses écoles.

« Je ne sais pourquoi, a dit Confucius, la voie de la sagesse est peu fréquentée. Les hommes éclairés l'outrepassent souvent : les ignorants n'y parviennent pas. » (Extrait de l'Invariable milieu, l'un des quatre livres moraux auxquels les Chinois donnent le nom de Ssk-Chou) les Quatre-livres).

Lyon
Imprimerie typographique et lithographique de
Louis Perrin
6,rue d'Amboise - Quartier des Célestins
1843

Tome I (1843) - Extraits, pages 270-275
Tome II (1843) - Extraits, pages
Tome III (1844) - Extraits, pages 12-13 ; 26-28 ; 35 ; 81-82 ; 90-91 ; 101-102 ; 110 ; 133 ; 176

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1843 – Pasquier - Précis de l'histoire de l'Hindoustan

Calendrier perpetuel 1840Précis de l'histoire de l'Hindoustan: contenant l'établissement de l'empire mogol, ses progrès et sa décadence; l'invasion et les établissements successifs des européens; la coalition des princes de l'Afghanistan contres les anglais; l'examen des diverses religions établies chez les hindous, ainsi qu’un tableau de leurs lois primitives, de leurs mœurs, usages et coutumes, et un résumé des lois qui régissent les établissements français.
Par L. M. C. Pasquier, ancien magistrat à Pondichéry
Paris, Paulin, libraire, rue de Seine Saint Germain, 33.
Ledentu, libraire, quai des Augustins, 31
Arbois, imprimerie d’Auguste Javel
1843 – 554 pages - Précis de l'histoire de l'Hindoustan, p.348

Chapitre XIX – Observations générales sur le trimourtry ou pouvoir trinitaire

Extrait, page 348

Cette idée d'une essence ou âme du monde, susceptible d'une division sans néanmoins perdre son unité, avait frappé l'esprit de plusieurs autres peuples, qui en avaient également fait un point de doctrine ; ainsi M. de Saint-Martin, dans son Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers, dit : « Les Péruviens eurent des chefs visibles, lesquels, » comme Orphée, se dirent enfants du soleil, et obtinrent les hommages de leurs contrées. Ils avaient aussi une idole dont le nom, selon les interprètes, signifie trois et un.

1843 – La Revue synthétique

Calendrier perpetuel 1840La Revue synthétique
Sous la direction de M. Victor Meunier
Sciences, littérature, beaux-arts, industrie
Tome premier
Paris. Aux Bureaux de la Revue synthétique, rue de Seine Saint Germain, 37
1842-1843 -

Eugène Stourm : De la valeur philosophique du mysticisme

Pages 133-141

Nous sommes, à parler très sincèrement, plus contrarié que charmé de dire que la thèse que nous nous proposons de soutenir ressemble à un paradoxe des mieux qualifiés. Mais quelle vérité, si bien établie, si universellement reconnue qu'elle ait été ensuite, n'a pas paru paradoxale et condamnable de prime abord ? Nous croyons donc qu'un esprit sincère n'a pas à s'inquiéter des apparences de sa conviction, et qu'il l'a doit proclamer, sinon dans le monde pratique, au moins dans la sphère spéculative, afin que, paraissant devant ses juges naturels, il sache à quoi s'en tenir sur sa valeur et sa réalité. L'esprit même de cette Revue, qui se propose de grouper dans un ensemble logique et harmonieux les diverses préoccupations de nos temps de libre examen, qui aspire à la résultante de tous les travaux de l'époque, pour en extraire, sans doute, le dogme futur vers lequel chacun tend et que nul n'a su jusqu'à présent définir, l'esprit de cette Revue est précisément ce qui nous a engagé à mettre en avant notre opinion intime sur la valeur philosophique du mysticisme, laquelle, pour se formuler, a d'abord besoin de combattre le préjugé qui consiste à jeter une sorte d'anathème sur le mot de mysticisme, sans toutefois s'être bien rendu compte de la chose qu'il représente. L'école philosophique officielle de nos jours a placé, il est vrai, le mysticisme au rang des quatre grands systèmes dans lesquels toutes les manières de voir de l'esprit humain peuvent se résumer, mais elle n'en a pas pour cela, du moins selon nous, saisi le véritable caractère, déterminé la véritable valeur.

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1843 - Revue des Deux Mondes – T 3

Calendrier perpetuel 1840Revue des deux mondes
Treizième année – Nouvelle série
Paris. Au bureau de la Revue des deux mondes, rue des Beaux Arts, 10
Livraison du 1 août 1843

Le comte Joseph de Maistre. – II - par Monsieur de Sainte-Beuve

Extrait, pages 361-363

Revue des Deux Mondes – Le comte Joseph de Maistre

Trois écrivains du plus grand renom débutaient alors à peu près au même moment, chacun de son côté, sous l'impulsion excitante de la révolution française, et on les peut voir d'ici s'agiter, se lever sous le nuage immense, comme pour y démêler l'oracle : on reconnaît Mme de Staël, M. de Maistre et M. de Châteaubriand.

Le plus jeune des trois, le seul même qui fût à son vrai début, M. de Châteaubriand, en ce fameux Essai sur les Révolutions, versant à flots le torrent de son imagination encore vierge et la plénitude de ses lectures, révélait déjà, sous une forme un peu sauvage, la richesse primitive d'une nature qui sut associer plus tard bien des contraires; d'admirables éclairs sillonnent à tout instant les sentiers qu'il complique à plaisir et qu'il entrecroise; à travers ces rapprochements perpétuels avec l'antiquité, jaillissent des coups d'œil singulièrement justes sur les hommes du présent : lui-même, après tout, l'auteur de René comme des Études, l'éclaireur inquiet, éblouissant, le songeur infatigable, il est bien resté, jusque sous la majesté de l'âge, l'homme de ce premier écrit.

Mme de Staël, qui, à la rigueur, avait déjà débuté par ses Lettres sur Jean-Jacques, et qui devait accomplir un jour sa course [p.362] généreuse par ses éloquentes et si sages Considérations, laissait échapper alors ses réflexions, ou plutôt ses émotions sur les choses présentes, dans son livre de l'Influence des Passions sur le Bonheur; mais ce titre purement sentimental couvrait une foule de pensées vives et profondes, qui, même en politique, pénétraient bien avant.

M. de Maistre, enfin, dont nous avons surpris les vrais débuts antérieurs, éclatait pour la première fois par un écrit étonnant, que les années n'ont fait, à beaucoup d'égards, que confirmer dans sa prophétique hardiesse, et qui demeure la pierre angulaire de tout ce qu'il a tenté d'édifier depuis. Dès le premier mot, il indique le point de vue où il se place : comme Montesquieu, il commence par l'énoncé des rapports les plus élevés, mais c'est en les éclairant de la Providence : « Nous sommes tous attachés au trône de l'Être suprême par une chaîne souple, qui nous retient sans nous asservir. » Ce sont les voies de la Providence dans la révolution française que l'auteur se propose de sonder par ses conjectures et de dévoiler autant qu'il est permis. L'originalité de la tentative se marque d'elle- même. Le XVIIIe siècle ne nous a pas accoutumés à ces regards d'en haut, perdus en France depuis Bossuet. Pour être juste toutefois, il convient de rappeler qu'un homme que M. de Maistre a beaucoup lu tout en s'en moquant un peu, le Philosophe inconnu, Saint-Martin publiait, à la date de l'an III (1795), sa Lettre à un Ami, ou Considérations politiques, philosophiques et religieuses sur la Révolution française, curieux opuscule dans lequel le point de vue providentiel est formellement posé (1). Que M. de Maistre ait lu cette lettre [p.363] de Saint-Martin au moment même où elle fut publiée, on n'en saurait guère douter, parce qu'elle dut parvenir très vite à Lausanne, où se trouvait alors un petit noyau organisé de mystiques, dont le plus connu, Dutoit-Membrini, venait de mourir précisément en ces années. Or, si l'on suppose M. de Maistre recevant, ainsi qu'il est très probable, la communication de cette brochure dans le temps où il écrivait son pamphlet de Claude Têtu, mûr comme il était sur la question et tout échauffé par le prélude, il lui suffit d'un éclair pour l'enflammer; il dut se dire à l'instant, dans sa conception rapide, que c'était le cas de refaire la brochure de Saint-Martin, non plus avec cette mollesse et cette fadeur à demi inintelligible, non dans un esprit particulier de mysticisme et dans une phraséologie béate qui tenait du jargon, mais avec franchise, netteté, autorité, en s'adressant aux hommes du temps dans un langage qui portât coup et avec des aiguillons sanglants qui ne leur donneraient pas envie de rire. Les dates, les circonstances locales, l'analogie du point de vue général et même d'un certain ordre d'idées aux premières pages tout concourt à prêter à cette conjecture une vraisemblance que rien d'ailleurs ne dément (2).

Notes

(1) Et pour que l'on comprenne mieux dans quel sens analogue à celui de M. de Maistre, voici ce qu'après un préambule sur ses principes spiritualistes et sur la liberté morale, Saint-Martin disait à son ami : « Supposant donc... toutes ces bases établies et toutes ces vérités reconnues entre nous deux, je reviens, après cette légère excursion, me réunir à toi, te parler comme à un croyant, te faire, dans ton langage, ma profession de foi sur la révolution française, et t'exposer pourquoi je pense que la Providence s'en mêle, soit directement, soit indirectement, et par conséquent pourquoi je ne doute pas que cette révolution n'atteigne à son terme, puisqu'il ne convient pas que la Providence soit déçue et qu'elle recule.

« En considérant la révolution française dès son origine, et au moment où a commencé son explosion, je ne trouve rien à quoi je puisse mieux la comparer qu'à une image abrégée du jugement dernier, où les trompettes expriment les sons imposants qu'une voix supérieure leur fait prononcer, où toutes les puissances de la terre et des cieux sont ébranlées, et où les justes et les méchants reçoivent dans un instant leur récompense ; car, indépendamment des crises par lesquelles la nature physique sembla prophétiser d'avance cette révolution, n'avons-nous pas vu, lorsqu'elle a éclaté, toutes les grandeurs et tous les ordres de l'état fuir rapidement, pressés par la seule terreur, et sans qu’il y eût d’autre force qu’une main invisible qui les poursuivit ? N’avons-nous pas vu, dis-je, les opprimés reprendre, comme par un pouvoir surnaturel, tous les droits que l’injustice avait usurpés sur eux ?
« Quand on la contemple, cette révolution, dans son ensemble et dans la rapidité de son mouvement, et surtout quand on la rapproche de notre caractère national, qui est si éloigné de concevoir, et peut-être de pouvoir suivre de pareils plans, on est tenté de la comparer à une sorte de féerie et à une opération magique; ce qui a fait dire à quelqu'un qu'il n'y aurait que la même main cachée qui a dirigé la révolution qui pût en écrire l'histoire.
« Quand on la contemple dans ses détails, on voit que, quoiqu'elle frappe à la fois sur tous les ordres de la France, il est bien clair qu'elle frappe encore plus fortement sur le clergé... » Et il poursuit en s'attachant à exposer le mode de vengeance providentiel sur le clergé dans le sens qu'il entend. M. de Maistre, lui, l'entendait un peu différemment; mais peu importent ces variétés : la donnée providentielle est la même.

(2) Voir ce qui est dit de Saint-Martin en divers endroits des Soirées de Saint- Pétersbourg, particulièrement dans le onzième entretien.

Extrait, pages 378-379

M. de Maistre fut conduit à son livre du Pape par sa force logique. Il était pénétré du gouvernement temporel de la Providence et en avait vu les coups de foudre dans notre révolution; mais, au lieu [p.379] de se borner à reconnaître et à constater, il s'avisa de vouloir compter, en quelque sorte, ces coups, d'en sonder la loi mystérieuse et de remonter au dessein suprême. Son esprit positif et précis ne pouvait s'accommoder d'une vague idée et d'un à-peu-près de Providence, ne se manifestant que çà et là. Or, pour faire cette Providence complète et vigilante, et sans cesse unie à l'homme, il fallait lui trouver un organe et un oracle permanent. Il n'était pas homme, comme les mystiques, comme Saint-Martin et les autres, à supposer je ne sais quelle petite église secrète et quelle franc-maçonnerie à voix basse, dont le sacerdoce catholique n'eût été qu'un simulacre sans vertu, une ombre dégradée et épaissie. Quant aux protestants et aux chrétiens libres, disséminés, croyant à la Bible sans interprète, c'est-à-dire, selon lui, à l’écriture sans la parole et sans la vie, il ne s'y arrêtait même pas. Pour lui, le siège et l'instrument de la chose sacrée devait être manifeste et usuel, visible et accessible à toute la terre; ce ne pouvait être que Rome; et, comme les objections abondaient, il se fît fort de les lever historiquement, dogmatiquement, et de tout expliquer : tour de force dont il s'est acquitté moyennant quelques exploits incroyables de raisonnement, moyennant surtout quelques entorses çà et là à l'exactitude et à l'impartialité historiques, comme Voltaire, Daunou et les autres détracteurs en ont donné dans l'autre sens ; mais les entorses de De Maistre sont magnifiques et à la Michel-Ange. Les autres, les enragés et les malins, n'ont donné que des croc-en-jambe.

Extrait, pages 386

M. de Maistre n'était pas homme à y rester insensible, et il se serait maintenu, on peut l'affirmer, plus favorable à Bacon, s'il n'avait aussi été impatienté de tout ce qu'on a débité de lieux-communs à son propos. C'est bien là l'effet, par exemple, que devait produire Garat, le faiseur disert de préfaces et de programmes, à son cours des anciennes Écoles normales : il trouva moyen de mettre hors des gonds l'excellent Saint-Martin., l'un des élèves, lequel, tout pacifique qu'il était, l'attaqua sur ses prétentions baconiennes avec chaleur et, qui plus est, netteté, mais en rendant tout respect à Bacon (2). — [p.387] Beaucoup des paradoxes et des sorties de M. de Maistre sont ainsi (faut-il le répéter ?) les éclats d'un homme d'esprit impatienté d'avoir entendu durant des heures force sottises, et qui n'y tient plus ; les nerfs s'en mêlent : il va lui-même au-delà du but, comme pour faire payer l'arriéré de son ennui.

Notes
(2) Voir au tome III des Séances des Écoles normales (édit. de 1801), page 113; Saint-Martin y marque énergiquement combien personne ne ressemble moins au simple et mince Condillac que l'ample et fertile Bacon : « Quoiqu'il me laisse beaucoup de choses à désirer, il est néanmoins pour moi, non seulement moins repoussant que Condillac, mais encore cent degrés au-dessus… Je suis bien sûr que j'aurais été entendu de lui, et j'ai lieu de croire que je ne l'aurais pas été de Condillac… Aussi l'on voit bien qu'il vous gène un peu. Après vous être établi son disciple, vous n'approchez de son école que sobrement et avec précaution. »


1843 - Clavel - Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie et des sociétés secrètes

1843 Clavel fmHistoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie et des sociétés secrètes anciennes et modernes
De François-Timoléon Bègue Clavel
illustrée de 25 belles gravures sur acier
Paris, Pagnerre, éditeur, 14 bis rue de Seine -  1843

Chapitre 5 - Extraits : p.169-171

D'autres doctrines mystiques avaient été entées, dès 1754, sur la maçonnerie par un novateur appelé Martinez Paschalis ; il les avait consignées dans une série de grades, au nombre de neuf, nommés apprenti, compagnon, maître, grand-élu, apprenti-coën, compagnon-coën, maître-coën, grand-architecte et chevalier-commandeur, lesquels formaient le rite des Élus-Coëns ou prêtres. Le système de ce rite, aujourd'hui abandonné, embrasse la création de l'homme, sa punition, les peines du corps, de l'âme et de l'esprit, qu'il éprouve. Le but que se propose l'initiation est de régénérer le sujet, de le réintégrer dans sa primitive innocence, dans les droits qu'il a perdus par le péché originel. Elle se divise en deux parties distinctes. Dans la première, le postulant n'est, aux yeux de l'initiant, qu'un composé de boue et de limon. Il ne reçoit la vie qu’à condition qu'il s'abstiendra de goûter les fruits de l'arbre de la science. Le récipiendaire en fait la promesse; mais il est séduit ; il viole ses engagements; et il est puni et précipité dans les flammes. Cependant si, par des travaux utiles et par une [page 170] conduite sainte et exemplaire, il répare sa faute, il renait à une vie nouvelle. Dans la seconde partie, le néophyte est animé du souffle divin ; il devient apte à connaître les secrets les plus cachés de la nature : la haute chimie, la cabale, la divination, la science des êtres incorporels, lui deviennent familières. Martinez Paschalis introduisit d'abord ce rite dans quelques loges de Marseille, de Toulouse et de Bordeaux. En 1767, il l'apporta à Paris, où il fit quelques prosélytes isolés. Ce n'est qu'en 1775 qu'il fut adopté par un certain nombre de loges. Au nombre de ses disciples les plus fervents, Paschalis compta particulièrement le baron d'Holbach, auteur du Système de la nature ; Duchanteau, à qui l'on doit des tableaux mystiques fort recherchés des amateurs du genre ; et enfin, le marquis de Saint-Martin, officier au régiment de Foix, qui fut son continuateur (1. Après avoir séjourné quelque temps à Paris, Paschalis s'embarqua pour Saint-Domingue; il y mourut en 1779. [sic pour 1774]).

Le dernier a publié, entre autres ouvrages mystiques, un écrit intitulé: Des erreurs et de la vérité. On y trouve, dans le style le plus énigmatique, la doctrine si ancienne, si universellement répandue, d'un bon et d'un mauvais principe, d'un ancien état de perfection de l'homme, de sa chute, de la possibilité de sa réhabilitation; en un mot, toutes les idées de Martinez Paschalis, mais modifiées en quelques points. Saint-Martin s'attacha à réformer le système de son maître ; et, à cet effet, il institua un nouveau rite, devenu fameux sous le nom de martinisme. Les degrés d'instruction, au nombre de dix, étaient divisés en deux parties, ou temples. Le premier temple comprenait les grades d'apprenti, de compagnon, de maitre, d'ancien maitre, d'élu, de grand-architecte, de maçon du secret. Les grades du deuxième temple étaient le prince de Jérusalem, le chevalier de la Palestine et le kadosch, ou homme saint. Le martinisme avait son centre à Lyon, dans la loge des Chevaliers bienfaisants. Il se propagea dans les principales villes de la France, en Allemagne et jusqu'en Russie (2. Louis-Claude, marquis de Saint-Martin, était né, en 1743, à Amboise, en Touraine. Il mourut, en 1804, à Aulnay, près Paris.).

Du mélange des dogmes de Svedenborg [sic] et de Paschalis s'était formée, en 1773, dans la loge des Amis-Réunis, à Paris, une nouvelle maçonnerie, qui prit le nom de régime des Philalètes, ou Chercheurs de la vérité. Ce système avait pour inventeurs le frère Savalette de Langes, garde du trésor royal ; le vicomte de Tavannes ; le président d'Héricourt ; le prince de Hesse ; le frère de Sainte-James; et le frère Court de Gébelin, auteur du Monde primitif. Les connaissances en étaient distribuées en douze classes, ou chambres d'instruction. Les six premières classes étaient désignées sous le nom de petite maçonnerie ; le nom de haute maçonnerie était donné aux six dernières. Les classes de la première division étaient celles des apprentis, [page 171] des compagnons, des maitres, des élus, des écossais et des chevaliers d'Orient. Dans la deuxième division, étaient rangés les rose-croix, les chevaliers du temple, les philosophes inconnus, les sublimes philosophes, les initiés, et enfin les philalètes, ou maîtres à tous grades, qui possédaient seuls les secrets de l'ordre et en étaient les chefs et les administrateurs. Comme toutes les autres réformes maçonniques, celle des philalètes tendait à perfectionner l'homme, et à le rapprocher de la source divine d'où il est émané. Au reste, les dogmes qu'elle avait adoptés étaient susceptibles de modification, et les adeptes tendaient constamment à étendre le cercle de leurs découvertes dans les sciences occultes. La loge des Amis-Réunis, centre du système, possédait de précieuses archives et une bibliothèque où se trouvait réuni tout ce qui avait été écrit sur les différentes doctrines secrètes. Elle avait aussi un très beau cabinet de physique et d'histoire naturelle. Le frère Savalette de Langes était le conservateur de ces divers dépôts. A sa mort, arrivée vers 1788 [sic pour 1797], tout fut dispersé et perdu; et la société, dont il était l'âme, cessa de se réunir.

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Chapitre VI – Extraits, p.194-196

La loge Théodore au bon conseil, qui donna asile à l'illuminisme, avait été instituée à Munich, en 1775, par la Mère-Loge Royale-York à l'Amitié, de Berlin. Elle avait alors pour vénérable le professeur Baader. Bientôt, elle se sépara de l'autorité qui l'avait constituée ; elle se rangea dans la correspondance de la loge des chevaliers bienfaisants de Lyon, qui professait le martinisme, et elle en adopta le système. Cette loge des Chevaliers bienfaisants avait acquis, on ne sait à quel titre, une haute prépondérance sur les loges de l'Allemagne ; elle était en quelque sorte considérée par les différentes fractions de la Stricte-Observance et par les ateliers qui admettaient, soit exclusivement, soit en partie, le système templier, comme la loge-mère de l'association.

Elle avait projeté de mettre à la tête de son régime le duc Ferdinand de Brunswick, qui déjà, en Allemagne, était grand-maître des principales branches de la maçonnerie templière. C'est pour arriver à ce résultat qu'elle avait convoqué un convent à Lyon, en 1778, sous prétexte de réformer la franc-maçonnerie, d'éclaircir quelques points de doctrine obscurs, et de corriger les rituels en vigueur. L'assemblée s'ouvrit le 25 novembre, sous le titre de convent des Gaules; elle était présidée par le frère de Villermoz [sic pour Willermoz], riche négociant lyonnais, homme d'esprit et de savoir; elle dura un mois entier ; et, de tous les objets qui devaient y être traités, un seul fut abordé. On se borna à corriger les rituels, et l'on en retrancha la fable templière, du moins ostensiblement ; car on dit que cette suppression fut faite par ordre de la police, et qu'elle ne fut que simulée. Cependant aucune preuve ne vient à l'appui de cette assertion, et il est plus probable que l'abjuration fut réelle, et que le convent se laissa influencer par une tendance qui se manifestait alors dans beaucoup de loges de province, et particulièrement dans celle de la Parfaite-Union de Rennes, avec laquelle le martinisme entretenait une correspondance suivie.

La loge de la Parfaite-Union, composée d'hommes de mérite, avait créé depuis peu un nouveau système appelé le rite des Élus de la vérité, dont elle avait élagué les grades templiers, et tout ce qui tenait à la magie, à l'alchimie et à la cabale. Le rite comprenait quatorze degrés d'instruction, divisés en trois classes. La première classe, celle des grades inférieurs, se composait de l'apprenti, du compagnon, du maitre et du maître parfait. Dans la deuxième classe, celle des grades supérieurs, étaient rangés l’élu des neuf, l'élu des quinze, le maître élu, le petit architecte, le second architecte, le grand architecte, le chevalier d'orient et le rose-croix. Ces grades, empruntés du rite dit de perfection, avaient subi des modifications essentielles, soit dans leur doctrine, soit dans les formules de réception : par exemple, on avait réduit en récit tout ce qui, dans les anciens rituels d'élus, était mis en action. La troisième classe, celle des élus de la vérité proprement dits, se formait de deux grades. Le premier, qu'on appelait le chevalier adepte, avait quelque analogie avec le chevalier du soleil ; le second, l’élu de la vérité, reposait sur une philosophie des plus avancées : tous les grades précédents y étaient expliqués dans le même esprit. Le rite des élus de la vérité était administré par un chapitre supérieur, qui délivra des constitutions à plusieurs loges, tant à Paris que dans les provinces. M. de Mangourit, le même qui depuis fonda la maçonnerie d'adoption des dames du Mont-Thabor, était le principal auteur du rite des élus de la vérité.

Le convent de Lyon fut le précurseur de celui qui se tint à Wilhelmsbad, le 16 juillet 1782, sous la présidence du duc Ferdinand de Brunswick, et auquel assista notamment le frère de Villermoz [sic pour Willermoz], en qualité de délégué des loges martinistes. L'objet de la convocation, qui remontait au mois de septembre 1780, était d'opérer une réforme générale dans la maçonnerie. Dix questions avaient été proposées, dont voici les principales : « La franc-maçonnerie est-elle une société récente ? Dérive-t-elle, au contraire, d'une société plus ancienne ? Dans ce cas, quelle est la société dont elle forme la continuation ? La maçonnerie a-t-elle des supérieurs généraux ? Quels sont-ils ? Quelles sont leurs attributions ? Consistent-elles à commander ou à instruire ? » Ce programme ne fut cependant pas agité ; on déclara seulement que les maçons n'étaient pas les successeurs des templiers. On créa un rite nouveau sous le nom d'ordre des Chevaliers bienfaisants de la cité sainte, et l'on nomma le duc Ferdinand de Brunswick grand-maitre général du système rectifié. Le martinisme, qui avait sourdement provoqué ce convent, y exerça la plus grande part d'influence ; ses doctrines dominèrent dans les nouveaux rituels, et le nom de sa loge-mère, les Chevaliers bienfaisants, figura dans le titre même de la réforme ; aussi ses loges adoptèrent-elles sans exception le régime rectifié, qui fut substitué à la maçonnerie de Saint-Martin. Ce système se répandit particulièrement en France, en Suisse et en [page 196] Italie; mais il n'eut qu'un médiocre succès en Allemagne, où prévalut longtemps encore le système templier dans ses diverses subdivisions.

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