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Index de l'article

Calendrier perpetuel 1840- Bérenger - Œuvres de Barnave - Influence de la secte philosophique sur la littérature en général
- Biographie universelle, ancienne et moderne - Michaud - Louise-Marie-Thérèse-Bathilde d’Orléans, duchesse de Bourbon
- Franck – La Kabbale - Suite de l’analyse du Zohar. Opinion des kabbalistes sur le monde
- Ph. Le Bas - France. Dictionnaire encyclopédique - Article Illuminés
- Maury - Essai sur les légendes pieuses du Moyen-Âge
- Nolhac - Soirées de Rothaval
- Pasquier - Précis de l'histoire de l'Hindoustan
- Revue des deux mondes – T 3 - Le comte Joseph de Maistre. – II - Monsieur de Sainte-Beuve
- La Revue synthétique - Article d’Eugène Stourm : De la valeur philosophique du mysticisme

1843 – Bérenger - Œuvres de Barnave

Calendrier perpetuel 1840Par [Antoine Pierre] Joseph [Marie] Barnave
Mise en ordre et précédées d’une Notice historique sur Barnave par
M. [Antoine Marie Marcellin Thomas] Bérenger [dit] de la Drome, pair de France, Membre de l’Institut
[Tome] 4
Paris. Jules Chapelle et Guiller, éditeurs, 5, rue du pont de Lodi
1843 - Bérenger - Œuvres de Barnave

Études littéraires – Chapitre III – littérature - § V - Influence de la secte philosophique sur la littérature en général.

Extrait, pages 101-103

La secte philosophique de nos jours a eu la pédanterie, l'orgueil contempteur, l'insensibilité de cœur, les abus de théorie, l'esprit réformateur et innovateur sans examen, sans notions suffisantes.

Voyant les préjugés des hommes, voyant l'obscurité des sources de leurs connaissances, les philosophes ont tout traité de préjugé, ils ont renversé toute l'autorité de l'opinion.

Ils recommandaient sans cesse l'observation de la nature, et sans cesse ils s'égaraient dans les écarts où conduit l'insuffisance des observations. — Abus presque nécessaire des éludes [p.102] spéculatives, ils raisonnent beaucoup leurs notions ; mais ce qu'ils savaient fournissait trop peu de nourriture à l'activité de l'intelligence.

Penser, au lieu d'apprendre; ne croire à rien, juger d'après soi, raisonner tout, telle a été notre marche; et puis, l'enthousiasme, les écarts, les vices, tous les excès d'un tel esprit se sont répandus dans le monde ; les jeunes gens surtout l'ont accueilli, l'ont exagéré; les influences bonnes et mauvaises se sont montrées sous une multiplicité, sous une variété de formes qui voudraient un grand livre pour être décrites.

Ces mêmes hommes ont eu la dialectique, l'ordre, la précision, l'étendue, la vérité des abstractions et tous les autres avantages d'une saine métaphysique.

Le monde a reçu d'eux un nouveau langage comme un nouveau caractère ; les expressions sont devenues précises, froides, libres, selon les circonstances ; il en est résulté une pédanterie particulière, des innovations de langage, des formes métaphysiques.

On a réformé beaucoup d'erreurs, on est devenu moins crédule, on a eu beaucoup moins de choses et on les a beaucoup plus raisonnées.

Mêlées à cette ignorance, à cette liberté d'opinion, à cette tournure spéculative, la faiblesse dos cœurs et des têtes a entraîné l'homme dans des [p.103] écarts multipliés et bizarres; ainsi, 1° les systèmes se sont multipliés sans bornes en tout genre; 2° On a vu naître toutes ces folies métaphysiques du magnétisme, du martinisme, des enthousiasmes religieux.

Les temps d'ignorance créent les préjugés palpables, les temps des sophistes créent les écarts métaphysiques.

L'esprit didactique, analytique, s'est placé lui-même où il devrait se trouver le moins ; les héros tragiques sont devenus philosophes, les passions se sont exprimées par maximes ; la poésie, nourrie de métaphysique, s'est desséchée ; le langage de la tête mis à la place de celui des sentiments et des sensations, n'a tout au plus substitué à leur onction, à leur chaleur, que le brillant de l'enthousiasme.

1843 – Biographie universelle, ancienne et moderne - Michaud

Calendrier perpetuel 1840Biographie universelle, ancienne et moderne ou, Histoire, par ordre alphabétique, de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes
Nouvelle édition publiée sous la direction de M. Michaud
Tome cinquième
Paris. A. Thoisnier Desplaces, éditeur, rue de l’Abbaye, 14
Michaud, rue du Basarz, 13.
1843 - 

Louise-Marie-Thérèse-Bathilde d’Orléans, duchesse de Bourbon

Pages 282-284 

BOURBON (Louise-Marie-Thérèse-Bathilde d’Orléans, duchesse De), née à St-Cloud, le 9 juillet 1750, était fille de Louis-Philippe, duc d'Orléans, petit-fils du régent, et de Louise-Henriette de Bourbon-Conti. A vingt ans, elle inspira la plus vive passion au duc de Bourbon, qui en avait à peine quinze. Leur mariage se conclut en 1770, et en 1772 la duchesse mit au monde le duc d'Enghien, après avoir souffert pendant quarante-quatre heures les douleurs les plus atroces. L'enfant était tout noir et ne donnait aucun signe de vie. On l'enveloppa de linges trempés dans de l'esprit-de-vin, mais ce remède faillit lui être funeste : une étincelle ayant volé sur les langes inflammables, le feu y prit. La duchesse de Bourbon, dont les transes maternelles furent alors si vives, ne prévoyait pas que, pour son fils, réservé à une fin si tragique dans la force de l'âge, il eût été heureux de périr ainsi à l'entrée de la vie. Bientôt une indifférence mutuelle succéda aux transports qui avaient marqué les commencements du mariage du duc et de la duchesse de Bourbon.

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1843 – Franck – La Kabbale

Calendrier perpetuel 1840La Kabbale ou la philosophie religieuse des Hébreux
Adolphe Franck [1809-1893], Professeur agrégé à la Faculté des lettres de Paris, professeur de philosophie au Collège royal de Charlemagne.
Paris. Librairie de L. Hachette.
Rue Pierre Sarrazin, 12.
1843 - La Kabbale ou la philosophie religieuse des Hébreux

Deuxième partie, chapitre IV. Suite de l’analyse du Zohar. Opinion des kabbalistes sur le monde

Extrait pages 216-217

Si Dieu est à la fois la cause et la substance, ou, comme dirait Spinosa [sic], la cause immanente de l’univers, celui-ci devient nécessairement le chef-d’œuvre de la perfection, de la sagesse et de la bonté suprêmes. Pour rendre cette idée, les kabbalistes se servent d’une expression assez originale, que plusieurs mystiques modernes, entre autres Boehme et Saint-Martin, reprodui[217]sent fréquemment dans leurs ouvrages : ils appellent la nature une bénédiction, et ils regardent comme un fait très significatif que la lettre par laquelle Moïse a commencé le récit de la création, בראשית entre également la première dans le mot qui signifie bénir, ברכח.

1843 – Ph. Le Bas - France. Dictionnaire encyclopédique

Calendrier perpetuel 1840France. Dictionnaire encyclopédique
Par Ph. Le Bas, Membre de l’Institut (Académie des Inscriptions et Belles Lettres), maître de conférences à l’école normale, etc.
Tome neuvième
Paris, Firmin Didot frères, éditeurs, imprimeurs libraires de l’Institut de France, rue Jacob, n° 56.
M DCCC XLIII - France. Dictionnaire encyclopédique - Illuminés

Cet article a été reproduit dans Encyclopédie moderne Dictionnaire abrégé des sciences, etc.  tome 18 – 1852 page 44

Article Illuminés, pages 543-544

ILLUMINÉS. Sous le nom d’alumbeados, une secte livrée aux illusions du mysticisme parut en Espagne vers 1575. L’inquisition parvint d’abord à l’étouffer ; mais en 1628 elle reparut avec plus de force. Alors, dit-on, quelques-uns de ces sectaires, fuyant les poursuites dont ils étaient l’objet, se réfugièrent en France, où ils firent des prosélytes, surtout dans le clergé. Quoi qu’il en soit, des opinions analogues se montrèrent, vers le même temps, dans la Picardie. Les nouveaux hérétiques prirent le nom d’illuminés. Pierre Guérin, curé de Saint-Pierre de Roye, auteur d’une secte distincte, mais semblable, celle des guérinets, ne tarda pas à se fondre avec eux.

Le fond de leur doctrine était le même que dans toutes les écoles mystiques. Ils professaient un souverain mépris pour tout dogme et pour tout culte, tant intérieur qu’extérieur. Dieu, disaient-ils, avait révélé à frère Antoine Bucquet une pratique de foi et de vie suréminente, inconnue jusqu’à ce moment dans la chrétienté. Avec cette méthode, on pouvait en peu de temps atteindre jusqu’à la perfection et à la gloire des saints ou même de la sainte [p.544] Vierge, laquelle n’avait eu, selon eux, que des vertus communes. Par cette route, on parvenait à une telle union avec Dieu, que tous les actes étaient déifiés. Une fois parvenu à ce degré de perfection, il fallait laisser Dieu agir sans produire aucun acte. C’était, comme on voit, déjà du quiétisme. Du reste, l’illuminé était libre de faire tout ce qu’il voulait ; il n’avait point d’autre loi que l’inspiration ; il était impeccable.

Ces sectaires ajoutaient que les docteurs de l’Église n’avaient jamais su ce que c’était que dévotion ; que saint Paul s’en doutait à peine ; que saint Pierre était un bon homme ;; que toute l’Église était dans les ténèbres ; que l’homme ne devait écouter que son sentiment. Ils prophétisaient qu’au bout de dix ans le monde serait converti à leur doctrine ; qu’alors on n’aurait plus besoin de prêtres ni de religieux.

En effet, ils firent bientôt un grand nombre de prosélytes, surtout à Chartres et en Picardie. Soixante mille adeptes embrassèrent leurs erreurs dans cette dernière province. Enfin, le cardinal de Richelieu et son confident, le P. Joseph, résolurent d’arrêter le progrès de la secte par des mesures violentes. On persuada au roi de donner des ordres sévères ; les juges de Roye et de Montdidier furent commis à l’instruction du procès, et « bientôt le mal fut découvert, et le remède appliqué. En moins de rien, on remplit les prisons de ces hérétiques... Ce monstre fut étranglé dans son berceau (*). » Telle fut l’activité des recherches et la vigueur des poursuites, que, dès l’année suivante, la secte avait entièrement disparu.

D’autres mystiques ont encore paru en France depuis lors, et ont reçu le nom d’illuminés. Nous ne ferons ici que citer Martinez Paschalis, qui fonda à Bordeaux, vers la fin du dernier siècle, la secte des martinistes ; son disciple Saint-Martin, qui a reproduit en partie la théosophie mystique de Jacob Bœhme ; les disciples de Swedenborg, etc. (Voyez SAINT-MARTIN.]

Nous devons dire aussi quelques mots de la société allemande des illuminés, que quelques auteurs ont comptée sérieusement parmi les causes qui ont produit la révolution française. Cette société secrète, organisée sur le modèle de la franc-maçonnerie, et dont le but était politique autant que religieux, fut fondée en 1776 par Weishaupt. Suivant les récits auxquels tout à l'heure nous avons fait allusion, Mirabeau, durant son séjour en Prusse, se serait fait initier aux mystères des illuminés, [ ??] son retour en France il aurait introduit [ ?] dans la loge des Philalèthes. Le duc d’Orléans, le prince de Talleyrand, Condorcet, Brissot, Grégoire, auraient [.. ?] par lui et adopté les principes de la société allemande ; enfin le chef de la secte, Bode, successeur de Weishaupt serait venu lui-même en France, en 1787, et aurait converti à sa doctrine toutes les loges maçonniques de Paris. Ces faits, fussent-ils aussi certains qu’ils sont douteux, aucun homme de bien n’y attachera aujourd’hui la moindre importance.

(*) Voyez Le véritable père Joseph, par l’abbé Richard, inséré dans les Archives curieuses de l’histoire de France, 2e série, t. IV, p. 293.

1843 – Maury - Essai sur les légendes pieuses du Moyen-Âge

Calendrier perpetuel 1840Essai sur les légendes pieuses du Moyen-Âge, ou examen de ce qu'elles renferment de merveilleux, d'après les connaissances que fournissent de mos jours l'archéologie, la théologie, la philosophie et la physiologie médicale
Par Louis-Ferdinand-Alfred Maury, member de la Société royale des Antiquaires de France; de la Société asiatique de Paris; de la Société des Antiquaires de la Morinie, etc., etc.
Paris. Chez Ladrange, libraire éditeur, quai des Grands Augustins, 19
1843 - Essai sur les légendes pieuses du Moyen-Âge, p.260=

Extrait, page 260

[p.260]... L'histoire nous présente bien des hallucinés ayant accompli de grandes choses (1). Un visionnaire, Mahomet, fonda une religion qui exerce sur une partie de l'humanité une immense influence et écrivit un livre plein d'éloquence et de poésie. Un autre visionnaire, Pierre l'Hermite (2), entraîne tout l'Occident à la conquête de la Terre-Sainte et conçoit la magnifique idée des croisades (3). Luther qui, en donnant naissance au protestantisme, imprima un prodigieux élan à l'esprit humain, était un halluciné qui voyait sans cesse le démon ; d'autres chefs de sectes, Knox, Swedenborg, ont été également des visionnaires. Ignace de Loyola, le fondateur d'un ordre qui, par son immense habileté et sa science profonde, a été le plus ferme appui du catholicisme, fut encore un halluciné.

Enfin, dans l'antiquité, Pythagore et Socrate (4), Jamblique et plusieurs néoplatoniciens (5) ; dans l'Orient, les membres de plusieurs sectes indiennes (6) et les soufis de la Perse (7), ont été sujets à un désordre intellectuel du même genre. L'extase, cet état bizarre, né de la surexcitation du système nerveux, sur lequel réagit une imagination exaltée ; l'extase, cet état dans lequel se développent tout à la fois une énergie et une [261] insensibilité extraordinaires, a dominé bien souvent, dans la solitude d'un cloître, dans le silence d'une cellule, les esprits les plus actifs et les plus austères. Les crises mentales, qui ont tant de fois assailli les ermites dans les déserts, loin d'énerver leur intelligence et de paralyser leur activité, n'étaient qu'un véhicule nouveau qui imprimait à leur pensée un cachet plus mâle et un air plus solennel. En proie à une sorte de fièvre, ces extatiques déliraient avec éloquence et ébranlaient même la raison la plus ferme par les puissantes quoique étranges conceptions de leur imagination enthousiaste (8).

Notes

1. Les espérances les plus ridicules et les plus hardies ont été quelquefois la cause des succès extraordinaires, a dit Vauvenargues.
2. On sait que Pierre l'Hermite prêcha les croisades à la suite d'une vision qu'il eut en songe et dans laquelle il vit Jésus-Christ. Cf. Math. Paris, Gr. Chron., trad. Huillard-Bréholles, t. 1, p. 98.
3 Cette réflexion rappelle le mot de Napoléon au célèbre Pinel, son médecin : Entre un homme de génie et un fou, il n'y a pas l'épaisseur d'une pièce de six liards ; et il ajoutait : II faut que je prenne garde de tomber entre vos mains.
4. Parmi ceux qui ont vécu dans les temps modernes, on pourrait mettre Cardan et saint Martin, le philosophe inconnu. [c'est nous qui soulignons]
5 Voyez l'ouvrage de M. Lélut, intitulé : le Démon de Socrate.
6 Les indiens produisent à volonté l'extase, en se bouchant les pores, en demeurant en demeurant immobiles et anéantissant, autant que possible, la volonté. Mahomet parait avoir été sujet à des extases, peut-être produites de la même façon, et que l'on a confondues avec des attaques d'épilepsie. J'ai souvent, disait-il, des moments où il n'est ni chérubin, ni prophète qui puisse m'atteindre.
7. Voyez sur les Souphis, l’ouvrage de Tholuck, intitulé : Sufismus sive Théosophia Persarum veterum pantheistica. 1821, in-8°.
8. M. Mourguye, dans son intéressant ouvrage intitulé : Essai historique sur les anciens habitants de l'Auvergne, a parfaitement tracé les caractères et les effets de l'extase. «Dans tous les temps, dit-il, p. 367, l'homme a voulu entretenir un commerce plus ou moins intime avec la divinité. Dégoûté des plaisirs éphémères de ce monde, fatigué de ce mal qui y règne, il a cherchée pénétrer dans une sphère inconnue qu'appelait la sublimité de sa nature, ses besoins, ses désirs. La force de sa volonté a suffi pour l'arracher à cet univers et pour l'attacher à une idée fixe. Quand un homme est fortement occupé d'une idée, toutes les autres se trouvent comme anéanties chez lui; celle qui captive son esprit est réellement la seule qui existe ; toute son attention s'y fixe et s'y concentre ; il rompt tout commerce avec les objets extérieurs ; ses sensations, son corps, son être, semblent lui être étrangers ou ne pas exister pour lui ; par une espèce de prodige, il se trouve réduit à la simplicité métaphysique. C'est alors le moment du génie, mais souvent aussi c'est celui du délire. Arrivé à cet étal d'exaltation, l'imagination acquiert une activité prodigieuse ou s'égare aisément. Alors l'homme croit à l'existence des démons, êtres immatériels et fantastiques ; il entre en relation avec eux et cherche à établir entre eux des rapports durables.

1843 – Nolhac - Soirées de Rothaval

Calendrier perpetuel 1840Jean-Baptiste-Marie Nolhac
Soirées de Rothaval, petit hameau dans le département du Rhône, ou
Réflexions sur les intempérances philosophiques de M. le comte Joseph de Maistre dans ses Soirées de St-Pétersbourg
Louis Perrin
1843 - Tome I - 1843 – Nolhac - Soirées de Rothaval, p.270

[p.270] ... dans le onzième Entretien, qui nous occupera à son tour, il appelle de tous ses vœux une ère nouvelle « où des opinions qui nous paraissent aujourd'hui bizarres ou insensées seront des axiomes dont il ne sera pas permis de douter, » enfin, une POSTÉRITÉ ILLUMINÉE. Or, rien, je pense, n'est plus en opposition avec tout savoir véritable, et même avec les dispositions requises pour l'acquérir, que l'illuminisme et les élans d'une imagination déréglée.

M. de Maistre était-il donc illuminé ? ou plutôt, l'avait-il été ? et tenait-il encore par quelques points à cette secte ? La réponse que l'on peut faire à cette question dépend de la discussion du dixième et du onzième Entretien des Soirées de St-Pétersbourg. En attendant que notre critique s'étende sur eux, il est bon de transcrire quelques-unes des déclamations de St-Martin, chef d'une secte d'illuminés, afin qu'on puisse les comparer aux boutades du célèbre écrivain contre la science et les savants :

« Donnez un oiseau à un enfant : il le mettra en pièces, pour savoir ce qu'il y a de caché dans son corps.....
« Hommes enfants ! vous vous occupez de ces soins curieux à l'égard de la nature, comme si vous étiez chargés de recommencer la création...
« Etudiez pourquoi les choses existent, et non pas comment elles existent..... (1). [p.272]
« Quand vous prîtes la lyre pour la première fois, et qu'une main savante se chargea de vous enseigner à en tirer des sons, vous apprit-on à fabriquer cette lyre en démontant devant vous toutes les pièces, pour vous exercer ensuite à les rassembler ?....
« Mortels ! la lyre harmonieuse de la nature est devant vous : tâchez d'en tirer des sons, et ne consumez pas vos jours à en décomposer la structure.
« Que faites-vous, doctes ignorants ! quand vous nous peignez les lois de la formation du monde ?
« C'est avec la mort que vous composez la vie; vous prenez toute votre physique dans les cimetières. [p.273]
« De quoi vos cabinets de science sont-ils remplis ? de squelettes et de cadavres, dont vous avez soin de bien conserver la forme et les couleurs, mais dont le principe et la vie sont séparés.
« Votre pensée ne vous dit-elle pas qu'il y a une physique meilleure que celle-là, et que c'est celle où on ne s'occupe que des principes, et d'où les corps morts sont éloignés ?
« Laissez là tous les moyens mécaniques que les hommes plus curieux que sages ont ramassés parmi les débris de la science : le Seigneur seul enseigne à ses élus les moyens qui sont nécessaires à son œuvre.
« Ecroulez-vous, échafaudages des sciences abusives ! réduisez-vous en poussière !! vous ne pouvez tenir contre le moindre principe lumineux. » (Extrait de l'Homme de désir, par Saint-Martin, articles VII, XXXIII, LXXXVIII, pages 12, 13, 56, 146.)

Quand maintenant nous verrons, dans les Entretiens dixième et onzième, M. de Maistre s'élever contre toutes les sciences modernes et appeler un siècle illuminé, nous serons peut-être en état d'assigner une origine à sa mauvaise humeur.

(1) St-Martin recommande donc la recherche des causes finales, à l'exclusion de l'étude qui a pour objet la manière dont les choses existent ; tandis que Bacon, promoteur de l'étude des choses matérielles recommande d'étudier avant tout comment les choses existent, et s'élève contre la recherche des causes finales avec une intempérance de paroles qui a fourni contre lui des armes à M. de Maistre. Cependant, avant d'étudier pourquoi les choses existent, ne faut-il pas avoir étudié comment elles existent ? Et si l'on veut obtenir quelque certitude dans la première de ces recherches, n'est-ce pas une condition essentielle d'avoir préliminairement passé par la seconde ?

1843 – Pasquier - Précis de l'histoire de l'Hindoustan

Calendrier perpetuel 1840Précis de l'histoire de l'Hindoustan: contenant l'établissement de l'empire mogol, ses progrès et sa décadence; l'invasion et les établissements successifs des européens; la coalition des princes de l'Afghanistan contres les anglais; l'examen des diverses religions établies chez les hindous, ainsi qu’un tableau de leurs lois primitives, de leurs mœurs, usages et coutumes, et un résumé des lois qui régissent les établissements français.
Par L. M. C. Pasquier, ancien magistrat à Pondichéry
Paris, Paulin, libraire, rue de Seine Saint Germain, 33.
Ledentu, libraire, quai des Augustins, 31
Arbois, imprimerie d’Auguste Javel
1843 – 554 pages - Précis de l'histoire de l'Hindoustan, p.348=

Chapitre XIX – Observations générales sur le trimourtry ou pouvoir trinitaire

Extrait, page 348

Cette idée d'une essence ou âme du monde, susceptible d'une division sans néanmoins perdre son unité, avait frappé l'esprit de plusieurs autres peuples, qui en avaient également fait un point de doctrine ; ainsi M. de Saint-Martin, dans son Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers, dit : « Les Péruviens eurent des chefs visibles, lesquels, » comme Orphée, se dirent enfants du soleil, et obtinrent les hommages de leurs contrées. Ils avaient aussi une idole dont le nom, selon les interprètes, signifie trois et un.

1843 – La Revue synthétique

Calendrier perpetuel 1840La Revue synthétique
Sous la direction de M. Victor Meunier
Sciences, littérature, beaux-arts, industrie
Tome premier
Paris. Aux Bureaux de la Revue synthétique, rue de Seine Saint Germain, 37
1842-1843 -

Eugène Stourm : De la valeur philosophique du mysticisme

Pages 133-141

Nous sommes, à parler très sincèrement, plus contrarié que charmé de dire que la thèse que nous nous proposons de soutenir ressemble à un paradoxe des mieux qualifiés. Mais quelle vérité, si bien établie, si universellement reconnue qu'elle ait été ensuite, n'a pas paru paradoxale et condamnable de prime abord ? Nous croyons donc qu'un esprit sincère n'a pas à s'inquiéter des apparences de sa conviction, et qu'il l'a doit proclamer, sinon dans le monde pratique, au moins dans la sphère spéculative, afin que, paraissant devant ses juges naturels, il sache à quoi s'en tenir sur sa valeur et sa réalité. L'esprit même de cette Revue, qui se propose de grouper dans un ensemble logique et harmonieux les diverses préoccupations de nos temps de libre examen, qui aspire à la résultante de tous les travaux de l'époque, pour en extraire, sans doute, le dogme futur vers lequel chacun tend et que nul n'a su jusqu'à présent définir, l'esprit de cette Revue est précisément ce qui nous a engagé à mettre en avant notre opinion intime sur la valeur philosophique du mysticisme, laquelle, pour se formuler, a d'abord besoin de combattre le préjugé qui consiste à jeter une sorte d'anathème sur le mot de mysticisme, sans toutefois s'être bien rendu compte de la chose qu'il représente. L'école philosophique officielle de nos jours a placé, il est vrai, le mysticisme au rang des quatre grands systèmes dans lesquels toutes les manières de voir de l'esprit humain peuvent se résumer, mais elle n'en a pas pour cela, du moins selon nous, saisi le véritable caractère, déterminé la véritable valeur.

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