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Index de l'article

1853 – Journal du magnétisme

1853 journal magnetisme t12Journal du magnétisme
Rédigé par une Société de magnétiseurs et de médecins sous la direction de M. le Baron Du Potet
Tome douzième
Paris. Bureaux : rue de Beaujolais, 5 (Palais-Royal)
1853.

Controverses. Manifestations spirituelles. A Mademoiselle Anna Blacwell. Extrait, pages 304-310

Ces réflexions, que je vous livre en toute simplicité de cœur, à l'occasion des faits qui se produisent, me sont inspirées par l'opinion et les sentiments d'un homme que je n'hésite pas à regarder comme une autorité péremptoire dans la question. Je veux parler de Saint-Martin, le philosophe inconnu, intelligence vaste et profonde, qui, dans son vol, a traversé à la fois la phase émouvante de la révolution française et la phase du mouvement astral qui se produisit à son époque comme à la nôtre.

D'abord adepte du fameux Martinez Pasqualis, Saint-Martin a été spectateur de toutes les expériences extraordinaires [page 305] qui se firent alors. Mais il se sépara bientôt de cette théurgie qu'il ne pouvait nier, mais qu'il ne pouvait non plus regarder comme le véritable moyen de réhabilitation pour l'âme humaine. Il s'en sépara, toutefois, pour méditer plus profondément sur ces faits et sur l'ordre de choses dont ils émanent. Les œuvres de ce penseur inspiré, ses méditations scientifiques et mystiques à la fois, se recommandent à votre intelligence et à votre cœur, qu'elles éclaireront d'une nouvelle lumière.

Ame élevée, au-dessus du commun des âmes, nature tendre et douce, esprit poétique et généreux, vivifié par un ardent amour de Dieu et de l'humanité, Saint-Martin me semble tout particulièrement destiné à servir de guide à ceux qui se préoccupent sérieusement des phénomènes du monde astral qui se reproduisent aujourd'hui. Il faut voir avec quelle lucidité et quelle profondeur, le philosophe inconnu s'explique sur tous les rapports de Dieu et de la nature avec l'âme humaine! avec quelle puissance il a recherché les moyens de rendre à l'homme la conscience des prérogatives de son origine! comme il exalte dignement la bonté du Dieu tout-puissant, et l'attrait irrésistible qui ramène toujours notre essence vers sa source !

J'en ai trop dit de Saint-Martin, pour ne pas finir cette lettre par quelques passages de cet auteur. Ils vous seront certainement agréables et utiles, et je les tire de deux de ses ouvrages (Note 1 : Le Ministère de l'homme-esprit, et l'Esprit des choses) et d'une biographie publiée récemment par un homme d'esprit, de conscience et de talent (Note 2 : Essai sur la vie et la doctrine de Saint-Martin, par E. Caro.), quoique encore sceptique à l'égard des idées de Saint-Martin.

« D'après ce que nous avons dit sur la nécessité de la communication d'un sensible immatériel parmi les hommes, il convient de montrer en quoi consiste le dangereux état auquel nous a exposés la chute et la dégradation. — Elle consiste en ce qu'elle nous a soumis au règne élémentaire, et [page 306] par conséquent au règne astral ou sidérique, qui en est le pivot ; elle consiste en ce que nous sommes tombés au-dessous du firmament, tandis que, par notre nature, nous devions être au-dessus ; et c'est cette transposition qui est vraiment périlleuse pour nous, car tout nous vient aujourd'hui par ce firmament ; or, qui sait quels tristes mélanges les choses peuvent éprouver avant d'arriver jusqu'à nous? »

Après avoir divisé la science sidérique et ses rapports, en sidérique — astrologie — astronomie, et en avoir défini les caractères, Saint-Martin ajoute :

« On s'est moqué de ceux qui ont voulu faire dériver de l'influence astrale tous les événements politiques de la terre. On a eu raison, dans le droit, parce que l'homme avait celui d'élever au-dessus de cet astral tout ce qui tient à son être ainsi qu'à son association ; mais on a eu tort, dans le fait, parce qu'à mesure qu'il descend au-dessous de ses véritables privilèges, il tombe sous cette influence astrale, qu'il n'aurait pas dû connaître, et il en devient réellement le jouet. Ainsi, il est vrai de dire que l'ordre social terrestre ne devrait pas être régi par le pouvoir astral ; mais il n'en est pas moins certain que, généralement parlant, il n'est pas mené par une autre puissance. »

Des dissertations curieuses sont faites par l'auteur au sujet du sidérique qui, selon lui, tient plus à la marche des principes et agents supérieurs, qu'à celle des principes inférieurs et élémentaires ; mais il a deux branches, l'une passive et l'autre active. C'est de la première que vient le somnambulisme, et d'elle encore que naissent une infinité de communications fausses de tout genre.

« Toute la nature est en somnambulisme, dit-il, et lorsque l'homme se laisse subjuguer exclusivement par le régime de cette nature, il participe à ce somnambulisme que l'on voit régner sur tous les êtres qui la composent. »

C'est à cette funeste transposition qu'il attribue l'état d'incertitude et les tâtonnements ténébreux que l'on remarque dans les doctrines humaines et dans l'esprit de tous ceux qui s'avancent pour nous enseigner avant de s'être réveillés de leur état de somnambulisme, c'est-à-dire avant d'être [page 307] instruits eux-mêmes par ces lumières simples et naturelles, que notre source nous a conservées, malgré notre chute, et qu'elle ne demande pas mieux que de développer en nous, pour nous aider à assurer notre marche.

« L'effet puissant et terrible que l'attrait de la région ténébreuse où nous sommes a opéré sur l'âme humaine, consiste surtout à lui avoir, pour ainsi dire, voilé toutes ses facultés en les plongeant dans cet universel somnambulisme, dont l'homme est le sujet et la victime dans son enfance, puisqu'il n'offre alors que la stupidité et le tâtonnement d'un être qui n'est pas encore dans sa mesure, et qui malheureusement, dans un âge plus avancé, ne fait, par sa fausse marche, que prolonger ce somnambulisme, duquel il devrait effacer jusqu'aux moindres traces. »

L'auteur établit la différence du somnambulisme au magisme réel et divin, du somnambulisme naturel au somnambulisme magnétique, qui s'étend beaucoup plus loin, et dont le danger consiste en ce qu'il n'opère qu'en exposant à nu la racine de l'âme, avant le temps et les préparations convenables.

« Nous ne devons employer nos facultés-racines, dit-il, que par la puissance de la volonté et l'opération de la voie-racine, sans quoi nous leur faisons courir des risques, comme on en a tant d'exemples parmi les somnambules magnétiques. »

« .... J'engage l'homme de désir à considérer le champ du Seigneur, et à chercher à y travailler selon ses forces et selon l'espèce d'ouvrage auquel il sera propre, soit aux œuvres vives, s'il lui est donné d'en opérer, soit au développement de la nature de l'homme, s'il lui est donné d'en apercevoir les profondeurs ; soit même à arracher les ronces et les épines que les ennemis de la vérité et les faux docteurs ont semées et sèment tous les jours sur l'image humaine de l'éternelle sagesse. Car c'est être aussi, en quelque sorte ouvrier du Seigneur, que d'instruire ses semblables de leurs véritables devoirs et de leurs véritables droits ; c'est être utile à l'agriculture, que de préparer et mettre en état les instruments du labourage ; cependant il faut avoir grand soin d'examiner scrupuleusement ce que l'on est en état de faire dans tous ces genres. Celui qui prépare ou distribue des instruments [page 308] aratoires, répond de ce qu'il fournit, comme le semeur répond de ce qu'il sème.

« Mais, comme, il est impossible d'être véritablement ouvrier dans le champ du Seigneur, sans être renouvelé soi-même et réintégré dans ses droits, je tracerai souvent aussi les voies de restauration par lesquelles nous devons nécessairement passer pour pouvoir être admis au rang des ouvriers.

« Je dois également un avis à tous mes frères, en les invitant à se mettre en état d'être employés parmi les ouvriers du Seigneur. Le commun des hommes, quand ils entendent parler des œuvres vives et spirituelles, ne conçoivent autre chose par là que l'idée de voir des esprits, ce que le monde ténébreux appelle des revenants.

« Dans ceux qui croient à la possibilité de voir des esprits, cette idée n'enfante souvent que la terreur ; dans ceux qui ne sont pas sûrs de l'impossibilité d'en voir, cette idée n'enfante que la curiosité; dans ceux qui sur cela récusent tout, cette idée n'enfante que le mépris et les dédains, tant de ces opinions elles-mêmes que de ceux par qui elles sont mises au jour.

« Je me crois donc obligé de dire à ceux qui me liront, que l'homme peut avancer infiniment dans la carrière des œuvres vives spirituelles, et même atteindre à un rang élevé parmi les ouvriers du Seigneur, sans voir des esprits.

« Je dois dire, en outre, à celui qui, dans la carrière spirituelle, chercherait principalement à voir des esprits, que non seulement en y parvenant il ne remplirait pas le principal objet de l'œuvre, mais qu'il pourrait encore être très loin de mériter d'être au rang des ouvriers du Seigneur.

« Car s'il faisait tant que de croire à la possibilité de voir des esprits, il devrait croire à la possibilité d'en voir de mauvais comme de bons.

« Ainsi, pour être en mesure, il ne lui suffirait pas de voir des esprits; mais il lui faudrait en outre pouvoir discerner d'où ils viennent, pour quel objet ils viennent, si leur mission est louable ou illégitime, utile ou funeste, et il lui faudrait examiner d'ailleurs, et avant tout, si lui-même, dans le cas où il serait de la classe la plus parfaite et la plus pure, il se trouverait en état d'accomplir les œuvres dont ils pourraient le charger pour le vrai service de leur maître.

« Le privilège et la satisfaction de voir des esprits ne seront jamais que très accessoires, relativement au véritable objet que l'homme peut avoir dans la carrière des œuvres [page 309] vives, spirituelles, divines, et en étant admis parmi les ouvriers du Seigneur; et celui qui aspire à ce sublime ministère n'en serait pas digne, s'il ne s'y portait que par le faible attrait ou la puérile curiosité de voir des esprits; surtout si, pour obtenir ces témoignages secondaires, il se reposait sur les mains incertaines de ses semblables, et particulièrement de ceux qui n'auraient que des puissances partielles, que des puissances usurpées, ou même que des puissances de corruption. »

Ecoutez maintenant cette définition du miracle, tirée de la grandeur de l'homme.

« De l'homme-miracle, et des miracles en permanence.

« Les hommes disent, pour la plupart, qu'ils attendent les preuves pour croire à quelque chose, et quand ils réclament des miracles pour cela, et que des maladroits leur disent que l'homme ne peut ni faire, ni voir des miracles, voici ce qu'on pourrait leur répondre, pour réfuter d'un seul trait l'aveugle désir de celui qui ne voudrait croire qu'à des miracles, et la fausse solution de ceux qui prétendent qu'il n'en existe point ; car c'est là le vrai sens de ceux qui disent qu'il n'en existe plus.

« Un miracle n'est-il pas, selon toutes les opinions, une chose surnaturelle, une chose qui est au-dessus et à part du cours de la nature ? Or, de parler, de penser, de combiner, de transposer volontairement toutes les substances qui nous environnent; de varier à son gré, comme fait l'homme, tous les actes de son être ; de s'élever dans sa pensée jusqu'à la source d'où tout provient ; de s'élancer par sa prière et par les désirs de son cœur, hors de cette nature ténébreuse qui ne le peut entendre, pour aller comme converser avec son auteur, c'est-à-dire avec le seul être où son intelligence trouve à se nourrir et à se reposer, n'est-ce pas là réellement un phénomène surnaturel, puisque ce phénomène n'existe dans aucun autre être de la nature ? Enfin, n'offre-t-il pas par là ce que l'on peut appeler un miracle, selon toute la rigueur de la définition ?

« Ainsi l'homme, même le plus ordinaire, étant au moins en puissance un miracle presque continuel, c'est être bien éloigné de la justice et de la vérité, que de demander d'autres miracles qui ne pourront jamais être qu'inférieurs à celui-là, puisqu'ils n'en seraient que les conséquences; et, en [page 310] même temps, l'homme étant ainsi, par ses titres naturels, un miracle presque continuel, il faut être bien peu réfléchi et bien peu observateur, pour dire que nous ne sommes plus dans le temps des miracles, puisque, au contraire, tant qu'il y a des hommes il y a nécessairement devant nos yeux un foyer de miracles perpétuels, et que les miracles ne pourraient cesser qu'autant que l'espèce humaine disparaîtrait tout entière de dessus la terre, et laisserait l'univers entier abandonné aux simples lois communes qui dirigent son existence, et aux phénomènes uniformes et monotones de la nature.

« Quant aux miracles si recherchés, si admirés, mais si inférieurs au miracle de l'homme, ils ne pourraient avoir d'autre utilité que de le ramener à la connaissance et à la vive persuasion de la dignité de son espèce, lorsqu'il a eu le malheur de détourner les yeux de dessus cet être miraculeux que l'on appelle l'homme. Ainsi, mortel, qui que vous soyez, eussiez-vous dans sa plénitude le don des miracles inférieurs, ne les comparez jamais à l'homme-miracle ; ne les regardez que comme un supplément aux véritables moyens que vous pourriez employer auprès des hommes ; gémissez lorsque, par le honteux oubli d'eux-mêmes où vous les verriez descendus, vous seriez réduit à vous servir de ce pis-aller, et n'en faites usage que quand ils ne méritent plus que vous mettiez en œuvre, avec eux, les trésors de l'intelligence et de la persuasion.

« La raison qui s'en présente, vous pouvez vous la donner vous-même, en vous rappelant tous nos principes. Quand même vous feriez mouvoir à votre gré toutes les puissances de la nature, vous ne développeriez là, que la gloire de l'homme, puisque vous n'agiriez que sur les miroirs de l'homme, et que la nature est votre apanage ; au lieu qu'en donnant tous vos soins à la culture de l'homme intellectuel et en vous unissant à ce foyer des merveilles divines, c'est le miroir de Dieu que vous mettez en action, c'est l'être des êtres lui-même, dont vous avez le bonheur de devenir par là le témoin et dont vous réfléchissez la majesté devant l'universalité des régions, qui ne désirent rien de plus que de la contempler. »

Après de semblables principes, il n'est guère possible d'abuser de la prophétie suivante, par laquelle je terminerai mes citations : [page 311]

« Dans les époques vers lesquelles nous marchons, les prodiges seront plus généraux que sous le Christ, et en même temps ils seront d'un autre ordre que dans l'époque antérieure à lui, parce qu'ils auront pour objet de ramener les hommes à la croyance de l'éternel principe, dont l'idée s'est comme effacée pour eux. — Aussi ces prodiges s'opéreront peu par la puissance de l'homme, de peur que ceux qui en seraient témoins ne portassent pas leur esprit plus loin que l'homme, et ne le prissent pour la divinité suprême ; mais ils s'opéreront beaucoup dans l'ordre des puissances de la nature, afin que les nations ne puissent former de doutes sur les pouvoirs de l'esprit et sur ceux de la main supérieure qui les fait agir. »

Je vous laisse méditer sur ces paroles du Philosophe inconnu, et vous réitère l'expression de mes sentiments affectueux.

Votre amie,
H. Wild.
Paris, 16 mai 1853.

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