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Index de l'article

1862 ChassayConclusion des démonstrations évangéliques suivi de neuf dissertations complémentaires, savoir : Pierre Bayle, sa doctrine et son influence ; madame de Staël ; un mot sur l’éclectisme avant 1848 ; de la philosophie de l’histoire ; le docteur Klee, sa vie et ses travaux ; de l’exégèse rationaliste et de ses dangers ; le fouriérisme devant le siècle.
Par M. l’abbé F.-É. Chassay, chanoine honoraire, professeur de philosophie au séminaire diocésain, membre de l’Académie de la religion catholique de Rome, de la Société littéraire de l’université catholique de Louvain, des académies de Bordeaux, de Reims, de Caen et de Dijon, des sociétés impériales académiques de la Loire inférieure et de Cherbourg.
Publié par M. l’abbé Migne, éditeur de la bibliothèque universelle du clergé ou des cours complets sur chaque planche de la science ecclésiastique.
S’imprime et se vend chez J.-P. Migne, éditeur, aux ateliers catholiques, rue d’Amboise, 20, au petit Montrouge, autrefois barrière d’enfer de Paris, maintenant dans Paris.
1862.

Sixième partie. L’hérésie et le schisme au XVIIIe siècle.

L’ensemble des chapitres I : L’illuminisme au XVIIIe siècle. Saint-Martin. - Les Illuminés avant Saint-Martin et II : Le philosophe inconnu, est une reprise partielle du texte de l’abbé Grégoire paru chez Migne en 1828 dans son « Histoire des sectes religieuses », pages 204-230.
Nous reproduisons ici l’ensemble de ces 2 chapitres en mettant entre crochets […] les éléments non publiés par l’abbé Chassay de l’Histoire des sectes religieuses.


Chapitre I. L'illuminisme au XVIIIe siècle. Saint-Martin. - Les Illuminés avant Saint-Martin, pages 667-671.

[Parmi les théosophes européens, jadis il en était qui rattachaient leurs rêveries à l’alchimie. Robert Flud, Cardan, Paracelse, étaient pour eux des génies sublimes. La théurgie est l’art de lier commerce avec les génies supérieurs : c’est la définition donnée par Jamblique. Les théosophes, soit anciens, soit modernes, prétendent dériver leurs connaissances de l’illumination divine, de la communication avec Dieu qui leur révèle ses mystères, de leur commerce avec les intelligences. En général, ils assurent que les êtres créés du monde visible et ses phénomènes, correspondent à ceux du monde invisible. La raison et la religion s’associent naturellement à cette opinion qui offre aux cœurs purs des sujets d’admiration, de méditation dans lesquels l’âme se complait et s’attendrit.]

Quel homme religieux et contemplateur n’a pas éprouvé maintes fois le plaisir de s’élever vers les régions célestes, de franchir par la pensée l’espace qui nous en sépare, de se figurer placé au milieu des purs esprits, au milieu d’amis, de parents que la mort nous a ravis et qu’on espère retrouver dans un monde nouveau !

Mais quand les Théosophes, quand Jacques Bœhm, Swedenborg et leurs disciples, s’élançant dans le monde invisible et roulant dans le vague, prétendent enrichir leurs itinéraires d’une carte exacte de ces régions inconnues, en rédiger une sorte de statistique, tracer le tableau de correspondance entre les objets sublunaires et le monde intellectuel, et dévoiler les secrets de la nature ; ici commencent les aberrations : la divergence de leurs systèmes en offre la preuve complète.

« Ces aberrations, surtout des philosophes modernes, anticipent sur la notice abrégée que sans doute le lecteur attend des théosophes, qui, dans les XVIe et XVIIe siècles, ont amené la filiation de leur secte dans le XVIIIe et jusqu’à l’époque actuelle.

[En Angleterre, Élisabeth Berton, vulgairement appelée la sainte fille de Kent sous Henri VIII, dont elle censurait le divorce, fut exécutée à Tyburne en 1534. Un autre illuminé, sous Élisabeth, fut de même envoyé au supplice ; Jacques Naylor, sous Cromwel, fut condamné au pilori, à la prison, pour avoir soutenu que Jésus-Christ résidait en lui.

[Le nord de l’Europe abondait en extravagants de tous les genres. Autrefois Montan s’était dit l’esprit de Dieu, Ménandre le sauveur du monde, Manès le paraclet. David George, mort en 1596, se dit le Christ, le Messie.

[Weigel, vanté par Boehm, assurait que de toute éternité, Marie avait été conçue par le Saint-Esprit; Jésus-Christ avait deux corps, les anges avaient été créés pour être égaux à Dieu ; il révoquait en doute les merveilles opérées par Moïse et Élie.

[Jean Bannier condamnait le mariage comme étant le fruit prohibé dans le Paradis terrestre.

[Koller, mort en 1547 publia son fameux ouvrage Lux in tenebris. Un ange lui avait apparu sous une forme humaine, peut-être celui-là même qui dernièrement visitait un paysan de la Beauce.

Jean Rolh, qui se croyait destiné à détruire les rois impies, attendait de sa femme un fils qui, par ses miracles, établirait la cinquième monarchie.

[Drabicius, dont les rêveries ont été publiées par Comenius en 1657, fut condamné à mort en 1671, comme coupable de lèse-majesté divine et humaine.

[Quirin Kuhlmann, accusé de bigamie, fut brûlé à Moscow en 1689, comme séditieux, etc., etc., etc.

[Dans cette liste qu’on pourrait enfler de beaucoup d’autres noms, on voit qu’une partie de ces fanatiques périrent par la hart, par le feu, tandis qu’il suffisait de les séquester [sic] de la société et de les traiter comme atteints de folie ; mais l’ignorance, l’intolérance, la vengeance, au lieu de consulter l’humanité et la justice, emploient communément pour punir des formes plus expéditives.]

« De tous les théosophes, le plus fameux est Jacques Bœhm, né en Lusace, cordonnier, mort à Gorlitz en 1624, auteur de beaucoup d’ouvrages traduits dans les langues anglaise, hollandaise, française, et dont les opinions exercent en Europe, plus que jamais peut-être, leur empire sur beaucoup d’adeptes qui, sans former une secte réunie en corps, sont disséminés parmi les autres. Après s’être beaucoup occupé des ouvrages de Weigel, de Paracelse, il se crut inspiré pour dévoiler les œuvres de Dieu, cachées sous des voiles matériels, et prétendit trouver dans la nature les dogmes du christianisme qu’il dénatura [dénature]. Arnold tint [tient] pour certain que Bœhm (avant Swedenborg), fut le seul qui pénétra dans les connaissances les [page 668] plus abstruses des substances physique et métaphysiques.

« Un écrivain moderne (Chateaubriand) appelle Dieu le grand célibataire du monde [des mondes]. Bœhm l’appelle le néant éternel, le silence éternel.

« Dans le combat avec Lucifer, Dieu ne l’a pas détruit. Homme aveugle, vous n’en voyez pas la raison, c’est que Dieu combattait contre Dieu, c’était la lutte d’une portion de la divinité contre l’autre.

« Le diable ne peut pas voir à la lumière du soleil, il ne voit que dans les ténèbres comme les chauves-souris.

« Jésus-Christ a apporté du ciel sa chair.

« L’homme créé hermaphrodite aurait pu engendrer seul, avant sa chute ; il avait alors un corps angélique.

[Calovius, Wagner, Rumphius reprochent à Boehm d’avoir admis comme Manès, deux principes et d’avoir comme partisan du milléranisme placé les livres d’Esdras au nombre des canoniques.

[Non content d’exposer les erreurs de Boehm, Rumphius, d’après Wagner et Calovius, lui prodigue les gratifications de fils de Satan, d’excrément du diable et autres gentillesses du même genre.

« En Allemagne, beaucoup de cordonniers se sont montrés fanatiques. Cette remarque a fourni au professeur Frédéric le sujet d’une dissertation très curieuse dans laquelle il étale une liste nombreuse de cordonniers fameux visionnaires. Jacques Bœhm, Henri Kraft, George Fox, J. Lambert, Teichel; Boswell, etc. [Pour la France, il cite Nauclerc sous l’an 1729. Probablement il veut parler de Naulet, savetier, le factoton [sic] du parti moliniste à Paris, précisément à cette époque.]

« Après avoir exposé des faits, remontant à la cause, il la trouve dans un métier qui, exigeant peu d’efforts d’intelligence, laisse la faculté de l’appliquer à d’autres objets.

« Les sectes protestantes paraissent être celles qui ont produit le plus de théosophes auxquels conviendrait peut-être une autre dénomination. Peut-être en trouverait-on la raison dans la maxime admise chez eux, d’interpréter l’Écriture d’après l’esprit privé. Une vaine présomption porte l’homme à se prévaloir de ses lumières et quelquefois à se croire favorisé d’inspirations immédiates. Tel était le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume. Cette situation de l’âme conduit souvent à la théomanie ou manie religieuse. Le docteur Rush prétend que, dans le nombre de personnes tombées en démence, la moitié le sont [sic] par abus de liqueurs fortes, quelques-unes par des passions érotiques ; [page 669] mais un quart par une dévotion mal entendue. Tel était ce Kœrper, chef des [de] fanatiques, qui avait voulu fonder une religion nouvelle, que le docteur Gall a vu dans les prisons de Berne. Les médecins Pinel, Perfect, Mathey, ont observé que les fonctions intellectuelles et les autres phénomènes de la vie troublés chez les esprits faibles par une dévotion trop exaltée, par un enthousiasme irrégulier, sont de toutes les aliénations la plus difficile à guérir.

[L’Allemagne fournit à cette liste un contingent plus fort ; ce fait s’explique par le caractère de la nation qui, grave et méditative, affectionne, approfondit les questions métaphysiques, sur lesquelles elle a répandu des lumières ; les inconvénients dès lors sont compensés par les avantages. C’est en Allemagne surtout qu’on s’est occupé de l’idéalisme qui en philosophie a pour parallèle le mysticisme en religion, et l’on sait encore qu’en Allemagne et en Suisse, plus que nulle part, se manifeste actuellement une propension marquée vers le mysticisme.

[Walch, et très récemment Klopfel, ont dessiné les traits principaux qui caractérisent les théosophes.

[« La parole externe de Dieu, c’est-à-dire, la Sainte Écriture est imparfaite, inefficace et ne constitue pas la règle exclusive de la foi et des mœurs. »

[« A cette parole externe on doit préférer la lumière interne pour régler la croyance et la conduite. »

[« L’homme doit rechercher le repos ou sabbat de l’âme comme un moyen d’obtenir cette divine étincelle, cette parole interne par laquelle l’âme élevée vers le Créateur est purifiée, sanctifiée, déifiée par les sacrements. La satisfaction de Jésus-Christ, la foi en Jésus-Christ, ne sont pas des sources de grâce capables d’élever à la sainteté, etc., etc. »

[La découverte du nouveau monde y a porté les arts, et tout ce qu’on appelle les moyens de civilisation européenne ; mais avec eux les vices, les erreurs, les rêveries ont franchi l’Atlantique, et dans le nombre se sont trouvées celles de Jacques Bœhm. Voici un échantillon du fruit qu’elles y ont produit.

Dutartre, issu de protestants réfugiés français, s’était fixé avec ses enfants en Caroline. Un prédicant morave les entêta des rêveries de Jacques Boehm, et dès lors ils abandonnèrent le culte public. Une révélation apprit à l’un d'eux, Pierre Rombert, que bientôt, comme au temps de Noé, Dieu détruirait toute la race humaine, une seule famille exceptée, et cette famille privilégiée c’était la sienne.

[Une seconde révélation lui dit que le premier mari de la veuve qu’il a épousée ressuscitera pour être avec elle ; qu’il doit dès lors la quitter pour épouser Judith Dutartre, sa cadette ; il l’obtient du père, elle devient enceinte. D’après les lois du pays contre la bâtardise, Judith Dutartre devait comparaître devant le magistrat. La famille, apprenant que le constable va venir, consulte le prophète, il assure que Dieu ordonne de s’armer contre lui et ses recors, en conséquence on tire sur le constable. Il y a du sang répandu, et le fanatisme de Pierre Rombert a produit un inceste, une révolte, un homicide, c’était en 1725.

[Le procès s’entame. Trois hommes de la famille sont condamnés à mort, ils persistent dans leur folie jusqu’à l’exécution, en assurant qu’ils ressusciteront le troisième jour. La grossesse de Judith l’exemptait du supplice ; deux de ses frères, plus jeunes qu’elle, furent également condamnés, mais on suspendit l’exécution dans l’espérance qu’on les ramènerait à des idées saines ; ce qui effectivement arriva, quand ils virent que les autres ne ressuscitaient pas. Cependant un des deux frères redevint visionnaire, tua un homme, en assurant que Dieu le lui avait ordonné ; et, avant de subir la peine capitale, il témoigna son repentir. Ainsi, par ce fanatisme tragique, six personnes perdirent la vie, un tué, un assassiné, quatre exécutés. Jacques Boehm a donc prêché l’assassinat, la révolte ? Non, sans doute ; mais toutes les erreurs, tous les genres de folie exercent les uns sur les autres une sorte d’attraction et s’enchaînent.]

« Un Messin, Poiret, mort en 1719, est vraisemblablement le premier qui ait répandu en France les systèmes du cordonnier de Görlitz. Son traité latin, Idée de la théologie chrétienne, est composé d’après celle de Jacques Boehm. La double doctrine, l’une secrète, l’autre publique, est un trait distinctif de l’antiquité ; c’est une remarque de Rolle dans ses recherches savantes sur Bacchus. Le célèbre Maimonide autorisait jadis les Juifs espagnols à simuler le catholicisme. Poiret, dans sa Paix des bonnes âmes, autorise de même les calvinistes restés en France, depuis la révocation de l’édit de Nantes, à entendre la messe sans abandonner leur religion. [Peut-on rappeler sans gémir que, de nos jours, un prélat catholique autorisait de même, dans un néophyte de Berne (Haller), cette scandaleuse hypocrisie ?]

« Antoinette Bourignon, formée à l’école de Boehm, de Poiret, eut à son tour des disciples, entre autres Bertrand Lacoste, ingénieur français à Hambourg. Persuadé qu’il tenait d’elle ses lumières dans les sciences, Lacoste lui dédia son livre sur la quadrature du cercle, et faisant allusion aux lettres initiales d’Antoinette et de Bertrand, il déclare en langue algébrique qu’elle est l’A en théologie, et lui le B en mathématiques (906. Œuvres philosophiques de Leibnitz, in-4° ; Amsterdam, 1765, liv. IV, ch. 19, p. 474.).

« Les rêveries de la Bourignon s’étaient implantées en divers pays dans des têtes propres à les recevoir ; et quel pays n’en a pas ? Muralt est, dit-on, l’auteur anonyme de deux ouvrages intitulés : l’un, Lettres fanatiques (907.Deux volumes in-12; Londres, 1739 ), et l’autre, l’Institut divin recommandé aux hommes (908. In-12.), publié en 1727, réimprimé à Londres en 1790.

« Il prétend que la période qui devait durer jusqu’au second avènement de Jésus-Christ est finie ; bientôt arrivera une régénération universelle qui sera précédée de grands fléaux. Dans un autre ouvrage, en 1739, il parait indiquer la France comme le lieu où se feront les premiers pas vers cette régénération qui sera la fin du monde corrompu, et non la destruction de la terre, comme on l’a cru par une fausse interprétation des paroles de Jésus-Christ et des prophètes.

« Muralt, veut que les hommes, rentrant en eux-mêmes, écoutent la voix intérieure qui leur parle. Cette parole intérieure leur [670] est connue par l’instinct divin qui envisage Dieu en tout. La religion enseignée par les hommes est arrivée à son terme ; on ne doit pas craindre de passer de cette religion à celle qui leur vient de Dieu, qui était réservée aux derniers temps. L’auteur déclame contre la théologie et prétend que les païens, généralement parlant, valaient mieux que nous ; il loue leurs philosophes, surtout Epictète et Socrate : le génie de celui-ci était son instinct divin.

« Il s’objecte que l’instinct, étant sujet à varier, peut conduire à des extravagances. L’objection est pressante, comment la repousse-t-il ? C’est en disant que l’instinct ne serait pas divin, s’il ne conduisait qu’à ce qui est raisonnable et approuvé des hommes : ce qui est folie à leurs yeux est sagesse dans le plan de la Divinité (909. P. 9, 14, 33, 38, 133, etc.). Ailleurs il parait regarder comme mystérieux ce que dit 1’Ecriture des deux arbres du paradis ; car ils sont sur notre monde actuel aussi bien que dans le paradis (910. Pag. 77).

« Dans ses Lettres fanatiques, Muralt observe, et cela est vrai, que le mot fanatisme, abusivement employé, est appliqué quelquefois à des vérités incommodes dont on voudrait se débarrasser. Jésus-Christ a été outragé des épithètes d’insensé, de séducteur, équivalentes à celle de fanatique ; ce qui doit encourager à porter ces noms : mais vient ensuite l’apologie du séparatisme qu’on traite, dit-il, de fanatisme, et qu’il essaie de justifier à cause de la corruption du clergé ; il trouve qu’on met trop de prix au culte extérieur (911. Tome Ier, p. 256; et tome II, p. 196 et suivantes). L’auteur parait croire à l’inspiration immédiate et admettre une classe d’hommes apostoliques qui ont la connaissance des voies intérieures ; aussi vante-t-il Jacques Boehm et la Bourignon (912. Tome II, p. 289; tome Ier, p. 60 et suiv). Il n’y a que deux véritables sciences : se connaître, et à chaque chose mettre son prix. Le savoir et le raisonnement sont de peu d’usage ; ils sont même dangereux quand ils s’étendent sur la religion. Le talent de raisonner est le moindre des talents dans l’ordre apostolique. Sa septième lettre est intitulée : Que le raisonnement et le savoir ont causé la chute de l’homme et qu’ils nous y entretiennent. Là il assure que le premier raisonnement eut le diable pour auteur (913. Tome Ier, p. 269, 115, 135, 159.).

« La religion naturelle lui parait suffisante pour sauver les hommes, quoique la révélation les conduise à une plus haute perfection (914. Tome II, lettre 4, et p. 210 et suiv) ; aussi, après s’être plaint de l’importance qu’on attache aux opinions des Pères de l’Église, il élève des doutes sur l’éternité des peines [et prétend, contre Rollin, justifier Socrate qui prendra part à la table avec Abraham, Isaac et Jacob ; il paraît même en sauver bien d’autres ; car, selon lui, la véritable église a toujours consisté et consistera toujours dans tous les gens de bien. On ne voit pas trop comment justifier cette opinion, quand on reconnaît Jésus-Christ pour médiateur.] Ce mélange incohérent annonce dans Muralt le précurseur des martinistes.

« Mais quel est le fondateur de cette secte ? Car on peut choisir entre Saint-Martin et Martinez, par lequel il fut initié aux [page 671] mystères théurgiques, ainsi que l’abbé Fournier, auteur de l’ouvrage : Ce que nous avons été, ce que nous sommes, ce que nous serons (915. In 8°, Londres, 1791). Martinez Pascalis, dont on ignore la patrie, que cependant on présume être Portugais et qui est mort à Saint-Domingue en 1799 [sic], trouvait dans la cabale judaïque la science qui nous révèle tout ce qui concerne Dieu et les intelligences créées par lui (916. Acta latomorum, ou Chronologie de la franc-maçonnerie ; in-8°, Paris, 1815, tome 1er, v. 93, et tome II, p. 362). Martinez admettait la chute des anges, le péché originel, le Verbe réparateur, la divinité des saintes Écritures. Quand Dieu créa l’homme, il lui donna un corps matériel : auparavant (quoi ! avant d’exister) il avait un corps élémentaire. Le monde aussi était dans l’état d’élément : Dieu coordonna l’état de toutes les créatures physiques à celui de l’homme. » (Grégoire, Histoire des sectes religieuses, t. II, [pages 204-218. 1828]).

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Chapitre II. Le philosophe inconnu. Pages 671-677

« Saint-Martin, né à Amboise en 1743, fit ses études à Pont-le-Voy, fut d’abord avocat, puis officier au régiment de Foix. Étant à Bordeaux, il eut occasion de connaître Martinez Pascalis, qu’il cite pour son premier instituteur, et Jacques Boehm pour le second. Cette tournure d’esprit et ses liaisons décidèrent du sort de sa vie et de sa doctrine. Son goût ne s’accordant pas avec le tumulte des armes, il obtint sa retraite, voyagea en Italie et en Angleterre, passa trois mois à Lyon, puis vint se fixer à Paris, où il demeura jusqu’à la révolution, et mourut à Aulnay, près Paris, en 1804 [sic pour 1803]. Ceux qui l’ont connu, louent la bonté de son caractère, ses mœurs aimables, et assurent qu’en bon théosophe il montra constamment l’exemple de la soumission aux lois, de la résignation, de la bienfaisance. Il est absurde de penser, comme Barruel, qu’il voulait renverser le gouvernement.

« Qu’est-ce qu'un théosophe ? Un ami de Saint-Martin va nous l’apprendre.

« Un théosophe est un ami de Dieu et de la sagesse. C’est, d’après l’étymologie, la définition que comporte le défini. La doctrine théosophique est fondée sur les rapports éternels qui existent entre Dieu, l’homme et l’univers. Ces rapports sont développés dans les livres de tous les peuples, et surtout les saintes Écritures entendues selon l’esprit et non selon la lettre. On peut consulter la Genèse, le Deutéronome, les Prophéties, les Livres sapientiaux, particulièrement le chapitre VIII de la Sagesse, les Sentences de Pythagore. Au nombre des ouvrages théosophiques on peut classer l’Oupneckh’at et le Malhabharata, poème de cent mille stances. Parmi les théosophes, il compte Rosencreuz, Reuchlin, Agrippa, François George, Paracelse, Pic de La Mirandole, Valentin Voizel [Voigel], les deux Van Helmont, Thomasius, Adam Boreil, Boehm, Poiret, Quirinus, [page 672] Kulhman, Zimmerman, Bacon, Henri Morus, Pordage, Jeanne Leade, Leibnitz, Swedenborg, Martinez Pascalis, Saint-Martin, etc.

« La fin de la philosophie est d’élever l’âme de la terre au ciel, de connaître Dieu, de lui ressembler ; mais la France se ressentira longtemps des principes détestables des faux philosophes. Les théosophes ne font point secte. Un théosophe est vrai chrétien ; et, pour le devenir, il ne faut pas commencer par être savant, mais seulement humble et vertueux.

« Jésus-Christ est Dieu; il est le père des lumières surnaturelles; le grand prêtre, le chef des vrais philosophes ; il inspira Moïse, David, les prophètes ; et hors du peuple choisi, Pythagore, Platon, Phérécyde, Socrate.

« Depuis Jésus-Christ, les théosophes admettent la Trinité, la chute des anges rebelles, la création après le chaos causé par leur chute, la création de l’homme dans ses trois principes pour gouverner et combattre, ou ramener à résipiscence les anges déchus. Les théosophes sont d’accord sur la première tentation de l’homme, le sommeil qui la suivit ; la création de la femme, lorsque Dieu eut vu que l’homme ne pouvait plus engendrer spirituellement ; la tentation de la femme, la suite de sa désobéissance qui occasionna celle de son mari ; la promesse de Dieu, que de la femme naîtrait le briseur de la tète du serpent ; la rédemption, la fin du monde.

« Saint-Martin prend le titre de philosophe inconnu, en tête de plusieurs de ses ouvrages. Le premier, qui parut en 1775, avait pour titre : Des erreurs et de la Vérité, ou les hommes rappelés aux vrais principes de la science. « C’est à Lyon, dit-il, que je l’ai écrit par désœuvrement et par colère contre les philosophes ; j’étais indigné de lire dans Boulanger, que les religions n’avaient pris naissance que dans la frayeur occasionnée par les catastrophes de la nature. Je composai cet ouvrage en quatre mois de temps et auprès du feu de la cuisine, n’ayant pas de chambre où je puisse me chauffer (917. Œuvres posthumes de Saint-Martin, 2 vol. in 8°, Paris, 1808 Tome Ier).

« C’est pour avoir oublié les principes dont je traite, que toutes les erreurs dévorent la terre, et que les hommes ont embrassé une variété universelle de dogmes et de mystères [systèmes]. Cependant, quoique la lumière soit faite pour tous les yeux, il est encore plus certain que tous les yeux ne sont pas faits pour la voir dans son éclat ; et le petit nombre de ceux qui sont dépositaires des vérités que j’annonce, est voué à la prudence et à la discrétion par les engagements les plus formels. Aussi me suis-je promis d’en user avec beaucoup de réserve dans cet écrit, et de m’y envelopper d’un voile [page 673] que les yeux les moins ordinaires ne pourront pas toujours percer, d’autant que j’y parle quelquefois de toute autre chose que de ce dont je parais traiter. »

« Il s’est ménagé, comme on le voit, le moyen d’être inintelligible ; et il s’est si bien enveloppé, que ce qu’il y a de plus clair dans le livre, c’est le titre. Cependant son obscurité même est peut-être ce qui lui a donné quelque crédit ; on a imprimé à Londres, comme faisant suite à l’ouvrage de Saint-Martin, deux volumes auxquels il n’a eu aucune part (918. La Biographie moderne, 2e édition Leipzig, 1806, article Saint-Martin).

« Il fit ensuite paraître son Tableau de l’ordre naturel ; L’homme de désir ; Lettre sur la révolution française ; un opuscule sur les Institutions propres à fonder la morale d’un peuple ; un Essai sur les signes. Lui-même nous apprend qu’il a fait l’Ecce homo, d’après une notion vive qu’il avait eue à Strasbourg. C’est dans cette ville qu’il a écrit le Nouvel homme, à l’instigation d’un neveu de Swedenborg. »

« Le tome II de l’ouvrage intitulé : De l’esprit des choses (919. De l’esprit des choses, ou coup d’œil philosophique sur la nature des êtres et sur l’objet de leur science. 2 vol. in-8°, Paris, an VIII), offre des morceaux intéressants, par lesquels il justifie divers faits consignés dans l’Écriture sainte, sur lesquels les incrédules avaient formé des objections ; par exemple, le matérialisme dont ils ont accusé Moïse. Là s’applique une phrase de son premier volume : « Le besoin d’admiration dans l’homme dépose victorieusement contre l’athéisme (920. Tome Ier, page 9). » On y trouve la touche originale et bizarre de Saint-Martin, à l’occasion de vingt-trois mille hommes condamnés à périr. « La mort, dit-il, n’est que le mandat d’amener des criminels (921. page 180). »

« Mais à quelques vues saines s’intercalent une foule de choses inintelligibles, au milieu desquelles la raison s’égare sur la danse, sur la mœlle ; « elle est l’image du limon, de ce matras général, ou de ce chaos par lequel la nature temporelle actuelle a commencé. — Sur l’esprit astral ou sidérique : le temple de Jérusalem eut lieu pour garantir les opérations du culte lévitique des communications astrales. — L’existence des êtres corporels n’est qu’une véritable quadrature. — Toute la nature est un somnambulisme. — Notre bouche est entre les deux régions interne et externe, réelle et apparente ; elle est susceptible de frayer avec l’une et l’autre : aussi les hommes se donnent plus de baisers perfides que de baisers sincères et profitables. — Si l’homme fût resté dans sa gloire, sa reproduction eût été l’acte le plus important, et qui eut le plus augmenté le lustre de sa sublime distinction : aujourd’hui cette reproduction est imposée aux plus grands périls. Dans le premier plan, il vivait dans l’unité des essences : mais [page 674] actuellement les essences sont divisées : une preuve de notre dégradation est que ce soit la femme terrestre qui engendre aujourd’hui l’image de l’homme, et qu’il soit obligé de lui conférer cette œuvre sublime qu’il n’est plus digne d’opérer lui-même. Néanmoins, la loi des générations des divers principes, tant intellectuels que physiques, est telle, que quelle que soit la région vers laquelle il porte son désir, il y trouve bientôt un matras pour recevoir son image : vérité immense et terrible (922. Tome Ier, p. 61, 62, 106, 124, 186, 190, 278; et tome II, p. 286). »

« Le Ministère de l'homme esprit, par le philosophe inconnu, parut en 1802 (923. ) In-8°.). « C’est l'homme de désir qui va parler. Mais comment se fera-t-il entendre des hommes du torrent ? Il n’a que des principes à leur offrir. — L’homme n’est pas dans les mesures qui lui seraient propres, il est dans une altération. — L’univers est sur son lit de douleur; c’est à nous à le consoler. » Viennent ensuite des rêveries sur la formation des planètes et sur la révolution française. — « Probablement elle a eu pour objet, de la part de la Providence, d’émonder, sinon de suspendre, le ministère de la prière. » Dans un parallèle entre le christianisme et le catholicisme, comme si ces deux choses n’étaient pas identiques, il s’est donné libre carrière pour dénaturer et calomnier le catholicisme, « qui n’est, dit-il, que le séminaire, la voie d’épreuves et de travail, la région des règles, la discipline du néophyte pour arriver au christianisme. — « Le christianisme repose immédiatement sur la parole non écrite, et porte notre foi jusque dans la région lumineuse de la parole divine. Le catholicisme repose, en général, sur la parole écrite ou sur l’Évangile, et particulièrement sur la messe ; il borne la foi aux limites de la parole écrite ou de la tradition. — Le christianisme est le terme, le catholicisme n’est que le moyen ; le christianisme est le fruit de l’arbre, le catholicisme ne peut en être que l’engrais ; le christianisme n’a suscité la guerre que contre le péché, le catholicisme l’a suscitée contre les hommes (924. Pag. 5, 6, 13, 104, 168, 371, 572; et passim). » L’auteur étaye sans doute de quelques preuves ses assertions ? Non ; assurer d’un air tranchant, cela lui suffit. Veut-on savoir ce que lui-même pensait de son Ministère de l’homme esprit ? Il va nous l’apprendre.

« Quoique cet ouvrage soit plus clair que les autres, il est trop loin des idées humaines pour que j’aie compté sur son succès. J’ai senti souvent, en l’écrivant, que je faisais là comme si j’allais jouer sur mon violon des valses et des contredanses dans le cimetière de Montmartre, [page 673] où j’aurais beau faire aller mon archet, les cadavres qui sont là n’entendraient aucun de mes sons et ne danseraient pas. »

« Saint-Martin a publié un Éclair sur l’association humaine (925. In-12, Paris, 1797). Le but de cette association ne peut être que l’équilibre d’où elle est descendue par une altération quelconque. » Jusque-là, on le comprend ; mais comprendra qui pourra comment « la propriété de l’homme est son indigence, et la souveraineté du peuple son impuissance (926. Page 19, 45, etc). »

Le philosophe inconnu, qui ne se croyait pas digne de dénouer les cordons de Boehm (927. Voir ses Œuvres posthumes) s’est cru digne au moins de traduire divers écrits de ce visionnaire : les Trois principes de l’essence divine, la Triple vie, l’Aurore naissante. « On a voulu tout matérialiser, dit le traducteur; mais l’époque approche où les sciences divines seront réconciliées avec les sciences naturelles : à force de scruter celles-ci, et de tourmenter les éléments, on remontera à la source. L’Aurore naissante n’est que le premier bourgeon de la branche (928. Page 4 de l’Avertissement). » Le Traité de l’essence divine ou de l’éternel engendrement (929. In-8°, 2 vol., Paris, 1802) nous apprend que, dans l’état d’innocence, « Adam ne prenait pas de nourriture; car s’il eût dû manger du fruit terrestre, il aurait dû manger dans son corps et avoir des boyaux. Or, une puanteur comme celle que nous portons actuellement dans notre corps, pouvait-elle subsister dans le paradis, dans la sainteté de Dieu (930. Page 74) ? » Cent autres passages de la même force, dans les Œuvres de Boehm et de Saint-Martin, peuvent servir à fixer l’opinion qu’on doit avoir du premier et de son traducteur qui l’admire.

« On ne devrait faire des vers qu’après avoir fait un miracle, puisque les vers ne doivent avoir pour objet que de le célébrer (931. Œuvres posthumes, tome Ier, p. 197). » On ignore si Saint-Martin a fait des miracles; mais il a publié le Cimetière d’Amboise, poème qui n’est pas merveilleux : on y lit entre autres ces vers :

Homme, c’est ici-bas qu’il a pris la naissance,
Ce néant où l’on veut condamner ton essence.

On entrevoit sa pensée, qui est bonne ; mais un néant qui a pris naissance !

« On a rendu à plusieurs grands hommes le mauvais service de mettre au jour une foule de pièces qu’ils avaient condamnées à l’oubli. On l’a fait pour Montaigne, en publiant ses Voyages ; pour Érasme, en exhumant des archives de Bâle diverses lettres, presque toutes sans intérêt. La postérité n’élèvera jamais le Philosophe inconnu au même rang que le philosophe de Rotterdam : c’était une raison de plus pour faire un choix dans ce qu’on a publié de lui sous le titre d’Œuvres posthumes (932. Deux volumes in-8°, Tours, 1807). La république [page 674] des lettres est-elle grandement intéressée à savoir que, « dans l’ordre de la nature, il était plus sensuel que sensible, et que les femmes sont plus sensibles que sensuelles ? »

« Les chrétiens ne verront qu’un blasphème dans la phrase suivante : « Depuis l’avènement du Christ, chaque homme peut, dans le don qui lui est propre, aller plus loin que le Christ (933. Tome Ier, p. 6, 7 ; et p. 135). »

« L’auteur nous dit que les écrivains ne donnent que de la crotte dorée, mais que lui il donne de l’or crotté (934. Tome Ier, p. 119.). Il serait étonnant que, dans la volumineuse collection de ses écrits, on ne trouvât pas quelques paillettes d’or. Il faut parler à charge et à décharge. On a indiqué ci-dessus quelques morceaux concernant l’Écriture sainte, qui annoncent autant d’énergie que de sagesse. En général, son style est facile, animé, quelquefois brillant; des sentiments pieux et 1’amour de la vertu respirent dans ses ouvrages. On lit avec plaisir des réflexions telles que celle-ci : « Je n’ai jamais goûté bien longtemps les beautés qu’offrent à nos yeux la terre, le spectacle des champs ; mon esprit s’élevait bientôt au modèle dont ces objets nous peignent les richesses et les perfections, et il abandonnait l’image pour jouir du doux sentiment de son auteur. Qui oserait nier même que tous les charmes que goûtent les admirateurs de la nature fussent pris dans la même source sans qu’ils le croient ? »

« On sera surpris peut-être de ne pas trouver ici un précis raisonné de ses idées, un corps de doctrine; mais à qui la faute ? Ses disciples contestent la faculté de l’apprécier à quiconque n’est pas initié dans son système : tel ne l’est qu’au premier degré; tel autre au second, au troisième. A merveille ! Mais, si le système de votre maître est, comme vous le prétendez, si intéressant, si avantageux pour l’humanité, pourquoi ne pas le mettre à portée de tout le monde ? De cette région élevée où vous le dites placé, ne pourrait-il pas s’abaisser jusqu’à l’intelligence du vulgaire ? — Non : c’est chose impossible. — Alors, permettez-moi d’élever des doutes sur l’importance et l’avantage de son système; car en fait de religion et morale, il est dans la bonté de Dieu et dans l’ordre essentiel des choses, que ce qui est utile à tous soit accessible à tous. Au surplus, Saint-Martin nous dit : « il n’y a que le développement radical de notre essence intime qui puisse nous conduire au spiritualisme actif (935. Le Ministère de l’homme esprit, p. 14 de l’introduction). » Et si ce développement radical ne s’est pas encore opéré chez bien des gens, il n’est pas surprenant qu’ils soient encore à grande distance du spiritualisme actif, et que n’étant que des hommes [page 677] du torrent, ils ne puissent comprendre l’homme de désir.

« Le mode des analyses est en désuétude chez les Français. La preuve en est dans la plupart de leurs journaux littéraires qui, au lieu de présenter dans un abrégé soigneusement travaillé la substance d’un ouvrage, se bornent à quelques extraits, et souvent jugent, louent ou condamnent d’après le titre de l’ouvrage et le parti auquel l’auteur est censé appartenir. Cette méthode atteste et favorise l’ignorance, l’impuissance et la prévention ; mais l’usage s’est introduit de nous donner l’esprit des divers auteurs ; c’est une chose utile aux hommes qui sont persuadés qu’après la vertu, le temps est la chose la plus précieuse. Il y a tant à faire dans le courant de la vie, et la vie est si courte : quelques vues saines, quelques idées lumineuses surnagent aux extravagances dans les œuvres de Saint-Martin. Ce triage, fait avec goût, formerait un petit volume, et serait accueilli du public ; sans cela, la collection volumineuse du Philosophe inconnu n’aura pour lecteurs que des adeptes de l’illuminisme. Quoique Lavater ait loué l’Homme de désir, cet éloge d’un rêveur, d’ailleurs estimable, est-il sur les objets de cette nature, une recommandation auprès de la postérité ? Probablement elle mettra sur la même ligne les ouvrages de Muralt et de Saint-Martin. » (Grégoire, Histoire des sectes religieuses, tome II, [pages 218-230, 1828]).

bouton jaune   Chapitre II. Le philosophe inconnu

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