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Index de l'article

Calendrier perpetuel 1847- Blanc - Histoire de la révolution française - T 2 - Chapitre III. Les révolutionnaires mystiques – Le Martinisme
- Le Correspondant,  T 19 - Examen des doctrines du Philosophe inconnu, Louis-Claude de Saint-Martin, Louis Moreau 
- Cousin - Cours de l’histoire de la philosophie moderne - Treizième leçon
- Dictionnaire des hérésies – T 11 - Martinistes français, Martinistes russes
- Encyclopédie catholique – T 14- Article Martinez, Article Martinisme, martiniste,
- Franck – Dictionnaire des Sciences Philosophiques- Article Lavater
- Magasin pittoresque (le) - Portrait de Saint-Martin
- Pezzani - Exposé d'un nouveau système philosophique Destinée de l’homme
- Quérard - Les supercheries littéraires dévoilées - Un amateur de choses cachées
- Revue des Deux Mondes – T 2 - Article : Lerminier - De la peinture des mœurs contemporaines
- Revue Le Semeur – n° 37 - Étude sur M. Ballanche

1847 - Le Correspondant  – T 19 

1847 correspondant t19Le Correspondant, Recueil périodique
Religion, philosophie, politique, sciences, littérature, beaux-arts.
Tome dix-neuvième
Paris. Librairie de Sagnier et Bray, rue des Saint Pères, 64

Examen des doctrines du Philosophe inconnu, Louis-Claude de Saint-Martin, Louis Moreau

3e article – Exposition de la théorie sociale – Pages 74-95

Une même épigraphe pourrait convenir à l'ensemble des divers travaux que le dernier siècle vit éclore ; cette épigraphe serait le mot célèbre de Bacon : Ars instauranda ab imis. Ce mot désespérant, s'il n'était profondément insensé, usurpe alors la puissance d'un axiome. Philosophes, savants et publicistes, tous partent de ce principe, que l'œuvre des devanciers est à peu près nulle et que l'édifice des connaissances humaines est à reprendre par la base. La tradition est proscrite, comme complice des superstitions. Témoin suspect, on récuse les faits qu'elle seule peut fournir, et qui seuls peuvent servir de fondement à la science, surtout à la science de l'homme. Par une contradiction remarquable, bien que peut-être elle ne soit qu'apparente, c'est de l'avènement de l'empirisme que date l'ère des romans les plus libres que puisse inventer l'imagination appliquée aux origines du monde, de l'homme et des sociétés. On refait donc la science, on refait l'esprit humain, on refait la société en théorie, et pour refaire tout cela, on répudie le passé et on le refait. Il faut voir avec quelle hardiesse ce préjugé étroit et injurieux à l'humanité substitue partout les plus étranges hypothèses à la voix de l'antiquité et aux premiers monuments de l'histoire.

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1847 - Cousin - Cours de l’histoire de la philosophie moderne 

1847 cousin t3Cours de l’histoire de la philosophie moderne
Victor Cousin
Deuxième série. Tome III
Nouvelle édition, revue et corrigée
Histoire de la Philosophie au XVIIIe siècle. École sensualiste. Système de Locke.
Paris. Didier, 35, quai des Augustins – Lagrange, 19, quai des Augustins
1847 - Cours de l’histoire de la philosophie moderne

Treizième leçon, Extrait, pages 9-10

Il est juste de reconnaître que jamais le mysticisme n'a eu en France un interprète plus profond, plus éloquent, et qui ait exercé plus d'influence, que Saint-Martin. Les ouvrages [10] de Saint-Martin, célèbres dans toute l'Europe, ont fait école parmi nous (1).

Note

1. Il a tour à tour publié des traductions ou imitations de Böhme et des écrits originaux. Les voici dans l'ordre chronologique : Des Erreurs et de la Vérité, Lyon, 1775, 1 vol. in 8. — Tableau naturel des Rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers, Edimbourg, 1782, 2 vol. — L'Homme de désir, Lyon, 1790, 1 vol. — Ecce Homo, 1 vol., Paris, 1792. — Le nouvel Homme, Paris, in -8, 1 vol., l'an IV de la liberté. — De l'Esprit des choses, 1800, 2 vol. — L'Aurore naissante, 1800, 2 vol. — Les trois Principes du l'Essence divine, 1802, 2 vol. — Le Ministère de l'Homme esprit, Paris, 1802, 1 vol. — Quarante questions sur l'Âme, 1807, 1 vol. — De la triple vie de l'Homme, 1809, 1 vol. — Œuvres posthumes, Tours, 2 vol., 1807.

Extrait, page 17

Et, par parenthèse, remarquez comme l'histoire est bien faite, comme l'esprit qui y préside fait toute chose dans son temps avec poids et mesure, et amène les systèmes quand il est bon qu'ils arrivent : après Locke et Berkeley, après Condillac et Kant, le scepticisme était nécessaire, et c'est alors qu'il est venu. Pour le mysticisme, qui pourrait comprendre Saint-Martin sans Voltaire et sans Condillac ? Saint-Martin n'a-t-il pas été poussé à son mysticisme par l'effroi que lui causaient et le scepticisme auquel il voulait échapper, et le triste dogmatisme de son temps ? Il en est de même de Frédéric [p.17] Schlegel, de Baader, et des autres mystiques allemands de notre âge (1). Ce sont, à mon gré, les enfants d'un temps blasé en fait de spéculation, les derniers produits d'une philosophie découragée, qui s'abjure elle-même. Tous, ou la plupart, ont été d'ardents dogmatiques, que la lutte et le mouvement des systèmes s'entre-détruisant l'un l'autre ont précipités vers le scepticisme, et qui se sont réfugiés, les uns dans le mysticisme orthodoxe de la foi ancienne et de l'Église, la plupart dans un mysticisme hétérodoxe, arbitraire et chimérique. Mais enfin tout ce mysticisme est né du désespoir de la raison spéculative, et on n'arrive au désespoir qu'après avoir passé par l'illusion. Je tiens donc comme un point incontestable que non seulement il y a quatre grandes écoles au XVIIIe siècle, mais que ces quatre grandes écoles se sont développées régulièrement : d'abord le sensualisme, puis l'idéalisme, puis le scepticisme, puis le mysticisme.

1847 - Dictionnaire des hérésies – T 11 

1847 dictionnaire heresies t1Dictionnaire des hérésies, des erreurs et des schismes ou mémoires pour servir à l’histoire des égarements de l’esprit humain
Par Pluquet
Publié par l’abbé Migne, éditeur de la Bibliothèque universelle du clergé
Tome premier
Se vend cher J.-P. Migne éditeur Aux ateliers catholiques, rue d’Amboise, au Petit-Montrouge Barrière d’Enfer de Paris

Martinistes français, Martinistes russes

Pages 968-970

[p.968] Martinez Pasqualis, dont on ignore la patrie, que cependant on présume être Portugais, et qui [p.969] est mort à Saint-Domingue en 1799, trouvait dans la cabale judaïque la science qui nous révèle tout ce qui concerne Dieu et les intelligences créées par lui (1). Il admettait la chute des anges, le péché originel, le Verbe réparateur, la divinité des saintes Écritures. Quand Dieu créa l’homme, il lui donna un corps matériel : auparavant, c’est-à-dire avant sa création, il avait un corps élémentaire. Le monde aussi était dans l’état d’élément : Dieu coordonna l’état de toutes les créatures physiques à celui de l’homme.

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1847 - Encyclopédie catholique – T 14 - Article Martinez, Article Martinisme, martiniste

Encyclopédie catholique – Répertoire universel et raisonné des sciences, des lettres, des arts et des métiers, avec la bibliographie des hommes célèbres depuis l’origine du monde jusqu’à nos jours, et des gravures dans le texte, publiée sous la direction de M. l’abbé Glaire, doyen de la faculté, de M. le Vte Walsh et d’un comité d’orthodoxie.
Tome quatorzième. Paris, Parent Desbarres, éditeur.
1847 - Encyclopédie catholique – T 14

Article Martinez, page 324

MARTINEZ (PAQUALIS), chef de la secte dite des martinistes, a été souvent confondu avec son disciple principal, saint Martin. On n’a jamais su précisément quelle était sa patrie : seulement, d’après son langage, on a présumé qu’il était Portugais, et même Juif. Il s’annonça, en 1754, par l’institution d'un rite cabalistique d’élus, dit cohens (en hébreu, prêtres), qu’il introduisit dans quelques loges maçonniques de France, notamment à Marseille, à Toulouse et à Bordeaux. Après avoir prêché aussi sa doctrine à Paris, il s’embarqua vers 1778 pour Saint-Domingue, et termina au Port-au-Prince, en 1779, sa carrière théurgique. Ses écrits et ceux de ses élèves donnent lieu de croire que sa doctrine est cette cabale des Juifs, qui n’est autre que leur métaphysique, ou la science de l’être, comprenant les notions de Dieu, des esprits, de l’homme dans ses divers états.

Article Martinisme, martiniste, page 325

1847 - Encyclopédie catholique – T 14

MARTINISME (hist. rel.), doctrine secrète, mystique et fort obscure de certains illuminés. Les martinistes se réunissent en loges, comme les francs-maçons. Ils formaient deux sectes qu’ordinairement on confond : les uns étaient disciples d’un Portugais nommé Martinez, et les autres de saint Martin, qui est mort au commencement de ce siècle.

MARTINSTE, s. des deux genres. Il se dit de certains illuminés qui prétendent être en commerce avec les intelligences célestes et les âmes.

1847 – Franck – Dictionnaire des Sciences Philosophiques

Dictionnaire des Sciences Philosophiques
Par une Société de professeurs et de savants
Tome troisième – Paris
Chez L. Hachette et Cie, libraires de l’université royale de France, rue Pierre Sarrazin, 12
1847 - Dictionnaire des Sciences Philosophiques

Article Lavater, extrait, page 523

Le prosélytisme de Lavater ne fut pas plus heureux à l'égard de Gœthe, également sommé de devenir, de chrétien de nom, chrétien de fait et d'esprit. Mais ces démarches infructueuses signalèrent le nom de Lavater à la ligue qui commençait à se former contre les excès de ce qu'on appelait le parti des lumières. Lavater en fut proclamé le chef, et il le resta jusqu'a l'époque où un patricien de Berne, Kirchberger, s'unit à un Français, Saint-Martin, pour renouveler les doctrines de Jacob Bœhme, et pour les opposer à la fois à la philosophie mourante du XVIIIe siècle et aux systèmes naissants de Kant et de ses successeurs.

1847 - Le Magasin pittoresque - Portrait de Saint-Martin

1847 magasin pittoresqueLe magasin pittoresque, rédigé, depuis sa fondation, sous la direction de M. Édouard Charton
1847
Paris, aux bureaux d’abonnement et de vente, rue Jacob, n° 30, près de la rue des Petits Augustins
M DCCC XLVII - Le Magasin pittoresque - Portrait de Saint-Martin

Portrait de Saint-Martin, page 216

1847 magasin pittoresque SMLorsque nous avons publié en 1845 (p. 330 et 357) une notice sur le philosophe Saint-Martin, nous avons cherché vainement un portrait de cet homme estimable. M. Tournyer, d’Amboise, parent du philosophe inconnu, nous communique aujourd’hui un petit portrait à la mine de plomb et lavé d’un peu de couleur, religieusement conservé dans sa famille ; c’est un profil de Saint-Martin à l’âge de dix-huit ou vingt ans. Les disciples du théosophe ignoraient l’existence de ce précieux souvenir. Nous sommes certains de leur procurer une vive satisfaction en mettant en lumière ce portrait qui pourra contribuer à rendre leur maître plus connu. La copie que nous donnons est très fidèle et de la dimension même de l'original. La naïveté et la simplicité du travail semblent garantir dans ce dessin la qualité la plus importante, la ressemblance. L’expression douce, honnête, bienveillante de la bouche et des yeux s’accorde d’ailleurs parfaitement avec le caractère des ouvrages et de la doctrine de Saint-Martin. Derrière le portrait on a écrit ces vers :

Il fut aimé de Dieu, il fut l'ami des hommes,
Philosophe inconnu dans le siècle où nous sommes.

Note du Webmestre
Ce portrait est analysé par Robert Amadou dans « L'Illuminisme au XVIIIe siècle », La Tour Saint-Jacques, 2e édition 1960, p. II : Iconographie de Louis-Claude de Saint-Martin, n°1.

Dans sa Correspondance avec Kirchberger (Lettre LXXXIV, p.243, 8 nivôse an IV - 29 décembre 1795), Saint-Martin écrit : 

« En attendant, je joins ici une petite image de ma figure matérielle. Quoique j'aimasse peu à me faire peindre, un parent exigea de moi cette complaisance, il y a quinze ans, et je cédai. Dernièrement, un ami a fait deux copies de ce dernier portrait, et depuis lors, j'ai toujours eu le projet de vous en adresser une; elle est un peu plus âgée que le portrait, mais beaucoup plus jeune que ma figure naturelle; cependant elle me ressemble encore assez pour que tout le monde m'y reconnaisse. Ne voyez dans ceci que ce qu'il y a, l'envie de frayer comme je peux avec un ami; et ne vous arrêtez pas à l'ouvrage même, qui n'est que l'œuvre d'un barbouilleur en peinture ».

Et dans son Portrait historique et philosophique, Paris, Julliard, 1961, n°599, Saint-Martin note :

« J'ai envoyé à Kirchberger ma figure peinte par mon petit-cousin Tournier »

1847 – Pezzani - Exposé d'un nouveau système philosophique 

1847 pizzaniExposé d'un nouveau système philosophique contenant 1° Destinée de l’homme ; 2° origine du mal ; 3° Essai sur Origène ; 4° Dogme de la métempsychose ; 5° Principes d’organisation politique et sociale ; 6° Nature et destination des astres ; Cosmogonie de Fourier.
De André Pezzani
Paris, Garnier frères, éditeurs au Palais Royal
Lyon, Charavay frères, quai de l’Hôpital, 99, et galerie du Grand Théâtre, 4 et 5.
1847 - 175 pages - Exposé d'un nouveau système philosophique

Destinée de l’homme – 99. Extrait, page 60 et note

99. Voilà mes doutes, mais je puis me tromper; je n'ai pas l'orgueil de soutenir l'infaillibilité de ma raison individuelle. Le dogme de la perpétuité des peines peut parfaitement s'allier avec le système que j'ai exposé, et même, si je ne me trompe, il viendrait le fortifier ; en effet, plus les peines seront définitives et irrévocables, plus on doit sentir la nécessité d'épreuves longues, décisives, dans lesquelles la liberté aura eu un sérieux et complet exercice (1).

Extrait de la note 1, page 63

[…] Le théosophe saint Martin a écrit : « L'homme est assujetti depuis sa chute, à une transmutation continuelle de différents états successifs, avant d'arriver à son terme), tandis que le premier auteur de tout ce qui existe fut et sera toujours ce qu'il est et ce qu'il devait être. » (Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers, tome 1er, page 136.) Et dans un autre ouvrage : « Notre être pensant doit s'attendre à des développements immenses, quand il sera sorti de sa prison corporelle, où il prend sa forme initiatrice. J'aperçois une loi superbe. Plus les proportions se rapprochent de leur terme central et générateur, plus elles sont grandes et puissantes. Cette merveille que tu nous permets de sentir, ô vérité divine, suffît à l'homme qui t'aime et qui te cherche. Il voit en paix dévider ses jours; il le voit avec plaisir et ravissement, parce qu'il sait que chaque tour de la roue du temps rapproche pour lui cette proportion sublime, qui a Dieu pour le premier de ses termes. » (L'Homme de désir, n° 220, page 312.)

1847 - Quérard - Les supercheries littéraires dévoilées 

1847 Querard t1Les supercheries littéraires dévoilées
Galerie des auteurs apocryphes, supposés, déguisés, plagiaires et des éditeurs infidèles de la Littérature française pendant les quatre derniers siècles
Ensemble les industriels et les lettrés qui se sont anoblis à notre époque.
Par M. J.-M. [Joseph Marie] Quérard.
Tome premier
Paris, l’Editeur, rue Mazarine, 60 et 623
1847 - Les supercheries littéraires dévoilées 

Un amateur de choses cachées

Page 28

Amateur des choses cachées (Un), aut. dég. [de SAINT-MARTIN].

Crocodile (le), ou la Guerre du bien et du mal, arrivée sous le règne de Louis XV, poème épico-magique en cent deux chants, œuvre posthume d’—. 1800, in-8. [125]

1847 – Revue des Deux Mondes – T 2

1847 revue des 2mondes t2Revue des Deux Mondes
1847 – Tome deuxième
Bruxelles. Meline, Cans et compagnie
Livourne, même maison
Leipzig, J. P. Meline
1847 - Revue des Deux Mondes – T 2

Article : Lerminier - De la peinture des mœurs contemporaines

(Œuvres complètes de M. de Balzac), pp. 151-167

Extrait, page 163

Nous arrivons ici à des prétentions et à des idées qui nous expliqueront pourquoi M. de Balzac n'a jamais pu parvenir à être vraiment le maître de sa plume et de son talent. Ces prétentions et ces idées nous emportent bien loin de la sphère du roman et du conte. Qu'on dise de M. de Balzac qu'en dépit de tous ses défauts il est un romancier d'un très haut mérite, et qu'il a su se placer au premier rang des conteurs contemporains, loin d'être satisfait, il se croira méconnu, déprécié. Qu'est-il donc ? Un penseur de génie. N'en rabattez rien, si vous ne voulez pas déchoir dans son estime. Voici quelques-unes des idées principales, qu'il présente à notre admiration comme des titres qui l'autorisent à prendre rang entre Leibnitz, Kant et Montesquieu. Un jour, il eut l'idée d'une comparaison entre l'humanité et l'animalité. Pour ce qui concerne le règne animal, M. de Balzac nous apprend que, bien avant la célèbre controverse de Cuvier et de Geoffroi Saint-Hilaire sur l’unité de composition, il était pénétré de la vérité de cette loi, dont il avait su discerner les rudiments non moins dans les écrivains mystiques comme Swedenborg et Saint-Martin que dans les plus illustres naturalistes, tels que Buffon et Charles Bonnet. Armé de ce système, M. de Balzac reconnut que la société ressemblait à la nature, qu'elle faisait de l'homme, suivant les milieux où son action se déploie, autant d'hommes différents qu'il y a de variétés en zoologie. Quelle conséquence tira-t-il de cette prétendue ressemblance ? C'est qu'un soldat, un ouvrier, un administrateur, un avocat, un savant, un homme d'État, un marin, un commerçant, un poète, un prêtre, sont aussi différents entre eux que peuvent l'être le loup, le lion, l'âne, le corbeau, le requin, le veau marin, la brebis. C'était, il faut l'avouer, une merveilleuse découverte. Voilà donc pourquoi M. de Balzac a porté tant d'exagération dans la peinture des caractères et des types répandus à travers ses romans. Comme il se considérait comme un autre Buffon, qui faisait pour la société ce que l'historien des quadrupèdes avait fait pour la nature, il ne voyait partout que des espèces sociales, et souvent il n'oubliait qu'une chose, le genre lui-même, le genre humain avec ses caractères généraux et permanents. Que l'homme ait dans la main une épée, une équerre ou une plume, il ne change pas de nature pour être soldat, écrivain ou artisan. Il n'est pas vrai, comme le pense M. de Balzac, que les habitudes, les vêtements, les paroles d'un prince, d'un banquier, d'un artiste, d'un bourgeois, d'un prêtre et d'un pauvre soient entièrement dissemblables et changent au gré des civilisations. Au contraire, quand on embrasse l'ensemble de l'histoire de l'humanité, on est frappé des ressemblances fondamentales qu'à travers toutes les civilisations l'homme garde toujours avec l'homme. Regardez le genre humain dans les successions des siècles et dans la diversité des climats, à Memphis, à Suze, à Athènes, à Rome, que ce soit la Rome de Sylla ou d'Innocent III, passez du monde antique au moderne, et vous verrez les sociétés vivant sur le fonds des mêmes idées et des mêmes passions. L'inégalité du développement constitue seule la variété de l'histoire.

Extrait, page 164

Le magnétisme animal auquel il s'est initié depuis 1820 et les sciences occultes dont récemment encore il déplorait la disparition, voilà l'objet des prédilections intellectuelles de M. de Balzac. Il a emprunté à certains mystiques une espèce de doctrine que nous appellerions volontiers avec Diderot, parlant de quelques théosophes, un système de platonico-pythagorico-peripatetico-paracelsico-christianisme. M. de Balzac nous avertit avec solennité qu'il faut chercher dans Séraphita sa véritable pensée sur l'homme et sur le monde. Or, dans Séraphita que nous offre-t-il ? Une biographie de Swedenborg et une sorte d'extrait de plusieurs des traités du Voyant d'Upsal. Nous y retrouvons ses théories sur les trois amours, l'amour de soi, l'amour du monde, l'amour du ciel ;; les trois degrés par lesquels l'homme parvient à ce ciel qui est sa pairie : le naturel, le spirituel et le divin ; enfin la différence fondamentale entre l’exister et la vie. Séraphita est en pleine possession de la doctrine de l'amour, et elle a hâte de traverser la mort pour entrer dans la vie céleste. Quand elle eut exhalé son âme dans un dernier élan de prière, Wilfrid et Minna qui l'avaient chérie et vénérée comme un être privilégié, eurent à leur tour une vision. Ils virent l'esprit de Séraphita frappant à la porte sainte et transfiguré en séraphin. Ils entendirent les diverses parties de l'infini formant une mélodie vivante. La lumière enfantait la mélodie, la mélodie enfantait la lumière. Les couleurs étaient lumière et mélodie, le mouvement était un nombre doué de la parole. Pourquoi donc M. de Balzac se drape-t-il ainsi dans des lambeaux de l'illuminisme de Swedenborg ? Pour donner une sorte de vêtement poétique et de costume religieux à une doctrine qui lui est chère et qu'il a résumée ainsi : une seule substance et le mouvement ; une seule plante, un seul animal, mais des rapports continus. En d'autres termes, la pensée est un fluide et il n'y a qu'un animal ; telles sont les opinions de M. de Balzac sur la nature des choses. Il ne pouvait se dissimuler que ces opinions n'étaient pas sans ressemblance tant avec le matérialisme qu'avec le panthéisme, et cependant il a la prétention d'être chrétien. N'a-t-il pas déclaré qu'il écrivait à la lueur de deux vérités éternelles, la religion et la monarchie ? C'est alors qu'il a imaginé un compromis entre les naturalistes et les mystiques, entre l'esprit de Buffon et l'esprit de Saint-Martin. S'il a pensé que par là il se montrerait original, la méprise ne laisse pas que d'être lourde. Au moment où il croyait s'ouvrir une route nouvelle, il retombait, sans le soupçonner, dans la vieille théosophie du moyen âge, qui mêlait la physique et la chimie à des doctrines mystiques s'appuyant sur la révélation, et qui expirait quand Descartes parut. Ce n'était pas en vérité la peine, au XIXe siècle, de se faire rose-croix.

1847 – Revue Le Semeur – n° 37 - Étude sur M. Ballanche

1847 Le semeur t37Le Semeur
Journal religieux, politique, philosophique et littéraire, paraissant tous les mercredis
Tome seizième– Du 1er janvier au 31 décembre 1847 – N° 37 – 15 septembre 1847
Paris, au bureau du Journal, rue des Petites Écuries, n° 13.
Revue Le Semeur – n° 37 - Étude sur M. Ballanche (extraits)

Étude sur M. Ballanche. Extrait, pages 292-293

Qui a lu la trilogie de Sophocle le retrouve bien dans l’Antigone de M. Ballanche ; seulement chez M. Ballanche, le côté général est mis plus en saillie que chez le poêle grec : c'est une parabole de la destinée humaine qu'il voit dans les tristes destinées de la famille d'Œdipe. Cette lugubre histoire de la chute du roi de Thèbes, des malheurs de sa race, le devin Tirésias la raconte à la famille de Priam, autre race vouée au même sort. Ainsi donc ce n’est pas un épisode, mais une loi de l'histoire : il y a une tradition d'infortune, legs douloureux des victimes d'hier aux victimes de demain. Mais quel est au fond le sens de cette parabole ? On y a vu en général le type des misères de la condition humaine ; je crois qu'il faut aller plus loin, que la conception de M. Ballanche est bien autrement profonde ; elle ne fait cependant que dégager la pensée de Sophocle : il y a une malédiction cachée sous la gloire d'Œdipe. Une inflexible Némésis doit la manifester ; mais cette Némésis n'est pas un sort arbitraire ; elle est fille des actions des [293] hommes. C'est la barbarie de Laïus et de Jocaste abandonnant leur fils sur le Cithéron, c'est la violence meurtrière d'Œdipe qui ont forgé sa chaîne d'airain. Ces crimes n'avaient d'abord aucun rapport entre eux ; ceux qui les commettaient ignoraient leur portée ; ils sont liés cependant comme les anneaux de cette chaîne, et ils enveloppent le roi de Thèbes dans une irrévocable fatalité. C'est là le mystère de sa vie inconnu à lui-même. Il n'en a pas fini avec le sphinx, qui doit revenir lui proposer un redoutable problème, et cette fois il y succombera. Le jour de la justice se lève ; un effroyable secret se trouve au fond de sa puissance et de sa gloire ; le malheur le frappe coup sur coup, et renversé du trône, aveugle, mendiant, « demandant peu, recevant moins encore, »il s'en va, guidé par Antigone, mourir dans une solitude lointaine. Dans M. Ballanche on sent plus vivement que c'est là l'histoire de l'homme, que cette malédiction qui repose sur sa destinée est la malédiction du péché, et qu'elle doit éclater plus terrible quand il est monté plus haut. Toute grandeur, toute gloire humaine, repose sur une suite d'iniquités inconnues peut-être à celui qui en est revêtu ; mais la vengeance en sort à son jour et le secret fatal est révélé. Chez Sophocle, comme chez M. Ballanche, Œdipe exilé et pauvre retrouve la paix, et à sa mort une gloire plus haute, tandis que la Némésis de sa race demeure au palais. Que l'on compare la fin d'Œdipe à celle de ses fils ! C'est que la chute et le malheur d'Œdipe le ramènent à sa vraie condition, qu'il n'y a plus une insulte à la Divinité dans sa royauté, et que le chemin désolé est le chemin de l'épreuve salutaire. Le mot de cette sublime fiction est admirablement donné dans un petit écrit de Saint-Martin intitulé Ecce homo. L'homme, d'après lui, veut échapper à la honte de sa condamnation, à l’Ecce homo par lequel la justice divine proclame sa dégradation ; et par la gloire et la puissance qu'il donne et qu'il cherche, il s'efforce à se transformer en un glorieux: Ecce homo, ecce Deus ! Mais c'est sa perdition, et il ne se retrouve dans la voie du salut que lorsque les malheurs de sa destinée ont fait dire de nouveau le lamentable Ecce homo ! Œdipe roi, voilà la proie du châtiment; Œdipe tombé, proscrit, Œdipe au désert, voilà l'homme tel qu'il doit être : un Dieu bienveillant l'y attend.

On comprend que M. Ballanche ait trouvé là un type magnifique pour son idée favorite de l'épreuve, de la douleur comme initiation au salut ; on voit poindre là l'aurore de son système.

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