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Index de l'article

1854 Matter hist philoHistoire de la Philosophie dans ses Rapports avec la Religion Depuis L'ère Chrétienne
Par M. Matter, Conseiller honoraire et ancien inspecteur général de l’Instruction publique
Paris - 1854 
- Librairie Ch. Meyrueis et Cie, 2, rue Tronchet
- Librairie Hachette, 14, rue Pierre Sarrazin

Sommaire 
Le mysticisme théosophique. Bœhme
Le mysticisme religieux, physique et théosophique
La nouvelle philosophie de la nature. Lavater
La nouvelle philosophie de la nature. Baader


Le mysticisme théosophique. Bœhme, Extrait, pages 267-272

Le mysticisme fit en Angleterre des conquêtes plus brillantes, après avoir été fécondé par un théosophe allemand, Jacques Bœhme [né en 1575, près de Gœrlitz, dans la Haute-Lusace]. Élevé d'abord pour le métier de berger, qu'il échangea plus tard contre un autre, Bœhme se distingua très jeune par un esprit très religieux et très méditatif, frappé de ces paroles évangéliques : Mon père [page 268] céleste donnera l'esprit à ceux qui le lui demanderont. Attiré par cette promesse, il se développa rapidement dans la vie de prière et s'éleva dans la communion intime avec Dieu à un état de paix et d'illumination telle que trois fois il eut des intuitions ou des visions « et qu'il fut introduit à une contemplation, par le ravissement de son esprit astrologique, au centre de la nature et dans la lumière de l'essence divine. » —- En vain il chercha à s'en distraire; « le regard qu'il avait reçu devint clair en lui de plus en plus, en sorte qu'il put voir, pour ainsi dire, jusque dans le cœur de toutes les créatures et dans leur nature la plus intime. » Admirablement doué, il composa plusieurs ouvrages, d'abord pour lui seul, puis pour ses amis, s'attirant de vifs démêlés avec les théologiens. Lisant beaucoup et vivant dans l'intimité de trois médecins, saint homme et demeurant simple et honnête cordonnier jusqu'à la fin de ses jours, mais écrivant sans cesse il mourut eu 1624, au retour d'un voyage à Dresde, où il avait défendu ses ouvrages devant une commission théologique. [V. Aurora. — Les trois principes, publié à la suite de la troisième vision ou illumination. — La triple vie de l'homme. — En tout une trentaine d'écrits, réunis dans les quatre éditions d'Amsterdam, la première de 1675, in-4°; la deuxième en 10 vol. in-8° ; la troisième 2 vol. in-4°; la quatrième 6 vol. in-8°.]

La langue et la pensée philosophique de Bœhme sont également incultes. Non seulement il dit, par exemple, le Marcurius et le divin Salitter, au lieu de mercure et de salpêtre, mais souvent il emploie les mots d'une manière très arbitraire, de sorte que quand il parle par exemple de soufre, ce n'est pas le corps qu'il entend, mais l'essence de soufre. Il exprime aussi les qualités morales par des termes de chimie et parle de l'amertume de Dieu au lieu de parler de sa colère. Toute philosophie originale a un langage original; mais Bœhme, en dépit de son assurance, [page 269] sent les défauts du sien. Aussi l'allemand, si riche qu'il soit, est trop pauvre pour rendre sa pensée ; il regrette de ne pas savoir le latin pour peindre ses idées et s'enquiert de termes latins auprès des médecins, ses amis. Walter lui fournit celui d'Idea, et la personnifiant tout aussitôt, le théosophe en fait une belle vierge, toute céleste, d'une douce beauté: une déesse par lui corporellement et spirituellement exaltée jusqu'à l'idéal.

Ce qui le distingue comme penseur, c'est à la fois la richesse es idées et la confiance avec laquelle il en accepte l'abondance. Son âme est si vaste et si active que tout s'y réfléchit, l'univers intellectuel et physique, Dieu et la nature. Il n'est rien qu'il n'aborde et ne tranche.

Sa doctrine, issue de la théologie allemande, de l'alchimie et de la kabbale du XVIe siècle est mal exposée. C'est au fond une théologie et une philosophie de la nature, non pas mystique seulement, mais théosophique et panthéiste, empruntée, dans ses éléments, non pas à celle de Fludd, son contemporain, que Bœhme paraît n'avoir pas connu, mais à celle de Paracelse, qu'il cherche à mettre d'accord avec la Bible. Car, dit-il, toute science est l'œuvre du Saint-Esprit. Ce principe rassure sa conscience évangélique, et en son nom il passe et s'élève à tout ce qui le tente, s'efforçant de tout expliquer. Dans l'Aurore, il distingue ces trois sciences : 1° la philosophie, qui traite de la puissance divine, de la nature de l'univers, des étoiles et des éléments, de l'origine de toutes choses, du ciel et de la terre, des anges, des hommes et du diable, du paradis et de l'enfer, de tout ce qui est créé; 2° l'astrologie, qui traite des forces de la nature, des étoiles et des éléments, montre comment toutes les créatures en viennent, et comment, par elles, se fait le bien et le mal dans les hommes et les animaux ; 3° la théologie, qui traite du royaume du Christ, de son opposition contre [page 270] l'enfer, et montre comment il lutte contre l'empire de celui-ci.

C'est cette dernière science que Bœhme expose avec le plus de confiance, car c'est un théodidactos pour qui rien n'est trop élevé, si humble que soit sa piété. Dieu est le principe, la fin et la substance de toutes choses. Considéré en lui-même, il est mystère, réunissant en lui toutes les possibilités, mais n'offrant comme esprit ni qualité, ni attribut : c'est Dieu le Père. Comme substance distincte, comme lumière qui luit dans les ténèbres et comme volonté se reproduisant à sa ressemblance, c'est le Verbe ou le Fils. Comme expansion de lumière et manifestation de volonté, c'est l'Esprit divin.

L'homme est l'image de cette trinité par son esprit, par la lumière qui y brille, et par l'affection qui la met en jeu.

Les idées de Bœhme sur la nature se lient étroitement à sa théologie. Quant à la nature, il distingue celle qui est invisible et éternelle, et celle qui est visible et temporelle. La première, formée des essences qui entrent dans la composition des choses, est émanée de Dieu directement, la seconde indirectement. Les existences étaient d'abord confondues en son sein. Puis la volonté divine, se voyant en sa perfection absolue, a été saisie, pour elle-même, d'un amour, d'un désir irrésistible qui a constitué une division, une séparation en lumières et en ténèbres [idée empruntée à la cosmogonie phénicienne, à celle d'Hésiode et à celle des Gnostiques]. Enfin la lumière et les ténèbres, ces deux principes générateurs de toutes choses selon l'antique spéculation de l'Orient, s'étant divisés chacun à leur tour, ont donné lieu aux sept essences de toutes choses, qui sont : 1° le désir qui préside à la formation; 2° l'expansion; 3° l'amertume physique, et la volonté ou l'ensemble des affections naturelles [ensemble ces trois forment la colère d'où naissent l'enfer et la damnation] ; 4° le feu spirituel ou l'énergie instinctive; [page 271] 5° la lumière qui change le feu en amour, le fils de Dieu; 6° la sonorité ou l'intelligence, écho de la sagesse ou de la parole éternelle; 7° la forme et la substance au sein de laquelle se combinent les autres essences.

Au premier aspect il n'y avait là rien qui fût de nature à frapper les philosophes par la nouveauté des idées ni à éblouir l'intelligence par la clarté des démonstrations. Cela différait toutefois complètement, par le fond et la forme, des discussions de l'école. D'ailleurs Bœhme était fait pour agir fortement sur les esprits par une nature très poétique, une imagination très grandiose et très créatrice, une piété très profonde. En effet ce qu'il voulait essentiellement, c'était cette vie sainte indiquée par les paroles de Jésus-Christ : Mon père donnera le Saint-Esprit à ceux qui le lui demanderont; et c'est son grand mérite d'avoir jeté dans la spéculation philosophique sa sincère piété et son évangélique humilité. En ce sens, il a fait beaucoup de bien. Abstraction faite de la valeur de ses idées, il a été pour les cercles mystiques et la philosophie allemande ce que Spener a été pour la théologie redevenue évangélique et pour les cercles piétistes. Fort célébré de son temps en Allemagne et apprécié encore de Leibniz, le philosophus Teutonicus fut bientôt négligé des uns et bafoué des autres, et son règne est à jamais passé; mais son nom est encore porté aux nues par les panthéistes et par les mystiques de son pays.

D'abord recherchés en Hollande où le terrain était préparé depuis Roesbrock, ses écrits y furent recueillis et traduits par les soins du médecin Walter. Cet homme d'un zèle extrême voyagea six ans en Arabie, en Syrie et en Égypte à la recherche de la kabbale, de la magie et de l'alchimie, et il fit, dans l'intérêt d'une propagande mystique, le voyage d'Amsterdam, où il entretint même les hautes classes de la doctrine et des écrits de Bœhme [page 272] V. Kernhafter Anszug aus J. Bœhms Schriften. Amsterdam, 1718, in-4°, p. 45]. Ces travaux furent secondés dans les Pays-Bas par le savant Coménius [né en Moravie, 1592, mort à Amsterdam en 1671], dont les admirations se partageaient entre Bœhme et la célèbre Antoinette Bourignon, et qui publia plusieurs ouvrages estimés dans cette tendance [Synopsis physices. — Theatrum divinum. —Labyrinthe du monde. — Prodromus Pansophiæ. — Echo absurditatum. — Lux in tenebris, traduction des prophéties et des visions de Kotter, de Drabicius et de Catherine Poniatowska. — Orbis pictus]. D'Amsterdam Walter était allé à Paris avec le même dessein, mais non pas avec la même fortune. Ce ne fut que sur la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci que Saint-Martin étudia et traduisit les ouvrages de Bœhme [L'Aurore naissante, Les principes de l'essence divine. Le chemin pour aller au Christ].

En Angleterre Bœhme trouva dès l'origine des partisans et des continuateurs enthousiastes, et enfin un traducteur de ses œuvres [Law, Londres, 1765, 4 vol. in-4°, et 5 vol. en 1772].

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Le mysticisme religieux, physique et théosophique. Extrait, pages 350-351

Un pieux prélat du Wurtemberg, OEtinger, et un gentilhomme français, Saint-Martin, comprirent autrement les faits mystiques qui venaient de se produire.

Le premier, plus apprécié de nos jours que de son temps, publia en allemand un Extrait des œuvres de Swedenborg, en 1765, et y joignit une série de publications, qui continuaient, en les développant et en les systématisant, les idées principales de Bœhme [Swedenborgs und Anderer irdische und himmlische Philosophie, Leipz., 1765. — Œuvres d'OEtinger, publiées par Ehmann, 1853].

Le second, Saint-Martin, né en 1715 [sic pour 1743], mort en 1803, tout en se professant le disciple de Bœhme, qu'il appelait « la plus grande lumière qui eût paru sur la terre après Celui qui est la lumière même, » et qu'il traduisit comme nous l'avons dit [V. ci-dessus, p. 272], fut d'abord un des adeptes du kabbaliste portugais Martinez Pasqualis, fondateur de la secte des martinistes très occupée du commerce des esprits. Aussi Saint-Martin apporta de grandes modifications à la doctrine de Bœhme. Il publia plusieurs [page 351] ouvrages, qui toutefois ne passèrent pas le cercle très restreint de ses partisans et de ses amis, quoique quelques-uns en fussent traduits et d'autres imprimés à l'étranger, où il avait des correspondants enthousiastes [Des erreurs et de la vérité, 1775. —- Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers, 1782. — De l'esprit et de l'essence des choses, 1800. — Le ministère de l'homme esprit. — L'homme de désir].

Saint-Martin, initié par ses maîtres au commerce des esprits, fut naturellement un des premiers à suivre avec une croyante attention les faits extraordinaires ou les forces mystérieuses qu'un nouveau genre d'expériences tentées dans le domaine de la nature sembla, sous les mains d'un médecin, Mesmer, jeter comme un défi à l'incrédulité, au matérialisme du siècle, et même aux doctrines scientifiques des Bernoulli, des Euler, des Linné, des Gravesand et des Buffon.

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La nouvelle philosophie de la nature. Lavater. Extraits, page 383, 384-385

En effet, la grande ambition de Lavater [né en 1741, mort en 1801], le noble ami de Klopstock et de Gœthe, de Mendelsohn et de Jacobi, de Kirchberger et de Saint-Martin, ce fut de montrer le spiritualisme dominant le matérialisme, l'âme se dessinant dans ses organes. C'est dans ce but qu'il essaya d'élever à une sorte de système les vues jetées en avant par Porta et Huarte. [Fragments physiognomoniques, 1774, 4 vol. in-4°]. Et quelque exagération qu'on ait apportée dans ce point de vue, on n'est point parvenue fausser ce qu'il contient de vérité.

[...] [page 384] La pneumatologie n'avait pas attendu ces déclarations pour reprendre une attitude nouvelle au nom de faits nouveaux sans doute, mais au nom de faits anciens aussi, classés comme légendes, mais reprenant le titre de faits par suite des phénomènes, prétendus ou réels, du jour. Toutefois, les trois amis de Lavater, Jung-Stilling, Kirchberger et Saint-Martin, qui avaient entrepris la réhabilitation de la pneumatologie au nom du mysticisme et avant l'apparition de ces phénomènes, étaient peu propres à remplir une mission philosophique. La pneumatologie [page 385] n'était qu'une branche de la théologie; il fallait une transformation essentielle dans celle-ci pour en amener une dans celle-là. Or, de toutes les sciences, celle qui se trouvait la plus atteinte par Kant, par Fichte et par Hegel, c'était évidemment la théologie, que les trois métaphysiciens avaient eu l'ambition de modifier profondément. Aussi leurs doctrines amenèrent celui des philosophes encore vivants dont le nom se mêle sans cesse aux leurs, Schelling, à présenter enfin une théorie de la révélation et elles enfantèrent une théologie nouvelle.

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Baader. Extrait, pages 389-391

Deux autres, Baader et M. de Schubert [pour qui la postérité a commencé au point que nous pouvons le nommer ici] le firent avec plus d'autorité et de séduction.

Le premier [né en 1765, mort en 1841], d'abord élève en médecine, puis naturaliste, professeur et écrivain à la fois théologique, philosophique et politique, versa dans ses leçons, dans ses écrits, qui formeront une quinzaine de volumes in-8°, et dans sa correspondance avec Jacobi, Jung-Stilling, le prince de Galitzin et le comte de Stourdza, tout [page 390] ce que sa vaste et féconde intelligence et son âme mystique avaient amassé d'idées. [Œuvres complètes, sous presse.] Profondes, ingénieuses ou nouvelles, elles s'étendaient sur les sciences physiques, la théologie et la politique ; sur la vie organique ou l'incarnation du principe spirituel ; sur le « nouvel obscurantisme qui conteste jusqu'à la perception d'une vie meilleure »; sur la maxime qu'on ne peut pas abuser de la raison; sur la morale fondée par la physique elle-même ; sur l'alliance de la politique avec la religion amenée par la révolution française; sur l'eucharistie, l'extase, le magnétisme, la clairvoyance, et toutes les questions du mysticisme, y compris celles que soulevaient Paracelse, Bœhme, Swedenborg et Saint-Martin, dont Baader goûtait les ouvrages. [V. sa préface pour la traduction du livre de l'Esprit et de l'Essence des choses.] Baader, qui se sentait appelé surtout à combattre l'inévitable panthéisme de la famille de Kant, fondait toute sa spéculation éthique et théologique sur ces trois principes : 1° que, loin d'identifier ou de séparer Dieu et le monde, il faut les distinguer et les unir; 2° que l'Esprit, pour son perfectionnement, a besoin de la Nature, la Nature, pour le sien, de l'Esprit; 3° que tout ce qui a vie entretenant deux rapports [donner la vie et la recevoir] l'intelligence humaine a nécessairement aussi ces deux rapports : une sphère de reproduction inférieure à elle et où elle communique, et une sphère de réception, supérieure à elle et divine et d'où elle s'alimente, ce qui n'est pas affaire de son choix ou de son caprice, mais de son instinct d'une part et de la grâce de Dieu d'une autre.

Baader est surtout éloquent quand il développe ce dernier ordre d'idées, que le christianisme seul a fait nettement comprendre à l'humanité, en enseignant que l'élévation dans la région divine est une véritable régénération venue de Dieu, suivie d'une ingénération en Dieu, c'est-à-dire d'une unification avec lui. [page 391]

Comme les autres mystiques, Baader explique tous les problèmes, toutes les difficultés de l'état actuel, par la chute de la nature, suite de celle de l'homme et de la malédiction dont elle fut frappée avec lui. [Hoffmann, die Vorhalle zu Baader. — Lutterbeck, über den philosophischen Standpunkt Baaders, 1854.]

Ces vues séduisirent deux écrivains de puissante énergie et de grande érudition, Goerres et Molitor. Goerres les présenta sous des formes plus ecclésiastiques, plus sanctionnées par l'autorité de l'Église, dans son Histoire de la mystique chrétienne et d'autres ouvrages où toute la science humaine, la mythologie elle-même, est au service de l'idée religieuse et qui eurent de l'écho jusqu'en France. Molitor, encore plus mystique, s'attacha surtout à présenter la kabbale sous la forme d'une spéculation moderne et sous le jour complet que le christianisme est venu y répandre. [Philosophie der Geschichte oder über Tradition. Munster, 2e éd. 1853, 4 v.]

L'influence de Baader, dont les études étaient riches et variées, le caractère honorable et la piété très indépendante, fut à ce point profonde, malgré les bizarreries de son style et l'excentricité de son mysticisme, qu'elle amena les modifications empreintes d'une si haute pensée que M. de Schelling fit dans ses doctrines à partir de 1809. [Préface de la 2e édition de Baaders kleine Schriften, par M. Hoffmann.] Ses écrits embrassent les catégories suivantes : philosophie de la connaissance et philosophie fondamentale, philosophie de la nature, de l'esprit, de la société, de la religion, mélanges. Et partout éclate avec énergie l'idée : que le spiritualisme supernaturel qu'on n'a cessé d'opposer à un naturalisme vicieux dans la spéculation moderne, dès avant Descartes, n'est pas moins vicieux, en ce qu'il ne s'appuie que sur une des faces de la vérité. « Ne pas prendre son commencement en Dieu [comme fait Descartes, qui commence par le Moi], c'est [392] déjà le nier. » Il faut mettre : «Je suis pensé, je suis voulu, donc je suis. » Nous venons de dire que ces doctrines eurent de l'écho en France. Baader non seulement attirait notre jeunesse ; il publia deux de ses écrits en français. Actif jusqu'à ses derniers jours, il ne cessa de regarder comme sa grande mission de combattre le panthéisme dans ses formes principales et décidées, c'est-à-dire le bouddhisme, la kabbale, le spinosime [sic] et le système de l'identité.

En France, où la pensée religieuse s'était abaissée avec la pensée philosophique, travestie et parodiée plutôt que représentée par quelques publications de nos mauvais jours, la première se releva surtout aux accents d'un grand écrivain, qui faisait comprendre le christianisme lui-même tout en n'en prétendant peindre que le génie. Nous eûmes alors le spectacle de deux réactions, l'une philosophique, l'autre théologique, spiritualistes toutes deux, et, en fin de compte, chrétiennes l'une et l'autre, quoique se croyant ennemies et se combattant systématiquement avec un ensemble que l'esprit de corps peut seul donner aux études spéculatives. La spéculation étrangère, celle d'Allemagne et d'Angleterre, et en particulier les écrits de Kant, de Baader, de Jacobi, analysés dans nos journaux, et ceux de Frédéric Ancillon, publiés en français, ne furent pas étrangers à ce double mouvement qui est le grand intérêt des derniers temps.

Il eut cependant son cachet national dans la réaction théologique comme dans la réaction psychologique, l'une et l'autre amenées par l'abaissement où le sensualisme était tombé après Condillac.

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