Calendrier perpetuel 1867Année 1867

- Aubry - Bulletin du bouquiniste
- Catalogue général de la librairie française
- Dictionnaire français illustré et Encyclopédie universelle - Martinisme, martiniste
- Études religieuses, historiques et littéraires 
- Franck - Philosophie et religion 
- Roche - Les prosateurs français - Article Ballanche
- Saint-Albin - Les Francs-Maçons et les sociétés secrètes
- Strœhlin - Étude sur William Ellery Channing 
- Crétineau-Joly – Histoire des trois derniers princes de Condé 
- Mickiewicz - Histoire populaire de la Pologne 
- Geffroy - Gustave III et la cour de France

1867 - Aubry - Bulletin du bouquiniste

1867 bouquinisteBulletin du bouquiniste
Publié par Auguste Aubry, libraire
11e année, 1er semestre, tome XXI
Paris, A. Aubry, libraire éditeur, rue Dauphine, 16
1867

15 mars, 246e numéro, page 172

1247. Saint-Martin. Des erreurs et de la vérité, ou les Hommes rappelés au principe universel de la science, par un philosophe inconnu (Saint-Martin). Edimbourg, 1782, in-8, cart. à la Bradel, n. rog. 5 fr.

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15 avril 1867, 248e numéro, page 227

1573. Saint-Martin (Esprit de). Pensées choisies. Paris, 1836, in-12. Br. 3 fr. 50

Ces pensées sont extraites des œuvres devenues fort rares, de Saint-Martin, le mystique auteur de l’Homme de désir.

1574. — Le même, demi-rel., v. viol. 3 fr. 50.

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15 mai 1867, 250e numéro, page 289

1979. Moreau (L.) Le philosophe inconnu. Réflexions sur les idées de louis Claude de Saint-Martin le Théosophe, suivies de fragments d’une correspondance inédite entre Saint-Martin et Kirchberger. Paris, 1850, in-12, br. (Devenu rare).

Détails sur la vie du célèbre mystique et analyse de ses œuvres.

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1867 - Catalogue général de la librairie française

1867 catalogueCatalogue général de la librairie française pendant 25 ans (1840-1865) rédigé par Otto Lorenz, libraire
Tome premier (A-C)
Paris. Chez O. Lorenz, rue des Beaux arts, 3 bis.
1867

Page 438

CARO (Elme Marie, littérateur, professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Paris, né à Poitiers en 1826.

- Du Mysticisme au XVIIIe siècle. Essai sur la vie et la doctrine de saint Martin, le philosophe inconnu. In-8°. 1852. Ibid. [Hachette et Cie] 5 fr.

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1867 - Dictionnaire français illustré et Encyclopédie universelle 

1867 dictionnaireDictionnaire français illustré et Encyclopédie universelle pouvant tenir lieu de tous les vocabulaires et de toutes les encyclopédies
B.- Dupiney de Vorepierre
Chevalier de la Légion d’honneur, docteur en médecine, licencié en droit, etc.
Et rédigé par une société de savants et de gens de lettres
G – Z
Paris, bureau de la publication – rue Saint-Honoré, 203
Michel Lévy frères, libraires, rue Vivienne, 2 bis
1867

bouton jaune  1ère édition : 1864 – L’édition de 1876 se trouve sur Gallica

Martinisme, martiniste, page 383

MARTINISME. s.m. MARTINISTE. s. 2 g.

Enc. — On désigne sous ce nom la doctrine d’une petite secte d’illuminés qui fut fondée, vers 1754, par un juif portugais nommé Martinez Pasqualis. Les partisans de cette doctrine, que l’on appela Martinistes du nom de son auteur, prétendaient être en commerce avec les âmes et avec les intelligences célestes, et se livraient aux opérations théurgiques. Cette secte disparut à la révolution ; cependant un des anciens disciples de Pasqualis, Louis-Claude de Saint-Martin , dit le Philosophe Inconnu, essaya de la continuer, tout en faisant subir à la doctrine du maître des modifications capitales, et en la transformant en un spiritualisme mystique plus rapproché du christianisme, mais néanmoins encore plein de rêveries et d’erreurs.

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1867 – Franck - Philosophie et religion 

1867 franckPhilosophie et religion
Adolphe Franck [1809-1893], membre de l’Institut, professeur au Collège de France.
Paris. Librairie Académique.
Didier et Cie, libraires éditeurs. 35, quai des Augustins, 35.
1867

Le mysticisme chez les Grecs. IV – Extrait, pages 52-53

Pour les mystiques chrétiens, au contraire, à quelque Église et à quelque temps qu'ils appartiennent, pour les mystiques chrétiens, Dieu est avant tout le type idéal et vivant de toute bonté, de toute perfection, de toute grâce, qu'on ne peut connaître sans l'aimer, qu'on ne peut aimer sans lui sacrifier tout autre amour, sans se donner à lui tout entier, sans s'immoler pour lui, sans renoncer à. soi pour ne plus vivre qu'en lui et par lui. Comme il n'y a d'amour possible que pour un être capable d'aimer à son tour, pour un être intelligent qui a la conscience de lui-même en même temps qu'il connaît les transports et les sacrifices dont il est l'objet, le mysticisme chrétien suppose nécessairement un Dieu personnel. C'est en Dieu qu'il voit le modèle accompli de la personnalité, l'exemplaire éternel de la nature humaine, tandis que le mysticisme alexandrin la répudie comme une mutilation et une déchéance. Mais si le mysticisme chrétien, que d'ailleurs il ne faut pas confondre avec le christianisme lui-même, rend hommage à la personnalité divine et [54] reconnaît d'une manière générale la personnalité humaine, on ne peut pas se dissimuler qu'il tend à l'anéantissement de l'individu et à la destruction du sentiment de l'existence par l'absorption extatique de la créature dans le créateur. On rencontre souvent dans Tauler, dans Saint-Martin, dans maître Eckart, dans Fénelon, dans le petit traité anonyme de la Théologie germanique, des expressions qu'on dirait tirées des Ennéades ou des Commentaires de Proclus sur le Parménide.

bouton jaune  Le mysticisme chez les Grecs. IV – Extrait, pages 53-54

Une nouvelle religion en Perse. Extrait, page 314

Qu'on lise le début du Livre des préceptes, traduit par M. de Gobineau à la suite de son excellent ouvrage, on verra que Dieu, parce qu'il est « l'unité des unités et la somme des sommes, » est absolument tout ; l'unité d'abord, et ensuite la pluralité ; ce qui, résiste à la division et ce qu'il y a de plus divisible ; ce qu'il y a de plus caché et de plus manifeste, de plus ancien et de plus nouveau, de plus tendre et de plus sévère, de plus juste et de plus miséricordieux : « Il n'y a pas une seule chose, sinon dans lui. » Voici un passage du même livre qui doit être, selon toute apparence, le Credo de la religion nouvelle « Nous croyons tous en Dieu, et nous mettons tous notre foi en Dieu ; et nous avons tous commencé en Dieu, et nous retournerons tous en Dieu, et nous tirons tous notre joie de Dieu (2). »

A cette doctrine sur l'origine des êtres vient se joindre, sur la fin du monde et le jugement dernier, une opinion particulière qui a beaucoup d'analogie avec celle que nous avons rencontrée récemment dans une production du mysticisme (3), due également aux inspirations de l'Orient.

Notes

1. Le Livre des préceptes, traduit par M. Gobineau, p. 469.

2. Ibid., p. 498.

3. Voyez le Journal des Savants, cahier d'octobre 1865, septième article sur Saint-Martin [de Adolphe Franck, reproduction du chapitre 7 de son livre La philosophie mystique en France à la fin du XVIIIe siècle. Saint-Martin et son maître Martinez Pasqualis].

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1867 – Roche - Les prosateurs français - Article Ballanche (1776-1847)

1867 rocheLes prosateurs français.
Recueils de morceaux choisis dans les meilleurs prosateurs, depuis l’origine de la littérature française jusqu’à nos jours avec une notice biographique sur chaque auteur.
Par Antonin Roche, Directeur de l’Educational Institute de Londres, chevalier de la Légion d’honneur.
Nouvelle édition, augmentée de notes grammaticales, littéraires, etc.
Paris. Ch. Delagrave et Cie, lib. Éditeurs, 78, rue des Écoles
Londres. Trübner, 60 Paternoster Row
1867

Édition de 18451845 Roche

À noter que l’édition de 1845 du même livre ne comportait pas la référence sur Saint-Martin.

Les prosateurs français. Recueils de morceaux choisis dans les meilleurs prosateurs, depuis l’origine de la littérature française jusqu’à nos jours avec une Notice biographique et critique sur chaque auteur.
Par Antonin Roche, professeur d’histoire
Paris. Imprimé pour P. Rolandi, 20 Berners Street, à Londres.
Et se trouve aussi chez Truchy, boulevard des Italiens
1845.

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Article Ballanche (1776-1847) – Extrait, p. 386

Ballanche, homme modeste, mena une vie retirée, toute consacrée à la recherche de la vérité. On pourrait lui appliquer le mot de Joubert sur le philosophe Saint-Martin : « Il s'élève aux choses divines avec des ailes de chauve-souris. »

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1867 - Saint-Albin - Les Francs-Maçons et les sociétés secrètes

1867 saint albinLes Francs-Maçons et les sociétés secrètes
Alex. De Saint-Albin
Deuxième édition, revue, considérablement augmentée et suivie des actes apostoliques des souverains pontifes Clément XII, Benoît XIV, Pie VII, Léon XII et Pie IX.
Paris. F. Wattelier et Cie, libraires éditeurs, 19, rue de Sèves.
M DCCC LXVII

Chapitre I. Les origines. Extrait, p. 55, note 3

Note 3 :

« Quant aux doctrines de Saint-Martin, un mot de lui les résume : Tous les hommes sont Rois. Et ce mot venait compléter celui de Luther, prononcé trois siècles auparavant : Tous les Chrétiens sont prêtres. » Le F.·.François Favre, p. 49).

Et l’autorité de Saint-Martin fut considérable chez les Francs-Maçons ? Voici ce que dit de son livre des Erreurs et de la Vérité le F.·.J. G. Findel qui, pour son compte personnel, rejette tout à fait l’autorité du Philosophe inconnu, sans doute parce qu’il y a encore trop de religiosité dans le fatras de Saint-Martin, et que la religiosité garde encore quelque trait de ressemblance avec la Religion : « Il ne [56] fut pas seulement révéré en France comme un Evangile par des FF.·.isolés, mais en Allemagne on le considéra comme une mine de vraie science maçonnique, et on le recommanda particulièrement aux FF.·.Chevaliers initiés d’Asie. Le F.·.Claudius, le messager de Wandsbeck, le traduisit en allemand, bien que, de son propre aveu, il n’y comprit rien. » (Histoire de la Franc-Maçonnerie, t. I, p. 457).

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Chapitre III. Les doctrines. Extrait, p. 265, note 1

Luther avait dit : Tous les Chrétiens sont prêtres. Saint-Martin dit : Tous les hommes sont Rois. (Voir plus haut, p 55, note 3). La Franc-Maçonnerie dit aujourd’hui : Tous les FF.·. sont dieux. Quo non ascendam !

bouton jaune  Chapitre III. Les doctrines. Extrait, page 265, note 1

Chapitre IV, Les trames et les métamorphoses. Extrait, p.346-347

Cazotte, ouvrier de l'œuvre révolutionnaire,

Un Frère raconte que Cazotte s'était fait ainsi affilier à la « secte des Martinistes », et il ajoute : « Lorsque les sociétés maçonniques eurent pris une tendance politique avouée, et surtout lorsque la Révolution fut venue dévoiler le but de cette tendance, Cazotte, fervent royaliste, s'éloigna d'elle (2). » Mais avant de s'éloigner d'elle, il l'avait servie, servie dans cette œuvre qu'il devait maudire en la connaissant, servie contre la [page 347] cause pour laquelle il devait mourir. Avant de s'éloigner de la Franc-Maçonnerie, le fervent royaliste, prenant part aux travaux de sa Loge avec l’ardeur qu'il apportait en toute chose, avait travaillé contre la Royauté. Car, « à la veille de la « Révolution, c'est le même Frère qui le dit, la Maçonnerie devient un instrument de mouvement et d'action (1) ». [Procès Cazolte, p. 46].

bouton jaune  Cazotte, ouvrier de l'œuvre révolutionnaire

Chapitre IV, Les trames et les métamorphoses. Extrait, p. 457

« Il parut un écrit portant pour titre : Erreurs et vérités. Cet ouvrage fit grande sensation et produisit sur moi la plus vive impression. Je crus d’abord y trouver ce qui, d’après ma première opinion, était caché sous les emblèmes de l’Ordre ; mais à mesure que je pénétrai plus avant dans cet antre ténébreux, plus profonde devint ma conviction, que quelque chose de tout autre nature devait se trouver dans l’arrière-fond. La lumière devint plus frappante, lorsque j’appris que Saint-Martin, auteur de cette publication, devait être et était réellement l’un des coryphées du Chapitre de Sion. Là se rattachaient tous les fils qui devaient se développer plus tard, pour préparer et tisser le manteau des mystères religieux dont on s’affublait pour donner le change aux profanes. »

[Citation d’un mémoire aux représentants des autres grandes puissances, lors du Congrès de Vérone, du plénipotentiaire prussien, le comte de Haugwitz].

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1867 - Strœhlin - Étude sur William Ellery Channing 

1867 stroehlin1Étude sur William Ellery Channing
par Ernest Strœhlin, candidat au saint ministère
Génève. Imprimerie Ramboz et Schuchardt
1867 - 159 pages

William Ellery Channing
Sa vie, sa prédication, son rôle comme abolitionniste et comme réformateur social
Thèse présentée à la vénérable compagnie des pasteurs et professeurs de Genève par
Ernest Strœhlin, candidat au st ministère

Exergue

« La vie nous a été donnée pour que chacune des minutes dont elle se compose soit échangée contre une parcelle de la vérité ».
(SAINT-MARTIN, le philosophe inconnu.)

bouton jaune  1867 - Strœhlin - Étude sur William Ellery Channing 

Cette citation est reprise d'autres auteurs. Nous l'avons trouvé dans des ouvrages publiés en 1860 chez Edmond Scherer en exergue dans son ouvrage Mélanges de critique religieuse. Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, et la Revue Suisse reprennent cette  phrase à la suite de critiques sur l'ouvrage de Scherer.

Elle est également reprise en 1866 dans La Revue bleue, le Moniteur scientifique, le Bulletin administratif du ministère de l'instruction publique, le tome 7 du Grand dictionnaire universel de Pierre Larousse et la Revue des cours littéraires de la France et de l'étranger (1866, volume 3), p.376. 

Au XXe siècle, d'autres ouvrages et revues reprennent cette citation comme La Grande revue (1903, volume 24), page 104 ; la Revue des Français (vol. 8, 1913), p.236 ; la Revue mondiale : ancienne Revue des revues (1920), p.172 ; Les Cahiers protestants (1921), volume 5, p. 271 ; Albert Cim dans Nouvelles récréations littéraires et historiques (1921), p.18 la Société languedocienne de géographie (1931), p.7, citant Scherer .

De nos jours, cette citation se trouve dans Les arbres et les jours, de Jacques de Bourbon Busset (1967), page 69.


1867 – Crétineau-Joly – Histoire des trois derniers princes de Condé

Histoire des trois derniers princes  de la maison de Condé
Prince de Condé – Duc de Bourbon – Duc d’Enghien
D’après les correspondances générales et inédites de ces princes
Par Jacques-Augustin-Marie Crétineau-Joly1867 condeTome second
Paris. Amyot, éditeur, 8, rue de la Paix.
M DCCC LXVII

2 - La duchesse de Bourbon au duc de Bourbon (1). – Extrait, pages 6-8

Ce 15 mars 1792.

C'est sans espoir de succès, monsieur, que je me hasarde là vous communiquer les désirs de mon [page 7] cœur ; mais comme je sais que celui qui en est le maître peut en un moment [page 8] changer les dispositions, j'abandonne le tout à sa providence, et crois devoir suivre un sentiment qui me semble dicté par elle, et qui n'a d'autre inconvénient que de m'attirer un refus de votre part. Si vous le repoussez, ce sentiment, je n'en serai pas responsable vis-à-vis de Dieu, et j'aurai la satisfaction d'avoir fait mon devoir.

1. La duchesse de Bourbon possédait toutes les qualités aimables qui font briller dans le monde ; mais, peu de temps après sa séparation d'avec son époux, des idées d'un mysticisme étrange s'emparèrent de son imagination et, au milieu des incrédulités de son siècle, elle essaya de renouveler les tendances dévotes de Mme Guyon. Née princesse d'Orléans, il lui eût été bien difficile de ne pas adopter, au moins en partie, les théories révolutionnaires dont ses proches faisaient commerce et parade ; elle devint l'inspiratrice du chartreux apostat, dom Gerle, qui figure dans le serment du Jeu de Paume et l'auxiliaire de Catherine Théot, cette mère de Dieu que Robespierre vénérait. L'illuminé Saint-Martin était son ami et son guide.

Ce fut dans l'essor de ses effervescences révolutionnaires, qu'elle jugea à propos de s'adresser au duc de Bourbon et de lui faire des propositions aussi nobles que déraisonnables. Cette lettre, qui n'est ni d'une haute sagacité ni d'une prévision bien rassurante, a pourtant un cachet de candeur et l'on doit le respecter. A la veille de tous les crimes, la duchesse ne veut voir qu'un peuple de frères dans tous les criminels. C'est sous cette impression que, le 15 mars 1792, elle s'adresse de Paris au duc de Bourbon.

A quelques mois de cette date, et, malgré l'appui que ses écrits mystico-démocratiques accordaient aux évoques intrus et aux visionnaires d'humanité, elle fut à son tour l'innocente victime de la Terreur. Enfermée avec les d'Orléans et le prince de Conti au fort Saint-Jean, à Marseille, elle proposa à la Convention de lui abandonner tous ses biens en échange de la liberté. Les Conventionnels n'ont pas besoin d'une pareille offre ; ils ont nationalement mis la main sur la fortune de la duchesse et ils passent à l'ordre du jour. La duchesse de Bourbon ne sortit de prison que le 29 avril 1795. Après le 18 fructidor, an V, elle fut expulsée de France, avec une pension de cinquante mille livres, pension que la République paya toujours assez mal. Retirée en Espagne, près de Barcelone, avec sa belle-sœur, la duchesse douairière d'Orléans, elle se livra plus que jamais à ses fantaisies religieuses et mystiques qu'une ardente charité envers les pauvres et les souffrants peut seule faire excuser. Elle croyait que la Providence lui avait communiqué le don de guérir les malades, et de sa maison de campagne, à Soria, elle faisait un hôpital permanent où elle logeait, pansait et nourrissait plus de deux cents personnes.

Cette princesse, qui était au moins illuminée, rachetait par une active bienfaisance des erreurs d'esprit et de cœur. Il en est une cependant qui ne lui sera jamais pardonnée. La mère du duc d'Enghien fut prise tout à coup du mal du pays. Elle voulut rentrer en France; et elle se fit solliciteuse auprès de Napoléon Ier, meurtrier de son fils. Napoléon mit une sorte de dignité et de convenance à ses inflexibles refus.

Dans un grand nombre de ses lettres de 1807 à 1810, elle constate elle-même ces refus. « Mon exil, écrit-elle à Rufin, son bon ange Michel, mon exil me semble bien inutile au salut de l'Empire et au bonheur de l'Empereur. Comment se fait-il que je ne puisse en obtenir la fin, surtout après l'avoir demandée avec tant d'instance et de constance? »

Après tous les écarts d'imagination auxquels s'était livrée la duchesse de Bourbon, il lui fut enfin donné, en 1814, de revoir son pays. L'air de la France calma sa tête et assainit son esprit. Elle fonda dans son hôtel de la rue de Varenne un hospice auquel elle imposa le nom d'hospice d'Enghien et elle s'en constitua l'infirmière et la sœur de charité. Les conseils, l'exemple et l'amitié de sa belle-sœur, Marie-Joseph de la Miséricorde, ramenèrent peu à peu aux véritables principes cette âme en peine. Ne voyant les Condés qu'en cérémonie, elle trouva néanmoins le moyen de lier avec son mari une correspondance dont nous citerons quelques fragments ; puis, le 10 janvier 1822, elle mourut dans l'église de Sainte-Geneviève.

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1867 - Mickiewicz - Histoire populaire de la Pologne

1867 MickiewiczHistoire populaire de la Pologne
Par Adam Mickiewicz,
Publiée avec préface, notes et chapitre complémentaire par Ladislas Mickiewicz
Paris. J. Hetzel, libraire éditeur, 18 rue Jacob.
1867

Chapitre VIII. Les légions polonaises. Et Napoléon. Extrait, p.521-522

Arndt, né vers la fin du XVIe siècle et mort vers le commencement du XVIIe, inaugura la réaction contre la Réforme en cherchant à ranimer la vie religieuse. Il ne cessa de proclamer ces grandes vérités : que, pour convertir les autres, il faut se convertir soi-même ; qu’un théologien n’a de valeur qu’autant qu’il s’est lui-même sanctifié ; que les livres ne sont que d’une importance [page 522] secondaire dans le Christianisme ; que la vie, les actes en constituent l’essence. Arndt attirait l’attention sur les prophètes de l’Ancien testament ; il prédisait une ère nouvelle, un progrès nouveau du Christianisme, la réunion prochaine du peuple d’Israël avec l’Église chrétienne. Les ouvrages de ce premier réformateur du protestantisme furent choisis par les Martinistes russes (c’est le nom que prirent les réformateurs) pour initier la réforme dans l’Église russe, dont tout le monde reconnaissait la profonde nullité. De pieux et savants évêques devinrent Martinistes et se mirent à propager les doctrines d’Arndt et de Spenner, autre théologien allemand qui développa les doctrines d’Arndt. On traduisit et répandit quelques ouvrages de William Penn, célèbre quaker anglais. Le but de ces ouvrages était pratique. On se proposait de tirer le Christianisme de la sphère des raisonnements où l’avait jeté le protestantisme, et de l’infuser dans la vie active. Ces penseurs rapprochaient ainsi, sans le savoir, le protestantisme de la religion catholique. L’impératrice Catherine se riait d’abord de ces tentatives ; elle composa même, pour les tourner en ridicule, une comédie qu’elle fit représenter à Pétersbourg. Les Martinistes la firent jouer dans leur loge, ce qui fournit le prétexte de les persécuter. L’inquiétude croissant à Pétersbourg, on donna l’ordre de les arrêter. La famille Tourguenieff fut disgraciée, Nowikoff jeté en prison, leur imprimerie détruite; ce qui restait de leurs livres fut brûlé par ordre de Catherine : on crut cette secte étouffée pour toujours. Ses ramifications subsistèrent.

bouton jaune  Chapitre VIII. Les légions polonaises. Et Napoléon. Extrait, p.521-522

Chapitre VIII. Les légions polonaises. Et Napoléon. Extrait p. 529-531

D’ailleurs l'empereur Alexandre, tout en protégeant le pape, avait des motifs d’être méfiant à l’égard de l’Église de Rome. Plus d’une fois il s’était aperçu que le sacré collège attachait plus d’importance aux négociations ayant trait à son pouvoir temporel qu’à celles qui concernaient la discipline ecclésiastique. Il se défiait également de la théologie du prince de Metternich. Celui-ci ne cessait d’exposer avec une lucidité parfaite ce qu’il y a de faux, d’insuffisant et d’inapplicable dans les systèmes philosophiques. Pour ce qui était du philosophisme, l’empereur n’avait rien à répondre aux raisonnements de Metternich ; seulement il pénétrait au fond de ses paroles un but caché, il voyait que la cour de Vienne ne visait qu’à exploiter ses sentiments religieux.

Dans les premières années de son règne, l’empereur Alexandre ne s’entourait que de diplomates et de politiques ; les Martinistes n’avaient pas d’accès près de lui. Plus tard, il accueillit madame de Krüdner et ses amis, piétistes allemands, et plusieurs ministres protestants. Il respectait leur sincérité. Madame de Krüdner, saisissant le côté mystérieux de la lutte entre le Nord et le Midi, y voyait, comme plusieurs mystiques d’alors, la lutte entre les deux principes du bien et du mal. Elle voulait prouver que l’empereur Alexandre incarnait le bon principe, qu’il était le génie blanc (c’est sous ce nom que les tribus finnoises le désignaient), et que l’empereur Napoléon était le génie noir. Elle méconnaissait, les qualités de Napoléon, ce qu’il avait fait eu vue de [page 530] la réorganisation politique et religieuse ; elle ne pouvait lui pardonner sa force. Les hommes religieux étaient dans les mêmes dispositions d’esprit. La religion, réduite depuis tant de siècles à mendier la protection des souverains, s’est accoutumée au rôle d’un inférieur toujours soumis, toujours résigné, toujours à genoux : on a fini par croire que tout homme fort est nécessairement irréligieux, que toute force vient de Satan. Des gens de bonne foi confondaient la puissance de Napoléon avec celle du génie des ténèbres. Tels étaient madame de Krüdener et le comte de Maistre, lequel personnifiait les légitimistes français. Le comte de Maistre écrivait que le Bellérophon, vaisseau sur lequel était embarqué l’auguste prisonnier, avait enfin vaincu la Chimère. L’empereur Alexandre, en rentrant à Pétersbourg, au milieu de son cercle ancien, de ses diplomates, de ses généraux, de ses administrateurs, n’osa pas admettre madame de Krüdner à sa cour ; il ne sut comment expliquer à son cabinet et à son conseil ce qui s’était passé dans son âme ; il eut honte de madame de Krüdner, l’évita, l’éloigna même, ainsi que les plus ardents de ses amis. Mais en même temps il protégeait les partisans du libéralisme, accordait une amnistie généreuse à la Lithuanie, cherchait à se rapprocher du prince Czartoryski et de plusieurs autres Polonais ; il projeta même de donner quelques garanties à la classe agricole, aux paysans. Ne sachant comment accorder le libéralisme français avec celui des enthousiastes piétistes, il prit un terme moyen, il appela auprès de lui les Martinistes déjà oubliés, et qui, cette fois, entrèrent dans le gouvernement. [page 531]

Le prince Galitzin, homme pieux et rigide, est mis à la tête de l’instruction publique. Le prince était lié avec les anciens Martinistes, persécutés sous le règne de Paul. Ils cherchent ensemble à inculquer au gouvernement leur esprit : ils publient quelques ouvrages qui deviennent très populaires, que les paysans s’arrachent, qui excitent même la terreur des anciens administrateurs russes. Malheureusement cette religiosité, qui commence à dominer le cabinet, est exploitée par des hypocrites, par des êtres immoraux tels que l’intrigant et dilapidateur Magnicki, qui se font subitement admirateurs des formes religieuses, propagateurs du mysticisme. En même temps, quelques vieux Russes, qui voulaient en revenir au système de Pierre Ier, comme le général Araktcheieff, l’amiral Chichkoff, se rattachent à cette idée pour persécuter les étrangers, les Français, les Allemands, les Finlandais, qui encombrent les antichambres des ministères. Ces hommes finirent par dépopulariser le système religieux de l’empereur Alexandre. Le public confondit dans sa réprobation l’empereur Alexandre et les individus sincèrement religieux, tels que Galitzin, avec les hypocrites tels que Magnicki et les vieux Russes tels que Chichkoff. Une haine générale surgit contre les Romanoff. Pour la première fois, on conspire en vue de renverser la dynastie ; on tente une révolution dans le sens propre de ce terme, une révolution comme celle de France, un renversement pour marcher vers un but indéterminé.

bouton jaune  Chapitre VIII. Les légions polonaises. Et Napoléon. Extrait p. 529-531


1867 Geffroy - Gustave III et la cour de France

1867 geffroyGustave III et la cour de France  suivi d’une étude critique sur Marie-Antoinette et Louis XVI apocryphes – avec portraits inédits de Marie-Antoinette, etc. et fac-similé
par Auguste Geffroy, professeur suppléant à la faculté des lettres de Paris
Deuxième édition
Tome second
Paris. Librairie académique. Didier et Cie, libraires éditeurs, 35, quai des Augustins.

Chapitre X. Les régicides. Extrait, pages 248-250.

Nul moment de l’histoire moderne n’a présenté une anarchie intellectuelle et morale comparable à celle qui accompagna en Europe la période révolutionnaire; on ne pourrait sans doute rien retrouver d’analogue qu’en remontant aux plus mauvaises années du commencement de l’empire romain, quand on vit se conjurer en face du christianisme naissant les religions orientales et les anciennes philosophies de la Grèce, toutes également décrépites, comme s’il y avait une rançon d’affranchissement qui se dût acquittez à la veille des grandes époques pendant lesquelles les vérités religieuses ou sociales se révèlent ou s’épurent. Le dernier tiers du dix-huitième siècle fut une époque toute de réaction violente dans l’ordre des idées comme dans l’ordre politique. Un mysticisme aveugle, fait d’illusions enthousiastes et d’ardeur intempérante, répondit d’abord à l’ironie de Voltaire comme au scepticisme de l’Encyclopédie. Il y a deux sortes de mysticisme. Il y a celui des époques jeunes et naïves, qui s’élance d’un essor vers Dieu même et redescend enivré de sa vision céleste jusqu’à prendre en entier dédain la liberté humaine : [page 249] dangereuse confusion, où brillent du moins le désintéressement et la pureté native des âmes ; mais il y a aussi le mysticisme des sociétés vieillies. Celui-là n’a pas assez de force intérieure pour s’élever sans le secours de la superstition là où tendent ses désirs, et il n’a pas assez de naïveté pour oublier les intérêts temporels. Il peut bien, avec un Swedenborg, un Lavater, un Saint-Martin, avoir encore des lueurs sublimes (1) ; mais il côtoie le désespoir, et il risque d’enfanter les folies théurgiques : trop impatient pour ne pas vouloir interroger, même en restant religieux, jusqu’au dernier ciel, et trop confiant dans sa force pour ne pas s’irriter de son insuccès.

Cette seconde sorte de mysticisme se répandit en Europe à la fin du dix-huitième siècle par l’effet d’une réaction inévitable contre l’abus de l’esprit philosophique. Swedenborg était mort en 1772, après avoir étonné ses contemporains par ses visions et ses communications avec le monde surnaturel. Plusieurs écoles se formèrent d’après les rites qu’il avait enseignés, en Angleterre, en Allemagne, puis dans le Nord et en France. Le bénédictin Pernetty son traducteur, un certain Mérinval, et un comte polonais nommé Grabianka, réunis à Berlin, y fondèrent une petite secte théurgique dont le dogme bizarre unissait le [page 250] culte de la Vierge avec de mystérieuses combinaisons de nombres et des élucubrations cabalistiques. Ce fut sur un ordre imprévu du ciel, assuraient-ils, que les membres de cette église se transportèrent, peu de temps avant la Révolution française, dans la ville d’Avignon ; ils prirent de là un grand essor, puisque leurs adhérents s’étendirent jusque dans Rome, où l’Inquisition crut devoir fulminer contre eux.

Ceux-là n’avaient pas abdiqué la pratique des idées religieuses; mais venaient à leur suite les esprits emportés qui, rejetant toute discipline et infatués de curiosité scientifique, prétendaient ne devoir qu’aux seules forces de l’esprit humain ces relations avec le monde invisible, visions, voix du ciel ou de l’enfer, évocations des morts, que d’autres attendaient d’une faveur divine. En vain la science, en présence de faits inattendus et peu remarqués jusqu’alors, s’appliquait-elle à marquer scrupuleusement les bornes de son propre domaine : le magnétisme avec Mesmer et le somnambulisme avec Puységur enivraient malgré cela de nombreux adeptes, incrédules en face de la religion ou de la science se limitant elle-même, mais crédules à l’excès lorsqu’il s’agissait des convoitises infinies auxquelles tant de leurres factices, magie et sorcellerie, grand-œuvre, pierre philosophale, fabrication de l’or, science de l’absolu, ont de tout temps promis une satisfaction.

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Appendice. Extrait des dépêches. Pages 475-476.

1790, 13 juillet. — La demoiselle Labrousse vient de prédire qu’en 1792 il y aura au ciel un météore que verront les habitants de toute la terre, qu’il restera un an visible, qu’alors le règne de la justice sera entièrement établi sur la terre ; le pape renoncera à son séculier, il aura une liste civile... Si cela n’arrive pas, c’est qu’il y aura eu une grande saignée en Europe. Cependant la demoiselle Labrousse n’est pas de la classe des Illuminés, dont un M. de Saint-Martin est le plus renommé. Ceux-ci se prétendent en communication avec la divinité, mais médiatement, par l’entremise des anges. Comme il y en a de [page 476] bons et de mauvais, les Illuminés se partagent encore en deux branches, comme le côté des blancs et celui des noirs à l’Assemblée nationale. Ceux de M. Saint-Martin prétendent n’avoir affaire qu’avec les bons, et accusent ceux d’Allemagne de travailler avec les mauvais... Il y a un seigneur polonais, staroste en Podolie, nommé le comte Grabiancka, qui est depuis deux ans avec six autres frères Illuminés à Avignon, d’où il écrit force lettres pastorales sur la crainte et l’amour de Dieu aux affiliés du côté blanc qui sont dans la bonne voie. Ce synode avignonnais a beaucoup de concordance dans ses prophéties avec mademoiselle Labrousse ; mais, depuis quelque tempo, MM. les Illuminés d’Avignon ont essuyé deux échecs qui n’ont pas laissé que d’altérer leur crédit tant en France qu’en Angleterre, où ils sont fort répandus. Le premier de ces échecs est de s’être mis en opposition avec Swedenborg, le grand théogonique suédois, celui qui, pendant vingt-cinq ans, a voyagé dans le royaume des esprits, dont il a rapporté toutes les merveilles, et qui a un très grand nombre de partisans, qui ont été fort scandalisés de voir M. Grabiancka l’accuser d’avoir avancé contre le culte de la sainte Vierge des propositions au moins mal sonnantes pour la prééminence de la mère de Dieu. Le second échec est celui que la Société avignonnaise a essuyé par le mauvais succès de certaine révélation de son principal correspondant à Rome, où l’Illuminé a été évidemment, dit-on, reconnu pour un insigne fripon qui, tout en communiquant avec les anges, vidait les poches de ceux qui, sur terre, avaient confiance en lui. — Les deux jeunes gens qui ont été arrêtés à Saint-Cloud, se disant envoyés par la Vierge, sont vraisemblablement deux affiliés de ces clubs théogoniques. Ibid. [Archives de Dresde. Correspondance de France].

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