calvaire

jsn pixel1 jsn pixel2 jsn pixel3

1883 Deschamps t3Les sociétés secrètes et la société : ou philosophie de l'histoire contemporaine

Par le R. P. Nicolas Deschamps, s.j.

Notes et documents recueillis par N. Claudio Jannet

Avignon – Seguin Frères imprimeurs éditeurs – 13, rue Bouquerie

Paris – Oudin Frères, éditeurs – 51, rue Bonaparte

Sans date [1883]

Cet ouvrage de Nicolas Deschamps, Les sociétés secrètes et la société, comporte trois tomes. Le premier tome a été publie en 1874 (ICI) et le deuxième tomme (ICI) la même année. Le troisième tome (ICI) a paru seulement en 1876. L'éditeur explique ce retard par le décès de l'auteur survenu juste au moment de l'impression du premier tome :

« Il nous est enfin donné de reprendre et de terminer la publication de cet important ouvrage. La mort de l'auteur, survenue prématurément et presque subitement pendant l'impression du premier volume, est la seule cause d'une aussi longue interruption. Ce fâcheux événement, on le comprendra sans peine, nous prive de publier l'ouvrage avec tous les développements que l'auteur avait eu en vue et que lui seul était capable de donner à son travail. Nous pouvons du moins compléter, dans une certaine mesure, ce qui a déjà paru. M. Claudio JANNET, avocat distingué d'Aix, qui fut à la fois le disciple et l'ami du R. P. DESCHAMPS, a bien voulu dépouiller avec le soin le plus minutieux les manuscrits laissés par ce dernier; il a recueilli toutes les notes, coordonné les divers documents amassés par lui ; il en a extrait la matière d'un fort volume, que nous livrons aujourd'hui à la publicité. Une table analytique de tout l'ouvrage le termine et facilite ainsi les recherches. »

Une deuxième édition a paru en 1880 (tome premier et tome second). La deuxième édition du troisième tome est sans date, mais la préface est datée du 19 mars 1883. Ce tome a donc dû être publié cette année-là.

Les occurrences recherchées sont : Saint-Martin, Martinistes, illuminisme, illuministe.  


III. Les hauts grades. L'illuminisme. -- Le Philalèthe. - Martinez-Paschalis. - Saint-Martin

Extrait, p.34-38

L'auteur des Francs-maçons écrasés ne parle que de la Maçonnerie symbolique, qui était dès lors la plus répandue et qui s'adressait au grand nombre. Il a seulement entendu parler vaguement des hauts grades écossais et des systèmes philosophiques, qui essayaient de se superposer à la Maçonnerie anglaise.

Nous avons réuni (Liv. II, chap. II, SS 3 et 4, chap. III, § 2, chap. V, § 3) quelques indications sur l'origine des hauts grades. Nous avons dit comment les Stuartistes avaient cherché à s'en faire sur le continent un point d'appui pour leurs entreprises. Mais au bout de quelques années, après la mort du chevalier de Ramsay (1743), Charles-Edouard était tombé aux mains d'intrigants de toute sorte et s'était fait une source de revenus de la vente des constitutions des chapitres des hauts grades. Déjà, en 1738, il avait conféré à un juif espagnol, Martinez-Paschalis, le pouvoir de constituer des loges. S'il faut en croire une lettre de ce personnage, son père aurait même, dès 1723, fondé des loges à Aix et à Marseille (1. V. ces documents publiés par la f.·. Henri de Loucelles dans la chaine d'Union, 1880, pp. 277 et suiv.). Pendant plus de trente ans, Martinez-Paschalis parcourut la France, cherchant à implanter les hauts grades dans les loges symboliques. C'est ainsi que nous le trouvons opérant à Bordeaux en 1762 (2. Ibid.). Là, comme sur [page 35] plusieurs points, il rencontra de vives oppositions ; mais son influence n'en fut pas moins considérable. Nous avons rapporté le témoignage si important de Joseph de Maistre à ce sujet (Liv. II, chap. V, § 3).

Martinez-Paschalis [sic] représente, dans la Maçonnerie, la kabale [sic] judaïque, et il est impossible de ne pas comparer son action à celle de certains Rose-Croix et Hermétiques du XVIIe siècle.

En 1623, Naudé, dans son Avis à la France sur les frères de la Rose-Croix, signalait dans leur doctrine secrète les points suivants dissimulés au milieu d'un fatras d'alchimie :

« Que par leur moyen le triple diadème du Pape sera bientôt réduit en poudre.
« Qu'ils ne reconnaissent que deux sacrements, avec les cérémonies de la primitive Eglise, renouvelées par leur société.
« Qu'ils reconnaissent la quatrième monarchie de l'empereur des Romains pour leur chef, aussi bien que de tous les chrétiens. »

Un quart de siècle après, un personnage dont le vrai nom est inconnu, mais qui se fait appeler Eyrenée Philalèthe, parcourt la France, l'Angleterre, la Hollande, l'Amérique, parlant d'une nouvelle religion humanitaire qui doit s'établir. Ses écrits ont une teinture judaïque très prononcée. L'humanitarisme s'y dessine déjà à la place du Christianisme (3. V. Histoire de la philosophie hermétique accompagnée d'un catalogue raisonne des écrivains de cette science (par Lenglet-Dufernoy), 3 vol. in 12, Paris, 1742, 1. I, p. 402.). Ce n'est évidemment pas sans une certaine relation antérieure, que cette appellation de Philalèthe est prise au commencement du XVIIIe siècle par le groupe de Toland (liv. II, chap. II, § 4) et plus tard par les éléments les plus avancés des sectes (liv. II, chap. V, § 7).

On croit généralement que les Juifs n'ont été reçus que de nos jours dans les loges. Effectivement, ils ont rencontré de l'opposition quand la Maçonnerie a voulu s'étendre, et il a fallu qu'elle organisât, pour attirer les simples, la mystification appelée les loges chrétiennes (v. liv. II, chap. VIII S, 1). Mais à l'époque primitive, les Juifs étaient reçus dans les loges symboliques. L'auteur des Francs-maçons écrasés affirme en avoir vu recevoir trois dans une loge de Londres. On leur fit prêter serment sur l'évangile de St-Jean, ce qui indique ou une profanation des livres saints [page 36] ou bien l'existence dans les loges de livres particuliers. Ailleurs, il dit que l'essence de la Maçonnerie est de faire abstraction de toute croyance religieuse, de recevoir également le juif et le chrétien. (4. Vers 1750, les loges de Bordeaux décidèrent de ne pas recevoir les Juifs, même maçons réguliers, ni comme visiteur, ni à aucun titre. (Chaine d'Union, 1872, p. 347.) Il y avait donc des Juifs dans la maçonnerie à cette époque.)

Après avoir fondé la secte des Illuminés français ou Martinistes et l'avoir propagée dans toute la France, Martinez-Paschalis disparut, soit qu'il ait dû quitter l'Europe pour l'Amérique, comme on le croit communément, soit qu'il soit mort obscurément, ainsi que semble l'indiquer son disciple St-Martin. Mais la secte n'en survécut pas moins. Elle se livrait aux pratiques de la théurgie et elle tira un grand parti de l'appui que lui donna par ses écrits le comte de St-Martin, si célèbre sous le nom de philosophe inconnu.

Né à Amboise, en 1743, d'une famille de la noblesse du pays, il fut initié à Bordeaux par Martinez-Paschalis. Plus tard, il se sépara de ses disciples, qui avaient leur principal centre à Lyon (5. Dans les dernières années de l'ancien régime, le lieutenant-général de police à Lyon, Antoine-François Prost de Roger, était, sous le nom d'Antonius eques ab Aquila, membre de la Stricte Observance, grand prieur de France et administrateur de la seconde province (Lyon) (Allgemeines Hunbduch der Freimaurerei h. v.). C'est ainsi que la monarchie était servie !), car il répugnait aux manifestations sensibles, très fréquentes et très réelles dans ces loges. Il n'en propagea pas moins par ses écrits et ses conversations, dans les salons aristocratiques, le faux mysticisme, que de Schroder, St-Germain et Cagliostro exploitaient si habilement au profit de la secte révolutionnaire, et qui ouvrit la porte à l'Illuminisme bien autrement actif de Weishaupt.

On trouve quelques indications intéressantes dans une correspondance qu'il eut de 1792 à 1797 avec un gentilhomme suisse, le baron de Kirchberger-Liebistorf, membre du grand Conseil de Berne. Elle roule principalement sur le mysticisme et les anciens auteurs qui ont écrit sur ce sujet :

« Dans l'école où j'ai passé, il y a plus de vingt-cinq ans, les communications de tout genre étaient nombreuses et fréquentes et j'en ai eu ma part comme beaucoup d'autres, et dans cette part tous les signes indicatifs du Réparateur étaient compris (6. Correspondance inédite de S. C. de Saint-Martin avec le baron de Kirchberger, publié par L. Schauer (In-8°, Paris Dentu 1860). Lettre du 6 mars 1796. Dans une lettre postérieure du 11 juillet 1796, Saint-Martin s'exprime ainsi : « Notre première école a des choses précieuses. Je suis même tenté de croire que Martinez-Pasqualis dont vous me parlez (et qui, puisqu'il faut le dire, était notre maître) avait la clef active de tout ce que notre cher Boehme expose dans ses théories, mais qu'il ne nous croyait pas en état de porter ces hautes vérités....... Je suis persuadé que nous aurions fini par y arriver, si nous l'eussions conservé plus longtemps ; mais à peine avions-nous commencé à marcher ensemble que la mort nous l'a enlevé. »). Or, vous n'ignorez plus [page 37] que ce Réparateur et la cause active sont la même chose. Malgré cela, comme j'avais été mené là par une initiation, et que le danger des initiations est de nous livrer aux violents esprits du monde comme c'est là ce qui arriva à Adam lorsqu'il s'initia dans son imagination, (Mensch-Werdung, 3e partie, ch. 6, n° 1), et que son désir n'était pas totalement de Dieu, je ne puis répondre que les formes qui se communiquaient à moi ne fussent pas des formes d'emprunt ; car la porte est ouverte à toutes les initiations, et c'est ce qui rend ces voies si erronées et si suspectes. Je sais que l'Allemagne est remplie de ces initiations ; je sais que le cabinet de Berlin ne se conduit et ne conduit son roi que par là ; or jusqu'à présent il n'a pas à s'en louer ; je sais enfin que la terre est remplie de ces prodiges; mais je vous répète qu'à moins que les choses ne partent du centre même, je n'y donne pas ma confiance... »

On a vu (liv. I, chap. II, § 2) de quelle autorité jouit Saint-Martin en Allemagne. De son vivant, malgré sa vie retirée, il avait une notoriété considérable, et il est très significatif de constater qu'en 1791 l’Assemblée législative le désigna à Louis XVI comme l'un de ses candidats aux fonctions de gouverneur du jeune Dauphin. Faire du représentant de la monarchie très chrétienne un illuminé, quel coup de maitre pour la secte!

Pendant toute la Terreur, Saint-Martin vécut paisiblement. Dans sa correspondance avec le baron de Kirchberger-Liebistorf, il fait rarement allusion aux terribles évènements qui se passaient alors. Sans doute, la prudence lui en faisait une loi ; il le laisse entendre à plusieurs reprises. Mais les crimes du temps ne lui causèrent pas l'horreur qu'en éprouvait, par exemple, l'infortuné Cazotte. Le 6 janvier 1794 (17 nivôse an II), il écrit :

« J'espère que l'horizon politique ne vous parait pas tout à fait aussi noir qu'il y a quelque temps. Pour moi je n'ai jamais douté que la Providence ne se mêlât de notre révolution et qu'il n'était pas possible qu'elle reculât. Je crois plus que jamais que les choses iront à leur terme et auront une finale bien importante et bien instructive pour le genre humain. »

Lui et son correspondant paraissent très opposés à l'impiété [page 38] brutale, au matérialisme grossier des hommes de la secte de Nicolaï en Allemagne et des anarchistes en France (7. Ibidem, p. 195 et suiv., et p. 284.). Mais cette vive hostilité contre l'Eglise romaine et le sacerdoce régulier que J. de Maistre signalait en eux (liv. II, chap. V, § 3), les unit en définitive avec ceux dont les procédés choquent le plus leurs instincts aristocratiques. Ils rêvaient un gouvernement théocratique, comme plus tard St-Simon et Auguste Comte, et, en 1797, ils croyaient toucher à de leur millenium.

Nous avons anticipé sur l'histoire des sectes pendant la Révolution. A l'époque où Martinez-Paschalis commençait à introduire en France les hauts grades, vers 1750, le régime de la Stricte Observance se propageait en Allemagne. Il reproduisait dans ses grades supérieurs les allégories des Rose-Croix (8. Archives littéraires de l'Europe, n° du 31 janvier 1805.). Il se répandit aussi en France, concurremment avec les divers systèmes écossais et martinistes.

On trouve, avons-nous dit, dans l'histoire des loges la trace de beaucoup d'oppositions faites aux divers systèmes basés sur les hauts grades ; cependant, ceux-ci finirent par triompher.

En 1776, un traité d'alliance fut conclu entre les Directoires écossais et le Grand-Orient, aux termes duquel les premiers conservèrent toute liberté pour établir des chapitres des hauts grades au sein des loges, le Grand-Orient se réservant seulement une juridiction exclusive sur les trois grades symboliques (9. Monde maçonnique, juin 1880, p. 81.). Les Stuartistes furent définitivement éliminés ; mais les Martinistes et les Swedenborgiens s'allièrent aux Illuminés de Weishaupt, et les uns et les autres triomphèrent au convent de Willemsbad [sic pour Wilhelmsbad]. Cette alliance fut encore scellée au convent de Paris de 1785 (liv. II, chap. V, $ 7), où Cagliostro prit une part active, comme représentant des hauts grades, malgré les escroqueries et crimes de toutes sortes auxquels il venait de se livrer pendant son séjour à Lyon (10. Séjour de Cagliostro à Lyon, de 1784 à 1785, A. P. (Antoine Pericaud), Lyon, imprimerie de Rossary, in-8° (1832).).

bouton jaune  Martinez-Paschalis. - Saint-martin Extrait, p.34-38


§ 2 - Un dernier avertissement en 1789, p.72-74 (Martinistes)

Au moment où la Révolution allait éclater, quelques hommes courageux signalèrent la source du mal. On connaît les vigoureux écrits de l'abbé Lefranc, supérieur des Eudistes, qui périt [page 73] dans les massacres de septembre. Avant lui, dès les premiers mois de 1789, un homme de lettres, d'un tout autre caractère, le marquis de Luchet, publiait un Essai sur la secte des Illuminés, dans lequel, à travers une grande emphase et un certain vague voulu pour ne pas trop se compromettre, il signalait l'existence de la secte des Illuminés, ayant son siège principal en Allemagne, et l'accusait de travailler à la destruction de tous les trônes et de la religion pour établir l'anarchie sur ses ruines. Luchet a grand soin de ne citer aucun nom propre, mais il désigne clairement les Illuminés de Weishaupt et les Martinistes. En terminant, il adjure tous les honnêtes gens d'ouvrir les yeux pour sauver la monarchie française.

[page 74] Luchet, qui affirme que « le contenu de ces horribles serments lui a été révélé par des personnes égarées dans les ténèbres des Illuminés et à qui la proposition d'entrer dans une pareille conspiration a rendu la raison et le courage, » Luchet est parfaitement au courant des projets de la secte et de ses centres d'action. Ses indications sur l'Allemagne sont d'une rigoureuse exactitude, et il mentionne fort exactement la tenue du convent de Willemsbad. Quant à la France, il ne veut, évidemment à dessein, entrer dans aucun détail précis, pour ménager les personnes ; mais il indique très clairement, dans l'Avertissement placé en tète du livre, qu'elle est menacée d'un effroyable bouleversement.
Quoique l'Allemagne soit le foyer de ces erreurs funestes, quoiqu'elles y jouissent d'une haute protection, elles ne sont pas tout à fait étrangères aux autres nations. La France n'est pas entièrement pure ; et si, dans la crise qui nous tourmente, les Martinistes n'osent ou peut-être ne peuvent se faire entendre, ils reparaitront avec plus de danger lors. que le calme' sera revenu.

bouton jaune § 2 - Un dernier avertissement en 1789, p.72-74 (Martinistes)

§ 2 - La société des Philadelphes et les premières origines du parti constitutionnel, Extrait, p.95

On a vu dans l'ouvrage du père Deschamps comment en 1789 un groupe important des Sociétés secrètes, recruté principalement parmi les Martinistes (liv. II, ch. VI 9, 5), avait essayé vainement de faire prévaloir, dès cette époque, les théories du gouvernement constitutionnel.
Ce parti, longtemps réduit au silence, devait naturellement reprendre vie après la destruction des Jacobins et au milieu de l'imbécillité du Directoire. Il prit corps dans une société secrète particulière qui s'intitula la Société des Philadelphes et avait son principal centre d'action dans la Franche-Comté. Elle réunissait des éléments de haute valeur et s'était recrutée principalement parmi les militaires. Le général Oudet, le général Guillaume, Moreau, Malet comptaient parmi ses principaux membres. L'historien anglais des Sociétés secrètes, M. Thomas Frost, constate que tous étaient francs-maçons (1. The Secret Societies of the European Revolution, tome I, chap. III.).

Déconcertés un moment par le coup d’État du 18 brumaire, dans lequel Bonaparte avait eu pour principaux instruments d'anciens Jacobins, les Philadelphes reprirent bientôt leur action avec une ténacité, qui prouvait chez leurs membres une grande conviction. S'il faut en croire Nodier (2. Nodier, Histoire des Sociétés secrètes dans l'armée.) et M. Ernest Hamel, ils auraient été mêlés aux conspirations d’Aréna. Le gouvernement consulaire à cette date connaissait parfaitement leur action et le grand rôle qu'y jouait Moreau.

Nota bene : Il est évident qu'ici, les Philadelphes n'ont rien à voir avec avec la loge Les amis réunis, fondée par Savalette de Langes, garde général du Trésor Royal, loge plus connu sous le nom de Collèges des Philalèthes.

bouton jaune  Extrait, p.95 (Martinistes)


Citations de Saint-Martin

La secte en Italie. Extrait, p.67

Assurément il ne faudrait pas attribuer de pareilles maximes à la généralité des loges maçonniques de cette époque; mais c'est dans leur sein et sous le couvert de leur secret que cette société s’était fondée. D'ailleurs, on remarquera que ces propositions renferment le fond de toutes les doctrines de Weishaupt et de Saint-Martin; seulement il est exprimé avec la concision et la franchise que comporte une confession faite pour éclairer l'autorité religieuse.

L'histoire de la Révolution racontée en 1794. Extrait, p.77-78

Les Templiers, dont parle Cadet Gassicourt, étaient les chefs des loges parisiennes, les membres actifs du Grand-Orient. Il raconte en grands détails comment, pour nouer leurs complots et agiter les esprits, ils se servirent à la fois de charlatans tels que. Saint-Germain et Cagliostro, de faux mystiques comme Saint-Martin et Lavater, qui par leur panthéisme ébranlaient les croyances chrétiennes, de prestidigitateurs comme Swedenborg, Mesmer, Schroepfer; tous ces éléments de désordre moral et de [page 78] désorganisation sociale concouraient, sous leur habile direction, à préparer le grand œuvre.

Chapitre quatorzième - Les loges d'avant-garde. Extrait, p.287

La Maçonnerie est constamment en marche. Emportée par la logique du principe de négation d'ou elle est sortie, elle s'avance toujours vers cet état de nature, cette an.archie, qui est le fond de sa doctrine depuis Saint-Martin et Weishaupt, sinon avant (v. liv. III, chapitre II, § 2), et qui a pour expression la République socialiste. Mais dans cette route, les étapes sont multipliées. De temps à autre les maçons arrivés à la fortune, aux hautes positions officielles, ou simplement mûris par l'expérience de la vie, cherchent à l'arrèter, à la fixer à un certain point qui s'appelle tour à tour suivant les temps et les pays : Maçonnerie chrétienne, État humain, Libéralisme, Régime constitulionnel, République libérale, République autoritaire, République progressive.

§ 4 - Les sectes plus avancées. Extrait, p.546

Les sociétés secrètes sont beaucoup plus variées aux États-Unis qu'en Angleterre et en France. Cette extrême multiplicité en atténue les mauvais effets, en ce sens qu'elles ne forment pas un corps unique, puissamment ramifié, comme la Maçonnerie française avec ses annexes, la ligue de l'Enseignement et les sociétés de la libre pensée. Mais, dans ce grand nombre de loges de maçons, d'Oddfellows, de Templiers, se recrutent des groupes foncièrement impies. Le principe purement humanitaire de la Maçonnerie crée entre elle et toutes les organisations du mal des affinités, qui se révèlent à l'occasion.

Ainsi le Spiritisme s'est propagé dans la Nouvelle-Angleterre principalement par les loges ; il y a encore actuellement des sociétés maçonniques de théosophes, qui pratiquent les prestiges des Cagliostro et des Saint-Martin (1).

(1) Le Monde maçonnique de janvier 1880, donne ces détails sur une société de théosophes établis à New-Yorck [sic] :

« La première condition qui est posée aux membres de la société, c'est qu'ils aient une connaissance approfondie des lois de la nature, afin d'arriver par là à la connaissance de la cause éternelle de toutes choses.
« Cette société fait une opposition péremptoire au matérialisme dans les sciences naturelles ; mais aussi une opposition décisive à toutes les religions positives. C'est surtout le Christianisme qu'elle regarde comme dangereux... Pour pouvoir être admis au plus haut grade, il faut que le théosophe en soit venu à ne pas accorder la moindre préférence à quelque forme de religion que ce soit ; il doit s'être affranchi de toute obligation envers la société, l’État et la famille ; il faut qu'il soit prêt à donner sa vie pour le bonheur de l'humanité et de chaque frère, quelles que soient sa race, sa couleur ou sa croyance. Les adhérents espèrent lui voir prendre toujours plus d'extension, pour former enfin une confrérie comprenant l'humanité tout entière. »