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 Arthur, ou Religion et solitude. 3e partie (1834)

guttinguer arthurSans nom d'auteur.
Rouen, Imprimerie de Nicetas Periaux. Rue de la Vicomte, 35.
1834 - https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k858413r

Ulrich Guttinguer (1787-1866) publie en 1834 un ouvrage « Arthur, ou Religion et solitude. 3e partie » sans nom d’auteur même si l'auteur est très vite dévoilé par l’éditeur.

Dans l’avertissement, Guttinguer écrit :

« Elles [les premières parties de ce livre non publiées ici] font le récit d’une vie de passions bien déplorables où tous les caractères du roman se trouvent réunis à un très haut degré. Un grand désordre de cœur s’y fait voir, et cet anathème dont est frappé l’être sensible qui livre toute son âme, toutes ses ressources , à un amour coupable. C’est tout ce qu’il nous est permis de dire aujourd’hui pour satisfaire le lecteur curieux ; encore, nous en serions-nous dispensés, s’il n’eût pas fallu expliquer comment un livre, tout de morale et de réflexion, portait un titre qui promet de l’action et des événements. »

Ce livre comporte un certain nombre de passages où Louis-Claude de Saint-Martin est cité nommément. Ce sont ces passages que nous présentons ici.

Avis de Sainte-Beuve

1836 revue 2mondes t8Guttinguer publiera en 1837 son Arthur, (Paris, Eugène Renduel). Nous retrouverons certains passages où Saint-Martin est cité. Nous le signalerons en note. Sainte-Beuve, ami de Guttinguer, fera l’éloge de ce roman :

« C'est qu'en effet les idées religieuses, qui sont l'amour encore, l'amour rectifié et éternisé, vinrent à cette âme voluptueuse et sensible. Ce négligent et tendre poète d'élégies, jeté dans la retraite des champs, lut l'Évangile, les Pères du désert, le théosophe Saint-Martin, et de cette semence bien distribuée de lectures, sortit chez lui une dernière et meilleure moisson. C'est là tout Arthur...
Arthur est écrit comme on n’écrit plus depuis l’abbé Prévost, et osons le dire, depuis Laclos. L’auteur, qui ne se montre pas seulement ici un homme sentimental, comme il l’était dans ses élégies, mais qui sait le monde, qui a le ton de la raillerie, l’aperçu exquis des ridicules, des travers, des médisances, et tout ce bon gout rapide et chatouilleux que donne, hélas ! une corruption élégante, l’auteur, qui est auteur aussi peu que possible, écrit en prose comme on ferait dans des lettres charmantes à un ami. C’est court, net, vif, cursif, mêlé d’allusions promptes et frappantes, d’élans tendres et modérés. On sent une nature très délicate et très vite, dégoutée, qui a pris la fleur de mille choses et n’a pas appuyé. Il y a toutes sortes de grâces dignes du dix-septième siècle, de Bussy-Rabutin, moins bel-esprit et plus poète, et racontant à ses fils ses erreurs, son retour, avec repentance, avec gout ; il y a beaucoup du vicomte de Valmont, qui serait sincèrement devenu chrétien. (…) Arthur est le vrai, le seul roman de M. Guttinguer. » (p.721-723)

Sainte-Beuve, « Poètes et romanciers de la France. XX M. Ulrich Guttinguer ». Revue des deux mondes, Quatrième série, tome huitième, p. 714-728, https://books.google.fr/books?id=7_UrxVmtgfEC

Retenons également l'avis de Henri Brémond (1865-1933), Le roman et l'histoire d'une conversion : Ulric Guttinguer et Sainte-Beuve d'après des correspondances inédites Paris, 1925, p.14 - https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k29728v

L'Arthur de Guttinguer n'est pas un chef-d'œuvre, un digne pendant de Volupté [de Sainte-Beuve], mais c'est un document de premier ordre, le plus riche peut-être que nous possédions sur l'histoire religieuse du romantisme français. [...] Il ne s'agit pas ici d'un roman, admirable ou médiocre, mais d'une histoire authentique, l'histoire d'Ulrich Guttinguer revenant à la foi et à la pratique religieuse, sous le regard plus attendri que moqueur, sous la direction de Sainte-Beuve.

Arthur, ou religion et solitude - 1er extrait

(Nous ne connaissons que quelques traits de saint François de Sales et de saint Martin, qui se puissent comparer à de telles célestes beautés, et peut-être est-ce parce qu’ils les avaient beaucoup contemplées ; nous les trouvons sous nos yeux en ce moment, et nous nous pressons de les y joindre :)

« Le moyen d’être simple gît à tenir son cœur proche de Dieu, lequel est un esprit très pur et très simple. »

« Il faut, pourtant, exercer le jugement et la prudence; mais, en la conversation et aux rencontres, ce précepte est important : « ami de tous et familier de peu. »

« Les tentations, telles qu’elles soient, nous troublent, parce que nous y pensons trop et que nous les craignons trop. Nous sommes trop sensibles ; car, sitôt que nous avons la moindre pensée contraire à nos résolutions, [371] il nous semble que tout est gâté. Laissons courir le vent, et ne croyons pas que les frifillis des feuilles soient le cliquetis des armes. »

(À combien peu ceci convient, mon Dieu ! et combien prennent le cliquetis des armes pour le frifillis des feuilles ! )

« L’amour de la mort et passion de Notre Seigneur donne la mort à toutes nos passions, et en la mort de nos passions consiste la vie de notre pauvre cœur. » !(Saint François de Sales.)

« C’est du fond de mon être que je me suis dit souvent que nous nous flatterons en vain de réussir en quoi que ce soit, si, auparavant, nous ne prenons pas la précaution de prier. »  Saint Martin.) [Œuvres posthumes, Tome I, « Portrait historique et philosophiques de Mr de St. Martin fait par lui-même » n°180]1837 arthur

La prière de l’Espagnol est celle-ci : « Mon Dieu, garde-moi de moi. » Ce qui peut se traduire ainsi : «Mon Dieu, ayez la bonté de m’aider à m’empêcher de vous assassiner. » (Le même. ) [Portrait, n° 626]. [p.372]

« A force de dire : notre Père ! espérons que nous entendrons dire un jour : mon fils. » (Le même.) [Œuvres posthumes, Tome I, « Pensées tirées d’un manuscrit de M. St. Martin »p. 209]

Ah! c’est de telles choses, sans doute, qu’on a raison de dire ce que cet excellent homme disait de Bœhme, son ami, et de ses œuvres, si parfaitement inconnues aujourd’hui de presque tous tant que nous sommes :

« Il faut que l’homme soit devenu roc ou démon, pour n’en avoir pas profité. » [Portrait, n°334]

[p.379-381 de l'édition de 1837: Arthur. Paris, Eugène Renduel.

Dans cette édition d'Arthur de 1837, se trouve un autre passage (p.102) qui parle de Saint-Martin. Le voilà :

« Je continuai, je lus quelques chapitres [de l’Imitation de Jésus-Christ] qui me rappelèrent un mot charmant du philosophe inconnu : « De tout ce que j'ai rencontré en ce monde, je n'ai trouvé que Dieu qui eût de l'esprit. » [Portrait, n°74]

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