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Calendrier perpetuel 1836Année 1836
- Revue des deux mondes - Sainte-Beuve : Ulrich Guttinger
- Ahrens – Cours de psychologie – Introduction et histoire de la psychologie
- Barchou de Penhoën - Histoire de La Philosophie Allemande
- Biographie universelle et portative T4 - Saint-Martin
Feller - Dictionnaire historique ou bibliographie universelle – T 12 - Kirchberger - T 18 - Saint-Martin
- Piet – Mémoires d’Ed. Richer - De l'état actuel de l'esprit théosophique en Europe
- La France littéraire - Jean Gerson, Charles Labitte
- Quérard - La France littéraire ou dictionnaire bibliographique - Saint-Martin
- Revue de Paris (Bruxelles) – T XII - AM. Cazotte, par Charles Nodier
- Revue des Deux Mondes –  Article de Sainte-Beuve : Ulrich Guttinguer -Saint-Martin
- Sainte-Beuve – Critiques et portraits littéraires - Tome III - Ballanche
- Souvenirs de la marquise de Créquy - Mme la duchesse de Bourbon
- Staël – Œuvres complètes - De l’Allemagne : Chapitre VII – Des philosophes religieux appelés Théosophes
- Damiron - Cours de philosophie
- Bibliothèque universelle de Genève - Compte-rendu du livre de Balzac : Le Lys dans la vallée
- Buchez & Roux - Histoire parlementaire de la révolution française
- Sainte-Beuve – Critiques et portraits littéraires - Tome II - Lamartine
- Schlégel – Philosophie de l’histoire Leçon XVIII – De la franc-maçonnerie

Poètes et romanciers modernes de la France – XX - Ulrich Guttinguer

1836 revue 2mondes t81836 – Revue des Deux Mondes
Tome huitième – Quatrième série
Paris. Au bureau de la Revue des Deux Mondes, rue des Beaux Arts, 10
1836 - 

Cet article est repris entièrement en 1837 dans la Revue universelle, bibliothèque de l'homme du monde et de l'homme politique au XIXe siècle. - Cinquième année – Tome Ier , pages 197-209 - Bruxelles. Société belge de librairie, etc. [Louis] Hauman, Cattoir et Cie. - La Haye – Vervloët. 1837 

=> Voir l'article sur le site : Sainte-Beuve - U. Guttinguer

1836 – Ahrens – Cours de psychologie

1836 cours psychologieCours de psychologie: fait à Paris, sous les auspices du gouvernement
Par Heinrich Ahrens, professeur de philosophie à l’Université libre de Bruxelles.
Premier volume, contenant l’anthropologie générale
Paris. J.-A. Merklein, libraire, rue des Beaux Arts, 11
1836 - Ahrens – Cours de psychologie

Première leçon – Introduction et histoire de la psychologie ; plan du cours - Extrait, pages 54-56

Ce ne fut que vers le commencement du dix-neuvième siècle que les esprits sérieux revinrent peu à peu de ce matérialisme, qui avait montré dans les excès de la révolution ses formidables conséquences. On retourna d'abord au système plus modéré de Condillac, on remonta ensuite à la source plus pure, à la doctrine de Locke : c'est dans cette impulsion nouvelle que M. Destutt de Tracy, M. Laromiguière, M. Degerando et plusieurs autres penseurs distingués, écrivaient et enseignaient. Les prétentions de l'ancien dogmatisme disparurent peu à peu, à mesure que l'histoire et [p.55] les systèmes contemporains d'autres peuples furent plus connus. M. Degerando, Chartes Villers et madame de Staël se sont acquis dans cette direction chacun un mérite particulier.

Vers le même temps, la philosophie écossaise, qui avait, sur plusieurs points importuns, combattu le système de Locke, trouva en M. Royer-Collard le premier interprète intelligent, et cette doctrine, qui est encore aujourd'hui continuée et développée avec un talent remarquable par M. Jouffroy, a beaucoup contribué à répandre des idées plus justes sur l'activité de l'esprit. La transformation la plus décisive a été cependant commencée par M. Cousin, qui, en même temps qu'il initiait les esprits à une connaissance plus approfondie de l'histoire de la philosophie, établissait, en s'appuyant sur les systèmes modernes de l'Allemagne, une nouvelle doctrine philosophique, et changeait l'ancienne base psychologique, qui ne s'étendait pas au-dessus des notions du sens commun, par la théorie importante qu'il développait sur la raison et les idées. M. Cousin entreprit aussi une nouvelle réfutation du système de Locke, qu'il a jugé dans son cours impartialement avec une haute sagacité.

Beaucoup d'autres ont contribué à répandre des idées plus élevées sur l'homme et son activité intellectuelle. Saint-Martin avait déjà opposé son profond mysticisme à la philosophie régnante de son temps, et, dans une route à peu près analogue, M. de Bonald et encore plus M. Ballanche ont exercé une influence heureuse sur la marche [p.56] plus élevée dans laquelle la philosophie est entrée.

1836 - Histoire de la Philosophie Allemande

1836 hre philo allemande t1Barchou de Penhoën - Histoire de la Philosophie Allemande

Depuis Leibnitz Jusqu'à Hegel
Le Baron Auguste-Théodore-Hilaire Barchou De Penhoën
Paris. Charpentier, éditeur libraire, 31, rue de Seine
1836 
Tome Ier - Livre Ier – Leibnitz  - Livre III – Fitche
Tome II - Livre IV Schelling

=> Voir cet article sur le site :  Histoire de la Philosophie Allemande (1836)

1836 – Biographie universelle et portative T4

1836 biographie contemporainsBiographie universelle et portative des contemporains, ou Dictionnaire historique des hommes vivants et des hommes morts depuis 1788 jusqu'à nos jours, qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes..

Publié sous la direction de MM. Alphonse Rabbe, ‎Claude Augustin Vieilh de Boisjolin, ‎Sainte-Preuve

Paris, F. G. Levrault, chez l’éditeur, rue du Colombier, 21

Tome Quatrième - 1836

Article Saint-Martin (p.1222-1224)

=> Voir cet article sur le site1836 – Biographie universelle et portative T4

1836 - Feller - Dictionnaire historique ou bibliographie universelle – T 12

1836 feller biographie 12Dictionnaire historique ou bibliographie universelle des hommes qui se sont fait un nom par leur génie, leurs talents, leurs vertus, leurs erreurs ou leurs crimes, depuis le commencement du monde jusqu’à nos jours par [l’abbé] F[rançois] X[avier] de Feller (1733-1802)

Continué jusqu’en 1835 sous la direction de M. R.-A. Henrion

Huitième édition - Augmentée de plus de 5000 articles intercalés par ordre alphabétique

Convenientia cuique. Hor. A. P.

Tome douzième – Paris - E. Houdaille, libraire-éditeur. Rue du Coq Saint Honoré, 11. - Delloye, Place de la Bourse, 13
1836

=> Voir cet article sur le site1820-1839 - Feller - Bibliographie universelle

1836 - Feller - Dictionnaire historique ou bibliographie universelle – T 18

1836 feller biographie 12Dictionnaire historique ou bibliographie universelle des hommes qui se sont fait un nom par leur génie, leurs talents, leurs vertus, leurs erreurs ou leurs crimes, depuis le commencement du monde jusqu’à nos jours par [l’abbé] F[rançois] X[avier] de Feller (1733-1802)

Continué jusqu’en 1835 sous la direction de M. R.-A. Henrion

Huitième édition - Augmentée de plus de 5000 articles intercalés par ordre alphabétique

Convenientia cuique. Hor. A. P.

Tome dix-huitième – Paris - E. Houdaille, libraire-éditeur. Rue du Coq Saint Honoré, 11. - Delloye, Place de la Bourse, 13
1836

=> Voir cet article sur le site

Piet – Mémoires d’Ed. Richer

1836 richerMémoires sur la vie et les ouvrages d'Édouard Richer
En partie écrits par lui-même
Et publiés par F. Piet
Nantes, de l’imprimerie de Mellinet, éditeur
Paris, chez F. Denn, à la librairie d’éducation, 5, rue Pavé Saint André des Arcs
1836 - http://books.google.fr/books?id=b8NLAAAAYAAJ

Extrait, page 150

Autrefois, il cherchait dans la solitude des aliments pour son esprit; actuellement, plus aigri peut-être par l'injustice et les faux jugements de quelques hommes que par la perte de ses manuscrits, il est devenu insensible aux charmes des lettres ; il semble déjà avoir épuisé cette source de félicité et ne s'être réfugié en lui-même que pour y vivre seul avec Dieu. Il ne s'occupe que d'ouvrages théosophiques. Il lit et annote Swedenborg, Jacob Bœhme, Saint-Martin, Muralt, etc. Ce n'est plus que dans les idées religieuses qu'il cherche des consolations, ce sont les seules jouissances qu’il se promette, le reste est flétri pour lui ; et, ce n'est même pas assez de cesser d'écrire, il ne veut plus lire.

Extrait, page 155

Ce fut au mois d'octobre 1822, qu'il écrivit le Mot de l'Enigme, qui ne fut imprimé à Paris qu'en 1826; l'idée principale lui en fut suggérée par Law, auteur de la Voie de la Science Divine, et par Saint-Martin. Un ecclésiastique de Nantes en rendit un compte assez honorable dans un journal appelé l'Union.

Dans cet ouvrage, plein d'érudition, Richer explique l'origine du mal, en démontrant la vérité de l'un des principaux dogmes du christianisme, celui de la chute de l'homme. La Bible dit à l'homme qu'il est tombé, et lui promet un temps où il pourra se relever. L'Evangile, dont la lecture ne semble qu'une énigme perpétuelle, est l'accomplissement de cette promesse, et n'a plus rien de mystérieux , aussitôt que l'on admet cette vérité.

De l'état actuel de l'esprit théosophique en Europe

Ce long et intéressant article émut à son apparition la bile des divers partis. Ceux des libéraux qui tolèrent à regret la religion, n'y virent que de l'illuminisme ; les absolutistes qui la veulent sous le joug de l'autorité, y trouvèrent une audace coupable ; et ceux des prêtres qui ont à cœur de la tenir sous le boisseau, crièrent à l'impiété. Quelques hommes distingués par leurs lumières et leur modération, furent les seuls qui l'approuvèrent.

Des associations religieuses se formaient chez tous les peuples. Les catholiques et les protestants rivalisaient pour la publication des livres saints. En France même, on plaçait les éléments de la prospérité publique sous la sauvegarde de la morale chrétienne. Ce mouvement imprimé aux esprits n'avait pas échappé à Richer, et il lui parut provenir principalement des philosophes religieux nommés théosophes, et improprement illuminés par ceux qui en discourent sans les connaître. Il voulut donner une idée de leurs doctrines ; mais il n'en parle que comme il eût parlé de celles des plus anciens peuples de la terre. Il expose ce qu'elles ont de beau, de vrai, ce que la critique peut y reprendre avec raison. Il prouve qu'elles s'accordent [p.247] toutes pour placer l'âme dans une sphère inaccessible à celle des sens, et pour faire de l'homme un être déchu, assertion sans laquelle il est impossible de concevoir l'origine du mal. Il établit ensuite les points de dogme par lesquels ces doctrines diffèrent entre elles et principalement entre celles de Saint-Martin et de Swedenborg. Certes, rien de tout cela n'est répréhensible, mais le mémorial catholique s'était déjà fortement prononcé contre la nouvelle école spiritualiste dont le globe représentait une fraction. Le mémorial convenait qu'elle était spiritualiste dans ses doctrines sur l'homme, mais que, dès qu'elle abordait les questions sociales, elle devenait matérialiste. Il était donc impossible que cet écrit ne déplut pas à MM. du Séminaire de Nantes; aussi encourut-il la censure de M. l'abbé Joly, qui fit insérer à ce sujet un article assez étendu dans le journal de Nantes. Il y mit de l'aigreur et de la passion. « L'auteur ne devait pas, y disait il, pour expliquer un certain système philosophique, citer les révélations reconnues par l'église » comme s'il était interdit à la raison humaine d'examiner ces révélations.

1836 - La France littéraire

1836 La France littéraire t23La France littéraire
Tome vingt-troisième
Paris, bureaux de la France littéraire, rue des grands Augustins, n° 20
1836 - https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5748305c

Article Jean Gerson, Charles Labitte (extrait page 158)

Cela toutefois se nous explique nullement comment le mysticisme et la scholastique purent jamais se donner la main. Sans doute, ce n’est pas que ces sortes d’alliances soient rares. Les Stoïques parurent à Rome, au milieu de mœurs et de croyances épicuriennes, et on vit surgir le spiritualisme de saint Martin du sein de la philosophie sensualiste du 18e siècle : « Car, selon la pensée de F. Schlegel, c’est lors qu’une force élémentaire de l’esprit domine dans l’ensemble d’une époque que les forces contraires ont coutume de se concentrer davantage, comme une exception chez quelques individus, et forment ainsi un contraste d’autant plus saillant. » Mais, en outre, il est une cause plus providentielle de ce synchronisme du mysticisme et de la Scholastique. Dans quels excès, en effet, n’aurait pas donné le mysticisme qui produisit déjà tant d’hommes exagérée, comme Jean Rusbroeck et Hubertin de Casal, s’il n’avait pas eu pour contrepoids le raisonnement et la logique ? Sur quels écueils n’aurait pas été se briser l’esprit humain dans cet océan immense de l’erreur, s’il n'eût été lesté de la scholastique, qui eût eu moins le mérite peu poétique sans doute, mais à coup sûr utile, de ralentir l’élan général vers l’inconnu et l’infini.

Quérard - La France littéraire ou dictionnaire bibliographique

1836 querard SMLa France littéraire ou dictionnaire bibliographique des savants, historiens et gens de lettres de la France ainsi que des littérateurs étrangers qui ont écrit en français, plus particulièrement pendant les XVIIIe et XIXe siècles.

Ouvrage dans lequel on a inséré, afin d’en former une bibliographie nationale complète, l’indication 1° des réimpressions des ouvrages français de tous les âges ; 2° des diverses traductions en notre langue de tous les auteurs étrangers, anciens et modernes ; 3° celle des réimpressions faites en France des ouvrages originaux de ces mêmes auteurs étrangers, pendant cette époque.

Par M. J.-M. Quérard

Tome huitième - Paris, chez Firmin Didot frères, libraires, rue Jacob, n° 24.

M DCCC XXXVI [1836], page 352 

Article : Saint-Martin : Voir sur le site

 

Revue de Paris (Bruxelles) – T XII

1836 revue paris t12Revue de Paris
Édition augmentée des principaux articles de la Revue des Deux Mondes
Tome XII – Décembre 1836
Bruxelles. H. Dumont, libraire éditeur
1836 - http://books.google.fr/books?id=I3UPAAAAQAAJ

Article : M. Cazotte, par Charles Nodier

Extrait, pages 13-14

Indépendamment du motif principal de ce voyage, mon père se promettait à Paris le plaisir de revoir quelques amis plus ou moins célèbres alors, et qui le sont devenus davantage. Delille de Salles, dont le roman métaphysique, intitulé Philosophie [13] de la Nature, conservait encore quelque vogue, avait été son confrère dans l’ordre de l'Oratoire. Legouvé se souvenait d'avoir reçu de lui les premiers élémens de la rhétorique et les premiers principes de la versification. Des relations formées dans le monde, et entretenues par un goût commun pour la littérature, le tenaient depuis longues années en correspondance avec Collin d'Harleville et Marsollier des Vivelières, qui fut depuis la féconde providence de l'Opéra-Comique. Une affection beaucoup plus étroite l'unissait à l'honnête Jacques Cazotte, son aîné de vingt ans, dont il avait fait la connaissance à Lyon, chez un jeune officier, nommé Saint-Martin, thaumaturge passionné d'une philosophie toute nouvelle, qui se recommandait peu par l'enchaînement des idées et par la clarté des formules, mais qui avait au moins sur la triste philosophie du dernier siècle, l'avantage de parler à l'imagination et à l'âme. Mon père, qui était né avec un certain penchant pour le merveilleux, n'avait cependant pas conservé une longue fidélité aux théories des martinistes. Il s'était arrêté depuis nombre d'années à des systèmes moins séduisans , mais beaucoup plus positifs , sans cesser d'aimer Cazotte et ses rêveries , sur lesquelles il ne le contrariait jamais.

Revue des Deux Mondes – T 8

1836 revue 2mondes t8Article de Sainte-Beuve : Ulrich Guttinguer

Extrait sur Saint-Martin - pages 721-722

Pour achever ces indiscrétions sur l'auteur d'Arthur, je dirai que si celui de Volupté l’avait connu, il semblerait avoir songé à lui expressément dans le portrait de l’ami de Normandie.

C'est qu'en effet les idées religieuses, qui sont l’amour encore, l’amour rectifié et éternisé, vinrent à cette âme voluptueuse et sensible. Ce négligent et tendre poète d'élégies, jeté dans la retraite des champs, lut l'Évangile, les Pères du désert, le théosophe Saint-Martin, et de cette semence bien distribuée de [722] lectures, sortit chez lui une dernière et meilleure moisson. C'est là tout Arthur, auquel il est temps d’arriver.

=> Lire l'article de Sainte-Beuve sur Ulrich Guttinguer sur le site

Sainte-Beuve – Critiques et portraits littéraires - Tome III

1836 sainte beuve t3Critiques et portraits littéraires, par Charles-Augustin Sainte-Beuve
Tome III - Paris. Eugène Renduel, rue des grands Augustins, 22
1836 - http://books.google.fr/books?id=E0cTAAAAQAAJ

Ballanche

Page 7
Nous assistons à la formation lente et mystérieuse de cette nature singulière qui, s'affermissant à travers tant de crises, eut bien le droit de croire à la vertu des épreuves. Ce qui la caractérise particulièrement, c'est cette lenteur, cette spontanéité qui tirera presque tout d'elle-même, et aussi cette incubation sommeillante qui attend son heure. M. Ballanche, quoique né a Lyon, et malgré ses inclinations mystiques et ses dispositions magnétiques, resta étranger, et à l'école mystique qui avait dû laisser quelques traditions depuis Martinez Pasqualis, et à l'école magnétique que l'exaltation des esprits, pendant le siège, enrichissait d'observations extraordinaires.

Pages 51-52
Sans varier jamais autrement que pour s'élargir autour du même centre, il a touché de côté beaucoup de systèmes contemporains et, pour ainsi dire, collatéraux du sien ; il en a été informé plutôt qu'affecté, il a continué de tirer tout de lui- même. La doctrine de Saint-Martin semble assurément très voisine de lui, et pourtant, au lieu d'en être aussi imbu qu'on pourrait croire, il ne l'a que peu goûtée et connue. Je remarque seulement dans les Prolégomènes le magisme de la parole, le magisme de l'homme sur la nature, expressions qui doivent être empruntées du mystérieux théosophe. Il a emprunté davantage à Charles Bonnet, à savoir le nom même et l'idée de la palingénésie, de cette interminable et ascendante échelle des existences progressives ; mais il s'en est approprié la vue en la transportant dans l'histoire, tandis que l'illustre Genevois ne l'avait que pour l'ordre purement naturel. M. Ballanche connut de bonne heure à Lyon Fourier, auteur des Quatre Mouvements; mais il entra peu dans les théories et les promesses de ce singulier ouvrage publié en 1808; aujourd'hui il se contente d'accorder à l'auteur une grande importance critique en économie industrielle, et de penser avec lui en des termes généraux que [52] l'homme a pour mission terrestre d'achever le globe. 

Souvenirs de la marquise de Créquy

1836 crequy t6Souvenirs de la marquise de Créquy 1710 à 1802
Tome cinquième. 3° édition
Paris. - Librairie de Fournier Jeune, rue de Seine, n° 14 bis.
1836 - http://books.google.fr/books?id=PFIEAAAAQAAJ

« Les savoureux Souvenirs de la Marquise de Créquy, censés être de sa plume, semblent dus plutôt à celle de Maurice Cousin de Courchamps, ou du moins serions nous redevable à ce dernier des parties le plus géniales du manuscrit, brodées sur la trame de banals souvenirs véridiques. Leur témoignage sur la noblesse du règne de Louis XV vient souvent contredire la mythologie forgée par les familles arrivées de la Monarchie de Juillet. » Source : Wikipédia

Chapitre XIV. … Mme la duchesse de Bourbon

Extrait page 297-298

Je ne vous dirai rien de Mme la Duchesse de Bourbon, sinon qu’elle était devenue Martiniste, non pas de la secte de ce M. Saint-Martin, qui avait découvert que les purgatoriens sont couleur de marron, mais à la suite de Don Martinès de Pasqualis, qui disait que la Sainte Vierge était vivante, et qu’elle se tenait habituellement à [p.298] San Lucar de Barameda, qui est une petite ville de l’Andalousie.

À propos des Souvenirs de la marquise de Créquy,

Source de cet article : 1847 - Les supercheries littéraires dévoilées - Quérard

1847 querard supercheries t1Les supercheries littéraires dévoilées. Galeries des auteurs apocryphes, supposés, déguisés, plagiaires et des éditeurs infidèles de la littérature française pendant les quatre derniers siècles : ensemble les industriels littéraires et les lettrés qui se sont anoblis à notre époque. Par J.-M. Quérard. Tome premier - Paris, l’éditeur, rue Mazarine, 60 et 62. - 1847 - pages 290-291

CRÉQUY (Renée-Caroline de FROULLAY, marquise de), aut. supp. (2) [M. COUSIN, comte DE COURCHAMPS].

Souvenirs de la marquise de Créquy, 1710 à 1800. Paris, Fournier jeune, 1834-35, 7 vol. in-8, 50 fr. — Nouv. édition, revue, corrigée et augm. Paris, Delloye, 1840-41, 10 vol. gr. in-18 avec portraits, 17 fr. 50 c. [1275]

L'industrie des libraires, ou peut-être la réclame, a grossi le succès de cet ouvrage, dont on cite jusqu'à trois éditions in-8. La seconde qui a dû être imprimée à Angers, n'a point été connue de M. Beuchot, qui l'a déclarée dans la Bibliographie de la France. De la prétendue troisième, il n'a été imprimé, en 1836, que les trois premiers volumes, et, selon toute apparence, pour remplacer ces volumes qui étaient épuisés dans la première. L'édition publiée par Delloye, en 1840-41, 10 vol. in-18, ne serait alors que la deuxième et non la quatrième. Cette dernière a été elle-même reproduite en 1842. Le tome X de l'édition in-18, renferme l’État général de la noblesse de France avant la révolution de 1789. [...]

Polissonnerie spirituelle, ainsi que Mr Léon Duval a qualifié cet ouvrage [p.191] et dans laquelle il n'y a pas un mot qui soit de madame la marquise de Créquy. (Voy. l'art. CAGLIOSTRO, p. 177 à 193.)
Les Souvenirs de la marquise de Créquy ont été l'objet de beaucoup de critiques. Dans le « Quaterly Review » (juin 1854, tome 51, pages 591-99, est un article sur les deux premiers volumes, qui a été écrit à l'occasion de la version anglaise commencée à Paris. Des observations sévères sont dans « l'Annuaire historique, généalogique, etc., de M. de Saint-Allais (année 1835, pages 13 à 17; années 1836, pages iij à viij du discours préliminaire). Il existe aussi deux opuscules spéciaux sur cette publication, et dont voici les titres :

1° Voltaire étrangement défiguré par l'auteur des « Souvenirs de madame de Créquy » (par M. de Cayrol). Coinpiègne, de l'impr. d'Escudier, 1836, in-8 de 3l pag.
Tiré seulement à 150 ex. qui n'ont pas été destinés au commerce.
M. de Cayrol, ancien membre de la chambre des députés, démontre complètement dans cette brochure la supposition de la lettre attribuée à Voltaire, pag. 209 du 3° volume des prétendus Souvenirs, et d'autres détails concernant Voltaire, que l'on trouve dans cette compilation.

2° Ombre (!') de la marquise de Créquy, aux lecteurs des Souvenirs publiés sous le nom de cette dame, suivi d'une Notice historique sur madame de Créquy el sa famille et orné d'un fac-similé de son écriture. Paris, Auguste Roret; Delaunay, 1836, in-8 de 12 pag., plus un fac-similé.
Cette brochure a pour but de démontrer que dans ces Souvenirs il n'y a absolument rien qui soit sorti de la plume de madame de Créquy, madame de Créquy ayant ordonné par son testament de brûler ses « lettres, extraits de livres, petites réflexions, etc... », comme inutiles et pouvant avoir des inconvénients. M. Percheron, l'un des exécuteurs testamentaires, déclare avoir brûlé les dits papiers, sans en avoir donné connaissance ni à la famille de madame de Créquy, ni a qui que ce soit, ce que, ajoute-t-il, j'affirme sur l'honneur.

Non content d'avoir publié sous le litre de « Mémoires de la marquise de Créquy », une collection déjà assez volumineuse de calomnies, M. de Couchamps est revenu à la charge, en faisant insérer, dans « la Presse » des 14, 16 à 19 juin 1841 une  Suite à ces prétendus « Mémoires ». Voici comme le « National », dans un article intitulé: « le Vol au roman », imprimé dans son numéro du 15 octobre 1841, s'exprimait sur cette suite: « Cette Suite se composait de lettres originales des hommes les plus célèbres du dix-huitième siècle, à commencer par Voltaire, que celle harpie (nous parlons du faussaire caché sous son nom) aurait traité comme un galopin des rues, le tout pour la plus grande gloire du trône et de l'autel. Heureusement les fautes de français, les anachronismes, les bêtises de tout genre dont ces belles lettres du Voltaire étaient farcies, empêchèrent le succès de cette impiété littéraire, et la « Presse » fut obligée de renoncer à l'exploitation de cette mine ».

Staël – Œuvres complètes

1836 stael oeuvres completesŒuvres complètes de Madame la baronne [Anne-Louise-Germaine] de Staël-Holstein
Tome deuxième
A Paris, Firmin Didot Frères et Cie, libraires, rue Jacob, n° 5
Et Treuttel et Wurtz, libraires, rue de Lille, n° 17
Et à Strasbourg - M DCCC XXXVI - http://books.google.fr/books?id=Y5oGAAAAQAAJ

De l’Allemagne

Chapitre VII – Des philosophes religieux appelés Théosophes

p.242-245

Voir sur le site : Mme de Staël - De l’Allemagne 1813


Philibert Damiron - Cours de philosophie, Partie 3

1836 Damiron coursCours de philosophie, Partie 3
Philibert Damiron
Ancien élève de l'École normale. Professeur de philosophie au collège royal de Louis-le-Grand et à l'École normale
L. Hachette, 1836
Troisième partie - Logique
Paris, Hachette - 1836 - Damiron - Cours de philosophie

Extrait, p.323-324

Quant à l'école théologique, il n'y a pas même unité entre les écrivains que j'ai rapprochés sous ce titre commun. En effet, MM. de Maistre, de Lamennais et de Bonald, sont des philosophes [p.323] catholiques, des penseurs orthodoxes, et on ne pourrait en dire autant de quelques uns de ceux que je leur ai adjoints, de Saint-Martin en particulier. Sous ce rapport, la dénomination par laquelle je les désigne n'est pas sans doute très exacte; elle ne l'est pas non plus en ce sens que ceux-là seuls auxquels elle s'applique traitent des questions religieuses et ne traitent que ces questions; je n'ai pas besoin de le démontrer. Mais comme tous ont une tendance à tirer la philosophie d'une faculté qui n'est ni la sensation ni la conscience, et qui, sous le m de religion, de foi et d'inspiration, est directement ou indirecte-' ment, immédiatement ou par tradition , une manière de s'éclairer qui n'a, en quelque sorte, rien d'humain, et qui vient de Dieu seul, j'en fais,' d'après cette circonstance, une école particulière, que, d'après cette circonstance aussi, j'appelle théologique, ayant soin d'ailleurs de noter toutes les nuances qui la varient.

Extrait, p.337-338

J'allais oublier de mentionner une circonstance [p.338] qui, sans contredit, est un des plus grands empêchements dans l'histoire de la philosophie : je veux parler du secret dont certaines écoles ont à dessein enveloppé leurs doctrines, soit par prudence de conduite, soit pår respect, je dirai plutôt par superstition pour la vérité, qu'elles auraient craint de profaner en la livrant nue et sans voiles à des esprits mal instruits. Enfermées comme dans un sanctuaire, initiant et n'enseignant pas, ne répandant leurs idées que sous la forme du mystère, plus sacerdotales que philosophiques, elles sont restées impénétrables, ou ce qui a transpiré de leurs principes, fragmentaire et incomplet, n'a le plus souvent donné lieu qu'à de vagues et divergentes interprétations. Ainsi, sans parler d'Orphée et des prêtres de l'Egypte, dont on peut dire que la philosophie est demeurée ensevelie dans l'ombre où ils la tenaient, n'est-ce pas par la même raison que nous avons tant à regretter de Pythagore et de ses disciples ? et de notre temps, presque de nos jours, n'est-ce pas encore à la même cause qu'il faut attribuer les réticences et les singulières obscurités de Saint-Martin et de sa secte ?
p.367-368
Le mysticisme naturel, je nomme ainsi celui des âmes qui, sans le savoir ni le vouloir, et par pur instinct de coeur, cherchent la vérité dans le mystère, et l'y puisent naïvement, le mysticisme, sous cette forme, ne ressemble point à une méthode, et paraît bien plutôt un mouvement de religion et un simple acte de foi. Il n'y a donc pas lieu de classer parmi les systèmes [p.368] philosophiques les conceptions qu'il produit : ce sont des hymnes et des poèmes, et non des doctrines et des théories. Mais il y a un mysticisme artificiel et réfléchi, qui, né du scepticisme, est, comme on l'a dit avec justesse, un coup de désespoir de la raison, qui, se reportant à dessein des vues du sens logique aux intuitions extatiques d'une sorte de révélation, n'est pas précisément une méthode , car une méthode est quelque chose de clair et de régulier, mais une façon de résoudre les questions philosophiques qu'on peut, jusqu'à un certain point, assimiler à une méthode.
Or, ainsi entendu, le mysticisme peut servir à caractériser et à classer un certain nombre de philosophes, comme par exemple dans l'antiquité les philosophes Alexandrins ; dans le moyen âge, Hugues de Saint-Victor, saint Bonaventure, Gerson ; dans des temps plus rapprochés, Jacob Boehm et Swedenborg, et, à peu près de nos jours, Saint-Martin et ses disciples.


1836 – Bibliothèque universelle de Genève

1836 bibliotheque geneve t4Bibliothèque universelle de Genève
Nouvelle série – Tome quatrième – Juillet 1836
Genève, chez B. Glaser, rue de la Pélisserie, n° 133
Paris chez Anselin, successeur de Magimel, rue Dauphine, n° 36
1836 - http://books.google.fr/books?id=IQEbAAAAYAAJ

Compte-rendu du livre de Balzac : Le Lys dans la vallée

Le Lys dans la vallée, par M. de Balzac. Paris, Verdet. 2vol. in-8°. 15 fr.

Décidément il paraît que M. de Balzac vise à une réputation de savant. Celle de conteur ne suffit plus à son ambition, il aspire à se voir placé au nombre des érudits, et la manière dont il s'y prend pour arriver à son but, est fort curieuse en vérité. Nous l'avons déjà vu, il y a quelque temps, dans son livre mystique, parlant de Swedenborg et de ses obscures rêveries, comme d'amis intimes qu'il connaissait à fonds ; Saint-Martin, le visionnaire, paraissait également lui être très familier ; en compagnie de ces deux Messieurs il s'embarquait volontiers pour la région des nuages et s'en allait visiter les merveilles du ciel et de l'enfer. Aujourd'hui le Lys dans la vallée nous le montre fort expert dans toutes les nomenclatures scientifiques. On dirait vraiment que M. Aimé Paris lui a prêté ses formules de mnémotechnie, et qu'il s'en est habilement servi pour meubler sa mémoire de tous les termes propres aux sciences naturelles. Muni de cette nombreuse pacotille il en a enrichi son style en y semant à profusion tous ces mots barbares, empruntés au grec, qui font une bien singulière figure au milieu des intrigues langoureuses [p.119] d'un amour platonique. Ils ne s'étaient jamais sans doute trouvés à pareille fête. M. de Balzac est principalement fort sur la botanique : demandez-lui la description d'un bouquet, d'une fleur, il ne vous fera pas grâce d'une étamine, pas grâce d'une anthère ou d'un grain de pollen. Ces pédantesques prétentions font du Lys dans la vallée une lecture difficile et passablement ennuyeuse. Si l'auteur pense donner ainsi de l'originalité à son style, il ne lui donne bien certainement ni grâce, ni clarté, et les barbarismes les plus étranges abondent dans presque toutes les pages de son roman. Dans le procès auquel cette production a donné lieu entre l'auteur et la Revue de Paris, l'avocat de la Revue sut en profiter avec esprit pour exciter l'hilarité de son auditoire, en citant un certain nombre de phrases amphigouriques, et cette mordante critique ne s'adressait pas seulement à M. de Balzac, le public pouvait bien en prendre sa part, car il est inconcevable qu'on ait accueilli avec tant de faveur de tels ouvrages, qu'on ait fait à leur auteur une réputation assez colossale pour que les éditeurs de tous les pays se le disputent, et qu'on paie ses manuscrits au poids de l'or. Ne mériterait-il pas plutôt d'être traité comme fit Pantagruel de ce certain écolier limousin, qui, sur sa demande, lui répondit qu'il venait de l’alme, et inclyte urbe que l'on vocite Lutèce, et, sur ce que Pantagruel le prenait pour un hérétique, ajouta : Seignor non, car libentissimement de ce qu'il illucesce quelque minutule lesche du iour, ie demigre en quelqu'ung de ces tant bien architectez moustiers : et là, me irrorant de belle eau lustrale, grignotte d'ung transon de quelque missicque precation de nos sacrificules. Et submirmillant mes précules horaires, elue et absterge mon anime de ses inquinamens nocturnes. Je revere les olvmpicoles. Je venere latrialement le supernel astripotent. Je dilige et redame mes proximes… etc. [p.120]

Autant qu'on peut se ressembler, à quelques siècles de distance, M. de Balzac ressemble fort au Limousin. Comme lui il escorche la langue des savants, qui aujourd'hui n'est plus le latin, et comme lui aussi il aurait bon besoin de lire et d'étudier ce que dict le philosophe, et Aule Gelle, qu'il nous convient parler selon le languaige usité. Et, comme disait Octavian Auguste, qu'il faut éviter les motz espaves, en pareille diligence que les patrons de navire évitent les rochiers de mer.

Si du moins on trouvait dans le Lys de la vallée un mérite d'invention, un talent de peintre dignes de racheter les fatigues d'une telle lecture. Mais non, le héros est une espèce de maniaque d'amour qui, dès son enfance, ne peut voir la nuque d'une femme sans s'y précipiter à peu près comme un jeune chat sur un morceau de foie ; l'héroïne est une femme fort habile à filer le parfait amour en tout bien tout honneur, qui aime son mari, respecte ses droits, sans pour cela cesser d'aimer son amant, auquel pour toute faveur elle donne quelquefois sa main à baiser en lui disant : Cher ! A quoi l'amant passionné répond en pressant contre ses lèvres la main qu'on lui abandonne : Chère ! Le mari est un autre maniaque d'une espèce moins traitable : c'est un brutal, sujet à des emportements qui le rendent malade et fort peu aimable. Voilà le trio dont M. de Balzac, qui se croit une connaissance parfaite du cœur humain, nous analyse minutieusement les moindres gestes et les moindres pensées, trouvant des analogies vraiment prodigieuses entre la prononciation de certaines lettres et la tendance du cœur vers telle ou telle passion, entre l'embonpoint ou la maigreur d'une femme et les faibles de son caractère, entre la pudeur d'une épouse vertueuse et les scrupules d'une hermine effarouchée. Voilà l'œuvre que [p.121] son auteur adresse à l'un de ses amis, comme la frise d'un édifice qu'il élève et où il a voulu inscrire son nom. C'est bien là le mot du jour, un édifice... un édifice avec frise et colonnes, un vrai temple grec sans doute, destiné à briller aux yeux de la postérité ; chacun aujourd'hui veut élever le sien, il n'y a pas jusqu'au plus chétif romancier qui ne prétende construire son édifice. Pauvre édifice, hélas ! Tas de feuilles mortes que le souffle du vent dispersera demain, que le temps réduira en poussière avant même que sa faux s'appesantisse sur leurs auteurs qui, pour la plupart, n'emporteront déjà plus avec eux dans la tombe que le triste souvenir de leurs ridicules prétentions.


1836 – Buchez & Roux - Histoire parlementaire de la révolution française

1836 hre parlementaire revolutionHistoire parlementaire de la révolution française ou journal des assemblées nationales depuis 1789 jusqu’en 1815, contenant La narration des évènements ; les Débats des Assemblées ; les Dicsussions des principales Sociétés populaires, et particulièrement de la Société des Jacobins ; les Procès Verbaux de la Commune de Paris ; les Séances du Tribunal révolutionnaire ; le Compte Rendu des principaux procès politiques ; le Détail des budgets annuels ; le Tableau du mouvement moral, extrait des journaux de chaque époques, etc. ; précédée d’une introduction sur l’histoire de France jusqu’à la convocation des États Généraux.
Par P.-J.-B. Buchez et P.-C. Roux
Tome vingt-neuvième.
Paris. Paulin, libraire, rue de Seine Saint Germain, n° 33
M. DCCC. XXXVI - http://books.google.fr/books?id=YV8PAAAAQAAJ

Préface. Extrait pages XIV-XVI

Voyons les révolutionnaires. Ils proclamèrent la fraternité, l’égalité et la liberté. Le clergé anathématisa cette légende. Ils voulurent abolir progressivement les privilégies de la naissance. Le clergé leur résista.

A la veille d’une banqueroute que lui avaient léguée ses derniers rois, sans finances, sans crédit, en proie à la famine et menacée d’une guerre européenne, la France n’avait d’autre ressource que dans les biens du clergé. Les révolutionnaires les déclarèrent propriété nationale, en assurant par des pensions l’existence des usufruitiers. Le clergé protesta. Non seulement il manqua volontairement à tous ses devoirs, mais encore il ne cessa de conspirer contre ceux qui les remplissaient à sa place, excitant la guerre civile et la guerre étrangère contre la bannière où la nation avait écrit la parole souveraine de Jésus-Christ.  Les prêtres furent poursuivis comme zélateurs de la monarchie héréditaire absolue, de l’aristocratie selon la naissance, et de l’aristocratie selon l’argent ; comme amis des rois, des nobles et des riches, et ennemis du peuple et des pauvres. Il y a longtemps qu’un philosophe en a fait la remarque : la révolution fut un châtiment et non pas une persécution. Elle châtia surtout les crimes du clergé. En 1794, sous l’impression des événements, Saint-Martin développa cette pensée dans une brochure trop peu connue et qui a certainement inspiré au comte J. de Maistre son livre des Considérations sur la France, composé en 1797. Ce sont les mêmes vues générales de part et d’autre sauf que de Maistre a mêlé sa superstition aristocratique et sa politique juive aux conceptions un peu plus évangéliques et partant un peu plus morales de Saint-Martin. Au reste, ce n’est pas la seule fois que de Maistre a puisé dans les écrits du chef des illuminés. Les Soirées de Saint-Pétersbourg sont pleines d’opinions martinistes. Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en plaçant sous leurs yeux les passages de la brochure de Saint-Martin conforme aux conclusions de notre préface ; bien entendu que cette conformité de conclusions, dans le cas particulier, est la seule chose qui nous soit commune avec l’homme du [sic] désir, dont nous rejetons entièrement le système philosophique tant dans ses généralités que dans ses conséquences.

« … Il est encore des Français qui loin de penser que les vérités religieuses aient eu à souffrir du renversement de la ci-devant église, sont persuadés qu’elles ne peuvent qu’y gagner infiniment. Je suis du nombre de ces Français. Je crois voir la Providence se manifester à tous les pas que fait notre étonnante révolution. Je crois que sa main équitable a eu pour objet de détruire les abus qui avaient infecté l’ancien gouvernement de France dans toutes les parties : abus parmi lesquels l’ambition des prêtres et leurs sacrilèges malversations ont tenu le premier rang. Je crois qu’après avoir extirpé ces abus si majeurs, la providence donnera au peuple français, et par la suite à bien d’autres [p.XV] peuples, des jours de lumière et de paix dont nos pensées ne peuvent peut-être pas encore évaluer tout le prix…

» … Quand on contemple la révolution dans ses détails on voit que, quoiqu’elle frappe à la fois sur tous les ordres de la France, il est bien clair qu’elle frappe plus fortement encore sur le clergé. Car la noblesse elle-même, cette excroissance monstrueuse parmi des individus égaux par leur nature, ayant déjà été si abaissée en France par quelques monarques et par leurs ministres, n’avait plus à perdre, pour ainsi dire, que de vains noms et que des titres imaginaires ; au lieu que le clergé, étant dans la jouissance de tous ses droits factices et de toutes ses usurpations temporelles, devait éprouver sous tous les rapports le pouvoir de la main vengeresse qui conduit la révolution ; attendu qu’on ne peut guère se refuser à regarder les prêtre comme les plus coupables et comme les seuls auteurs de tous les torts et de tous les crimes des autres ordres.

» En effet, c’est le clergé qui est la cause indirecte des crimes des rois, parce que c’est le prêtre qui, selon les expressions de l’Écriture, devait être la sentinelle d’Israël, et qui, au contraire, abusant des paroles adressées à Moïse, à Samuel et à Jérémie, s’est arrogé le droit d’instituer et de destituer les rois, de les consacrer et de légitimer ensuite tous leurs écarts et tous leurs caprices, pourvu qu’ils eussent soin d’alimenter l’ambition et la cupidité de ce même prêtre ; enfin, parce que ces rois, qu’il regardait comme ses créatures, enfantaient partout en son nom, tous ces abus qui, sortant d’une racine déjà altérée, se communiquaient naturellement et progressivement à toutes les branches de l’état… le clergé n’a cherché qu’à établir son propre règne, tout en parlant de Dieu, dont souvent il ne savait pas même défendre l’existence..... Il lui avait été dit de donner gratuitement les trésors qu’il avait reçus gratuitement ; mais, qui ne sait comment il s’est acquitté de cette recommandation !... Aussi cette destruction du clergé n’aurait jamais pu avoir lieu en France par les seuls efforts de la puissance humaine, attendu que les rois, même dans le temps de leur plus grande élévation, n’auraient pas pu porter la moindre atteinte aux droits de ce clergé, sans s’exposer ; au lieu que la puissance des rois n’a pas plus tôt été resserrée, qu’il s’est vu renversé dans ses possessions, dans ses grandeurs, et ensuite dans sa considération, au point qu’il est comme réduit aujourd’hui à abjurer jusqu’aux moindres traces de son existence.

» Seraient-ce aussi les efforts de la seule puissance humaine qui eussent pu renverser le monarque français, ce monarque, que ce même clergé nommait son bras droit, ce monarque qui, dans l’opinion politique, était au-dessus de tous les rois de l’Europe, ce monarque enfin qui, se trouvant précipité le premier de tous ses collègues, leur donne par là une leçon assez instructive pour qu’ils ne négligent pas d’y faire attention ? Ils ont une grande méprise à expier, celle de concentrer toute une nation dans un seul homme et dans ceux qui peuvent tenir à [p.XVI] lui, tandis que c’est à tous les hommes d’un état à s’oublier, pour se dévouer et ne se voir que dans la nation...... Ils n’ont pas vu qu’aucune force humaine toute seule n’eût pu opérer tous ces faits prodigieux qui s’accumulent journellement devant nous, parce qu’aucune pensée humaine toute seule n’eût pu en concevoir le projet ; ils n’ont pas vu que les agents même de notre révolution l’ont commencée sans avoir de plan établi, et qu’ils sont arrivés à des résultats sur lesquels ils n’avaient sûrement pas compté. Ils n’ont pas vu que la révolution n’a commencé par un grand pays comme la France, que pour en assurer d’avance le succès : car si elle eût commencé dans des pays d’une moindre prépondérance, comment eût elle pu résister seule à tous les ennemis qui l’eussent attaquée ? Ils n’ont pas vu,que dès l’origine de cette révolution, toutes les tentatives qu’on a faites contre elle ont tourné à son avantage ; ils n’ont pas vu que, n’y ayant aucun chef de parti dans cette révolution, des mains malfaisantes peuvent faire disparaître quelques-uns des agents employés à cette grande œuvre, sans qu’elle cesse pour cela d’avoir son cours, puisqu’on ne détruit pas un parti dont on ne peut connaître ni atteindre le chef.... Il n’était pas difficile de prévoir qu’en éprouvant les effets de l’étoile surprenante qui veille sur notre révolution, nos ennemis finiraient par fuir tous devant nous, et par dire, comme les mages de Pharaon à la vue des prodiges de Moise : Ici est le doigt de Dieu. Mais ils se repentiront de n’avoir pas fait cet aveu plus tôt et d’avoir cru qu’ils pourraient se conduire avec une grande nation, libre et veillant elle-même à ses propres intérêts, comme ils en agissaient autrefois avec un cabinet ministériel. Ils se repentiront d’avoir cru ne nous faire qu’une guerre ordinaire et humaine ; tandis que, quand on veut tout observer soigneusement, on voit que notre révolution actuelle est une guerre de religion, quoique ce mot soit comme effacé aujourd’hui de toutes nos délibérations, de toutes nos institutions et de toutes nos opérations politiques. La providence s’occupe plus des choses que des mots : ce sont les hommes qui s’occupent plus des mots que des choses....» (Lettre à un ami, ou Considérations politiques, philosophiques et religieuses sur la révolution française. — Paris, an III., p. 13 et suivantes.)


Sainte-Beuve – Critiques et portraits littéraires - Tome II

1836 sainte beuve t2Critiques et portraits littéraires, par Charles-Augustin Sainte-Beuve - Tome II
Paris. Eugène Renduel, rue des grands Augustins, 22
1836 - https://books.google.fr/books?id=z34tAAAAMAAJ

Lamartine. Extrait, pages 33-46

De tout temps et même dans les âges les plus troublés, les moins assujettis à une discipline et à une croyance, il y a eu des âmes tendres, pénétrées, ferventes, ravies d'infinis désirs et ramenées par un naturel essor aux régions absolues du Vrai, de la Beauté et de l'Amour. Ce monde spirituel des vérités et des essences, dont Platon a figuré l'idée sublime aux sages de notre occident, et dont le Christ a fait quelque chose de bon, de vivant et d'accessible à tous, ne s'est jamais [34] depuis lors éclipsé sur notre terre : toujours, et jusque dans les tumultueux déchirements, dans la poussière des luttes humaines, quelques témoins fidèles en ont entendu l'harmonie, en ont glorifié la lumière et ont vécu en s'efforçant de le gagner. Le plus haut type, parmi ceux qui ont produit leur pensée sur ces matières divines, est assurément Dante, comme le plus édifiant parmi ceux qui ont agi d'après les divines prescriptions est saint Vincent de Paule. Pour ne parler ici que des premiers, de ceux qui ont écrit, des théologiens, théosophes, philosophes et poètes (Dante était tout cela), on vit par malheur, dans les siècles qui suivirent, un démembrement successif, un isolement des facultés et fonctions que le grand homme avait réunies en lui : et ce démembrement ne fut autre que celui du catholicisme même. La théologie cessa de tout comprendre et de plonger dans le sol immense qui la nourrissait : elle se dessécha peu à peu, et ne poussa plus que des ronces. La philosophie, se séparant d'elle, s'irrita et devint un instrument ennemi, une hache de révolte contre l'arbre révéré. Les poètes et artistes, s'inspirant moins à la source de toute vie et de toute création, déchurent du premier rang où ils siégaient [sic] dans la personne de Dante, et la plupart finirent par retomber à ce sixième degré où Platon les avait [35] relégués au bas de l'échelle des âmes, un peu au-dessus des ouvriers et des laboureurs. La théosophie, c'est-à-dire l'esprit intelligent et intime des religions, s'égara, tarit comme une eau hors de son calice, ou bien se réfugia dans quelques cœurs et s'y vaporisa en mystiques nuées. C'est là que les choses en étaient venues au dix-huitième siècle, principalement en France. Et pourtant les âmes tendres, élevées, croyant à l'exil de la vie et à la réalité de l'invisible, n'avaient pas disparu ; la religion, sous ses formes rétrécies, en abritait encore beaucoup ; la philosophie dominante en détournait quelques-unes sans les opprimer entièrement. Mais toutes manquaient d'organe général et harmonieux, d'interprète à leurs vœux et à leurs soupirs, de poète selon le sens animé du mot. Racine dans quelques portions de son œuvre, dans les chœurs de ses tragédies bibliques, dans le trop petit nombre de ses hymnes imités de saint Paul et d'ailleurs, avait laissé échapper d'adorables accents, empreints de signes profonds sous leur mélodieuse faiblesse. En essayant de les continuer, d'en faire entendre de semblables, non point parce qu'il sentait de même , mais parce qu'il visait à un genre littéraire, Jean-Baptiste égarait toute spiritualité dans les échos de ses rimes sonores : Racine fils, bien débile sans doute, était plus voisin de son [36] noble, père, plus vraiment touché d'un des pâles rayons. Mais où trouver l'âme sacrée qui chante ? Fénelon n'avait pas de successeur pour la tendresse insinuante et fleurie, pas plus que Mallebranche pour l'ordre majestueux et lucide. En même temps que l'esprit grave, mélancolique, de Vauvenargues, retardé par le scepticisme, s'éteint avant d'avoir pu s'appliquer à la philosophie religieuse où il aspire, des natures sensibles, délicates, fragiles et repentantes, comme mademoiselle Aïssé, l'abbé Prévost, Gresset, se font entrevoir et se trahissent par de vagues plaintes ; mais une voix expressive manque à leurs émotions ; leur monde intérieur ne se figure ni ne se module en aucun endroit. Plus tard, Diderot et Rousseau, puissances incohérentes, eurent en eux de grandes et belles parties d'inspiration ; ils ouvrent des jours magnifiques sur la nature extérieure et sur l'âme ; mais ils se plaisent aussi à déchaîner les ténèbres. C'est une pâture mêlée et qui n'est pas saine que la leur. La raison s'y gonfle, le cœur s'y dérange, et ils n'indiquent aucune guérison. Ils n'ont rien de soumis ni de constamment simple : la colère en eux contrarie l'amour. Cela est encore plus vrai de Voltaire, qui toutefois dans certains passages de Zaïre, surtout dans quelques-unes de ses poésies diverses, a effleuré des cordes touchantes, deviné [37] de secrets soupirs, mais ne l'a fait qu'à la traverse et par caprices rapides. Il y a de la rage et trop d'insulte dans les cris étouffés de Gilbert.

[Saint-Martin]

Un homme, un homme seul au dix-huitième siècle, nous semble recueillir en lui, amonceler dans son sein et n'exhaler qu'avec mystère, tout ce qui tarissait ailleurs de pieux, de lucide et de doux, tout ce qui s'aigrissait au souffle du siècle dans de bien nobles âmes ; humilité, sincérité parfaite, goût de silence et de solitude, inextinguibles élancements de prière et de désir, encens perpétuel, harpe voilée, lampe du sanctuaire, c'était là le secret de son être, à lui ; cette nature mystique, ornée des dons les plus subtils, éveille l'idée des plus saints emblèmes. Au milieu d'une philosophie matérialiste envahissante et d'un christianisme de plus en plus appesanti, la quintessence religieuse s'était réfugiée en sa pensée comme en un vase symbolique, soustrait aux regards vulgaires. Ce personnage, alors inconnu et bien oublié de nos jours, qui s'appelait lui-même à travers le désert bruyant de son époque le Robinson de la spiritualité, que M. de Maistre a nommé le plus aimable et le plus élégant des théosophes, créature de prédilection véritablement faite pour aimer, pour croire et pour prier, Saint-Martin s'écriait, en s'adressant de bien loin aux hommes de son temps, dans ce [38] langage fluide et comme imprégné d'ambroisie, qui est le sien : « Non, homme, objet cher et sacré pour mon cœur, je ne craindrai point de t'avoir abusé en te peignant ta destinée sous des couleurs si consolantes. Regarde-toi au milieu de ces secrètes et intérieures insinuations qui stimulent si souvent ton âme, au milieu de toutes les pensées pures et lumineuses qui dardent si souvent sur ton esprit, au milieu de tous les faits et de tous les tableaux des êtres pensants, visibles et invisibles, au milieu de tous les merveilleux phénomènes de la nature physique, au milieu de les propres œuvres et de tes propres productions ; regarde-toi comme au milieu d'autant de religions ou au milieu d'autant d'objets qui tendent à le rallier à l'immuable vérité. Pense avec un religieux transport que toutes ces religions ne cherchent qu'à ouvrir tes organes et tes facultés aux sources de l'admiration dont tu as besoin… Marchons donc ensemble avec vénération dans ces temples nombreux que nous rencontrons à tous les pas, et ne cessons pas un instant de nous croire dans les avenues du Saint des Saints. » N'est-ce pas un prélude des Harmonies qu'on entend ? Un bon nombre des psaumes ou cantiques, qui composent l'Homme de Désir, pourraient passer pour de larges et mouvants canevas, jetés [39] par notre illustre contemporain, dans un de ces moments d'ineffable ébriété où il chante :

Encore un hymne, ô ma lyre !
Un hymne pour le Seigneur !
Un hymne dans mon délire,
Un hymne dans mon bonheur !

Aux soi-disant poètes de son époque qui dépensaient leurs rimes sur des descriptions, des tragédies ou des épopées, toutes de convention et d'artifice, Saint-Martin fait honte de ce matérialisme de l'art :

Mais voyez à quel point va votre inconséquence !
Vous vous dites sans cesse inspirés par les cieux,
Et vous ne frappez plus notre oreille, nos yeux,
Que par le seul tableau des choses de la terre;
Quelques traits copiés de l'ordre élémentaire,
Les erreurs des mortels, leurs fausses passions,
Les récits du passé, quelques prédictions
Que vous ne recevez que de votre mémoire,
Et qu'il vous faut suspendre où s'arrête l'histoire ;
Voilà tous vos moyens, voilà tous les trésors
Dont vous fassent jouir vos plus ardents efforts !

Par malheur, Saint-Martin lui-même, ce réservoir immense d'onction et d'amour, n'avait qu'un instrument incomplet pour se répandre; le peu de poésie qu'il a essayée, et dont nous venons de donner un échantillon, est à peine tolérable ; bien plus, il n'eut jamais l'intention d'être [40] pleinement compris. Lié à des doctrines occultes, s'environnant d'obcurités [sic] volontaires, tourné en dedans et en haut, il n'est là, en quelque sorte, que pour perpétuer la tradition spiritualiste dans une vivacité sans mélange, pour protester devant Dieu par sa présence inaperçue, pour prier angéliquement derrière la montagne durant la victoire passagère des géants. J'ignore s'il a gagné aux voies trop détournées, où il s'est tenu, beaucoup d'âmes de mystère ; mais il n'a en rien touché le grand nombre des âmes accessibles d'ailleurs aux belles et bonnes paroles, et dignes de consolation. Il faut, en effet, pour arriver à elles, pour prétendre à les ravir et à être nommé d'elles leur bienfaiteur, joindre à un fonds aussi précieux, aussi excellent que celui de l'Homme de Désir, une expression peinte aux yeux sans énigme, la forme à la fois intelligente et enchanteresse, la beauté rayonnante, idéale, mais suffisamment humaine, l'image simple et parlante comme l'employaient Virgile et Fénelon, de ces images dont la nature est semée, et qui répondent à nos secrètes empreintes ; il faut être un homme du milieu de ce monde, avoir peut-être moins purement vécu que le théosophe, sans que pourtant le sentiment du Saint se soit jamais affaibli au cœur ; il fait enfin croire en soi et oser, ne pas être humble de l'humilité contrite des solitaires, et aimer un [41] peu la gloire comme l'aimaient ces poètes chrétiens qu'on couronnait au Capitole.

[Rousseau – Mde de Staël - Bernardin de Saint- Pierre - Chateaubriand]

Rousseau, disions-nous, avait eu de grandes parties d'inspiration; il avait prêté un admirable langage à une foule de mouvements obscurs de l'âme et d'harmonies éparses dans la nature. La misanthropie et l'orgueil qui venaient à la traverse, les perpétuelles discussions qui entrecoupent ses rêveries, le recours aux hypothèses hasardées, et, pour parler juste, un génie politique et logique, qui ne se pouvait contraindre, firent de lui autre chose qu'un poète qui charme, inonde et apaise. Et puis c'était de la prose; or, la prose, si belle, si grave, si rhythmique [sic] qu'on la fasse (et quelle prose que celle de Jean-Jacques !), n'est jamais un chant. A Rousseau, par une filiation plus ou moins soutenue, mais étroite et certaine à l'origine, se rattachent Bernardin de Saint-Pierre, madame de Staël et M. de Chateaubriand. Tous les trois se prirent de préférence au côté spiritualiste, rêveur, enthousiaste, de leur auteur, et le fécondèrent selon leur propre génie. Madame de Staël se lança dans une philosophie vague sans doute et qui, après quelque velléité de stoïcisme, devint bientôt abandonnée, sentimentale, mais resta toujours adoratrice et bienveillante. Bernardin de Saint-Pierre répandit sur tous ses écrits la teinte [42] évangélique du Vicaire savoyard. M. de Chateaubriand, sorti d'une première incertitude, remonta jusqu'aux autels catholiques dont il fêta la dédicace nouvelle. Ces deux derniers, qui, sous l'appareil de la philanthropie ou de l'orthodoxie, couvraient des portions de tristesse chagrine et de préoccupation assez amère, dont il n'y a pas trace chez leur rivale expansive, avaient le mérite de sentir, de peindre, bien autrement qu'elle, cette nature solitaire qui, tant de fois, les avait consolés des hommes; ils étaient vraiment religieux par là, tandis qu'Elle, elle était plutôt religieuse en vertu de ses sympathies humaines. Chez tous les trois, ce développement plein de grandeur auquel, dans l'espace de vingt années, on dut les Etudes et les Harmonies de la Nature, Delphine et Corinne, le Génie du Christianisme et les Martyrs, s'accomplissait au moyen d'une prose riche, épanouie, cadencée, souvent métaphysique chez madame de Staël, purement poétique dans les deux autres , et d'autant plus désespérante, en somme, qu'elle n'avait pour pendant et vis-à-vis que les jolis miracles de la versification delilienne. Mais Lamartine était né.

[Lamartine]

Ce n'est plus de Jean-Jacques qu'émané directement Lamartine; c'est de Bernardin de Saint-Pierre, de M. de Chateaubriand et de lui-même. [43] La lecture de Bernardin de Saint-Pierre produit une délicieuse impression dans la première jeunesse. Il a peu d'idées, des systèmes importuns, une modestie fausse, une prétention à l'ignorance, qui revient toujours et impatiente un peu. Mais il sent la nature, il l'adore, il l'embrasse sous ses aspects magiques, par masses confuses, au sein des clairs de lune où elle est baignée ; il a des mots d'un effet musical et qu'il place dans son style comme des harpes éoliennes, pour nous ravir en rêverie. Que de fois, enfant, le soir, le long des routes, je me suis surpris répétant avec des pleurs son invocation aux forêts et à leurs résonnantes clairières ! Lamartine, vers 1808, devait beaucoup lire les Études de Bernardin ; il devait dès lors s'initier par lui au secret de ces voluptueuses couleurs dont plus tard il a peint dans le Lac son souvenir le plus chéri :

Qu'il soit dans le zéphir qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés !

Le génie pittoresque du prosateur a passé tout entier en cette muse : il s'y est éclipsé et s'est détruit lui-même en la nourrissant. Aussi, à part Paul et Virginie, que rien ne saurait atteindre, Lamartine dispense à peu près aujourd'hui de la [44] lecture de Bernardin de Saint-Pierre ; quand on nommera les Harmonies, c'est uniquement de celles du poète que la postérité entendra parler. Lamartine, vers le même temps, aima et lut sans doute beaucoup le Génie du Christianisme, René : si sa simplicité, ses instincts de goût sans labeur ne s'accommodaient qu'imparfaitement de quelques traits de ces ouvrages, son éducation religieuse, non moins que son anxiété intérieure, le disposait à en saisir les beautés sans nombre. Quand il s'écrie à la fin de l'Isolement, dans la première des premières Méditations :

Et moi je suis semblable à la feuille flétrie
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !

il n'est que l'écho un peu affaibli de cette autre voix impétueuse : Levez-vous, orages désirés, qui devez emporter René, etc. Rousseau, je le sais, agit aussi très puissamment sur Lamartine ; mais ce fut surtout à travers Bernardin de Saint-Pierre et M. de Chateaubriand qu'il le sentit. Il n'eut rien de Werther ; il ne connut guère Byron de bonne heure, et même en savait peu de chose au delà du renom fantastique qui circulait, quand il lui adressa sa magnifique remontrance. Son génie préexistait à toute influence lointaine. André Chénier, dont la publication tardive [45] (1819) a donné l'éveil à de bien nobles muses, particulièrement à celle de M. Alfred de Vigny, resta, jusqu'à ces derniers temps, inaperçu et, disons-le, méconnu de Lamartine, qui n'avait rien, il est vrai, à tirer de ce mode d'inspiration antique, et dont le style était déjà né de lui-même à la source de ses pensées. J'oserai affirmer, sans crainte de démenti, que, si les poésies fugitives de Ducis sont tombées aux mains de Lamartine, elles l'ont plus ému dans leur douce cordialité et plus animé à produire, que ne l'eussent fait les poésies d'André, quand elles auraient paru dix ans plus tôt. Il ne goûte, il ne vénère que depuis assez peu d'années Pétrarque, le grand élégiaque chrétien, et son plus illustre ancêtre. Saint-Martin, que j'ai nommé, n'aura jamais été probablement de sa bien étroite connaissance. Lamartine n'est pas un homme qui élabore et qui cherche; il ramasse, il sème, il moissonne sur sa route ; il passe à côté, il néglige ou laisse tomber de ses mains; sa ressource surabondante est en lui ; il ne veut que ce qui lui demeure facile et toujours présent. Simple et immense, paisiblement irrésistible, il lui a été donné d'unir la profusion des peintures naturelles, l'esprit d'élévation des spiritualistes fervents, et l'ensemble de vérités en dépôt au fond des moindres cœurs. C'est une sensibilité reposée, méditative, [46] avec le goût des mouvements et des spectacles de la vie, le génie de la solitude avec l'amour des hommes, une ravissante volupté sous les dogmes de la morale universelle. Sa plus haute poésie traduit toujours le plus familier christianisme et s'interprète à son tour par lui. Son âme est comme l'idéal accompli de la généralité des âmes que l'ironie n'a pas desséchées, que la nouveauté n'enivre pas immodérément, que les agitations mondaines laissent encore délicates et libres. Et en même temps, sa forme, la moins circonscrite, la moins matérielle, la plus diffusible des formes dont jamais langage humain ait revêtu une pensée de poète, est d'un symbole constant, partout lucide et immédiatement perceptible…


Schlégel – Philosophie de l’histoire

1836 schlegel t2Philosophie de l'histoire
Professée en Dix-huit Leçons Publiques, à Vienne
Par Friedrich von Schlégel
Ouvrage traduit de l’allemand en français par M. l’abbé Lechat, Docteur de la Faculté des Lettres de Paris, officier de l’Université, Professeur de philosophie au Collège royal de Nantes, etc.
Tome second - Paris. Chez Parent-Desbarres, éditeur, rue de Seine Saint Germain, 48
1836 - http://books.google.fr/books?id=VvZHAAAAMAAJ

Leçon XVIII – De la franc-maçonnerie

Pages 360-370

De la franc-maçonnerie. — Son influence ésotérique sur les événements modernes. — De la restauration. — Etat présent des choses, des esprits, et des différents royaumes. — Nécessité d'une restauration religieuse. — Danger des écarts de l'absolutisme, soit dans la vie réelle, soit dans la science. — La tolérance n'est pas l'indifférence. — L'esprit de parti, l'intolérance part d'un fond d'orgueil coupable. — En quoi consistera la restauration universelle qui doit se faire plus prochainement peut-être qu'on ne le pense. — L'état devra être chrétien et la science chrétienne. — Ni l'un ni l'autre but n'a été parfaitement atteint jusqu'ici. — Pour obtenir cet heureux résultat, la destruction de toute espèce d'idolâtrie politique est nécessaire; et la philosophie, en s'aidant de l'histoire, doit renoncer à l'absolu sous quelque forme qu'il se présente. — Avis à l'Allemagne, moins absolue que tout autre pays, dans la vie et le gouvernement, mais chez qui l'absolu est impatronisé dans la science. — Récapitulation et conclusions. — L'homme a eu sans cesse à lutter contre l'esprit du mal, qui s'est montré successivement comme le prince du monde, et l'esprit du siècle, revêtissant d'âge en âge des formes nouvelles. — Dieu ne lui a pas manqué dans cette lutte ; il s'est montré verbe, force, lumière. — Ainsi, foi, amour et espérance.

« Je viendrai bientôt, et je renouvellerai tout. »

Le dix-huitième siècle vit éclater à la fois et d'une façon si soudaine tant d'événements mûris au même jour, que bien qu'une réflexion attentive puisse leur trouver un motif et une cause suffisante dans leurs précédents, dans l'état [361] naturel des choses, dans la situation générale où se trouvait le monde, on est cependant disposé à croire qu'ils avaient été préparés d'avance, à dessein, et dans le secret ; maintes circonstances viennent ensuite corroborer ce pressentiment, et donnent sur le complot des indications qui ont toute l'autorité de l'histoire.

Pour compléter le tableau de cette époque où le principe des lumières exerça une influence dominante, et pour achever de caractériser en lui-même ce principe qui eut tant d'action sur les évènements historiques, nous avons à ajouter quelques mots sur ce côté secret et mystérieux de son développement, afin qu'on saisisse mieux son rapport d'une part avec le principe et l'esprit de la révolution, qui, elle aussi, dans le fanatisme qui l'animait, avait la prétention de restaurer le monde ; et d'un autre côté avec le caractère de la vraie restauration, qui repose sur la base religieuse de la justice chrétienne.

Mais dans l'examen critique que l'histoire entreprend sur cet objet, elle doit se prémunir toujours par cette pensée, que ceux qui, comme acteurs ou témoins oculaires, pourraient, s'ils voulaient faire part de leur expérience, donner les meilleurs renseignements, ne doivent pas cependant être considérés toujours comme des autorités sur lesquelles on puisse le mieux compter, parce qu'on ne peut jamais savoir exactement ce [362] que, par calcul ou par conviction, il leur arrivera de dire ou de taire, en tout ou en partie. Cependant cette secousse universelle, qui jeta tout pêle-mêle a mis à nu tant de bouts de ce fil ésotérique de l'histoire moderne, que la réunion de ces indications suffit pour nous donner une juste idée de cet élément spécial des lumières subversives du dix-huitième siècle, où le vrai, le faux et le spécieux ont été mêlés et confondus, et pour nous initier à la connaissance d'un point auquel donne tant d'importance sa coopération visible à tous les événements, et son influence si diverse sur la marche générale des choses.

C'est donc uniquement sous ce point de vue historique, qui d'ailleurs répond parfaitement à notre but, et même est le seul ici qui puisse être pris en considération, que je me sens en état de juger; ou, comme je devrais plutôt dire, de caractériser toute cette trame souterraine ; et c'est aussi dans ces sources, dans ces indications, dans ces faits connus et publics, qu'est puisée la description que je vais en faire.

Pour ce qui concerne l'origine ou la source d'où cette influence ésotérique s'est répandue en Europe; quelque motif ou quelque intérêt qu'on ait à le nier ou à le .contester, il résulte à peu près évidemment du seul examen des faits, que l'ordre des Templiers a été comme le pont sur lequel tout cet ensemble de mystères a passé en occident, [363] du moins quant à leur forme, qui continue aujourd'hui d'être la même qu'alors.

Ce n'est que par les traditions sur Salomon et sur son temple, auxquelles se rattache l'institution même de l'ordre, qu'on peut expliquer les symboles religieux de la maçonnerie, quoiqu'on en trouve aussi des motifs dans quelques autres passages et parties de l'écriture et de l'histoire sainte : aussi peuvent-ils très bien être entendus dans un sens parfaitement chrétien, et en retrouve-t-on des traces dans plusieurs monuments gothiques de l'ancienne architecture germanique du moyen-âge. Cependant une association spirituelle, fondée sur l'esprit ésotérique, ne saurait avoir professé le christianisme dans toute sa pureté ; elle n'a pu du moins rester entièrement chrétienne, puisque, répandue chez les chrétiens, elle se retrouve aussi chez les Mahométans.

Il y a plus : l'idée même d'une pareille société, d’une pareille doctrine purement ésotérique, et de sa propagation secrète, n'est guère compatible avec le christianisme ; car le christianisme est déjà en soi un mystère divin ; mais un mystère qui, d'après les vues de son fondateur, est exposé à tous les yeux, et célébré quotidiennement sur tous les autels. Or à cause de cela même, le secret qui dans les mystères païens, subsistait à côté de la mythologie et de la religion [364] nationale et populaire, et n'était le partage que des savants et des initiés, ce secret, dis-je, ne peut s'allier avec une révélation destinée à tous les hommes, puisque, par sa nature, elle le condamne et le repousse.

Ce serait toujours une Église dans l'Église ; et elle ne peut pas être plus autorisée ou tolérée qu'un État dans l'État. Ajoutons que dans un siècle où les intérêts temporels et les vues politiques prévaudraient d'une manière ouverte ou cachée sur les sentiments et les idées religieuses, un tel établissement parasite et mystérieux ne manquerait pas de devenir bientôt un directoire occulte de tous les mouvements, de tous les changements intérieurs de l'Etat, C'est ce qui est effectivement arrivé.

L'esprit antichrétien, que l’illuminisme, cette opposition régularisée, enveloppe dans des sentences d'une philanthropie universelle, pourrait bien être, selon toute analogie historique, d'une date assez moderne; tandis que le principe chrétien, qui même encore de nos jours, après une lutte si étonnamment diverse entre les partis de cette secte, se maintient toujours, quoique chez une très faible minorité, dérive peut-être, conformément à l'origine qu'elle revendique, d'une source orientale et gnostique.

Quant à la grandeur, ou du moins à l'importance de son influence politique, comment la [365] nier ; surtout depuis les violentes révolutions de nos jours qui, de notre Europe, se sont ruées sur les autres parties du monde ; et en apprenant que dans une contrée méridionale de l'hémisphère américain, les deux partis qui figuraient dans la révolution de cet état, dont les troubles durent encore, s'appellent des noms d'Ecossais et d'Yorckais, d'après l'opposition qui existe dans les loges anglaises? est-il quelqu'un qui ignore, ou qui ait oublié avec quelle adresse l'homme qui dans ces derniers temps régnait sur le monde, se servit dans tous les pays conquis, de ce véhicule, et l'employa comme un organe propre à fourvoyer et à nourrir de fausses espérances, l'opinion publique ? C'est pour cela qu'il fut appelé par ses partisans l'homme du siècle, et qu'il fut du moins, en effet, le serviteur de l'esprit du siècle.

Une société du sein de laquelle, comme du laboratoire où le génie destructeur du siècle forgeait ses armes, sortirent successivement les illuminés, les Jacobins et les Carbonari, ne pouvait avoir une tendance vraiment chrétienne, ni être politiquement juste, ni exercer une action bienfaisante sur l'humanité en général. Je dois cependant observer ici que c'est le sort inévitable de la plus vieille des sociétés secrètes, que chaque nouvelle conspiration aime à revêtir ses formes vénérables, déjà connues des initiés. [366]

Il ne faut pas non plus oublier que cet ordre est partout divisé en une foule de partis, de sectes, qui ont des opinions, des façons de penser diverses ; de sorte qu'on ne doit pas croire que ces extrémités terribles, que ces sauvages excès d'une irréligion, d'un esprit révolutionnaire, qui mine secrètement ou renverse avec une violence ouverte, se soient produits partout où cet ordre existe ; l'histoire convaincrait une pareille supposition de fausseté ou du moins d'exagération.

Une simple liste de tant d'hommes trompés, il est vrai, sur ce point unique, mais d'ailleurs respectables ; de tant de noms connus et vraiment distingués, qui dans le cours du dix-huitième siècle faisaient partie de cette société, suffirait pour démentir une pareille condamnation générale, ou pour y apporter du moins d'essentielles modifications. Mais ce qu'on peut, d'après beaucoup d'indices, regarder comme positif, ou du moins comme éminemment vraisemblable, c'est que nulle part cette société ésotérique et son action n'ont été mises en harmonie avec l'ordre subsistant et avec l'état lui-même, aussi bien qu'en Angleterre, pays où tous les éléments opposés de la vie et de la société moderne paraissent être en général le plus artistement combinés et équilibrés.

D'ailleurs si nous portions nos regards sur le reste de l'Europe et même sur les pays qui furent [367] les principaux théâtres des révolutions, il est incontestable qu'il y exista toujours , au sein de tant de loges diverses, un parti chrétien ; et bien qu'il n'ait été qu'en très faible minorité, il n'en a pas moins eu une grande influence qu'il a due à la profondeur des idées, et à tout ce qu'il avait conservé de l'antique tradition. C'est au reste une chose prouvée jusqu'à l'évidence par les faits historiques et par des documents écrits et livrés à la publicité.

Au lieu de présenter des exemples allemands, moins généralement connus, j'appuierai plutôt ce que je viens de dire du nom d'un écrivain français bien remarquable, et bien propre à caractériser ce qu'il y avait de plus intime et de plus caché dans la révolution. Saint-Martin, ce chrétien théosophe, se tient tout à fait isolé, à l'écart, de ce parti athée, qui dominait alors, quoique sorti de la même école et de la même sphère ; lui aussi, il est décidément révolutionnaire ; mais c'est un révolutionnaire désintéressé, romanesque, qui obéit à une conviction fondée sur des raisons supérieures et spirituelles. Il montre le plus grand mépris, la répugnance la plus vive pour l'état moral et politique d'alors ; et souvent on est tenté d'accéder à son opinion, ou du moins de lui donner négativement raison.

Enfin il est animé d'un espoir enthousiaste d'une restauration chrétienne générale, qu'il [368] entend, il est vrai, à sa manière ou dans l'esprit de son parti. Parmi les écrivains français de la restauration, personne, aussi bien que le comte de Maistre, n'a su apprécier ce philosophe remarquable, distinguer ce qu'il a de profondément faux, et ce qu'il a de réellement bon, en un mot en tirer un aussi bon parti, en y ajoutant toutefois des correctifs nécessaires.

Pour juger et caractériser pleinement l'histoire de la révolution, il ne faut donc pas négliger ce fil ésotérique, puisqu'il a grandement contribué à induire en erreur tant de gens, dont on ne peut accuser l'intention, qui voyaient ou voulaient voir dans la révolution, malgré la forme dure et repoussante sous laquelle elle s'est manifestée à son début, une restauration nécessaire, indispensable, des états et des peuples chrétiens, détournés de leur destination véritable.